CHAPITRE Y
Des biens du corps, santé et beauté, et autres.
Les biens du corps sont la santé, beauté, allégresse, force, vigueur, addresse et disposition ; mais la santé est la première et passe tout. La santé est le plus beau et le plus riche présent que nature nous sache faire, préférable à toute autre chose, non seulement science, noblesse, richesses, mais à la sagesse mesme, ce disent les plus austères sages ; c'est la seule chose qui mérite que l'on employé tout, voire la vie mesme, pour l'avoir ; car sans elle la vie est sans goust, voire est injurieuse ; la vertu et la sagesse ternissent et s'esvanouissent sans elle; quel secours apportera au plus grand homme qui soit toute la sagesse, s'il est frappé du haut mal, d'une apoplexie? Certes, je ne luy puis préférer aucune chose que la seule preud'hommie, qui est la santé de l'ame. Or, elle nous est commune avec les bestes, voire le plus souvent plus advantageuse, forte et vigoureuse en elles qu'en nous. Or, combien que ce soit un don de nature, gaudeant bene nati^ oclrové en la première conformation, si est-ce que ce qui vient après le laict, le bon reiglement de vivre qui consiste en. sobriété, médiocre exercice, se garder de tristesse et de toute sorte d'émotion, la conserve fort. La maladie et la douleur sont ses contraires, qui sont les plus grands, et peul-estre les seuls maux de
(1) Que ceux qui sont heureusement nés s'en réjouissent.