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CHAPITRE LXIII

De la science.

La science est à la vérité un bel ornement, un outil très utile à qui en scait bien user;

il) Lîv. III, c. de la vertu de fa Tempfrante.

DE LA SAGESSE, PAR CRARRON

mais en quel rang il la faut tenir, tous n'en sont d'accord : sur quoy se commettent deux fautes contraires, l'estimertrop, et trop peu. Les uns l'estiment tant qu'ils la préfèrent à toute autre chose, et pensent que c'est un souverain bien, quelque espèce et rayon de divinité-, la cherchent avec faim, despence, et peine grande; les autres la mesprisent, et desestiment ceux qui en font profession : la médiocrité est plus juste et ass'eurée. Je la mets beaucoup au dessoubs de la preud'hommie, santé, sagesse, vertu, et encores au dessoubs de l'habileté aux affaires : mais après cela je la mettrois aux mains et en concurrence avec la dignité, noblesse naturelle, vaillance militaire ; et les laisserois volontiers disputer ensemble de la presseance : si j'estois pressé d'en dire mon advis, je la ferois marcher tout à costé d'elles , ou bien incontinent après.

Comme les sciences sont différentes en subjects et matières, en l'apprentissage et acquisition, aussi sont-elles en l'utilité, î'honnesteté, nécessité, et encores en la gloire et au gain : les unes sont théoriques et en pure spéculation ; les autres, pracliques et en action. Item, les unes sont reaies, occupées en la cognoissance des choses qui sont hors de nous, soyent-elles naturelles, ou surnaturelles; les autres sont particulières, qui enseignent les langues, le parler, et le raisonner. Or desjà, sans aucun doubte, celles qui ont plus d'honnesteté, utilité, nécessité, et moins de gloire, vanité, gain mercenaire, sont de beaucoup à préférer aux autres. Parquoy tout absolument les practiques sont les meilleures qui regardent le bien de l'homme, apprennent à bien vivre et bien mourir, bien commander, bien obéir, dont elles doibvent estrc sérieusement estudiées par celuy qui prétend à la sagesse, et desquelles cest œuvre est un abrégé et sommaire, scavoir morales, œconomiques, politiques. Après elles sont les naturelles, qui servent à cognoistre tout ce qui est au monde à nostre usage, et ensemble admirer la grandeur, bonté, sagesse, puissance du maistre architecte. Toutes les autres ou sont vaines, ou bien elles doibvent estre estudiées sommairement et en passant, puisqu'elles ne servent de rien à la vie et «à nous faire gens de bien. Donc c'est dommage et folie d'y employer tant de temps, despence et de peine, comme l'on faict. Il est vray qu'elles servent à amasser des escus et de la réputation

parmy le peuple, mais c'est aux polices qui ne sont oas du tout bien saines.

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