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CHAPITRE XIX

De la force ou vaillance en gênerai.

Vaillance (car ceste vertu est bien plus proprement dicte ainsi que force) est une droicte et forte asseurance, equable et uniforme de l'ame à l' encontre de tous accidens dangereux, difficiles et douloureux, tellement que son object et la matière après laquelle elle s'exerce, c'est la difficulté et le danger ; bref, tout ce que la foihlesse humaine peut craindre : Timendorum contemptrix, quœ terribilia et snb jugum Uberlaiem nostram mittentia despicit, provocat, frangit*.

(1) Il ne faut pas paraître les craindre ou les fuir. On a l'air de blâmer celui dont on évite la présence. Ses. Ep. XIV.

(2) tiT.-Liv.liv.XLV, c. 8.

(ô) Elle méprise les dangers de toute espère; elle nous met au-dessus des vaincs terreurs qui subjuguent notre liberté; elle les brave ; elle en triomphe. SÉa Ep. LXXXVIII.

PAR CHARRON

De toutes les vertus, la plus en honneur et estime, et la plus noble, est ceste-cy ; laquelle par prérogative est appelée simplement vertu. C'est la plus difficile, la plus glorieuse, qui produict de plus grands, esclatans et excellent effects; elle comprend magnanimité, patience, constance, persévérance invincible, vertus héroïques, dont plusieurs ont recherché les maux avec faim, pour en venir à ce noble exercice. Ceste vertu est le rempart imprenable, le harnois complet, l'armure acérée et à l'épreuve de tous accidens : Munimentum imbecillitatis humanœ inexpugnabile ; quod qui circumdedit sibi, securus in hac vitœ obsidione perdurai*.

Mais pource que plusieurs se mescomptent et imaginent des faulses et bastardes vaillances, au lieu de l'unique vraye vertu, je veux, en expliquant plus au long sa nature et définition, secouer et rejetter les erreurs populaires qui se fourrent icy. Nous remarquerons donc en ceste vertu quatre conditions. La première est généralement et indifféremment contre toutes sortes de difficultés et dangers, parquoy faillent ceux qui n'estiment autre vaillance que la militaire, laquelle seule ils mettent en prix, pource que peust- estre elle est plus pompeuse et bruyante, et qu'elle apporte plus de réputation et de gloire, qui est la langue et la trompette de l'immortalité ; car, à vray dire, il y a plus d'esclat et de bruict que de peine etde danger. Or, ce n'est qu'une petite parcelle et bien petit rayon de la vraye, entière, parfaite et universelle, pour laquelle l'homme est tel seul qu'en compagnie, en un lict avec les douleurs qu'au camp, aussi peu craignant la mort en la maison qu'en l'armée. Ceste militaire vaillance est pure et naturelle aux bestes, chez lesquelles elle est pareille aux femelles qu'aux masles; aux hommes elle est souvent artificielle , acquise par craincte et appréhension de captivité, de mort, de douleur, de povreté, desquelles choses la beste n'a point de peur. La vaillance humaine est une sage couardise, une craincte accompaignéede la science d'éviter un mal par un autre; cholere est sa trempe et son fil, les bestes l'ont toute pure. Aux hommes aussi elle s'acquiert par l'usage, institution, exemple, coustume, et

(l) C'est une forteresse inexpugnable qui garantit l'humaine faiblesse ; ceux qu'elle protège n'ont rien à craindre des maux oui assiègent la vie. Sén. Ep. CX11I.

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