LXX VIL
Il n'est pas vrai que les hommes soient meilleurs dans la pauvreté que dans les richesses.
Pauvres et riches, nul n'est vertueux ni heureux si la fortune ne l'a mis à sa place.
Il faut entretenir la vigueur du corps pour conserver celle de l'esprit.
On tire peu de service des vieillards.
Les hommes ont la volonté de rendre service jusqu'à ce qu'ils en aient le pouvoir.
LXXXÏÏ.
L'avare prononce en secret : Suis -je chargé de la fortune des misérables? et il repousse la pitié qui l'importune.
Ceux qui croient n'avoir plus besoin d'autrui deviennent intraitables.
Il est rare d'obtenir beaucoup des hommes dont on a besoin.
On gagne peu de choses par habileté.
LXXXYL
Nos plus sûrs protecteurs sont nos talents, LXXXV1I.
Tous les hommes se jugent dignes des plus grandes places ; mais la nature, qui ne les en a pas rendus capables, fait aussi qu'ils se tiennent très contents dans les dernières.
LXXXYIII.
On méprise les grands desseins lorsqu'on ne se sent pas capable des grands succès.
Les hommes ont de grandes prétentions et de petits projets.
Les grands hommes entreprennent les grandes choses parce qu'elles sont grandes, et les fous parce qu'ils les croient faciles
Il est quelquefois plus facile de former un parti, que de venir par degrés à la tête d'un parti déjà formé.
Il n'y a point de parti si aisé à détruire que celui que la prudence seule a formé. Les caprices de la nature ne sont pas si frêles que les chefs-d'œuvre de l'art.
On peut dominer par la force, mais jamais oar la seule adresse.
REFLEXIONS ET MAXIMES
Ceux qui n'ont que de l'habileté ne tiennent en aucun lieu le premier rang.
La force peut tout entreprendre contre les habiles.
Le terme de l'habileté est de gouverner sans la force.
C'est être médiocrement habile que de faire des dupes.
La probité, qui empêche les esprits médiocres de parvenir à leurs fins, est un moyen de plus de réussir pour les habiles.
Ceux qui ne savent pas tirer parti des autres hommes sont ordinairement peu accessibles.
Les habiles ne rebutent personne.
L'extrême défiance n'est pas moins nuisible que son contraire. La plupart des hommes deviennent fr.utiles à celui qui ne veut pas risquer d'être trompé.
Il faut tout attendre et tout craindre du temps et des hommes.
cm.
Les méchants sont toujours surpris de trouver de l'habileté dans les bons.
Trop et trop peu de secret sur nos affaires témoignent également une âme foible.
La familiarité est l'apprentissage des esprits.
Nous découvrons en nous-mêmes ce que les autres nous cachent, et nous reconnoissons dans les autres ce que nous nous cachons nousmêmes*.
10 Var. É'autcur ajoute ; Il faut donc allier ces deux études.
Les maximes des hommes décèlent leur cœur.
Les, esprits faux changent souvent de maximes.
Les esprits légers sont disposés à la complaisance.
Les menteurs sont bas et glorieux.
Peu de maximes sont vraies à tous égards.
On dit peu de choses solides lorsqu'on cherche à en dire d'extraordinaires.
Nous nous flattons sottement de persuader aux autres ce que nous ne pensons pas nousmêmes.
On ne s'amuse pas longtemps de l'esprit d'autrui.
Les meilleurs auteurs parlent trop.
La ressource de ceux qui n'imaginent pas est de conter.
La stérilité de sentiment nourrit la paresse.
Un homme qui ne soupe ni ne dîne chez lui ■se croit occupé; et celui qui passe la matinée à se laver la bouche et à donner audience à son brodeur se moque de l'oisiveté d'un nouvelliste qui se promène tous les jours avant dîner.
Il n'y auroit pas beaucoup d'heureux, s'il appartenoit à autrui de décider de nos occupations et de nos plaisirs.
Lorsqu'une chose ne peut pas nous nuire, il faut nous moquer de ceux qui nous en détournent.
VAUVENARGUES
II y a plus de mauvais conseils que de caprices.
Il ne faut pas croire aisément que ce que la nature a fait d'aimable soit vicieux. Il n'y a point de siècle et de peuple qui n'aient établi des vertus et des vices imaginaires.