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CHAPITRE XXXVI

De la tempérance en gênerai.

Tempérance se prend doublement, en terme gênerai, pour une modération et douce attrempance en toutes choses. Et ainsi ce n'est point une vertu spéciale, mais générale et commune, c'est un assaisonnement de toutes; et est perpétuellement requise, principalement aux affaires où y a de la dispute et contestation, aux troubles et divisions. Pour la garder il n'y a que n'avoir point d'intentions particulières, mais simplement se tenir à son debvoir. Toutes intentions légitimes sont tempérées; la cholere, la hayne sont au-delà du debvoir et de la justice et servent seulement à ceux qui ne se tiennent à leur debvoir par la raison simple.

Spécialement pour une bride et reigle aux choses plaisantes, voluptueuses, qui chatouillent nos sens et nos appétits naturels : Habena voluptatis, inter libidinem et stuporem naturœ posita, cuj'us duœ partes : verecundiain fuga turpium , honestas in observatione decori^.

(1) Slratônicc.

(21 Dans la volupté, il est un frein qui arrête les dé«irs déréglés et l'intempérance de la nature ; c'est ce sentiment de pudeur qui Moral.

Nous la prendrons icy un peu plus au large pour la reigle et le debvoir en toute prospérité, comme la force esloit la reigle en toute adversité, et sera la bride comme la force l'esperon. Avec ces deux nous dompterons ceste partie brutale, farouche et revesche des passions qui est en nous, et nous nous porterons bien et sagement en toute fertune et en tous accidens, qui est le plus haut poinct de sagesse.

La tempérance a donc pour son subject et objet gênerai toute prospérité, chose plaisante et plausible, mais spécialement et proprement la volupté, de laquelle elle est retranchement et reiglement ; retranchement de la superflue, estrangere, vitieuse; reiglement de la naturelle et nécessaire : Voluptatibus imperat ; alias odit etabigit; alias dispensât et ad sanum modum redigit; nec unquam ad illas propter illas venitj scit optimum esse modum cupilorum, non quantum velis, sed quantum debeas1. C'est l'authorité et puissance de la raison sur les cupidités et violentes affections qui portent nos volontés aux plaisirs et voluptés. C'est le frein de nostre ame et l'instrument propre à escumer les bouillons qui s'eslevent par la chaleur et l'intempérance du sang, affin de contenir l'ame une et esgale à la raison, affin qu'elle ne s'accommode point aux objects sensibles, mais plustost qu'elle les accommode et fasse servir à soy . Par icelle nous sevrons nostre ame du laict doux des délices de ce monde, et la rendons capable d'une plus solide et succulente nourritu re. C'est une reigle laquelle doucement accommode toutes choses à la nature, à la nécessité, simplicité, facilité, santé, fermeté. Ce sont choses qui vont volontiers ensemble et sont les mesures et bornes de sagesse ; comme au rebours l'art, le luxe et supertluité, la variété et multiplicité, la difficulté, la maladie et délicatesse se font compagnie, suyvent l'intempérance el la folie : Simplici cura constant necessaria, in deliciis laboratur. ...Ad parala nati sumus ;

nous éloigne des choses honteuses , et l'honnêteté qui nom porte à observer les lois de la bienséance.

{l) La tempérance commande aux voluptés; elle hait et repousse les unes; elle gouverne les autres, et les retient dans de justes bornes. Ce n'est jamais pour s'y livrer aveuglément qu'elle s'en approche; elle n'ignore pas que cette maxime: « ne pas faire tout ce qu'on voudrait , mais seulement autant qu'on doit, » est la meilleure des règles pour quiconque iprouve d»s passions. Ses. Kp. LXXXVW.

290 DE LA SAGESSE, PAR CHARRON

omnia nobis difficilia facilium faslidio feeimus1.

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