CHAPITRE IV
Des propriétés singulières du corps humain.
*Le corps humain a plusieurs singularités, dont les unes luy sont peculieres privativement
(1) Dès que je le vis, j'en perdis la raison.
Théoc. Idyl. II, v. 82.
* Variante. L'homme en son corps a plusieurs choses qui luy sont peculieres privativement aux Lestes. 1° Stature droitte, 2° forme belle , 5° visage proprement dit, 4° nudité naturelle , 5" mouvement tant divers des membres^* soupplesse et mobilité de la main ouvrière de tant de choses, c'est un miracle, 7° grosseur et abondance de cerveau, 8° le genouil, qui est en l'homme seul au devant , 9" si grande longueur du pied au devant et qui est si court au derrière, 10° saignée du- nez, chose eslrange, veu qu'il a la teste droitte et les bestes baissée, 11° rougir à la honte, 12° pallir à la crainte, 13° les causes ou raisons de toutes ces singularités sont belles, mais ne sont de ce nostre pris faict.
Les biens du corps sont la santé , la beauté , i'alegresse , la force, la vigueur, l'adresse et disposition; mais la sanlé passî tout.
Les principales et plus nobles pièces des externes sont les sens corporels, et des internes le cerveau, le cœur, le foye, et puis les genitoires et les poulmons.
L'excellence du corps est généralement en la forme, droiclure et port d'iceluy, spécialement et particulièrement en la facfc et aux mains, qui sont les deux parties que nous laissons par honneur nues. Certe les sages mesme stdïqucs ont tant fait
DE LA. SAGESSE, PAR CHARRON
des autres animaux. Les premières et principales sont la parole, la stature droicte, la forme et le port, dequoy les sages, mesme les stoïques, ont fait tant de cas qu'ils ont dit valoir mieux, estre fol en la forme humaine que sage en la forme brutale ; la main c'est un miracle, celle du singe est peu de cas; après sont la nudité naturelle, le rire et pleurer, le sens du chatouillement, sourcil en la paupière basse de l'œil, nombre visible, la poincte du cœur en la partie senestre, le genouil au devant, palpitation du cœur, les artueils des pieds plus longs que des mains, saignée du nez, chose estrange, veu qu'il a la teste droicte et la beste l'a baissée, rougir à la honte, pallir à la crainte, estre ambidextre, disposé en tout temps aux œuvres de Vénus, ne remuer les oreilles, qui signifie aux animaux les affections internes-, mais l'homme les signifie assez par le rougir, pallir, mouvemens des yeux et du nez.
Les autres luy sont singulières, non du tout, mais par excellence et advantage, car elles se trouvent es animaux, mais en moindre degré, sçavoir : multitude de muscles et de poils en la teste -, soupplesse et facilité du corps et de ses parties à tout mouvement et en tout sens -, élévation des tetins, grosseur et abondance de
de cas delà forme humaine qu'ils ont dit vouloir mieux estre fol en la forme humaine que sage en la forme brutale, preferans la forme corporelle à la sagesse.
Le corps de l'homme touche fort peu la terre; il est droit , tendu au ciel, où il regarde, se voit et se cognoist, comme en son miroir. Les plantes tout au rebours ont la teste et racine toute dedans la terre ; les besles, comme au milieu, l'ont entre deux, mais plus et moins. La cause de ceste droiduro n'est pas proprement l'ame raisonnable, comme il se voit aux courbés, bossus, boiteux ; non la ligne droicte de l'espine du dos , qui est aussi aux serpens; non la chaleur naturelle ou •vitale, qui est pareille ou plus grande en certaines besles, combien que tout cela y peut servir de quelque chose : ceste droiclure convient à l'homme, et comme homme, et comme roy d'icy bas. Aux pelitec et particulières royautés y a une marque et majesté, comité il se vo'l au daulphin couronné, au serpent basilizé, au lion avec son collier, sa couleur de poil, et ses yeux, en l'aigle, au roy des abeilles. Mais l'homme roy universel d'icy bas marche la teste droilte, comme un maistre en sa maison , régente tout et en vient à bout par amour ou pai force , domptant ou apprivoisant.
Comme il y en a qui ont des contenances, gestes et mou- ■vemens artificiels et affectés, aussi y en a qui en ont de si naturels et si propres qu'ils ne le sentent ny ne les recognoissent point, comme pencher la teste, rincer le nais. Mais tous en avons qui ne partent point de nostre discours, ains d'une pure, naturelle et prompte impulsion , comme mettre la main au devant en nos cheutes.
cerveau, grandeur de vessie, forme de pied^ longue au devant, courte au derrière-, abondance, clarté et subtilité de sang, mobilité et agilité de langue, multitude et variété de songes telle qu'il semble estre seul songeant ; esternuement; bref tant de remuemensdes yeux, du nez, des lèvres.
Il y a aussi des contenances propres et singulières, mais différentes; les unes sont des gestes, mouvemens et contenances artificielles et affectés, d'autres en ont de si propres et si naturelles qu'ils ne les sentent ny ne les recognoissent point, comme pencher de la teste, rincer le nez. Mais tous en ont qui ne partent point du discours, ains d'une pure, naturelle et prompte impulsion, comme mettre la main au devant aux cheutes.