DANAÉ DANS E’ILE DE SÉRIPIIE
dans ce goût si familier à Euripide, ne touchent que bien indirectement aux situations tragiques, et qu’à l’exception des réflexions morales sur l or , sur la richesse, sur h vanité des femmes, toujours promptes à se laisser gagner par des présents 1 , réflexions qui font évidemment allusion au moyen de séduction employé près de Danaé et exposé dans le prologue 2, cesfiagments ne contiennent rien qui se rapporte aux diverses péripéties du drame. Ce n'en sont pas moins, dans la perte de cette tragédie et de celle de Dictys, qui en faisait la continuation3 *, des témoignages précieux de la manière dont la moralité de la fable de Danaé était envisagée sur le théâtre attique.
11 dut résulter de ces représentations tragiques, où Danaé, comme tant d’autres objets de l’amour de Jupiter, était incessamment offerte à l'intérêt des peuples, que la Grèce se familiarisa de plus en plus avec ces images d’une passion déréglée qui prenait pour modèles le maître même et les autres habitants de l’Olympe, surtout lorsqu’à leur tour les poètes comiques, à l’exemple d'Aristophane, s’autorisèrent de ces licences d’Æschyle et de ses émules pour traduire sur la scène ces dieux de l’Olympe sous les traits les plus honteux et les plus grotesques, le plus souvent à l’occasion même de ces aventures amoureuses, dont le côté pathétique avait été présenté dans la tragédie1. Une autre conséquence qui ne put manquer de se produire à la suite de ces drames touchants ou burlesques, ce fut que les arts d imitation s emparèrent à leur tour de ces sujets entourés de la faveur publique; et nous venons d’en acquérir, pour celui même de Danaé, jusqu'ici encore inconnu dans l’antiquité figurée, deux témoignages bien précieux, par la découverte de notre peinture et par celle d’un vase peint, qui, rapprochés l’un de l’autre, offrent les trois principaux actes du mythe de Danaé, de manière à recomposer, pour ainsi dire, le drame antique dont ils sont l’expression figurée. Je décrirai d’abord le vase, dont le double sujet précède celui de notre peinture, comme son exécution même précéda de plusieurs siècles celle de la représentation que nous a conservée une maison de Pompéi.
Ce vase, provenant d’un tombeau de Ceri, l’ancienne Caere, et entré dans la riche collection de M. le ch. Campana, à Rome5, est de la forme de cratère, et, par son style, qui est de la plus belle manière grecque, comme par sa fabrique, qui réunit toutes les conditions de la perfection, il peut passer pour un des monuments les plus précieux de la céramograpliie qui nous soient parvenus. S’il est permis d’en juger d’après les caractères de dessin , de style et de fabrique qui nous servent à déterminer l’âge relatif des vases peints, celui-ci doit s’éloigner bien peu de l’époque de Sophocle, et la double représentation qu’il nous offre peut très-bien avoir été produite sous l’impression de l’œuvre de ce tragique. Peut-être même la double inscription qu’il porte, aanae, et akpisios, répondait-elle, dans l’intention de l’auteur de ce vase, au double titre de la tragédie dont elle deviendrait ainsi une sorte de confirmation. Mais, sans nous arrêter à des conjectures, revenons à la description de notre vase peint.
La première scène, qui en décore un des côtés, représente Danaé, assise sur un siège
1 Euripid. Fragm. Danaé, vi, vm, vii, xn, xiv; cf. Welcker, Die Gnech. Tragod. 1. 1, p. 64o.
2 Prolog Danaës, v. 3a; voy. plus haut, p. 187, 2 ).
3 Welcker, Die Griech. Tragod. t. I , p. 668-674; Euripid.
Fragm. Dictys, t. IX, p. 1 53-1 60 , ed. Matthias.
4 C’est l’opinion qu’a exprimée Boettiger, Aristoplian. impun. deor. gentil, irrisor, dans ses Opuscula latina, t. I, p. 78, et qui rentre dans les idées que je me suis faites à cet égard.
5 Voy. la description qu’en a donnée M. Campana lui-même, dans le Bullet. delï Inst, archeol. ] 845 , p. 21 4-2 18.
d’une forme allongée qui pouvait ainsi servir de lit, et auquel convenait parfaitement la dénomination de klinéx. Ce lit est garni, par-dessus la traverse qui s étend dun montant à l’autre, d’un tapis richement brodé, et, en outre, d’un coussin pour y appuyer la tête' , de manière à ne laisser aucun doute sur l’usage de ce meuble. Les montants du lit sont revêtus d’ornements incrustés en matière différente, sans doute en ivoire, dont 1 emploi, pour la décoration de meubles semblables, faisait déjà partie du luxe homérique 3 ; et 1 intention qui donna à ce meuble toute cette apparence de richesse et de goût, et qui en fit un objet si important de la représentation où il figure, n’est pas moins sensible que sa destination meme. Danaé est vêtue d’une tunique longue sans manches, d’une seconde tunique courte a mimanches, et d’un péplus qui lui enveloppe négligemment le milieu du corps; elle a les pieds posés sur un petit meuble d’une forme simple et élégante. Près delle, sont suspendus au mur de sa chambre, thalamos, un miroir et l’espèce de bourse ou de filet, nomme kekryphalos , dont les femmes grecques se servaient pour envelopper leurs cheveux. Ces deux objets de toilette indiquent que la fille d 'Acrisius était occupée à se parer, au moment où elle est surprise par une apparition merveilleuse. Effectivement, elle lève la tête avec un mouvement qui paraît instantané, en même temps qu elle tient encore des deux mains, par chaque extrémité, la bandelette, tœnia, dont elle se disposait à se ceindre le front, lorsqu’elle voit une pluie dor tomber sur ses genoux /l, sous la forme de globules oblongs, en deux lignes parallèles. C’est donc le mythe rendu de la manière la plus positive que nous trouvons ici représenté,
1 M. Campana remarque que ce lit paraît être composé di materie o orditara elastica; c’est effectivement une particularité de notre peinture qui sert à constater un trait de mœurs de l’âge héroïque sur lequel on n’a pu se mettre encore bien d’accord. Dans la description du lit d’Ulysse, Homère fait mention des courroies de cuir de bœuf fixées sur les deux montants, èppïves, de manière à pouvoir soutenir le poids du corps, Homer. Odyss. xxm , 201 : Èx S’ èidwoaaa. iMÀNTA (Soos, (polvixi Çctswév; car c’est ainsi que j’entends ce passage, avec Ernesti, ad Iliad. xxiv, 720, en me fondant sur une glose d’Hésychius, v. Tpijroîs èv Xe^eo-tnv • t ofs xarà Tas Appoyàs t et pii pivots, i) Ipàvra • toïs Ipâat ■yàp èvelslvotno al xkïvat, às xaî rà fSâOpa. Ce serait ainsi, à ce mode de construction des lits antiques que se rapporterait l’épithète homérique de rpr?Tà Xé^ea, Homer. Odyss. i, 4 4o ; x, 12; Iliad. m, 448; xxiv, 720; et cette opinion des antiquaires modernes, Feith. Anliq. liom. p. 334, ed. Stôb., avec laquelle ne s’accordent pourtant pas les interprétations des anciens scholiastes, très-contradictoires entre elles, apud Heyn. Observ. ad Iliad. ni, 448, semblerait confirmée par l’apparence de matière élastique qu’offre ici le lit de Danaé, et qui ne peut provenir que de ces courroies de cuir, IpAvree, rôvot, attachées aux deux montants; voyez, sur ce point d’antiquité, Terpstra, Antiq. homer. c. viii, S 2, p. 177. Millin avait entendu de même le passage d’Homère, Peint, de vases, 1. 1, p. 7 1 , 7) ; mais je dois dire que les témoignages qu’il cite sur les lits antiques sont empruntés aux Académiciens d’Herculanum , dont l’érudition variée et sûre est souvent mise à profit sans qu’on en fasse toujours l’aveu, Pittur. d'Ercol. t. 1, xiv, p. 88, 7), 8), 9), io), etxvi, p. 100, 4).
2 Ce coussin est l’objet qui s’appelait ■aipoaxetpAXatov, et dont l’usage était déjà connu à l’époque héroïque, Homer. Iliad. x,
i56; cf. Eustath. ad h. I. p. 795, by, Hesych. v. Tdms. Dans le langage des comiques, il s’appelait isoTlxpavov, Pollux, VI, ix, d’après la même raison qui l’avait fait appeler cervicale, ou cervical, par les Latins, Petron. in Sat. c. xxxii; Juvenal. Sat. vi, 35a. On connaît l’abus que le luxe des beaux temps helléniques fit de ce meuble commode, et il me suffit, à cet égard, de rappeler le célèbre passage relatif au lit d’un roi de Chypre et cité par Athénée, 1. VI, p. 255, E, t. II, p. 479-80, Schw. Ce lit d’un personnage opulent et efféminé se composait, entre autres objets, de trois coussins dont l’étoffe était de byssus, bordée de pourpre : ■zspoaxeÇid'Xaia S’ èïye xpta pèv inro rri xe^aXjj (Sutrcrtva xsapakovpyv ■ Les lits antiques, qu'on voit représentés sur beaucoup de vases peints , s’y montrent comme sur celui qui nous occupe, et, conformément à l’usage homérique, ornés de tapis de diverses qualités, ylatvai xal ptiyea, Homer. Odyss. xi, 188; xix, 3 18, et al., Xîra, Odyss. 1, i3o, Trfmjres, Iliad. xxiv, 645, généralement d! étoffes teintes ou brodées, 'tsepialpwpata (S enfla,, ù<pdcr para, et d’un plus ou moins grand nombre de coussins, ■apoaxstpd^aia, à raison du nombre des convives; voyez-en des exemples dans Millin , Peint, de vases, 1. 1 , pl. xxxvn ; Maisonneuve, Introduction, e/c.pl.xix, xlv; Passeri, Pict. Etrusc. I. II, tab.CLVii; Winckelmann, Monum. ined. n. 200.
3 Le lit construit par Ulysse, de bois d’olivier, êXaiijs, et incrusté d’ornements en ivoire, SatSdXXav ekéÇavTt , Homer.
Odyss. xxm, 196, 200, peut servir de modèle pour les lits de l’âge héroïque, tels que celui de Danaé.
4 Cette circonstance, indiquée dans notre peinture, diffère de la tradition antique, où Danaé reçoit dans son sein, ele tous xd’Xirovs, èv tw xokiru), xdk-noiai, la pluie d’or dont Jupiter avait pris l’apparence.
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avec Damé assise sur son lit et a sa toilette; et, pour que rien ne manque à la certitude de cette représentation, le nom àanae1 est écrit près de sa figure, en caractères d’une belle forme, d’accord avec la noblesse de style et l’élégance de goût qui distinguent cette charmante peinture.
Nous venons de voir, sur un des côtés du vase, le premier acte de la tragédie; le côté opposé nous en offrira la catastrophe. Damé s’y montre représentée sous les mêmes traits, dans le même costume, avec le front orné dune riche Stéphane, mais dans une situation bien différente. Elle est déjà descendue dans le coffre fatal qui doit lui servir de tombeau, et où elle ne se voit plus qu’à mi-corps; elle porte sur ses bras son fils Persée, dont les traits du visage et les formes du corps répondent bien à ceux d’un enfant de trois à quatre ans, mais qui s’annonce surtout comme un enfant de cet âge, par la halle, sphæra, qu’il tient à la main, et qui était notoirement, chez les Grecs, l’objet de l’amusement de l’enfance2. En
L emploi de 1 epsilon, E, au lieu de l'êta, H, dans le nom AANAE, n’est pas ici un signe d’archaïsme, comme l’a cru M. Campana. On a beaucoup d’exemples de cet emploi de l’E sur des vases de la belle époque de l’art, qui n’était plus alors qu’une tradition, suivie d’après le même principe qui lit continuer l’emploi de l’E dans l'inscription A0E des médailles d’Athènes. C’était une réminiscence et non une preuve de l’antiquité.
2 M. Campana suppose que le symbole de la sphère à la main du jeune Persée fait allusion à ses nombreuses expéditions sur le globe terrestre, ou bien, que c’est un emblème du culte d’Apollon, qui convenait à Persée en qualité de héros solaire, ou bien , enfin , que c’est un attribut en rapport avec les exercices de la palestre; mais j’avoue qu’aucune de ces suppositions ne me paraît heureuse ni satisfaisante. Il est bien plus simple de voir dans cet objet un des symboles habituels des jeux de l’enfance. Nous savons, en effet, par de nombreux exemples, qui remontent jusqu’à l’âge héroïque, que la sphère ou balle était le jeu favori de la jeunesse grecque des deux sexes. Ainsi nous voyons dans Homère, Odyss. vi, îoo, les jeunes compagnes de Nausicaa jouer à la sphère. C’est une sphère qui était le jouet de Jupiter enfant, nourri dans l’antre idéen de la Crète, Apollon. Rb. iii, i3a-i42 : Aiôs •nrepiKaXXès éiOuppa,,... apaîpav èürpôyaXov, cf. Boettiger, Amallhea, t. I, p. 27. C’est le même objet qui est compris parmi les jouets de Bacchus Zagreus, Clem. Al. Protr. p. 1 5, ed. Potter. ; cf. Lobeck. de Mort. Baccli. p. 8 , et Aglaopham. t. I, p. 701; le même qui sert au jeu de ï Amour et de 1 ’llyménée, dans un passage de Nonnus, Dionys. xx-xm, v. 69, imité de celui d’Apollonius de Rhodes, cité plus haut, iii, 25-175, qui avait fourni le sujet d’une peinture décrite par Philostrate le jeune, II, vm,p. 12 1-122, ed. Jacobs. Aussi la sphère est-elle indiquée comme un attribut de l’Amour dans un fragment d’Anacréon, apud Atlien. xm, p. 5gg, C; cf. Anacréon. Relie/ . n. xxxvi, p. 36g, ed. Fischer.; et c’est d’après ces idées que l'Amour est représenté jouant à la sphère, sur un vase du musée de Naples, Millingen, Ane. uned. Monum. p. I, pl. xn, p. 3o-32; cf. Neapels ant. Bildwerke, I, 347-8, dont l’inscription , -j- IIISAN MOI TAN SOIPAN, n’a encore obtenu, à mon avis, aucune interprétation satisfaisante. Mais, ailleurs que dans le domaine de la mythologie, nous voyons le jeu de la sphère servir généralement à
l’amusement de l’enfance chez les Grecs. Dion Chrysostome le déclare en termes formels, Orat. vm, p. 28 1 , ed. Reisk.-. Ûa-nep ol TSaïSss rois àaipaydlois xctî raïs t7pa.lpa.15 rais -aoixCkais. Dans un des petits poèmes de Léonidas de Tarente, carm. xxxm, apud Brunck. Analect. 1. 1, p. 228; cf. Jacobs. Animadv. t. VII, p. g3, un enfant qui entre dans l’adolescence consacre à Mercure ses jouets, parmi lesquels figure une sphère, eÿpmiov apaTpav, cf. Lobeck. Aglaoph. I, 701, qui lit eivrytov. Les sphères ou balles, qui servaient à cet usage, se faisaient avec des morceaux de cuir cousus ensemble et diversement colorés : c’est ce qu’atteste un grammairien grec, Hesych. v. HdXXcc trpaJpa. èx ’aoixikwv vi/pdTav tseir oinpévrt, et ce qui résulte de la manière dont Platon, in Phœdon. § 5g, 2; cf. Ast. Animadv. t. XI, p. 801, s’exprime pour les désigner, SaSexacxxvTovs trpatpae, paroles qui ne peuvent admettre en effet aucune autre interprétation, ainsi qu’en avait jugé Boettiger, Amalthea, t. I, p. 27, ") , et depuis encore, M. Lobeck, Aglaoph. t. I, p. 701. De là aussi des expressions, telles que celles de crÇ>aTpa. pa.it'hj , Glaukon , apud Brunck. Analecta, t. II , p. 243, carm. 1, apeüpex zsotxikn , qui répondent à celles-ci d Ovide, Metam. X, 262, pilœ pictæ, et dont les monuments figurés, particulièrement ceux de la céramographie , fournissent la preuve, par la manière dont la sphère s’y voit représentée. Rien n’est, en effet, plus fréquent sur les vases peints, spécialement sur ceux de sujet mystique, que la présence de cet objet , tantôt porté à la main de jeunes gens des deux sexes, tantôt figuré dans le champ comme attribut symbolique; et je me contenterai d’en citer pour exemples, dans le grand nombre de ceux qui en existent, les vases du musée de Naples décrits par M. Panofka, Neapels antih. Bildwerke, I, 254, 280,
293, 3o3, 320, en y joignant ceux du Recueil de Lamberg, 1. 1, pl. xlvii, et t. II, pl. xxix, et de celui de Tischbein , t. II, pl. 61, 62. Sur d’autres monuments encore, la sphère, aux mains d’un enfant ou d’un éphèbe, sert à caractériser les jeux du premier âge. Ainsi l’on voit deux enfants jouant avec sept balles, avec les deux pieds, les deux mains et la tête, sur un cippe sépulcral du musée de Mantoue, Labus, Mus. di Mantova, t. II, tav. xxiv, comme sur le diptyque de Mafifei , Mus. Veron. p. m. Une image analogue se rencontre sur une peinture des Thermes de Titus , Mirri, n. xvm; et j’ai fait connaître une stèle grecque représentant, au sein dune édicule à f'onton, un jeune homme por-
dehors du coffre, dont le couvercle encore levé va bientôt se fermer sur la mère et sur le fils, est Acrisius, debout, dans un costume royal, avec la barbe et les cheveux blancs qui indiquent la vieillesse, avec le sceptre qui convient à son rang, et faisant de la main droite un geste impératif qui ne laisse pas plus de doute sur son inflexible résolution, que le nom AKPixios , écrit près de lui, ne permet de méconnaître sa personne. Ce geste est dirige vers un artisan, docile exécuteur de ses volontés, dont le costume, consistant en un simple morceau de toile noué autour des hanches1, est celui d’un homme du peuple, et qui, penché en avant sur le coffre, est tout occupé à y pratiquer, à l’aide de la tarière ou du foret quil fait mouvoir de ses deux mains, un trou propre à y ajuster le couvercle. Aux pieds de cet artisan est encore un instrument de sa profession qui a pu servir a la construction du coffre, lequel est décoré des mêmes ornements en forme d'étoiles que le lit, non, a ce qu il me semble, par allusion à la nature astronomique du mythe2, mais simplement pour indiquer la haute dignité des personnages. L’acclamation ordinaire, ho haix kaaos, qui se lit dans cet endroit du vase, était destinée à accompagner un nom propre d’acquéreur, qui manque ici comme sur tant d’autres monuments du même genre; et cette inscription il a conséquemment aucun rapport avec le sujet3.
Nous allons voir maintenant le troisième drame de cette trilogie sur une peinture de Pompéi, monument aussi unique dans son genre, aussi précieux par son exécution, bien que d’une nature si différente et d'un âge si éloigné, que le vase de Cœrc qui vient de nous occuper. Cette peinture fut découverte, en 1 843, dans une maison de peu d’apparence, qui fut prise d’abord pour une boutique 4, et qui se trouve du côté droit de la rue dite de la Fortune, c’est-à-dire de la grande rue qui, à partir du Forum, se dirige, en longeant le temple de la Fortune, vers la porte de Nota. Je la vis en 1 844 , un an à peine depuis sa découverte; elle était restée alors, comme je crois qu’elle l’est encore aujourd’hui, attachée à la muraille, et elle avait très-peu souffert, si ce n’est qu’en perdant son vernis, cjui donne un ton si vif
tant de chaque main une sphère et un oiseau, deux symboles de l’adolescence; voy. mon Orestèide, p. 2 35, 1). Ces exemples, auxquels il serait si facile d’en ajouter beaucoup d’autres, suffiront sans doute pour justifier la manière dont j’explique la sphère portée par le jeune Persèe sur le vase de Cœre.
1 C’est d’un semblable morceau d’étoffe, attaché de la même manière et à la même place, que se montre couvert, pour tout vêtement, l’homme du peuple qui assiste au travail de Dédale, sur le bas-relief Borghèse de la fable de Pasiphaé, Winckelmann, Mon. ined. n. 94. C’est probablement cette espèce de ceinture qui s’appelait StdÇwpot,, Suidas, h. v., ou simplement Çüpa, et qui était d’usage pour les athlètes, Thucydid. I , vi, dès l’époque homérique, Homer. Iliad. xxm, 683.
2 C’est une conjecture de M. Campana, à laquelle j’éprouve le regret de ne pouvoir souscrire.
3 Au sujet de ce vase, où tout, la fabrique, le style, le sujet, le costume et la langue, sont manifestement grecs, je ne puis m’empêcher de remarquer un trait de cette singulière préoccupation qui règne aujourd’hui parmi les antiquaires romains, et qui , bien qu elle tienne à un sentiment honorable de patriotisme italien , n’en est pas moins contraire aux principes de la critique et aux intérêts de la science. M. Campana, dont l’excel-
lent esprit n’a pas su se préserver de cette erreur de son pays, cherche à revendiquer pour les arts italiques son beau vase de Danaé, si manifestement sorti d’une fabrique grecque, et le moyen qu’il emploie pour cela est de rappeler les témoignages d’Ovide, d’Horace, de Silius Italicus, de Virgile et de Pline , qui attribuent à Danaé et à son fils la fondation d 'Ardée; voy. le Bulletin, etc. 1 845 , p. 217-218. Il faut d’abord écarter les témoignages d’Ovide et d’Horace, qui ne disent rien de cette fondation mythologique d 'Ardée, et qui n’auraient pas d’ailleurs une grande valeur. Celui de Silius, qui ne fait, suivant son usage, que répéter une expression de Virgile, n’a non plus aucune autorité. Restent donc ceux de Virgile, Æn. vii, 4 10, sqq., et 371; cf. Serv. ad hh. U.; Mytbogr. Vat. 1, 167, et de Pline, III, v, auxquels je puis joindre les témoignages de Solin, c. n, p. 12, ed. Salmas, et de Martianus Capella, 1. VI, S 642, p. 523, ed. Kopp. Mais cette question de la relation mythologique de Danaé avec Ardée, que j’ai discutée dans mon Hist. des colon, grecg. t. II, p. 12 8-i3i, doit se réduire au fait d’une colonie argienne qui avait porté dans cette partie du Latium la connaissance des traditions relatives à Danaé et à son fils avec celle des arts de la Grèce.
6 Voy. la Relazione degli scavi di Pompei, dans le Ballet, archeolog. Napolet. ann. I, n. 11, p. 9.