CHAPITRE VIII
De l'ame en particulier, et premièrement de la faculté végétative.
Après la description générale de l'ame en ces dix poincts, il faut en parler particulièrement, selon l'ordre de ses facultés, commençant par les moindres, lequel est tel, végétative, sensitive, apprehensive ou imaginative, appetitive, intellective, qui est la souveraine et vrayement humaine. Sous chascune y en a plusieurs, qui leur sont subjectes et comme parties d'icelles, comme se verra en les traittant de rang.
De la végétative plus basse, qui est mesme aux plantes, je n'en veux parler beaucoup, c'est le propre subject des médecins, de la santé et de la maladie. Dirons seulement que soubs cette faculté il y en a trois grandes qui s'entresuivent; car la première sert à la seconde, et la seconde à la troisiesme, et non au rebours. La première donc est la nourrissante pour la conservation de l'individu et à icelle plusieurs autres servent , l'attractive de la viande nécessaire, la concoctive, la digestive, séparant le propre et bon du mauvais et nuisible ; la seconde accroissante pour la perfection et quantité deue à l'individu ; la troisiesme est la generative pour la conservation de l'espèce. Par où il se vojt que les deux premières sont pour l'individu, et agissent au dedans de leur propre corps ; la troisiesme est pour l'espèce, agit et a son effect au dehors en autre corps, dont est plus digne que les autres, et approcha de la faculté plus haute qui est la sensitive; c'est un grand tour de perfection de faire une autre chose semblable à soy.