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CHAPITRE LI

Magistrats.

Il y a grande distinction et divers degrés de magistrats tant en honneur qu'en puissance, qui sont les deux choses considérables pour les distinguer, et qui n'ont rien de commun ensemble ; et souvent ceux qui sont les plus honorés ont moins de puissance, comme conseillers du privé conseil, secrétaires d'estat. Aucuns n'ont que l'un des deux ; autres tous les deux ; et de tous divers degrés ; mais sont proprement dicts magistrats qui ont tous les deux.

Les magistrats, qui sont mitoyens entre le souverain et les particuliers, en la présence de leur souverain n'ont point puissance de commander. Comme les fleuves perdent leur nom et puissance à l'emboucheure de la mer, et les astres en la présence du soleil, ainsi toute la puissance des magistrats est tenue en souffrance en la présence du souverain; comme aussi la puissance des magistrats inférieurs et subalternes en la présence des supérieurs. Entre égaux il n'y a point de puissance ou de su-

(1) Le 1er août 1589, par Jacques Clément.

(2) Tant il est vrai qu'il y a une puissance secrète qui semble se jouer des choses humaines, et qui foule aux pieds les superbes faisceaux et les haches cruelles des licteurs !

Lixuet. liv. V, v. 1232,

DE LA. SAGESSE, PAR CHARRON

periorité, mais les uns peuvent empescher les autres par opposition et prévention.

Tous magistrats jugent, condemnent et commandent ou selon laloy, et lors leur sentence n'est qu'exécution de la loy, ou selon l'équité, et tel jugement s'appelle le debvoir du magistrat.

Les magistrats ne peuvent changer ny corriger leurs jugements, si le souverain ne le permet, sur peine de fauls -, ils peuvent bien révoquer leurs mandemens ou les soutenir, mais ils ne peuvent révoquer ce qu'ils ont jugé et prononcé avec cognoissance de cause.

Du debvoir des magistrats, voyez liv. III.

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