‹ Choix de peintures de PompéiChapitre 14 sur 27 · DANAÉ DANS L'ILE DE SÉRIPHE · texte numérisé non relu

DANAÉ DANS L'ILE DE SÉRIPHE

que Sémèlè fut mise avec Bacclms et exposée sur la. mer par l’ordre de Cadmus, lorsque la naissance de ce fils, attribuée à Jupiter, eut été découverte1. C’est aussi dans un coffre qu 'Augé et son fils Télephe sont enfermés et jetés à la mer par un père irrité2. Ténes et sa sœur Hémilhéa, enfermés dam un coffre et portés à la mer, y trouvent pareillement leur salut3 4. Le coffîe ou est cache Adonis1, celui ou Erichtkonius est déposé à sa naissance, révèlent également des moyens de salut, comme celui où , à une époque historique , Cypaüas caché échappe à la vengeance des ennemis de sa maison5 6. C’est toujours, connue on le voit, la même idée, une idée de conservation , qui s’attache à ce coffre, dans toutes les traditions de l’âge héroïque de la Grèce. Maintenant, devons-nous mettre en rapport ce meuble symbolique avec la ciste où fut enfermé le troisième Kabir\ et avec celle où furent déposés les restes du Bacclms Zagrée? Ou bien devons-nous y voir une allusion à ce grand coffre de Deucalion, où la dernière famille humaine lut conservée avec un couple de chaque animal7? et serait-ce là une réminiscence biblique de l 'arche de Noé, figurée aussi comme un coffre sur les monuments8, et désignée dans la langue des Grecs par un terme équivalent9? Ou bien enfin, ne doit-on voir dans ce coffre poétique que la tradition confuse du meuble où les idoles asiatiques10, apportées dans 1 enfance de la société grecque par les navigateurs phéniciens, apparurent pour la première fois aux yeux des Grecs? Le champ reste encore ouvert aux conjectures; mais il y a là, dans tous les cas, a ce quil me semble, un lait grave qui nous reporte vers l’Orient, et qui justifie toutes nos inductions sur l’origine asiatique du mythe de Damé.

Abandonnant, du reste, aux études des mytliographes l’explication symbolique de cette légende, je dois me borner à la faire connaître, autant qu’il peut dépendre de moi, sous la forme positive quelle avait reçue de bonne heure, en me servant pour cela de tous les témoignages écrits et de tous les monuments figurés qui nous en restent. Entre l'âge d’Homère et celui des tragiques , le petit poëme de Simonide suffit déjà pour nous apprendre que la fable de Damé avait été réalisée dans les traditions populaires de la Grèce, de la même maniéré quelle fut traitée au théâtre, comme un événement purement historique. C’est donc,

1 Pausan. III, xxiv, 3.

2 Euripid. apud Strabon. XIII, p . 6 1 5, C ; Hecat. apnd Pausan. VIII, iv, 6; cf. Creuzer, V eter. histor.fragm. p. 48; Hecat. Fragm. p. 1 46 , ed. Klausen. Voy. Ott. Jalin, Telephos, etc. p. 5o, ff.

3 Scbol. Lycophron. v. 23a-233.

4 Apollodor. III, iv, 4-

5 Herodot. V, 92 ; cf. Pausan. V, xvn, 2.

6 Clem. Al. Protrept. p. 16; Micali, Monum. per serv. ail. stor. d. ant. popol. ital. tav. xlvii, 1; Éd. Gerhard, Überd. Metallsp. d. Etrnsk. p. 16, 44), etEtrusls. Spiegel, p. 64, 89), 90), 91).

7 Lucian. De D. syr. 1 2 : Adpvaxa, fieydX yv; cf. Éd. Gerhard, Elrusli. Spiegel, p. 37, 2 3).

8 J’ai précisément en vue les monnaies d 'Apamea Kibôtos, de Phrygie, qui offrent une image abrégée du déluge de Deucalion,

c’est-à-dire an homme et une femme debout dans un coffre, xiëaids, par allusion au nom de cette ville; voy. ce qui a été dit de ces médailles, dans mon I" Mémoire d’antig. chrét. t. XIII des Mèm. de l’Acad. p. 11 4-117.

0 Le mot xtSuTàs, employé par quelques écrivains ecclésiastiques, S. Joann. Chrysost. De perfect. carit. oper. t. VI,

p. 748, ed. Sav., Theoph. Antioch. ad Autolyc. 1. III, au lieu de celui de XdpitaÇ, qui se litdans Josèphe, Antig. Jud. XX, n, ce mot xtëonàs est celui qui a été donné à Y arche dans les livres sibyllins, et, plus anciennement encore, dans la version grecque des Septante. Le même usage paraît avoir régné chez les écrivains grecs au sujet du coffre de Danaé, que la plupart de ces auteurs désignent par le mot Xdpra?, et que le scholiaste de Sophocle seul appelle xiëaràs ; voy. plus haut , p. 1 86 , 3 ) . C’est ainsi que l’objet nommé xiëdniov par Lucien, in Timon. S 3, est appelé Xdpvaf par Plutarque, De solert. anim. t. X, p. 37 , ed. Reisk.

10 Nous savons, par le témoignage de Clément d’Alexandrie, Strom. v, p. 671, ed. Potter., que c’était l’usage des Égyptiens de renfermer les idoles de leurs dieux dans des coffres, que l’écrivain alexandrin désigne par les mots xapaaiat ou xapea.alvpi/x. C’est d’un de ces coffres sacrés, renfermant une idole de Bacchus, qu’entend parler Oppien, Cynœget. IV, 2 53, qui se sert, pour le désigner, des mots yjfkov dpptjrriv; cf.Éd. Gerhard, Etrush. Spiegel, p. 64, 89). De pareilles idoles, renfermées dans des coffres, étaient certainement au nombre des objets que les colons phéniciens apportèrent à la Grèce.

à n’en pouvoir douter, sous cette dernière forme quelle fut admise par I opinion publique ; c’est ainsi que, grâce aux émotions de la scène, elle intéressa toute la Grèce au fruit de 1 adultère de Jupiter; et c’est enfin du théâtre qu’elle passa dans les œuvres de lart, par suite de cette union intime qui se forma, à la belle époque de la civilisation grecque, entre les productions de la scène et celles de la plastique1.

Nous savons, en effet, que les trois grands tragiques de la Grèce s étaient exerces sur le sujet de Danaé. La trilogie d’Æschyle intitulée Perséis se composait de trois drames, Danae, les Phorcydes et Polycledes 2, qui embrassaient toutes les principales circonstances de I ancienne épopée. Il ne reste rien de la Danaé que le titre même, cité par un grammairien3; mais on doit croire qu’Æschyle, fidèle à la tradition antique, avait pris pour sujet de sa piece la captivité de Danaé, à Argos, avec toutes les péripéties qui la signalèrent et avec la catastrophe qui la termina. Sophocle, qui avait nus Acrisius en scene dans deux de ses tragédies, l’une intitulée Acrisius, et l’autre les Larisséens, avait certainement traite dans la première le sujet de Danaé, c’est ce qui résulte du double titre, Acrisius , ou Danaé, que portait, suivant toute apparence, cette tragédie4, et aussi ce quon peut inferer du peu de fragments qui en restent; et, quant à la manière dont il avait conçu ce sujet, on ne peut guère douter non plus qu’il n’ait suivi, relativement à la captivité de Danaé, la tradition épique, d après l’allusion à celte circonstance du mythe qu’il met dans la bouche du chœur de son Antigone5. Enfin, Euripide avait écrit aussi une Danaé, dont il nous est parvenu d assez nombreux fragments, avec un prologue et la liste des personnages qui figuraient dans cette tragédie6. A la vérité, ce prologue est reconnu aujourd’hui, d’après les observations de M. Jacobs7, et de l’aveu des meilleurs critiques8, comme l’œuvre de quelque écrivain d’une époque récente, qui avait cherché à imiter maladroitement la diction d Euripide. Mais, tout en admettant cette manière de voir, je n’en regarde pas moins la pièce de vers en question comme un document antique, où les principales circonstances du mythe, mises dans la bouche d Hernies, sont exposées conformément à la tradition; et je crois fermement, avec M. Welcker, que la scène de cette tragédie se passait à Argos, durant la captivité de Danaé. Ce qui semble prouver, d’ailleurs, que l’auteur de ce prologue devait avoir sous les yeux, sinon le texte entier de la tragédie d'Euripide, au moins une grande partie de ce drame, c’est qu’il ne se trouve en contradiction avec aucun des fragments authentiques qui nous en restent, et que, loin de là, il peut servir à établir, dans la distribution de ces fragments, un ordre qui jette quelque jour sur la conduite du drame, ainsi que fa montré le savant critique que je citais tout à l’heure. 11 est vrai de dire que la plupart de ces fragments, consistant en sentences,

1 Cette influence du théâtre sur la plastique s’exerça principalement à l’aide de l 'orchestigue, et j’ai déjà eu occasion d’exposer mes idées sur ce sujet, qui pourrait donner lieu à des développements bien plus considérables que ne le comportent les bornes d’une npte; voy. plus haut, p. 28, 1). En ce qui concerne la fable de Danaé, je me contente de dire ici qu’elle était devenue un de ces sujets de ballets pantomimes qui avaient passé de la scène dans les œuvres de l’art, Lucian. De saltat. S 44, t. V, p. i5o, Bip.

2 YNelcker, Die Æschylisch. Trilogie, p. 378-390.

3 II es y ch. v. Ka Qctipofiai yrjpas.

4 Welcker, Die Griechisch. Tragédien, t. 1, p. 349-

5 Sophocl. Antigon. v. 936-939 :

xa) Aavdas oüpâviov Çüs ÀÀXa'Cai Sépas iv y^ùjioSétois AvXaU • xpmlofiéva S’ êv Tupëifpei S-aXt/py xine^ei’/Qn-

Cf. Schol. ad h. I.

0 Euripid. Fragment. Danaé, t. IX, p. 1 39-140, ed. Matthiæ. ' Jacobs, Prolog der Danaé, réimprimé dans ses Vermischte Schriflen, t. V, p. 6o5-635.

8 Welcker, Die Griech. Tragôd. t. I, p. 636-638.

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