LIVRE TE, CHAR II L
toute autre, comme le chaud et le froid des fièvres est plus poignant que celuy qui vient de dehors. La repentance est la médecine des âmes, la mort aux vices, la guarison des volontés et consciences, mais la faut bien cognoistre. Premièrement elle n'est pas de tout péché, comme a esté dict, non de celuy qui est invétéré, habitué, authorisé par le jugement mesme, mais de l'accidentai et advenu par surprinse ou par force, ny des choses qui ne sont pas en nostre puissance, desquelles y a bien regret et desplaisir, non repentir, ny ne doit advenir en nous pour les issues mauvaises et contraires à nos conseils et desseins. Il est advenu autrement que l'on a pensé, conceu et advisé. Pour cela ne se faut repentir du conseil et de l'advis, si lors l'on s'y est porté comme l'on debvoit ; car l'on ne peut pas deviner les issues. Si l'on les savoit, il n'y auroit lieu de consulter, et ne faut jamais juger des conseils par les issues, ny ne doit naistre en nous par la vieillesse, impuissance etdegoustdes choses, ce seroit laisser corrompre son jugement ; car les choses ne sont pas changées pource que nous sommes changés par l'aage, maladie ou autre accident. L'assagissement ou amendement qui vient par le chagrin, le degoust et foihlesse n'est pas vray ny conscientieux, mais lasche et catarreux. Il ne faut point que la lascheté du corps serve de courtier pour nous ramener à Dieu et à nostre devoir ou repentance ; mais la vraye repentance et vray radvisement est un don de Dieu qui nous touche le courage et doit naistre en nous, non par la foihlesse du corps, mais par la force de l'ame et de la raison.
Or de la vraye repentance naist une vraye, franche et conscientieuse confession de ses fautes. Comme aux maladies du corps l'on use de deux sortes de remèdes, l'un qui guarit ostant la cause et racine de la maladie, l'autre qui ne fait que pallier et endormir le mal, dont celuylà est plus cuisant que cestuy-cy, mais aussi plus salutaire, ainsi aux maladies de l'ame le vray remède qui nettoyé et guarit, c'est une sérieuse et Jionteuse confession de ses fautes ; l'autre faux, qui ne fait que desguiser et couvrir, est excuse, remède inventé par l'auteur du mal mesme, dont dict le proverbe que la malice s'est elle-mesme fait et cousu une robe. C'est l'excuse, la robe faite de feuilles de fi-
guier des premiers fautiers qui se couvrirent et de parolle et de faict, mais c'estoit d'un sac mouillé. Nous devrions donc apprendre a nous accuser, dire et confesser hardiment toutes nos actions et pensées ; car, outre que ce seroit une belle et généreuse franchise, ce seroit un moyen de ne rien faire ny penser qui ne fust honneste et publiable. Car qui s'obligeroit à tout dire s'obligeroit aussi à ne rien faire de ce qu'on est contrainct de cacher. Mais au rebours chascun est secret et discret en la confession, et l'on ne l'est en l'action. La hardiesse de faillir est aucunement compensée et bridée par la hardiesse de confesser ; s'il est laid de faire quelque chose, il est encores autant ou plus laid de ne l'oser advouer. Plusieurs grands et saincts, comme sainct Augustin, Origene, Hippocrates, ont publié les erreurs de leurs opinions ; il faut aussi le faire de ses mœurs. Pour les vouloir cacher, l'on tombe souvent en plus grand mal, comme celuy qui nia solennellement avoir paillarde, pensant sauver le plus par le moins, car au rebours il enchérit son marché ; si ce ne fut en pis (car peut-estre mentir publiquement est pire que simplement paillarder) au moins ce fut en multiplication ; ce ne fut pas élection de vice, mais addition.