XL VII
Les plaisirs enseignent aux princes à se familiariser avec les hommes.
(i) Var. La raison rougit des inclinations de la nature, parce qu'elle n'a pas de quoi connoitre la perfection de ses plaisirs.
(2) Var. C'est une preuve d'esprit et de mauvais goût, lorsqu'on distingue toujours ce qui est estimable de ce qui est aimable ; rien n'est si aimabJo quo la \ertu pour les cœurs bien faits
RÉFLEXIONS ET MAXIMES
XLYITI.
Le trafic de l'honneur n'enrichit pas.
Ceux qui nous font acheter leur probité ne nous vendent ordinairement que leur honneur.
La conscience, l'honneur, la chasteté, l'amour et l'estime des hommes sont à prix d'argent. La libéralité multiplie les avantages des richesses.
Celui qui sait rendre ses profusions utiles à une grande et noble économie.
lu.
Les sots ne comprennent pas les gens d'esprit.
lui.
Personne ne se croit propre, comme un sot, à duper les gens d'esprit.
Nous négligeons souvent les hommes sur qui la nature nous donne quelque ascendant , qui sont ceux qu'il faut attacher et comme incorporer à nous , les autres ne tenant à nos amorces que par l'intérêt, l'objet du monde le plus changeant.
Il n'y a guère de gens plus aigres que ceux qui sont doux par intérêt.
L'intérêt fait peu de fortunes.
Il est faux qu'on ait fait fortune lorsqu'on ne sait pas en jouir.
L'amour de la gloire fait les grandes fortunes entre les peuples.
Nous avons si peu de vertu, que nous nous trouvons ridicules d'aimer la gloire.
La fortune exige des soins. Il faut être souple , amusant , cabaler, n'offenser personne ,
plaire aux femmes et aux hommes en place, se mêler des plaisirs et des affaires , cacher son secret, savoir s'ennuyer la nuit à table, et jouer trois quadrilles sans quitter sa chaise; même après tout cela on n'est sûr de rien. Combien de dégoûts et d'ennuis ne pourroit-on pas s'épargner, si on osoit aller à la gloire par le seul mérite !
Quelques fous se sont dit à table : « Il n'y a que nous qui soyons bonne compagnie ; »» et or les croit.
Les joueurs ont le pas sur les gens d'esprit, comme ayant l'honneur de représenter les gens riches,
Les gens d'esprit seroient presque seuls, sans les sots qui s'en piquent.
Celui qui s'habille le matin avant huit heures pour entendre plaider à l'audience, ou pour voir des tableaux étalés au Louvre, ou pour se trouver aux répétitions d'une pièce prête à paroître, et qui se pique de juger en tout genre du travail d'autrui, est un homme auquel il ne manque souvent que de l'esprit et du goût.
Nous sommes moins offensés du mépris des sots, que d'être médiocrement estimés des gens d'esprit.
C'est offenser les hommes que de leur donner des louanges qui marquent les bornes de leur mérite; peu de gens sont assez modestes pour souffrir sans peine qu'on les apprécie.
Il est difficile d'estimer quelqu'un comme il veut l'être,
On doit se consoler de n'avoir pas les grands talents, comme on se console de n'avoir pas les grandes places. On peut être au-dessus de l'un et de l'autre par le cœur.
La raison et l'extravagance, la vertu et le
VAUVENARGUES
vice ont leurs heureux. Le contentement n'est pas la marque du mérite.
La tranquillité d'esprit passeroit-elle pour une meilleure preuve de la vertu? La santé la donne.
Si la gloire et le mérite ne rendent pas les hommes heureux, ce que l'on appelle honneur mérite-t-il leurs regrets? Une âme un peu courageuse daigneroit-elle accepter ou la fortune, ou le repos d'esprit, ou la modération, s'il falloit leur sacrifier la vigueur de ses sentiments et ahaisser l'essor de son génie?
La modération des grands hommes ne borne que leurs vices.
La modération des foibles est médiocrité.
Ce qui est arrogance dans les foibles est élévation dans les forts, comme. la force des malades est frénésie et celle des saints est vigueur.
Le sentiment de nos forces les augmente.
On ne juge pas si diversement des autres que de soi-même.