‹ Choix de moralistes françaisChapitre 195 sur 509 · LIVRE III, CI-IAP. III · texte numérisé non relu

LIVRE III, CI-IAP. III

quibus neeessarium, put arma quibus nulla nisi in armis relinquilur sjies *.

3. A une bonne fin, sçàvoir la paix et le repos : Sapientes pacis causa hélium gérant, et laborern spe otii sustentant, ut in pacc sine injuria virant -.

Après la justice vient la prudence, qui fait meurementdelibereravantquceornerla guerre.

Dont pour ne s'y eschauiïer pas tant, el se garder de témérité, il est bon de penser à ces poincts : 1. Aux forces et moyens, tant siens que de son ennemi ; 2. Au hâzard et dangereuse révolution des choses humaines, spécialement des armes, qui sont journalières, et auxquelles la fortune a plus de crédit, et exerce plus son empire qu'en toute autre chose, dont l'issue peut estre telle qu'en une heure elle emportera tout : Simul parla ac sperata décora unius horœ fortuna evertere potesl 3.

3. Aux grands maux, malheurs et misères publiques et particulières qu'apporte nécessairement la guerre, qui sont telles que la seule imagination est lamentable. 4 Aux calomnies, malédictions et reproches que l'on jette et verse sur les autheursdela guerre, à cause des maux qui en arrivent ; car il n'y a rien plus su3)ject aux langues et jugemens que la guerre. Mais tout tombe sur le chef : lniquissima bellorum conditio hœc est : prospéra omnes sibi vendicant, adversa uni imputantur 4. Toutes ces choses font que la plus juste guerre est détestable, dict sainct Augustin3, et que le souverain n'y doibt entrer que par grande nécessité, comme il est dict d'Auguste 6 : et ne se laisser gaigner à ces boutefeux et flambeaux de guerre, qui par quelque oassion particulière l'y veulent escbauffer 7 :

(l) Toule guerre nécessaire est juste, et les dieux approuvent qu'on prenne les armes quand il n'y a d'autre espoir de salut que dans la guerre. Tit.-Liv. liv. IX, c. 1.

(-2) Les sages ne font la guerre que pour obtenir la paix , ne supportent 1rs fatigues que dans l'espoir du repos, que pour vivre dans un honorable loisir. Sallust. ad Cœsar. orat. I.

(5) La fortune peut , dans une heure seulement , renverser la gloire la mieux acquise, les espérances les mieux fondées. TlT.-Liv. liv. XXX, c. 30.

(4) Telle est l'extrême injustice qui règne dans les armées: chacun s'approprie les succès; un seul est responsable des malheurs. Tac. lu d'Agriculu, c. 27.

(o) Div. Augustin, de Civil. Dci, liv. XIX, c. 7.

(il) Voyez Suétone, in Augitst. c. 2t.

[(7! tit. -Liv. liv. XXI, c. tu.

Quibus in pace durius scrritiwn est i , — in id nati, ut nec ipsi quiescant,neque a lias sinanl-. Et sont souvent ceux à qui le nez saigne quand il faut venir au faict : Dulce bcllum inexperlisr\ Le sage souverain se contiendra paisible, sans provoquer ny aussi craindre la guerre, sans remuer son Estât et celuy d'autruy, entre espérance et crainte, et venir à ces extrémités de périr ou faire périr les autres.

Le second chef de l'action militaire esta faire la guerre. A quoy sont requises trois choses, munitions, hommes, reigles de guerre. La première est la provision et munition de toutes choses nécessaires à la guerre, qui doibt estre faicte de bonne, heure : car ce seroit grande imprudence d'attendre au besoin à chercher ce qu'il faut avoir tout prest :

Biu apparandum est, ut vincas celerius1'.

Or, de la provision requise pour le bien du prince et de l'Estat, ordinaire et perpétuelle en tout temps, a esté parlé en la première partie de ce chapitre qui est toute de ce subject. Les principales provisions et munitions de guerre sont trois: 1. Deniers, qui sont l'esprit vital et les nerfs de la guerre, dont a esté parlé; 2. Armes tant offensives que défensives, desquelles a esté aussi parlé5; ces deux sont ordinaires et en tout temps; 3. "Vivres, sans lesquels l'on ne peut vaincre ni vivre; et est-on defaict, sans coup ferir, le soldat se desbauche, et n'en peuton venir à bout :l)iéciplinam non serrât je junus exercitus 6; mais c'est une provision extraordinaire et non perpétuelle, qui ne se faict que pour la guerre, dont n'en a esté parlé cy-dessus. Il faut donc en délibérant de la guerre faire de grands magazins de vivres, bleds, chairssalées. tant pour l'armée qui est en campagne que pour les garnisons des frontières qui peuvent estre assiégées.

La seconde chose requise à faire la guerre,

(1) Pour qui la paix est une fatigue insupportable. Tac. Annal, liv. XI, c. 10.

(2) Qui semblent nés pour ne jamais se reposer ni permettre que les autres se reposent. Thucyd. liv. I, c. 11.

(5) La guerre ne plaît qu'à ceux qui n'ont point fait la guerre. Pixd. dans Stobcc, XLVIII, sur la guerre.

(4) I! faut lentement s'apprêter pour vaincre plus promptement. Publics Syrcs.

(5) Dans le précédent chapitre.

(6) Une armée à jeun n'observe point la discipline. Cassiod, Var. liv. IV, c. 13.

DE LA SAGESSE, PAR CHARRON

sont les hommes propres à assaillir età défendre. Il les faut distinguer. La première distinction est eu soldats ou gendarmes, et chefsou capitaines. Il en faut de tous les deux. Les soldats sont le corps, les chefs sont l'ame, la vie de l'armée, qui donnent mouvement et action. Or, nous parlerons icy premièrement des gendarmes et soldats, qui font le gros. 11 y en a de diverses sortes ; il y a les piétons et les gens de cheval, les naturels du pays et les estrangers, les ordinaires et les subsidiaires. Il les faut premièrement tous comparer ensemble, pour seavoir qui sont meilleurs et à préférer : et puis nous verrons, comment il les fauthien choisir, et après les gouverner et discipliner.

En ceste comparaison tous ne sont d'accord. Les uns, mcsme les rudes et barbares, préfèrent les gens de cheval aux piétons, les autres au contraire. On peut dire que les piétons tout simplement et absolument sont meilleurs ; car ils servent et tout du long de la guerre, et en tous lieux, et en tous affaires ; là où aux lieux montueux, scabreux et estroits et à assiéger places, la cavalerie est presque inutile. Ils sont aussi plustost prests et coustent beaucoup moins : et s'ils sont bien conduicts et armés comme il faut, ils sousliennent le choc de la cavalerie. Aussi sont-ils préférés par ceux qui sont docteurs en ceste besongne. On peut dire que la cavalerie est meilleure au combat, et pour avoir plustost faict: equeslrium virium proprium cito parure, cilo cedere victoriam1; car lespietons n'ont pas silost faict; mais ils agissent bien plus seurement.

Quant aux naturels et estrangers, aussi ne sont-ils tous d'accord sur la préférence : mais sans doubte les naturels sont beaucoup meilleurs; car ils sont plus loyaux que les estrangers mercenaires,

Venalesque manus, ibi fus, ubi màxitna merces-,

plus patiens et obéissants, se portant avec plus d'honneur et de respect envers les chefs, de courage aux combats, d'affection à la victoire et au bien du pays, et coustent moins, et sont plus prests que les estrangers souvent mutins ,

(i) Le propre de la cavalerie est de préparer promptement , mais aussi de céder promptement la victoire. Tac. de Morib. German. c. 50.

(2) Ces maius vénales pour qui , plus le butin est grand , plus il est licite. Licaix, liv. X, v. 408.

mesme au besoing, et faisant plus de bruictque de service, et la pluspart importuns et onéreux au public, cruels à ceux du pays, qu'ils fourragent comme ennemis, qui coustent à les faire venir et retourner; et les faut attendre souvent avec dommage grand. Que si en une nécessité extresmeilen faut, soit : mais qu'ils soient en beaucoup plus petit nombre que les naturels, et ne facent qu'un membre et partie de l'armée, non le corps. Car il y a danger que s'ils se voyent autant ou plus forts que les naturels, ils se rendent maistres de ceux qui les ont appelés, comme il est advenu souvent; car celuy est maistre del'Estal,qui est maistrede la force: et aussi qu'ils soient, s'il se peut, tirés des alliés et confédérés, qui apportent plus de fidélité et service que les simples estrangers : mais de se servir plus d'estrangers que de naturels est à foire aux tyrans, qui craignent leurs subjects, parce qu'ils les traictent comme ennemis, se font hayr d'eux, dont ils les redoutent et ne les osent armer ny aguerrir.

Quant aux ordinaires et subsidiaires, il en faut de tous les deux : mais la différence entre eux est que les ordinaires sont en petit nombre, sont tousjours, en paix et en guerre, sur pied et en armes, et d'eux a esté parlé en la provision A ; gens du tout destinés et confinés en la guerre, formés à tout exercice des armes, résolus. C'est la force ordinaire du prince, son honneur en paix, sa sauve-garde en guerre : telles estoient les légions romaines. Ceux-cy doibvent estre séparés par troupes en temps de paix, affin qu'ils ne puissent rien remuer. Les subsidiaires sont en beaucoup plus grand nombre ; mais ils ne sont pas perpétuels, ny du tout destinés à la guerre : ils ont d'autres vacations : au besoing et en temps de guerre ils sont appelés au son du tambour, renroollés, duicts et instruicts à la guerre ; et venant la paix , se retirent et retournent à leurs vacations.

Nous avons entendu leurs distinctions et différences, maintenant faut adviser à les bien choisir; c'est à quoy il faut diligemment adviser, non pas à en amasser tant et en si grand nombre, lequel n'emporte pas la victoire, mais la vaillance : et ordinairement peu sont qui font la desroute. Une effrénée multitude nuist plus qu'ellene proffite : Nonvires habetsed pondus2,

(!) Au chapitre 2.

(2) Elle n'a pas de force, mais du poids. Sén. de Bctiefic.

Ll\ RE III, CilAP. 111.

potius impcdimentum, quam auxilium *. Ce n'est donc pas au nombre, mais en la force et vaillance : Manibus opus est bello, non multis nominibus -. Il faut bien donc les choisir ( non les acheter indifferomment,avec quelque somme légère par mois), qu'ils ne soient aventuriers, ignorant la guerre, racaille de ville, corrompus, vicieux, dissolus en toutes façons, piaffeurs, hardis à la picoréc, et loin des coups, cerfs et lièvres aux dangers : Assueli latrociniis bellorum, insolentes, — galeati lepores, — purgamenta urbium, — quibus ob egeslatem et flagitia maxima pcccandi necessiludo 5.

Pour les bien choisir, il faut du jugement, de l'attention et de l'adresse ; et à ces fins il faut considérer ces cinq choses : i. Le pays c'est-à-dire le lieu de leur naissance et nourriture. Il faut les prendre des champs, des montagnes, lieux stériles, raboteux, ou voisins de la mer, nourris à toute sorte de peine : Ex agris supplendum prœcipue robur exercitus, aptior armis rustica plebs, sub dio et in laboribus enutrita, — ipso terrœ suœ solo et cœlo acrius animantur. — Et minus mortem timet qui minus deliciarum novit in vita *. Car ceux des villes, nourris à l'ombre, aux délices, au gain, sont plus lasches, insolens, efféminés : Vernacula mullitudo, lasciviœ sueta, laborum intolerans*. 2. L'aage, qu'ils soyent prins jeunes, à 18 ans, ils en sont plus souples etobeyssans: les vieils ont des vices et ne se plient pas si bien à la discipline. 3. Le corps, duquel la stature grande est requise d'aucuns, comme de Marius et de Pyrrhus 6 : mais encores qu'elle ne soit

(1) C'est plulot un embarras qu'un surcroit de forces.

(2) Ce n'est pas d'un grand nombre de noms , mais c'est de bras que l'on a besoin à la guerre. Synesius, Ep. LXXVIII, in fine.

iô) Habitués aux pillages, si communs dans les guerres, insolents, — lièvres en casque, — immondices dos villes, — que leur pauvreté et des crimes déjà commis mettent dans l'obligation de commettre de nouveaux crimes. Egésippe, Iiv. IV,

(4) Il faut chercher dans les champs les hommes destinés à devenir ia principale force des armées ; les habitants des campagnes accoutumés aux injures de l'air et aux plus rudes travaux sont plus propres aux armes. — On dirait que le sol, le ciel même- excitent leur courage. — Il craint moins la mort celui qui n'a pas connu les délices de la vie. Végèce, Iiv. I, c. 5. — Tac de Morib. Germ. c. 29.

(.')) Ramas d'esclaves nourris dans la mollesse et qui ne peuvent supporter le travail. Tac. Annal. Iiv. I, c. 31.

(6) Voije% Végèce, Iiv. I, c. 5, et Fro.ntin, Stratag. Iiv. IV, c. i.

Moral.

que médiocre, moyennant que 1e corps soit fort, sec, vigoureux, nerveux, d'un regard fier, c'est tout un : Dura corpora, strïcti artus, minax vullus, major animi vigor * . Les gros, gras, fluides n'y valent rien. 4. L'esprit, qui soit vif, résolu, hardi, glorieux, ne craignant rien tant que le deshonneur et le reproche. 5. Condition, qu'importe de beaucoup, car ceux qui sont de vilaine et infâme condition, de qualité deshonneste, ou bien qui se sont meslés de mestiers sédentaires, servant à délices et aux femmes, sont mal propres à ceste profession.

Après le choix et l'élection vient la discipline, car ce n'est pas assez de les avoir choisis capables d'estre bons soldats si l'on ne les faict ; et s'ils sont faicts, si l'on ne les garde et entretient tels. Nature faict peu de gens vaillans : c'est la bonne institution et discipline. Or,l'onnesçauroit assez dire combien vaut et est utile la bonne discipline en la guerre : c'est tout, c'est elle qui a rendu Rome si florissante et luy a acquis la seigneurie du monde : aussi l'avoient-ils en plus grande recommandation que l'amour de leurs enfans. Or, le principal poinct de la discipline est l'oheyssance à laquelle sert cest ancien précepte, que le soldat doibt plus craindre son chef que l'ennemy.

Or, ceste discipline doibt tendre à deux fins : à rendre les soldats vaillans et gens de bien ; et ainsi elle a deux parties, la vaillance et les mœurs. A la vaillance trois choses servent : l'exercice assidu aux armes , auquel il les faut contenir sans relasche ; c'est d'où est venu le mot latin exercitus, qui signifie armée. Cest exercice des armes est une instruction à les bien manier et s'en servir, se dresser aux combats, tirer bien des armes, dextrement s'ayder du bouclier, discourir et se représenter tout ce qui peut advenir aux combats et venirà l'essay, comme en bataille rangée : proposer prix aux plus adroits pour les eschauffer. Le travail qui est tant pour les adoucir à la peine, à la sueur, à la poussière : Exercitus labore proficit, olio consenescit 2, que pour le bien et service de l'armée et fortification du camp, dont les faut apprendre à bien fossoyer, planter une palis-

(1) Un corps robuste, des membres nerveux, un visage sévère, annoncent une grande force d'âme. Tac de Morib. Germon, c. 50.

(2) Une armée acquiert de la force par le travail; e'.ie s'affaibiit par l'oisiveté. Végèce. Iiv. 111, c. 2C.

DE LA SAGESSE, PAR CHARRON

sade, dresser une barricade, courir, porter fardeaux pesans ; ce sont choses nécessaires tant pour se défendre que pour presser et enclorre l'ennemy. L'ordre, qui est de grand usage et doibt estre en plusieurs façons gardé en la guerre : premièrement en la distribution des troupes en bataillons, régiment, enseignes, camarades. Secondement, en l'assiette du camp, qu'elle soit en quartiers disposés avec proportions ayant ses places, entrées, issues, logis à propos pour ceux de cheval et de pied, dont il soit aysé à chacun de trouver son quartier, son compagnon. Tiercement. au marcher par campagne et contre lesennemis, que chascun tienne son rang-, qu'ils soyent également distans les uns des autres sans trop se presser ny s'eslongner. Tout cest ordre est bien nécessaire et sert à plusieurs choses. Il est fort beau à voir, resjouit les amis, estonne les ennemis, asseure l'armée, facilite tous ses remuemens et lescommandemens des chefs : tellement que sans bruict, sans confusion, le gênerai commande, et de main en main son intention parvient jusques aux plus petits : Imperium ducis simul omnes copiœ sentiunt, et ad nutum regentis sine tumullu respondenl l. Bref, cest ordre bien gardé rend l'armée presque invincible. Et au contraire plusieurs se sont veues perdre à faute d'ordre et de bonne intelligence.

La seconde partie de la discipline militaire regarde les mœurs, qui sont volontiers bien desbauehées et difficilement se reiglent parmy les armes: Assidue dimicanlibus difficile morum custodire mensuram 2. Toutesfois il y faut mettre peine, et spécialement y installer, s'il se peut, trois vertus : continence, par laquelle toute gourmandise, yvrongnerie, paillardise et toute volupté infâme soit chassée, laquelle apoltronit et relasche le soldat : Dégénérât a robore ac virlute miles assuetudine voluptatum5 ; tesmoin Annibal, qui fust amolli par délices en un hyver, et fust vaincu par les vices, lui qui estoit invincible et vainquoit tout par armes. Modestie en paroles, ebassant toute vanité, vanterie, braverie de paroles : la vaillance ne remue point la langue, mais les mains : n'est point

(1) Skn. F,]). I.IX.

(2) II est difficile L dis guerriers de conserver toujours de bonnes mœurs, cassiodor. Var. I,Ëp. ix

G) Par L'habitude des voluptés le soldat dégénère en courage comme en vigueur. Tac. Hist. liv. 1!, c. 0*

harangueuse, mais exécute : Vin nati miliiiœ factis magni ad verborum linguœque cer lamina rudes : — discrimen ipsum cerlaminis differt : — viri fortes, in opère acres, ante id placidiK Et au contraire les grands parleurs ne valent rien: Nimiiverbis, lïngua féroces-, Ori la langue est pour le conseil, la main pour le combat, dict Homère; en faict (c'est une simple et prompte obeyssance sans marchander oucontrerooller les commandemens des chefs ) : Hœcsunl bonœ militiœ, relie, vereri, obedire*. Abstinence, par laquelle les soldats gardent leurs mains nettes de toute violence, fourrage, larcin. Voylà en somme la discipline militaire, laquelle le gênerai fera valoir par loyer et recompense d'honneur envers les bons et vaillans, et punitions sévères contre les defaillans: car l'indulgence perd les soldats.

C'est assez parlé des soldats, maintenant deux mots des chefs, sans lesquels les soldats ne valent rien; c'est un corps sans ame, un navire avec des vogueurs sans maistre qui tient le gouvernail. Il y en a de deux sortes : il y a le gênerai et premier ; et puis les subalternes, maistre de camp, colonels : mais le gênerai ( qui ne doibt jamais estre qu'un, sous peine de perdre tout ) c'est tout. C'est pourquoy a esté dict que l'armée vaut autant que vaut son gênerai. Et faut faire plus d'estat de luy, que de tout le reste : Plus in duce repones, quam in exercitu4. Or ce gênerai, c'est le prince mesme et souverain, ou celuy qu'il aura com mis et bien choisi. La présence du prince est de très grand poids et efficace pour obtenir la victoire; redouble la force et le courage des siens, et semble estre requise, quand il y va du salut de son Estât ou d'une province. Aux guerres de moindre conséquence, il s'en peut déporter : Dubiis prœliorum exemptus sumnw rerum cl l imperii seipsum reservet5. Au reste,

(i) Les hommes nés pour la guerre et grands par de hauts faits sont très inhabiles aux. combats de la parole, tant ces genres de combats se ressemblent peu. — Ces bravo-., si violents dans l'action, sont hors de là calmes et pacifiques. Tit.- Liv. liv. IX, — id. liv. VII, — AKïST. Elliic.

(2) Les trop grands parleurs ne sont redoutables que pot !a langue. Tac. Hist. liv. I, c. 55.

(5) Tout l'art de la guerre est en ceci : vouloir, craindre, obéir. Thccyd. Hist. liv. V.

(() Tac de Morib. German. c. 30.

(,';) Que, ne s'exposant point au hasard dc-i combats, il se réserve seulement le commandement et les affaires les plus importantes. Tac. Uist. liv. il, c. 53.

Page 1