SENTENCES ET MAXIMES DE LA BOCHEFOUCAULD
suadent toujours. Elles sont comme un art de la nature dont les règles sont infaillibles; et l'homme le plus simple, qui a de la passion, persuade mieux que le plus éloquent qui n'en a point1.
Les passions ont une injustice et un propre intérêt qui fait qu'il est dangereux de les suivre, et qu'on s'en doit défier, lors même qu'elles paraissent les plus raisonnables.
II y a dans le cœur humain une génération perpétuelle de passions; en sorte que la ruine de l'une est presque toujours l'établissement d'une autre.
Les passions en engendrent souvent qui leur sont contraires; l'avarice produit quelquefois la prodigalité et la prodigalité l'avarice; on est souvent ferme par foiblesse et audacieux par timidité3.
Quelque soin que l'on prenne de couvrir ses passions par des apparences de piété et d'honneur, elles paroissent toujours au travers de ces voiles3.
Notre amour-propre souffre plus impatiemment la condamnation de nos goûts que de nos opinions.
Les hommes ne sont pas seulement sujets à perdre le souvenir des bienfaits et des injures; ils haïssent même ceux qui les ont obligés, et cessent de haïr ceux qui leur ont fait des outrages. L'application à récompenser le bien et à se venger du mal leur paroît une servitude à laquelle ils ont peine de se soumettre.
La clémence des princes n'est souvent qu'une politique pour gagner l'affection des peuples.
f (1) Var. On lit dans la première édition : « et l'homme
le plus simple que la passion fait parler persuade mieux que celui qui n'a que la seule éloquence. » (1005— n. 8.)
(2) Var. Le mot prodigalité a remplacé dans les quatre dernières éditions celui de libéralité, que la Rochefoucauld avait mis dans la première.
(3) Var. Quelque industrie que l'on ail à cacher ses passions sous le voile de la piété cl de l'honneur, il y en a toujours quelque endroit qui se montre (I60o— n. 12).
Cette clémence , dont on fait une vertu , se pratique tantôt par vanité, quelquefois par paresse, souvent par crainte et presque toujours par tous les trois ensemble1.
La modération des personnes heureuses vient du calme que la bonne fortune donne à leur humeur3.
La modération est une crainte de tomber dans l'envie et dans le mépris que méritent ceux qui s'enivrent de leur bonheur; c'est une vaine ostentation de la force de notre esprit; et enfin la modération des hommes dans leur plus haute élévation est un désir de paroître plus grands que leur fortune.
Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui.
La constance des sages n'est que l'art de renfermer leur agiiation dans leur cœur.
Ceux qu on condamne au supplice affectent quelquefois une constance et un mépris de la mort qui n'est en effet que la crainte de l'envisager; de sorte qu'on peut dire que cette constance et ce mépris sont à leur esprit ce que le bandeau est à leurs yeux 3.
La philosophie triomphe aisément des maux passés et des maux à venir; mais les maux présents triomphent d'elle4.
(1) Far. La clémence, dont nous-faisons une vertu, se pratique tantôt par la gloire, quelquefois par paresse, souvent par crainte, et presque toujours par tous les trois ensemble (lGGo— n. 10).
(2) Var. La modération des personnes heureuses est le calme de leur humeur adoucie par la possession du bien ( 1C65 — n. 10).
(5) Var. Ceux qu'on fttit mourir aiïcclent quelquefois des constaHoes, des froideurs et des mépris de la mort, pour ne pas penser à cUe ; de sorte qu'on peut dire que ces froideurs et ces mépris font à leur esprit ce que le bandeau fait à leurs yeux (ICCo — n. 24).
('<) Var. La philosophie triomphe aisément des maux passés et de ceux qui ne sont pas prêts d'arriver; mais les maux présents triomphent d'elle (ltiGîi — n. 25).
SENTENCES ET MAXIMES
Peu de gens connoissent la mort; on ne la souffre pas ordinairement par résolution, mais par stupidité et par coutume ; et la plupart des hommes meurent, parce qu'on ne peut s'empêcher de mourir1.
Lorsque les grands hommes se laissent abat- Ire par la longueur de leurs infortunes, ils font voir qu'ils ne les soutenoient que par la force de leur ambition, et non par celle de leur âme; et qu'à une grande vanité près, les héros sont faits comme les autres hommes2.
Il faut de plus grandes vertus pour soutenir la bonne fortune que la mauvaise3.
Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement.
On fait souvent vanité des passions, même les plus criminelles ; mais l'envie est une passion timide et honteuse que l'on n'ose jamais avouer4.
La jalousie est, en quelque manière, juste et raisonnable, puisqu'elle ne tend qu'à conserver in bien qui nous appartient ou que nous croyons nous appartenir; au lieu que l'envie est une fureur qui ne peut souffrir le bien des autres5.
(1) Var. Dans la première édition, ceUe réflexion se termine ainsi : « ... et la plupart des hommes meurent parce qu'on meurt. »(IG65— n. 26.)
(2) Var. Les grands hommes s'abattent et se démontent a la fin par la longueur de leurs infortunes; cela fait bien voir qu'ils n'étoient pas forts quand il les supportoient, mais seulement qu'ils se donnoient la gène pour le paroilre, et qu'ils soutenoient leurs malheurs par la force de leur ambition , et non pas par celle de leur âme ; enfin, à une grande vanité près, les héros sont faits comme les autres hommes (1GG3— n. 27).
(5) Var. Il faut de plus grandes vertus et en plus grand nombre pour soutenir la bonne fortune que la mauvaise ( 16G5 — n. 28).
(4) Var. Quoique toutes les passions se dussent cacher, elles ne craignent pas néanmoins le jour; la seule envie est une passion timide et honteuse qu'on n'ose jamais avouer (1GG5 — n. 50).
(5) Var. La jalousie est raisonnable et juste en quelque manière, puisqu'elle ne cherche qu'à conserver un bien qui nous appartient, ou que nous croyons nous appartenir ; au lieu que l'envie est une fureur qui nous fait toujours souhaiter la ruine du bien des autres (1GG5— n. 31),
Le mal que nous faisons ne nous attire pas tant de persécution et de haine que nos bonnes qualités.
Nous avons plus de force que de volonce; et c'est souvent pour nous excuser à nous-mêmes, que nous nous imaginons que les choses sont impossibles.
Si nous n'avions point de défauts, nous ne prendrions pas tant de plaisir à en remarquer dans les autres1.
La jalousie se nourrit dans les doutes, et elle devient fureur ou elle finit sitôt qu'on passe du doute à la certitude2.
L'orgueil se dédommage toujours et ne perd rien, lors même qu'il renonce à la vanité.
Si nous n'avions point d'orgueil, nous ne nous plaindrions pas de celui des autres.
L'orgueil est égal dans tous les hommes, et il n'y a de différence qu'aux moyens et à la manière de le mettre à jour.
11 semble que la nature, qui a si sagement disposé les organes de notre corps pour nous rendre heureux, nous ait aussi donné l'orgueil pour nous épargner la douleur de connoître nos imperfections5.
(1) Var. Si nous n'avions poirt de défauts, nous ne serons pas si aises d'en remarquer aux autres (1GG5— n. 541.
(2) Var. La jalousie ne subsiste que dans les doutes : l'incertitude est sa matière ; c'est une passion qui cherche tous [k s jours de nouveaux, sujets d'inquiétude et de nouveaux tourments. On cesse d'être jaloux dès que l'on est éclairci de cri qui causoit la jalousie (1GG3— n. 35). — La jalousie se nourrit dans les doutes. C'est une passion qui cherche toujours de nouveaux sujets d'inquiétude et de nouveaux tourments, et elle devient fureur sitôt qu'on passe du doute à la certitude (IGOG— n. 32).
(5) Var. La nature, qui a si sagement pourvu à la vie de l'homme par la disposition admirable des organes du corps, lui a sans (huile donné l'orgueil pour lui épargner la douleur rtc eonaoUre ses imperfections, et ses misères (iGWi— n. W.
DE LA ROCIlfcL'OL'CAULI).
L'orgueil a plus de part que la bonté aux remontrances que nous faisons à ceux qui commettent des fautes, et nous ne les reprenons pas tant pour les en corriger, que pour leur persuader que nous en sommes exempts.
Nous promettons selon nos espérances et nous tenons selon nos craintes.
L'intérêt parle toutes sortes de langues et joue toutes sortes de personnages, même celui de désintéressé.
L'intérêt qui aveugle les uns fait la lumière des autres1.
Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses deviennent ordinairement incapables des grandes2.
Nous n'avons pas assez de force pour suivre toute notre raison.
L'homme croit souvent se conduire lorsqu'il est conduit; et, pendant que par son esprit il tend à un but, son cœur l'entraîne insensiblement à un autre5.
La force et la foibîesse de l'esprit sont mal nommées; elles ne sont en effet que la bonne ou la mauvaise disposition des organes du corps.
Le caprice de notre humeur est encore plus bizarre que celui de la fortune.
L'attachement ou l'indifférence que les phi-
fl) Yar. L'intérêt, à qui on reproche d'aveugler les uns, est tout ce qui fait la lumière des autres (1065— n. 41).
(2) Yar. La complexion, qui fait le talent pour les petites choses, est contraire à celle qu'il faut pour le talent des grandes (1605— n. 51).
(5) Yar. L'homme est conduit , lorsqu'il croit se conduire ; et, pendant que par son esprit il vise à un endroit, son cœurl'acltemiue insensiblement ci un autre nooci— u. i"i).
losophes avoient pour la vie n'étoit qu'un goût de leur amour-propre dont on ne doit non plus disputer que du goût de la langue ou du choix des couleurs1.
Notre humeur met le prix à tout ce qui nous vient de la fortune.
La félicité est dans le goût et non pas dans les choses -, et c'est pour avoir ce qu'on aime qu'on est heureux, et non pour avoir ce que les autres trouvent aimable.
On n'est jamais si heureux ni si malheureux qu'on s'imagine2.
Ceux qui croient avoir du mérite se font un honneurd'être malheureux, pour persuader aux autres et à eux-mêmes qu'ils sont dignes d'être en butte à la fortune3.
Rien ne doit tant diminuer la satisfaction que nous avons de nous-mêmes que de voir que nous désapprouvons dans un temps ce que nous approuvions dans un autre4.
LU
Quelque différence qui paroisse entre les fortunes, il y a néanmoins une certaine compensation de biens et de maux qui les rend égales5.
(1) Yar. L'attachement ou l'indifférence pour la vie sont des goûts de l'amour-propre, dont on ne doit non plus disputer que de ceux de la langue ou du choix des couleurs (1665— D. 52).
(2) Yar. On n'est jamais si malheureux qu'on croit, ni si heureux qu'on avoit espéré (1665 — n. 59).— On n'est jamais si heureux ni si malheureux que l'on pense (1666— n. 50).
(5) Yar. Ceux qui se sentent du mérite se piquent toujours d'être malheureux, pour persuader aux autres et à eux-mêmes qu'ils sont au-dessus de leurs malheurs, et qu'ils sont dignes d'être en butte à la fortune (1665 — n. 57). On trouve dans la même édition (n. 60) la même pensée ainsi rédigée : « On se console souvent d'être malheureux par un certain plaisir qu'on trouve à le paroître. ».
(4) Var. Rien ne doit tant diminuer la satisfaction que nous avons de nous-mêmes que de voir que nous avons été contents dans l'état et dans les sentiments que nous désapprouvons à cette heure (1665— n. 58).
(•») Var. Quelque différence qu'il y ait entre les fortunes, il y a pourtant une certaine proportion de biens et de maux qui les rend égale? (i «m— n. 01),
SENTENCES ET MAXIMES
LUI
Quelque grands avantages que la nature donne, ce n'est pas elle seule, mais la fortune avec elle qui fait les héros '.
Le mépris des richesses étoit, dans les philosophes, un désir caché de venger leur mérite de l'injustice de la fortune par le mépris des mêmes biens dont elle les privoit ; c'étoit un secret pour se garantir de l'avilissement de la pauvreté; c'étoit un chemin détourné pour aller à la considération qu'ils ne pouvoient avoir par les richesses.
La haine pour les favoris n'est autre chose que l'amour de la faveur. Le dépit de ne la pas posséder se console et s'adoucit par le mépris que l'on témoigne de ceux qui la possèdent ; et nous leur refusons nos hommages, ne pouvant pas leur ôter ce qui leur attire ceux de tout le monde.
Pour s'établir dans le monde on fait tout ce que l'on peut pour y paroître établi.
LYII.
Quoique les hommes se flattent de leurs grandes actions, elles ne sont pas souvent les effets d'un grand dessein, mais des effets du hasard-.
Il semble que nos actions aient des étoiles heureuses ou malheureuses à qui elles doivent une grande partie de la louange et du blâme qu'on leur donne.
Il n'y a point d'accidents si malheureux dont les habiles gens ne tirent quelque avantage, ni de si heureux que les imprudents ne puissent tourner a leur préjudice.
La fortune tourne tout à l'avantage de ceux qu'elle favorise3.
(1) Var. Quelque grands avantages que la nature donne, ce n'est pas elle, mais la fortune, qui fait les héros (16G5 — n. 62).
(-1) Var. Quoique la grandeur des ministres se flatte de celle de leurs actions, elles sont bien souvent les effets du hasard ou de quelque petit dessein (1GG5— n. 60).
(3) var. La fortune ne laisse rien perdre uour les hommes fceureux (tG65— n. 69).
Le bonheur et le malheur des hommes ne dépend pas moins de leur humeur que de la fortune.
La sincérité est une ouverture du cœur. On la trouve en fort peu de gens ; et celle que l'on voit d'ordinaire n'est qu'une fine dissimulation pour attirer la confiance des autres.
L'aversion du mensonge est souvent une imperceptible ambition de rendre nos témoignages considérables et d'attirer à nos paroles un respect de religion.
La vérité ne fait pas tant de bien dans le monde que ses apparences y font de mal.
Il n'y a point d'éloges qu'on ne donne à la prudence ; cependant elle ne sauroit nous assurer du moindre événement1.
Un habile homme doit régler le rang de ses intérêts et les conduire chacun dans son ordre. Notre avidité le trouble souvent en nous faisamt courir à tant de choses à la fois, que, pour défi) Var. L'auteur s'est essayé plusieurs fois avant d'arriver à une précision si parfaite. Voici comment il s'exprimait daus sa première édition : « On élevé la prudence jusqu'au ciel, et il n'est sorte d'éloges qu'on ne lui donne ; elle est la règle de nos actions et de notre conduite, elle est la maîtresse de la fortune, elle fait le destin des empires ; sans elle on a tous les maux, avec elle on a tous les biens ; et, comme disoit autrefois un poète, quand nous avons la prudence, il ne nous manque aucune divinité : Nullum numen abest si sil prudeniia (Juvénal, Sat. X), pour dire que nous trouvons dans la prudence tout le secours que nous demandons aux dieux. Cependant la prudence la plus consommée ne sauroit nous assurer du plus petit effet du monde, parce que, travaillant sur une matière aussi changeante et aussi inconnue qu'est l'homme , elle ne peut exécuter sûrement aucun de ses projets : d'où il faut conclure que toutes les louanges dont nous flattons notre prudence ne sont que des effets do notre amour-propre, qui s'applaudit en toutes choses et en toutes rencontres. » (1665— n. 75.) Dès la seconde édition l'auteur se corrigea ainsi : « Il n'y a point d'éloges qu'on ne donne à la prudence. Cependant, quelque grande qu'elle soit, elle ne sauroit nous assurer du moindre événement, parce qu'elle travaille sur l'homme, qui est le sujet du monde le plus changeant. » (10G0— n. 66; — 1671, 1675 — n. 65.) Enfin, dans sa dernière édition l'auteur refit cenc pensée telle ou'ellc est aujourd'hui. Ces différents essais offrent une étude de style bien digne d'être méditée.
DE LA ROCHEFOUCAULD
sirer trop les moins importantes, on manque les plus considérables.
La bonne grâce est au corps ce que le bon sens est à l'esprit.
Il est difficile de définir l'amour; ce qu'on en peut dire est que, dans l'âme, c'est une passion de régner; dans les esprits c'est une sympathie, et dans le corps ce n'est qu'une envie cachée et délicate de posséder ce que l'on aime après beaucoup de mystères.
S'il y a un amour pur et exempt du mélange de nos autres passions, c'est celui qui est caché au fond du cœur, et que nous ignorons nousmêmes 4 .
Il n'y a point de déguisement qui puisse longtemps cacher l'amour où il est, ni le feindre où il n'est pas.
Il n'y a guère de gens qui ne soient honteux de s'être aimés quand ils ne s'aiment plus.
Si on juge de l'amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus à la haine qu'à l'amitié.
On peut trouver des femmes qui n'ont jamais eu de galanterie, mais il est rare d'en trouver qui n'en aient jamais eu qu'une3.
Il n'y a que d'une sorte d'amour, mais il y en a mille différentes copies.
L'amour aussi bien que le feu ne peut subsister sans un mouvement continuel, et il cesse de vivre dès qu'il cesse d'espérer ou de craindre.
LXXYL
Il est du véritable amour comme de l'appari-
(l) Var. Il n'y a point d'amour pur et exempt du mélange des autres passions, que celui qui est caché au fond du cœur, Cl que nous ignorons nous-mêmes (1065 — n. 79).
(-2) Var. Qui n'ont jamais fait de galanterie (1665— ai. 85). Moral.
tion des esprits; tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu.
L'amour prête son nom à un nombre infini de commerces qu'on lui attribue, et où il n'a non plus de part que le doge à ce qui se fait à Venise.
L'amour de la justice n'est, en la plupart des hommes, que la crainte de souffrir l'injustice1.
Le silence est le parti le plus sûr pour celui qui se défie de soi-même.
Ce qui nous rend si changeants dans nos amitiés, c'est qu'il est difficile de connoitre les qualités de l'âme et facile de connoitre celles de l'esprit2.
Nous ne pouvons rien aimer que par rapport à nous, et nous ne faisons que suivre notre goût et notre plaisir quand nous préférons nos amis à nous-mêmes ; c'est néanmoins par cette préférence seule que l'amitié peut être vraie et parfaite.
La réconciliation avec nos ennemis n'est qu'un désir de rendre notre condition meilleure, une lassitude de la guerre et une crainte de quelque mauvais événement3.
Ce que les hommes ont nommé amitié n'est qu'une société, qu'un ménagement réciproque d'intérêts et qu'un échange de bons offices ; ce
(1) Var. La justice n'est qu'une vive appréhension qu'où ne nou3 ôte ce qui nous appartient : de là vient cette considération et ce respect pour tous les intérêts du prochain, et cette scrupuleuse application à ne lui faire aucun préjudice : cette crainte retient l'homme dans les bornos des biens que la naissance ou la fortune lui ont donnés; et sans cette crainte, il feroit des courses continuelles sur les autres (1663 — n. 88). — On blâme l'injustice, non pas pour l'aversion que l'on a pour elle, mais pour le préjudice que l'on en reçoit (1665 — n. 90).
(2) Var. Ce qui rend nos inclinations si légères et si changeantes, c'est qu'il est aisé de connoitre les qualités de l'esprit, et difficile de connoitre celles de l'âme (1665— n. 05).
(5) Var. La réconciliation avec nos ennemis, qui se fait au
nom de la sincérité, de la douceur, et de la tendresse
SEMENCES ET MAXIMES
n'est enfin qu'un commerce ou l'amour-propre se propose toujours quelque chose à gagner*.
/l est plus honteux de se défier de ses amis ue d'en être trompé.
Nous nous persuadons souvent d'aimer les gens plus puissants que nous, et néanmoins c'est l'intérêt seul qui produit notre amitié \ nous ne nous donnons pas à eux pour le bien que nous leur voulons faire, mais pour celui que nous en voulons recevoir.
Notre défiance justifie la tromperie d'autrui.
LXXXMI.
Les hommes ne vivroient pas long-temps en société s'ils n'étoient les dupes les uns des autres.