CHAPITRE XIX
Des passions en particulier. —De l'amour en gênerai.
Adverlissement. Il sera traitté de leur naturel pour y voyr la folie, vanité, injustice et laideur qui est en elles, affin de les cognoistre et apprendre à les justement hayr. Les advis pour s'en garder seront aux livres suy vans ; ce sont les deux parties du médecin, déclarer la maladie et donner les remèdes. Voicy les maladies de l'esprit. Au reste nous parlerons icy premièrement de toutes celles qui regardent le bien apparent, qui sont amour et ses espèces, désir, espoir, desespoir, joye-, et puis toutes celles qui regardent le mal, qui sont plusieurs : cholerc, hayne, envie, jalousie, vengeance, cruauté, crainte, tristesse, compassion.
La première maistresse et capitale de toutes les passions est l'amour, qui est de divers subjects et diverses sortes et degrés. Il y en a trois principaux auxquels tous se rapportent (nous parlons du vitieux et passionné ; car du vertueux, qui est amitié, charité, dilection, sera parlé eu la vertu de la justice ) , seavoir : l'ambition ou superbe, qui est l'amour de grandeur et honneur ; l'avarice, amour des biens, et l'amour voluptueux et charnel. Voylà les trois goulphes et précipices d'où peu de gens se souvent, les trois pestes et corruptions de tout ce qu'avons en maniement, esprit, corps et biens, les armeures des trois capitaux ennemis du salut et repos humain, le diable, la chair, le monde. Ce sont à la vérité trois puissances, les plus communes et universelles passions, dont l'apostre a party en ces trois tout ce qui est au monde : Quidquid est in mundo est conçupiscentia oculorum, aut carnis, aut superbia vxtœ1'. L'ambition comme spirituelle est plus noble et hautaine que les autres. L'amour voluptueux comme plus naturel et universel ( car il est mesme aux bestes, où les autres ne se trouvent point ), il est plus violent et moins vitieux; je dis violent tout simplement, car quelqueslbis l'ambition l'emporte; mais c'est une maladie particulière -, l'avarice est la plus sotte et maladive de toutes.
(!) Tout ce qui est dans le monde est ou concupiscence des yeux, ou concupiscence de la chair, ou orgueil de la vie. S. JEAH. Êp. C. il, v, 10,