CXXX VIII
La nature, épuisée par la douleur, assoupit quelquefois le sentiment dans les malades et arrête la volubilité de leur esprit ; et ceux qui redoutoient la mort sans péril la souffrent sans crainte.
La maladie éteint dans quelques hommes le courage, dans quelques autres la peur et jusqu'à l'amour de la vie.
On ne peut juger de la vie paruneplus fausse règle que la mort.
Il est injuste d'exiger d'une âme attérée et vaincue par les secousses d'un mal redoutable qu'elle conserve la même vigueur qu'elle a fait paroître en d'autres temps. Est -on surpris qu'un malade ne puisse plus ni marcher, ni veiller, ni se soutenir? Ne seroit-il pas plus étrange s'il étoit encore le même homme qu'en pleine santé? Si nous avons eu la migraine et que nous ayons mal dormi, on nous excuse d'être incapables ce jour-là d'application, et personne ne nous soupçonne d'avoir toujours été inappliqués. Refuserons-nous à un homme qui se meurt le privilège que nous accordons à celui qui a mal à la tête ; et oserons-nous assurer qu'il n'a jamais eu de courage pendant sa santé, parce qu'il en aura manqué à l'agonie?
Pour exécuter de grandes choses, il faut vi vre comme sj on ne devoit jamais mourir.
HEFLEXIONS ET MAXIMES.