‹ Choix de moralistes françaisChapitre 178 sur 509 · LIVRE II, CHAP. XL · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAP. XL

récs prennent quelquefois un train tout autre ; Aliquis carnifici suo superstes fuit l.

Multa (lies variusque labor muiabilis œvi Retiulit in melius -...

Il faut comme pour sa dcffense envers un autre assaillant, aussi en son endroict, se porter cum moderamine inculpalœ iutelœ^, essayer tout, avant venir à ceste extrémité.

Secondement et sans doubte qu'il est beaucoup meilleur et plus louable de souffrir et garder une constance ferme jusques à la fin, que céder et s'enfuyr par foiblesse et couardise ; mais pource qu'il n'est pas donné à tous non plus que la continence : Non omnes capiunt verbum istud, — Unde melius nubere quam uri*; la question est si, advenant un mal insupportable et irrémédiable, qui soit pour bouleverser et atterrer toute nostre resolution, et pousser nostre esprit en quelque mescbant party de desespoir, despit, et murmure contre le souverain, s'il seroit pas plus expédient ou moins mal de s'en deslivrer courageusement, ayant encores son sens entier et rassis, qu'en voulant demeurer par crainte de mesprendre, s'exposer au danger de succomber et se perdre ; est-ce pas moins mal de quitter la place que s'y opiniastrer et périr, s'enfuyr qu'eslreprins? Il le semble bien par toute raison bumaine et philosophique, practiquée, comme a esté dict, par tant de gens signalés , de tout air et climat, qu'il semble estre une opinion universelle. Mais la chrestienté ne le veust pas et n'en donne aucune dispense.

Au reste c'est un grand trait de sagesse de sçavoir cognoistre le poinct et prendre l'heure de mourir ; il y a à tous une certaine saison de mourir ; les uns l'anticipent, les autres la retardent ; il y a de la foiblesse et de la vaillance en tous les deux, mais il y faut de la discrétion ; combien de gens ont survescu à leur

(1) 11 en est qui onl survécu à leurs bourreaux.

sén. Ëp. xm.

(i) Ignorons-nous le sort et ses jeux inconstants ? Il détruit, il répare, il change avec le temps, Et, jetant à son gré des fers et des couronnes, Des états il ébranle, affermit les colonnes.

Virg. Mneid. liv. XI, v. 425. (T. de Delilie.)

(3) Avec la prudence d'un irréprochable gardien.

(4) Tous n'entendent pas ces paroles.— H vaut mieux se marier que brûler, S. M.vt. c. 19, v. H. — Ad Corinth. c. 7, v. y.

gloire, et pour l'envie d'allonger un peu leur vie ont obscurcy et de leur vivant aidé à ensevelir leur honneur ! Ce qui a resté depuis ne sentoit rien du passé; c'estoit comme un vieil haillon et quelque chetifve pièce cousue au bout d'un ornement riche et beau. Il y a un certain temps de cueillir le fruict de dessus l'arbre ; si dadvantage il y demeure, il ne faict que perdre et empirer, c'eust été aussi grand dommage de le cueillir plustost. Plusieurs saincts ont fuy à mourir, pource qu'ils estoient encores utiles au public, combien que pour leur particulier ils eussent bien voulu s'en aller. C'est acte de charité vouloir vivre pour autruy : Si populo tuo sum necessarius, non recuso laborem1.

La mort a des formes plus aysées les unes que les autres, et prend diverses qualités selon la fantaisie de chascun: entre les naturelles, celle qui vient d'affoiblissement et appesantissement est plus douce et plus molle ; entre les violentes, la meilleure est la plus courte et la moins préméditée. Aucuns désirent faire une mort exemplaire et démonstrative de constance et suffisance ; c'est considérer autruy et chercher encores lors réputation ; mais c'est vanité, car cecy n'est pas acte de société, mais d'un seul personnage; il y a assez d'affaires chez soy ; au dedans se consoler, sans considérer autruy, et puis lors cesse tout interest à la réputation. Celle est la meilleure mort qui est bien recueillie en soy, quiète, solitaire, et toute à celuy qui est à mesme. Ceste grande assistance des parens et amis apporte mille incommodités, presse et estouffe le mourant; on luy tourmente l'un les oreilles, l'autre les yeux, l'autre la bouche; les cris et les plainctes, si elles sont vrayes, serrent le cueur ; si feintes et masquées, font despit. Plusieurs grands personnages ont cherché de mourir loin des leurs pour éviter ceste incommodité ; c'est aussi une puérile et sotte humeur vouloir esmouvoir par ces mots, dueil et compassion en ses amis ; nous louons la fermeté à souffrir la mauvaise fortune, nous accusons et haïssons celle de nos proches; quand c'est la nostre, ce ne nous est pas assez qu'ils s'en ressentent, mais encores qu'ils s'en

(l) Si je suis nécessaire à ton peuple, je ne refuse point de travailler. Bréviaire romain, deuxième antienne de Laudes, de j'ol'licc de saint Martin.

DE LA SAGESSE, PAR CHARRON

affligent ; un sage malade se doibt contenter d'une contenance rassise des assistons.

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