LIVRE III, CHAP. VI
Of>.«r
conservation et la garde, qui est propre à la femme, est sombre.
Ce sont deux extrémités pareilles vicieuses, aymer et affectionner les richesses, les hayr et rejetter. J'entends richesses ce qui est outre et par dessus la nécessité et la suffisance. Le sage ne fera nj l'un ny l'autre, selon le souhait et prière de Salomon, ny richesse ny povreté ; mais les tiendra en leur rang, les estimant ce qu'elles sont, chose de soy indifférente, matière de bien et de mal, utiles à beaucoup de bonnes choses.
Les maux et misères, qui sont à l'affectionner et hayr les biens, ont esté dictscy-dessus1 ; voicy maintenant la reigle en la médiocrité, qui est en cinq mots : 1° Les vouloir, mais ne les aymer point: Sapiens non amat diviiias, sed mavult*. Tout ainsi que l'homme petit et foible de corps voudroit bien estre plus haut et plus robuste, mais c'est sans s'en soucier et sans s'en donner peine; cherchant sans passion ce que la nature désire, la fortune ne nous en sçauroit priver. 2° Encores beaucoup moins les chercher aux despens et dommage d'autruy, ou par arts et moyens lasches et sordides, affin que personne ne nous les pleure, plaigne ou envie s'il n'est malicieux. 3° Advenans et entrans par la porte honneste de devant ne les point rebuter, ains gayement les accepter et recevoir en sa maison, non en son cueur, en sa possession, non en son amour, comme n'en estant dignes. 4° Les ayant, les employer honnestement et discreltement en bien méritant d'autruy3, affin que pour le moins soit autant honneste leur sortie que leur entrée. 5° S'en allant d'elles-mesmes, se desrobant et se perdant, ne s'en contrister, ne s'en allant rien du nostre : Si divitiœ effluxerint, non auferent nisi semetipsas*. Bref, celuy ne mérite estre accepté de Dieu, et est indigne de on amour et de professiondevertu, qui faictcasdes biens de ce monde.
Aude, hospes, contcmncrc opes, et te quoque dignum Finge Veos.
(1) Liv. r, c. 22.
(2) Sen. de Vilâ bcatâ, c. 91, sub fine.
(5) Il n'y a rien, dit Plutarque, de plus convenable el do plus honnête que de faire profiter son bien, en s'abstenant de celui des autres. Plut. Vie de Ptiilopçemen.
(i) Sem. de Vitù bcatû, c. 22. La traduction précède le passage latin et même le développe.
fe») Comme lui fils des dieux, suivez ce grand exenrole ;
De la justice et debvoir de l'homme envers l'homme.
ADVEHTISSEMENT.
Ce debvoir est grand et a plusieurs parties. Nous en ferons du premier coup deux grandes : en la première nous mettrons les debvoirs généraux, simples et communs, requis de tous et un chascun, envers tous et un chascun, soit de cueur, de parole et de faict , qui sont amitié, foy, vérité et admonition libre, bienfaict, humanité, libéralité, recognoissance ; en seconde seront, les debvoirs spéciaux requis par une spéciale et expresse raison et obligation, entre certaines et certaines personnes, comme entre les mariés, parens et enfans, maislres et serviteurs , princes et subjects, magistrats, les grands et puissans, et les petits.
Première partie, qui est des debvoirs généraux et communs de tous envers tous. Et premièrement :