‹ Choix de moralistes françaisChapitre 79 sur 509 · LIVRE I, CHAP. XXXV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XXXV

de ce sang bouillant, vigueur et chaleur naturelle, et par ainsi excusables ; mais ceux de la vieillesse sont bien autres. Les légers sont une vaine et caduque fierté, babil ennuyeux, humeurs espineuses et insociables, superstition, soin des richesses lors que l'usage en est perdu, une sotte avarice et crainte de la mort, qui vient proprement non de faute d'esprit et de courage comme l'on dict, mais de ce que le vieillard s'est longuement accoustumé, accommodé et comme accoquiné à ce monde, dont il Fayme tant, ce qui n'est aux jeunes. Outre ceux-cy il a l'envie, malignité, injustice. Mais ce qu'il y a de plus sot et ridicule en elle, est qu'elle se veut faire craindre et redouter, et

pour ce tient-elle une morgue austère et desdaigneusc, pensant par là extorquer crainte et obéissance : mais elle se faict mocquer d'elle ; car ceste mine fiere et tyrannique est receue avec mocquerie et risée de la jeunesse, qui s'exerce à l'affiner et l'amuser, et par dessein et complot luy celer et desguiser la vérité des choses. Il y a tant de fautes d'une part en la vieillesse et tant d'impuissance de l'autre, et est si propre au mespris, que le meilleur acquest qu'elle puisse faire, c'est d'affection et amitié, car le commandement et la crainte ne sont plus ses armes. 11 luy sied tant mal de se faire craindre ; et quand elle ie pourroit, encores doibt-elle plustost se faire aymer et honorer.

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