LIVRE ï, CHAP. ÏX
der les choses externes, ce qui se faict en cinq façons, dont Ton constitue cinq sens (de ce nombre en sera parlé au chapitre suivant ) , sçavoir ouyr, voyr, flairer, gouster, toucher. * L'instrument corporel du sens , et y en a cinq, autant que de sens, l'œil, l'oreille, le haut creux du nez qui est l'entrée aux premiers ventricules du cerveau, la langue, la peau universelle du corps.
L'esprit qui dérive du cerveau origine de l'ame sensitive, par certains nerfs auxdits insîrumens, par lequel esprit et instrument l'ame exerce sa faculté.
L'espèce sensible ou l'object proposé à l'instrument , qui est différent selon la diversité des sens. L'object de la veue et de l'œil est selon l'advis commun la couleur, qui est une qualité adhérente au corps, et y en a six simples, blanc, jaune, rouge, pourpre, verd et bleu; aucuns y adjoustent le septiesme noir; mais à vray dire ce n'est couleur, ains privation, ressemblant aux ténèbres, comme les couleurs plus ou moins à la lumière; des composées une infinité; mais à mieux dire c'est la lumière, qui n'est jamais sans couleur et sans laquelle les couleurs sont invisibles. Or la lumière est une qualité qui sort du corps lumineux, laquelle se faict voyr, et toutes choses, si estant terminée et arrestée par quelque corps solide, elle rejaillit et redouble ses rayons; autrement si elle passe sans estre terminée, elle ne peust. estre veue, si ce n'est en sa racine du corps lumineux d'où elle est partie, ny faire voyr les autres choses. De l'ouye et l'oreille c'est le son , qui est un bruit provenant du heurt des deux corps, et est divers, le doux et harmonieux adoucit et appaise l'esprit , et à sa suite le corps; chasse les maladies de tous deux -, l'aigu pénétrant et ravissant, au rebours trouble et blesse l'esprit. Du goust est la saveur qui est de six espèces simples, doux, amer, aigre, verd, salé, aspre; mais il y en a plusieurs composés. Du flairement c'est l'odeur ou senteur, qui est une fumée sortant de l'object odoriférant, montant par le nez aux premiers ventricules du cerveau ; le fort et violent nuict fort au cerveau, comme le son mauvais; le tempéré et bon au contraire le resjouit, délecte et conforte. De l'attouchement est le chaud, froid, sec et bumide, doux ou poli, aspre, le mouvement, le repos, le chatouillementjp '■ et d'affaires les uns que les autres, comme un
Le milieu ou Tentre-deux dudit object et de l'instrument, qui est l'air non altéré ny corrompu, mais libre et tel qu'il faut.
Ainsi le sentiment se faict quand l'espèce sensible se présente par le milieu disposé à l'instrument sain et disposé, et qu'en iceluy l'esprit assistant la reçoit et appréhende, tellement qu'il y a de l'action et passion, et les sens ne sont pas purement passifs; car combien qu'ils reçoivent et soient frappés par l'object, si est-ce aussi qu'en quelque sens et mesure ils agissent, en appercevant et appréhendant l'espèce et image de l'objet proposé.
Anciennement et auparavant Aristote on mettoit différence entre le sens de la veue et les autres sens, et tenoient tous que la veue estoit active et se faisoit en jetant hors Fcéil les rayons aux objects externes -, et les autres sens passifs recevant la chose sensible -, mais depuis Aristote l'on les a faict s tous pareils et tous passifs, recevant en l'instrument les espèces et images des choses -, les raisons des anciens au contraire sont aisées à soudre. Il y a de plus belles et hautes choses à dire des sens cy-après.
Or, outre ces cinq sens particuliers qui sont au dehors , il y a au dedans le sens commun où tous les objects divers apperceus par iceux sont assemblés et ramassés pour estre puis comparés, distingués et discernés les uns dc9 autres, ce que ne peuvent faire lesparticuliers^ estant chascuo attentif à son object propre, et ne pouvant cognoistre de celuy de son coir.j i*gnon.