‹ Choix de moralistes françaisChapitre 338 sur 509 · PARTIK II, ART. MM · texte numérisé non relu

PARTIK II, ART. MM

Si Jésus-Christ n'étoit venu que pour sanctifier, l'Écriture et toutes choses y tendroient, et il seroit hien aisé de convaincre les infidèles-, mais comme il est venu in sanclificationem et inscandalum, comme dit Isaïe (Is., vin, 14), nous ne pouvons convaincre l'obstination des infidèles-, mais cela ne l'ait rien contre nous, puisque nous disons qu'il n'y a point de conviction dans toute la conduite de Dieu pour les esprits opiniâtres et qui ne cherchent pas sincèrement la vérité.

Jésus-Christ est venu afin que ceux qui ne voyoient point vissent et que ceux qui voyoient devinssent aveugles ; il est venu guérir les malades et laisser mourir les sains, appeler les pécheurs à la pénitence et les justifier, et laisser ceux qui se croyoient justes dans leurs péchés ; remplir les indigents et laisser les riches vides.

Que disent les prophètes de Jésus-Christ? qu'il sera évidemment Dieu? non; mais qu'il est un Dieu véritablement caché; qu'il sera méconnu ; qu'on ne pensera point que ce soit lui ; qu'il sera une pierre d'achoppement à laquelle plusieurs heurteront, etc.

C'est pour rendre le Messie connoissable aux bons etméconnoissableaux méchants que Dieu l'a fait prédire de la sorte. Si la manière du Messie eût été prédite clairement, il n'y eût point eu d'obscurité, même pour les méchants. Si le temps eût été prédit obscurément, il y eût eu obscurité, même pour les bons; car la bonté de leur cœur ne leur eût pas fait entendre qu'un n , par exemple, signifie six cents ans S. Mais le temps a été prédit clairement, et la manière en figures.

Par ce moyen les méchants, prenant les biens promis pour des biens temporels, s'égarent malgré le temps prédit clairement, et les bons ne s'égarent pas ; car l'intelligence des biens promis dépend du cœur, qui appelle bien ce qu'il aime; mais l'intelligence du temps promis ne dépend point du cœur: et ainsi la prédiction claire du temps et obscure des biens ne trompe que les méchants.

Comment falloit-il que fût le Messie, puisque

(\) Chez les Hébreux, comme chez les Grecs, toutes les lettres de l'alphabet ont leur valeur numérale.

par lui le sceptre devoit être éternellement en Juda, et qu'à son arrivée le sceptre devoit être ôté de Juda?

Pour faire qu'en voyant ils ne voient point. et qu'en entendant ils n'entendent point, rien ne pouvoit être mieux fait.

Au lieu de se plaindre de ce que Dieu s'est caché, il faut lui rendre grâce de ce qu'il s'est tant découvert, et lui rendre grâce aussi de ce qu'il ne s'est pas découvert aux sages ni aux superbes, indignes de connoître un Dieu si saint.

La généalogie de Jésus-Christ dans l'Ancien Testament est mêlée parmi tant d'autres inutiles qu'on ne peut presque la discerner. Si Moïse n'eût tenu registre que des ancêtres de Jésus-Christ, cela eût été trop visible; mais, après tout , qui regarde de près voit celle de Jésus-Christ bien discernée par Thamar, Ruth, etc.

Les foiblesses les plus apparentes sont des forces à ceux qui prennent bien les choses ; par exemple, les deux généalogies de saint Matthieu et de saint Luc, il est visible que cela n'a pas été fait de concert.

Qu'on ne nous reproche donc plus le manque de clarté, puisque nous en faisons profession; mais que l'on reconnoisse la vérité de la religion dans l'obscurité même de la religion, dans le peu de lumière que nous en avons, et dans l'indifférence que nous avons de la connoître.

S'il n'y avoit qu'une religion, Dieu seroit trop manifeste-, s'il n'y avoit de martyrs qu'en notre religion, de même.

Jésus-Christ, pour laisser les méchants dans l'aveuglement, ne dit pas qu'il n'est point de Nazareth ni qu'il n'est point le fils de Joseph.

Comme Jésus-Christ est demeuré inconnu parmi les hommes, la vérité demeure aussi parmi les opinions communes, sans différence à l'extérieur, ainsi l'Eucharistie parmi le pain commun.

Si la miséricorde de Dieu est si grande qu'il nous instruit salutairement même lorsqu'il se cache, quelle lumière ne devons-nous pas en attendre lorsqu'il se découvre?

PENSEES DK PASCAL,

On n'entend rien aux ouvrages de Dieu si on ne prend pour principe qu'il aveugle les uns et éclaire les autres.

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