‹ Choix de moralistes françaisChapitre 24 sur 509 · LIVRE I, CHAP. III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. III

de celle d'en haut par îe destroit de la gorge, en laquelle estl'ame irascible et les parties pectorales, prœcordia, savoir : le cœur, très chaud, situé environ la cinquiesme coste, ayant sa pointe soubs la mammelle gauche, origine des artères, qui tousjours se mouvent et font le pouls, par lesquelles comme canaulx il envoyé et distribue par tout le corps le sang vital qu'il a cuit, et par iceluy l'esprit et la vertu vitale. Les poulmons de substance fort molle, rare et spongieuse, soupple à attirer et pousser comme soufflets, instrumens de la respiration, par laquelle le cœur se rafraischit, attirant le sang, l'esprit et l'air, et se deschargeant des fumées et excremens qui le pressent et de la voix, par le moyen de Vaspre artère.

La quatriesme et plus haute qui respond à la région céleste est la leste, qui contient le cerveau, froid et spongieux, enveloppé de deux membranes, l'une plus dure et espesse, qui touche au test, dura mater; l'autre plus douce et déliée, qui luy est contiguë, pia mater. D'iceluy sortent et dérivent tous les nerfs et la mouelle qui descend et découle au long de l'espine du dos. Ce cerveau est le siège de l'ame raisonnable, la source de sentiment et mouvement, et des très nobles esprits animaux, faits des esprits vitaux, lesquels montés du cœur par les artères au cerveau, sont cuits, recuits, elabourés et subtilisés par le moyen d'une multiplicité de petites et subtiles artères, comme filets diversement tissues, repliées, entrelassées par plusieurs tours et retours, comme un labyrinthe et double rets, rete mirabile, dedans lequel cest esprit vital estant retenu, séjournant, passant et repassant souvent, s'affine, subtilise et perfectionne, et devient animal, spirituel en souverain et dernier degré.

Les externes et patentes, si elles sont singulières, sont au milieu, comme le nez, qui sert à la respiration, odorat et consolation du cerveau et à la deseharge d'iceluy, tellement que par luy l'air entre et sort, et en bas aux poulmons, et en haut au cerveau ; la bouche, qui sert au manger et au parler, dont elle est de plusieurs pièces, qui servent à ces deux ; au dehors des lèvres, au dedans de la langue extrêmement soupple, qui juge des saveurs; des dents pour mouldre et briser les morceaulx ; le nombril; les deux sentines et voyes de descharge.

Si elles sont doubles et pareilles, sont collatérales et esgales ,comme les deux yeux , plantés au plus haut estage comme sentinelles, composés de plusieurs et diverses pièces, trois humeurs, sept tuniques, sept muscles, diverses couleurs avec beaucoup de façon et d'artifice. Ce sont les premières et plus nobles pièces externes du corps, en beauté, utilité, mobilité, activité, mesmes au fait d'amour ùs i3«v, <l>ç êpfaw *, sont au visage ce que le visage est au corps, sont la face de la face, et pour ce qu'ils sont tendres, délicats etpretieux, ils sont munis etremparés de toutes parts de pellicules, paulpieres, sourcils, cils et poils. Les oreilles en mesme hauteur que les yeux, comme les escoutes du corps, portières de l'esprit, receveurs et juges des sons qui montent tousjours ; elles ont leurs advenues et entrées obliques et tortueuses,affin que l'air et le son n'entrassent tout à coup, dont le sens de l'ouye en pourroit estre blessé et n'en pourroit si bien juger. Les bras et mains, ouvrières de toutes choses, instrumens universels. Les jambes et pieds, soubstiens et colomnes de tout le bastiment.

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