JNOTICE SUR PIERRE CHARRON
Le jésuite Garasse, dont le nom est devenu synonyme de tout ce qu'il y a de plus grossier dans l'injure , écrivit contre Charron, qu'il appelait le patriarche des esprits forts et qu'il voulait faire passer pour athée, une réfutation remplie des plus plates et des plus sottes diatribes.
Charron fut vivement affecté de ces cris ridicules d'une coterie. 11 revit son traité de la Sagesse, chercha à modifier ce qui avait pu paraître trop hasardé à quelques bons esprits, et composa, sous le titre de Petit traité de la Sagesse, une analyse et une apologie de son premier traité. Il prépara en même temps une nouvelle édition revue de son grand ouvrage; mais il n'eut pas le temps de mettre la dernière main à ce travail. II fut frappé subitement à Pa,ris d'un coup d'apoplexie sanguine, le 16 mars
Après sa mort, les cris de Garasse et des siens contre son ouvrage s'élevèrent si haut que le parlement s'opposa à l'impression de la seconde édition. Les feuilles déjà imprimées et la minute de l'auteur furent saisies; mais un ami de Charron, qui en avait sauvé une copie, la fit imprimer et la présenta ensuite en son entier au jugement du chancelier.
« Finalement , dit le vieil auteur de la vie de Charron , M. le chancelier et M. le procureur général du roi les feirent voir à deux docteurs de Sorbonne, qui baillèrent par escrit ce qu'ils trouvoient à redire en ces livres, qui ne partaient que de la sagesse humaine traitée moralement et philosophiquement. Le tout fut mis entre les mains de M. le président Jeannin , conseillier d'Estat, personnage des plus judicieux et des plus expérimentés de ce temps, qui, les ayant veus et examinés, dit haut et clair que ces livres n'estoient pour le commun et bas estage du monde, ains qu'il n'appartenoit qu'aux plus forts et relevés d'esprit d'en faire jugement, et qu'ils estoient vraiment livres d'Estat ; et , en ayant fait son rapport au conseil privé, la vente d'iceux en fut permise au libraire qui les avoit fait imprimer, et eut entière délivrance et main levée de toutes les saisies qui avoient esté faites, après
qu'on eust remonstré et justifié que les livres avoient esté corrigés et augmentés par l'auteur depuis la première impression faite à Bordeaux en 1601, et que, par ces additions et corrections, il avoit esclairci et fortifié, et en quelques lieux adouci ses discours sans avoir rien altéré du sens et de la substance, ce qu'il avoit fait pour fermer la bouche aux malicieux et contenter les simples, et après qu'il les avoit fait voir par aucuns de ses meilleurs amis, gens clairvoyans et nullement pedans, qui en estoient bien ediffiés et satisfaits. »
Le public, qui préférait un peu moins d'édification et un peu plus de satisfaction, rechercha avec plus d'avidité la première édition qui contenait la pensée de l'auteur tout entière. Aussi ce fut celle qui fut le plus souvent réimprimée.
Les meilleures éditions sont celles de Bastien,
1 vol. in-8, Paris, 1783 ; celles de Fantin en 4 vol. in-12, Dijon, 1801, et celle de M. Amaury Duval en
2 vol. in-8. M. A. Duval a reporté sur son édition les variantes des autres éditions et donné la traduction des passages latins cités par Charron. Cette dernière édition de M. Amaury Duval, homme honorable et studieux, est faite avec beaucoup de soin. Nous avons profité particulièrement de ses utiles travaux.
Outre son grand ouvrage de la Sagesse et le petit abrégé publié sous le titre de. Traité de la Sagesse, Charron avait publié en 1594, à Cahors, sans nom d'auteur, un Traité des trois vérités, réimprimé en 1598 à Bruxelles , sous le nom de Benoît Vaillant, et la même année à Bordeaux, sous son vrai nom , format in-8. C'est une apologie de la religion catholique contre les hérétiques et en particulier contre le Traité de l'Eglise du célèbre Duplessis-Mornay.
On a aussi de Charron un recueil de seize discours chrétiens sur la Divinité, la Création, la Rédemption, l'Eucharistie. Ils ont été imprimés pour la première fois à Bordeaux en 1000, puis à Paris en 1604. On en trouve les meilleures parties à la suite de l'apologie du livre de la Sagesse, dans l'édition de M. Amaury Duval.