‹ Choix de peintures de PompéiChapitre 18 sur 27 · DANAÉ DANS L’ILE DE SÉRIPIIE · texte numérisé non relu

DANAÉ DANS L’ILE DE SÉRIPIIE

y faire, c’est que Persée serait représenté ici avec la taille d’un éph'ebe plutôt qu'avec celle d'un enfant. Mais cette circonstance peut tenir à ce que l’artiste avait suivi une tradition différente de celles que nous connaissons, suivant laquelle Persée aurait déjà passé l’âge de l’enfance quand sa naissance fut découverte; et ce peut être aussi un pur effet de la maladresse du dessinateur. Cette taille du jeune homme, au-dessous de celle de la femme, est tout aussi bien une difficulté dans l’hypothèse de M. Panofka; et, tout considéré, je crois qu’il y a plus de motifs d’admettre ici le sujet de Damé et de Persée que celui de Tén'es et d '.Hémithea. Mais, en tout cas, il ne me semble guère possible de présenter une troisième hypothèse; et l’explication du monument, réduite à ces termes, me paraît bien près de la solution sur la voie de laquelle il doit m’être permis de dire que je suis entré le premier.

Hauteur, o ra. 78,6 cent. — Largeur, o m. 65,5 cent.

Cm non diclus Hylas 1 ? Ce mot de Virgile, devenu presque proverbial à Rome, suffit pour témoigner de la célébrité qu’avait acquise, à une certaine époque de l’antiquité, la fable d 'Hylas ravi par les nymphes. Mais, tout en admettant cette célébrité, qui ne peut être mise en doute et qui fut principalement l’œuvre des poêles, il y a sans doute lieu de s’étonner qu'un sujet si favorable aux arts d’imitation ait été si rarement traité sur les monuments de l’antiquité figurée, à en juger d’après ceux qui nous en restent. C’est ce qui résultera de l’examen que je ferai de ces monuments, après que j’aurai exposé, aussi succinctement qu’il me sera possible , le trait mythologique qu’ils représentent , en commençant par la description de la peinture que je fais connaître.

Cette peinture, une des plus récemment découvertes à Pompéi, se recommande plus par sa composition , qui doit appartenir à quelque maître grec, que par son exécution , qui paraît être de la dernière manière des peintures de Pompéi. Le sujet est, du reste, rendu d’une manière qui ne laisse lieu à aucune incertitude. Hylas, le jeune et beau Dryope2, objet de

1 Virgil. Geortj. III, 6. Theiodamas, roi des Dryopes et de la nymphe Mènodicé, Apol-

2 Suivant la tradition la plus générale, Hylas était fils de lod. I, ix, 19; Apollon. Rh. 1, iai3; Hygin. Fab. cclxxi; cf.

la tendresse d’Hercule 1 , se montre ici au moment où il allait puiser, à une source éloignée du rivage, l’eau nécessaire au repas du soir du héros2. Il tient de la main gauche le vase debronze, en forme de kalpis 3, qu’il avait apporté à cet effet, et il est vêtu de la simple chlamyde, vêtement des épliehes, attachée sur le devant de la poitrine et rejetée sur le dos, avec le parazonium , ou épée, suspendu au côté gauche. Il se montre ainsi dans toute la simplicité du costume héroïque; mais il n’a déjà plus la liberté d accomplir le projet qui lavait conduit à cette source fatale. Trois femmes, qui sont trois nymphes, naïades, dryades ou liamadryadesk , l’entourent et s’efforcent de s’emparer de sa personne. Deux de ces nymphes lui ont saisi le bras droit, qu’il lève encore avec peine, comme pour invoquer un secours qui ne viendra pas, et la troisième, agenouillée devant lui, l’arrête des deux mains par la jambe droite. Toute cette scène est pleine de mouvement et de vérité, et, si Ion regrette que 1 expression des figures et le style des têtes n’y répondent pas à l’intérêt du sujet, ce sont des imperfections qu’on ne peut mettre que sur le compte du décorateur de Pompéi , chargé de reproduire le modèle d’une ancienne école qu’il avait sous les yeux.

Le lieu de la scène est un site agreste et montueux, où se dressent des rochers et qu’abritent des arbres. La source dont s’approche le jeune héros, compagnon d’Hercule5, tombe de ces rochers en formant une espèce de cascade ; et sur le haut de cette masse de rochers est un groupe de deux figures de moindre proportion, et, à ce titre, d’un ordre subalterne, qui doivent représenter deux habitants du pays, spectateurs paisibles dune scene dont ils ne pouvaient être que les témoins fortuits, à moins qu’on n’aime mieux voir, dans ces deux personnages, dont l’un est assis et l’autre debout près de lui, dans une attitude familière, un groupe à peu près semblable à celui qui se rencontre, à une pareille place et dans des conditions analogues, sur beaucoup de bas-reliefs antiques, où il représente le génie du mont et

Mnaseas, apud Schol. Apollon. Rh. ad i, i3x, et ad v. 1207; Propert. Eleg. I, xx, 6. D’antres auteurs lui donnaient une origine différente. Ainsi, suivant Nicandros, apud Anton. Liber. c. xxvi, p. 172, ed. Verheyk., il était fils de Céyx ; suivant d’autres, Eupborion, apud Schol. Theocrit. ad Id. xiii, v. 7, d'Euphêmos, favori de Neptune, ou même d' Hercule, Socrates, ibid. ; cf. Euphorion. Fragment, cxlix, p. 177, ed, Meineke. Ces traditions diverses n’ont, du reste, quelque importance que par les noms des auteurs auxquels elles sont attribuées, et qui prouvent la célébrité du mythe d' Hylas, par le grand nombre d'ouvrages où il en était fait mention.

1 Hygin, dans le chapitre où il énumère les plus beaux éphèbes, ephebi formosissimi , Fab. cclxxi, nomme à ce titre Hylas, comme aimé d’Hercule: «Hylas, Tbeodamantis filius , quem Hercules amavit; » cf. Anton. Liber, c. xxvi : T/.ai', èxlôitws véov Sè xa.1 xa- Xdr. C’est aussi de la même manière que le désignent la plupart des anciens auteurs, Schol. Apollon. Rh. ad v. 1, i3i: Tac/,5, Èpax\éovs èpcépevos; Theocrit. Id. xm, v. 6-7; Apollodor. I, îx, 19; Schol. Aristophan. Plut. v. 1127; Zenob. Cent, vi, 21; Phot. v. ŸXa i> xpctvxdÇeiv, Suid. h. v.

2 Apollodor. I, ix, 19; Theocrit. Id. xm, 36; Anton. Liber, c. xxvi, p. 174; Apollon. Rh. 1, 1226, sqq. Suivant une autre tradition, Hylas, égaré à la chasse, s’était éloigné d 'Hercule et périt victime de son imprudence, Pseud. Orph. Argon, v. 637, sqq.; Val. Flac. m, 545.

3 Apollon. Rh. 1, 1207 : XaXxe# crvv xd\mSi; Schol. ad l. L:

tSplav ; cf. Theocrit. Id. xm, 38: Xdlxeov éiyyos ; Anton. Liber. I. I. : xpwarràv.

4 La plupart des écrivains anciens se servent du terme générique de nymphes, Pseud. Orph. Argon, v. 648-9 : Év Sè aitéos >?Xu0e vvpipüv XsipaxlSav; Theocrit. Id. xm, 43 : tSdri S’ èv fiécrcp NTM<MI yopov dpxiaSovxo-, Anton. Liber. I. I. p. 176 : Aùtov iSov&ai viiptpat; Apollodor. I, ix, 19 : Aià «ctXXos ùw 0 vvfi<pâv i)pndyu\ Schol. Apollon. Rh. ad v. 1, 1236; Hygin. Fab. xiv : A nymphis. . . raptus est; Proh. ad Virgil. Georg. III, 6 : Hylas, ad hauriendam aguam Ascanii Jluminis urnam extulissel, adamalus a nymphis est; Mythogr.Vat. 1, 4g : A nymphis raptus est; cf. 11, 199 : A nymphis raptus esse dicilar. Mais Properce nomme indistinctement les dryades et les hamadryades, El. I, xx, v. 32 et 45; et Ausone, Epigramm. xcv, 4, les naïades : en quoi il suivait l’exemple d'Ovide, De art. am. 11, 110 : Naïadumque tener crimine raptus Hylas. Le nom des néréides, qui figure dans le récit d’un parœmiographe grec, Zenob. Cent, vi, 21 : Ù Sè Sià xaXXos imo vtiprjiSav dpirayeïs dveêàtjaB, ne peut s’y être glissé que par une méprise ou une distraction de ce grammairien.

5 Apollon. Rh. 1 , i3a : ïâv t e (popeiis, <p\ika.xôs tô (3i oïo ; cf. Pseud. Orph. Argon, v. 221, sqq.; Mythogr. Vat. 1, 4g : Armigerum.

celui de la soui ce , mais l absence de vêtement et d attribut rend à mes yeux cette seconde explication moins probable que la première.

Telle est cette peinture, dont tous les personnages, sauf les deux indiqués en dernier beu, répondent aux données de la fable antique, du moins dans la tradition la plus accréditée, et aussi la plus intéressante qui eut cours chez les anciens, celle où Hylas était ravi par trois nymphes et non par une seule. C’est effectivement de cette manière que 1 ’ enlèvement d'Hylas est décrit par Tbéocnte dans une gracieuse idylle5, consacrée tout entière à ce sujet, où les trois nymphes sont nommées Eunica, Malis et Nycheia1 * 3 4 5 6, noms qui semblent bien dérivés de ceux des aibres , et qui tendent a nous faire considérer les nymphes en question comme des dryades; et cette tradition est celle qui a été suivie dans le plus grand nombre des témoignages antiques5, tandis que celle qui n'adinet qu’me seule nymphe et qui n’a guère pour garant que l’auteur des Are/onauti^ues3 , a été signalée par le scholiaste même de ce poêle7 comme contraire à l’opinion générale.

Nous avons maintenant à rechercher ce qu’était dans le principe cette fable d'Hylas, qui dut surtout sa popularité aux poètes, comme nous en avons déjà fait la remarque. L’aventure d Hylas semble n avoir été d’abord qu’un trait des Argonautigues , comme on la trouve effectivement racontée dans les poëmes du faux Orphée8, d’Apollonius de Rhodes9 et de \aleiius Flaccus10; mais, plus anciennement encore, elle figurait comme épisode dans les poëmes relatifs à Hercule, ou Héraclées; et c’est dans un de ces poëmes, dont l’auteur, Cynæthon, llorissait vers la ve olympiade11, que s’en trouvait la première mention12 qui nous en reste, à ma connaissance. Depuis, elle servit de texte à d’autres poëtes, tels que ceux des métamorphoses, a raison de la transformation d'Hylas en écho opérée par les nymphes, qui craignaient qu’Hercule ne leur ravît cet objet de leur passion 13. Mais ce fut surtout à la belle epoque de la langue et de la littérature, chez les Grecs et chez les Romains, pour les poëtes d idylles et d élégies, que le sujet d Hylas acquit le plus haut degré de faveur. Nous en avons la preuve par l’allusion de Virgile à ces poésies si populaires14; sans compter que Virgile luimême s était exerce sur ce sujet15, qui nous a valu la charmante idylle de Théocrite, déjà citée plus haut, et une gracieuse élégie de Properce 16 ; pour ne pas parler du petit poëme d Ausone 7, que je crois produit à 1 occasion de quelque œuvre d’art, comme tant d'épigrammes de l’ Anthologie.

Cetle fable, qui se prêtait si aisément aux compositions les plus aimables, et sur laquelle

1 Voy. les exemples cités plus haut, p. 1 55 et p. i65.

3 Theocrit. Id. xm,

J Idem, ibid. v. 45 : Evvelxa xal MaXis, ëag &’ ôpàacrac Nvyelct. Un de ces noms, sous la forme latine, Eunica, se lit dans Probus, ad Virgil. Georg. III, 6.

4 Reiske , ad Theocr. I. I.

5 Voy. les témoignages cités plus haut, p. aoa, 4.)

6 Apollon. Rh. i, v. 1239. Cette tradition est celle qui a été suivie par Valerius Flaccus, Argon. 111, 355, qui donne à cetle nymphe le nom de Dryopc. Je remarque que le scholiaste d’Apollonius a pris pour un nom propre le mot èlpvSaiTttx. , qui signifie une nymphe de l’onde, et qui a pour équivalent, dans les

épigrammes antiques, les mots xpiivaÀcu ou xpr/vlSes, D’Orville. ad Charitou. p. 35y.

7 Schol. ad Apollon. Rh. 1, v. ia36.

8 Argon, v. 64o-66o, ed. Hermann.

9 Apollon. Rh. 1, v. 1187, sqq.

10 Valer. Flacc. ni, 545, sqq.

11 Ott. Müller, Die Dorier, II, 477.

13 Kynæthon, apud Schol. Apollon. Rh. 1, 1357.

13 Nicandros, apud Anton. Liber, c. xxvi, p. 176.

14 Virgil. Georg. III, 6.

15 Idem.üW. vi, v. 43-44.

10 Propert. Eleg. I, xx, 1-52 ; cf. Rutgers. Far. lect. ni, 8.

17 Auson. Epigr. xcv, i-4.

les poëtes lalins modernes ont cherché à rivaliser avec les anciens 1 , devait-elle son invention au génie grec? Il y a heu d’en douter, d’après la localité qui en a fourni le théâtre. C’était effectivement en Mysie, sur les confins de la Bithynie, près de 1 emplacement où fut bâtie plus tard la ville de dus, dans une contrée tout imprégnée d influences asiatiques, dues à une ancienne occupation phénicienne2 3, queut heu 1 aventure d Hylas, et que le souvenir s’en perpétua, jusqu’à la fin de la période hellénique, par un culte local qui offre tout à fait un caractère asiatique. Nous savons, en effet, par le témoignage de Strabon , écrivain né dans une région voisine, que, de son temps encore, les habitants de Prusias, ville qui avait succédé à dus, célébraient la mémoire d 'Hylas par des chants et des lamentations, ou on l’appelait à plusieurs reprises, comme Hercule, en le cherchant dans les memes heux, l’avait appelé autrefois4. Or c’est là un trait d’un culte phénicien, dont le mythe à' Adonis, héros ravi dans la fleur de son âge à l’amour d’une déesse, offre 1 application la plus frappante et la plus célèbre5, et qui avait eu , dans les contrées voisines de la Propontide, d’autres applications non moins sensibles sous des noms divers, tels que ceux de Bormos 6, chez les Mariandyniens de Bithynie, peuple phénicien d’origine7, et de Lityerses, chez les Phrygiens8. Rien n’est donc plus vraisemblable en soi, et plus conforme à toutes les données antiques, que d’admettre, avec un grand critique de nos jours9, que la fable d Hylas devint, pour les Grecs, habitants de ces contrées, la forme hellénique donnée a la tradition locale, et rattachée, avec autant de convenance que de bonheur, au mythe d Hercule, qui lui-même appartenait originairement à la religion des peuples de race phénicienne10.

Mais, du moment que la fable A Hylas était entrée par la poésie épique dans le cercle des mythes helléniques, et que la poésie élégiaque avait achevé de la populariser chez les Grecs, il semble que les arts plastiques auraient dû s’en emparer à leur tour, grâce aux heureuses

1 Broukliusius en a fait l’observation , en citant à l’appui plusieurs poëtes latins modernes qui avaient chanté Hylas, à l’exemple des anciens, ad Propert. El. I, xx,p. 75-76.

B C’est une notion que j’ai cherché à établir dans mon Mémoire sur l’Hercule phénicien et assyrien.

3 Strabon. 1. XII, p. 564 : Kal vvv S’ en xal éop tj) tis oiyerat •crapà toTs Upovaievirtv xal ÔPEIBÀ2IA Q-iaaBvôwwv , xal xa- \oivrav TXav, dis &v xaxà Kvr> ?<«» T17V èxeivov ■aemivfiévav t i]V èm Tas vXas ë^oSov; cf. Apollon. Rh. 1, 1 349-1 357 î Anton. Liber, c. xxvi, p. 178 ; Suid. et Phot. i>. TXav xpavxâÇetv.

4 C’est à cette particularité de la fable d 'Hylas, certainement empruntée de la tradition locale, que se rapportait le proverbe grec, fXai» xpavxd&iv, ainsi expliqué par les grammairiens, Zenob. Cenl.y 1, 2 1 ; Diogen. VIII, xxxm: Éui twv p.dTt)v fiomnwv, ou èirl t Ssv (lySèv dxovôvTUV, ou dvuàwrccv ; cf. Suid. et Phot.

h. u.; Hesych. v. Êmëoâ t 0 Mécrioi»; Eustatb. ad Dionys. Perieg. v. 8o5. Mais ce proverbe avait, dans l’antiquité grecque de plus profondes racines qu’on ne croirait pouvoir le présumer d’après le témoignage de ces grammairiens; car on le trouve,

sous une forme différente, dans ce vers du Platas d’Aristophane,

v. 1127: TloOéïs tov où ■aapdvra xa,t (xo£ti;v xaXeîs, au sujet du-

quel le seboliaste nous a laissé, de la fable d 'Hylas, une version

qui offre une circonstance intéressante et neuve, celle d’une voix

aérienne qui adresse à Hercule les paroles rapportées plus haut;

ce qui est un trait de plus de l’origine asiatique de cette fable.

5 Voy. les détails où nous sommes entrés à ce sujet, dans notre explication de la planche ix.

0 Æschyl. Pers. v. io54, ed. Blomfield ; cf. ihid. v. g32-g33 :

xaxopÙ,erov làv MapiavSuvoü B-ptjv^tjpoi

Pollux, IV, VII, 54; Nymphis , Fragment, p. 96; Hesych. v. Èmëoâ. T O Mùctiov.

7 Les Mariandyniens devaient leur nom à Mariandynus, un des fils de Pliinée, Schol. Apollon. Rh. ad m, 182; cf. Stephan. Byz. v. üa^Xayov/a; et Phinée est la personnification mythique de l’occupation phénicienne;voy. Movers, Die Phœnicier, I, 20-21. De là, le culte A' Adonis établi à Mariandyné, d’après un passage curieux de Pollux , II , vin. Je suis encore obligé de renvoyer sur ce point aux recherches exposées dans mon Mémoire sur l’Hercule phénicien et assyrien.

8 Schol. Theocrit. ad Id. x, 4i; Apostol. XII, vu ; Hesych. v. MapiavSvvwv Qpijvoc-, voy. Ott. Muller, Die Dorier, I, 347, 10), et 45i. 5); et consult. surtout les Fragments du Lityerses de Doritheos, avec les observations d’Eichstâdt.

9 Oit. Muller, Prolegom. zuein.wissenscliaftl. Mythologie, p. 1 09; Orchomenos, p. 298; Die Dorier, I, 347 et 45i.

10 C’est ce que j’ai cherché à établir dans mon Mémoire sur l’Hercule phénicien et assyrien, cité dans les notes précédentes.

applications auxquelles elle se prêtait si aisément. Je ne parle pas d ’Hylas, considéré comme ami et comme élève d Hercule 1 ; ce côté de la fable , qu’on avait cru voir2 dans la statue célèbre d Hercule avec Ajcix, ou plutôt avec Tél'ephe, aurait pu sans doute fournir matière aux compositions de lart, comme tant d autres sujets du même genre, dont ce n’est pas ici le lieu de s occuper. Hylas seul, avec une hydrie à la main, avait pu fournir aussi à la statuaire, aussi bien quà la peinture, le type d’une de ces belles ligures mythologiques, représentées isolément, sur lesquelles l’art grec aima tant à s’exercer; et j’ai déjà exprimé ailleurs, mais seulement par forme de conjecture, l’idée qu ’Hylas avait pu être le sujet d’une peinture qui faisait partie de la galerie de tableaux formée dans la Pinacothèque des Propylées, et que Pair saruas désigne par les mots S enfant portant des hydries3. Mais c’était surtout la scène d ’Hylas ram par les nymphes, qui , à raison de la double application dont elle était susceptible, comme motif érotique et comme motif funéraire, semblait propre à fournir le sujet de peintures et de bas-reliefs, au moins autant qu aucune autre fable grecque. Je ne connais, cependant, en fait de peintures produites par le premier de ces motifs, qu’une peinture de Portici \ où la grâce de la composition s’allie au charme de l’exécution , de manière à en faire un des morceaux les plus remarquables de la tœchographie 5 antique qui soient venus jusqu’à nous; et, en fait de sculptures de bas-relief, où le sujet d Hylas soit traité avec l’intention d'en faire une image amoureuse, je ne connais pareillement que celle du vase d’argent, du cabinet impérial de l’Ermitage, dont il sera parlé tout à l’heure.

La même rarete de monuments, où la fable d Hylas ligure avec une intention funéraire, se fait remarquer d’une manière qui excite encore plus la surprise; car cette image de jeunes gens des deux sexes, d’une beauté accomplie, ravis dans la fleur de l’âge, soit par les nymphes, soit par d’autres divinités éprises de cette beauté, était une des images les plus chères et les plus familières de tout temps à la civilisation grecque. On la trouve déjà dans Homère6, non pas , à la vérité , avec le nom d 'Hylas, qui n’existait sans doute pas encore à cette époque dans les traditions grecques; on la trouve aussi dans Pindare 1 , avec le nom de GanymMe, dont le mythe était en effet si propre à fournir une image équivalente ; et, depuis, on la rencontre, exprimée sous beaucoup de noms divers dans les fables poétiques, et réalisée de beaucoup de manières différentes sur les monuments figurés 8. Pour ne parler que d 'Hylas,

1 Theocrit. Id. xm, v. 8-io.

5 L’idée de Venuti, Nam. Alban. Vatic. tab. 118, adoptée par Vaillant, Num. Mus. de Camps, p. 63, que Y enfant porté par l’Hercule Commode était Hylas, cette idée, déjà rejetée par Amaduzzi, Monum. Mattéi. t. III, p. 6o, est aujourd’hui tout à fait abandonnée; et l’opinion, si probable par elle-même, que cet enfant représentait Tëlèphe, a été victorieusement établie par M. Otto Iahn, Telephos, p. 60-61.

3 Pausan. I, xxii, 7 : Tou ■usa.ïSot tov ràs iiSplas (pépovra; voy. mes Lettr. archéol. sur la peint, des Grecs, Ire part. Lettre 1", p. 5o. A l’appui de cette conjecture , j’observe que les Académiciens d’Herculanum ont cru reconnaître Hylas dans un jeune homme, vêtu de la chlamyde épliébigue et portant une hydrie, sujet d’une peinture de Gragnano, Pittur. d'Ercolan. t. III, tav. xxiv,

8 Pittur. d'Ercolan. t. IV, tav. vi ; Real Mus. Borbon. t. I, tav. vi.

5 Je préfère ce mot, dont j’ai fait connaître plus haut, p. 53, 3), la signification et l’usage, à celui de peinture murale, qui n’est pas seulement dur à l’oreille, mais qui a de plus l’inconvénient de n’être pas français.

0 Homer. Odyss. xv, 2Ôo; et D’Orville, ad Cliariton. m, 3, p. 356, en avait fait l’observation.

7 Pindar. Olymp. x, 108, sqq. :

lSéa tê xaikiv

Clpa T s xexpctfiévov , d mro te kvaiSéa T avuprlêei mrôrpov SXaXxe Kt rrrpoysvsï.

8 On connaît les vases nombreux représentant Cépliale enlevé par Y Aurore, ou Orithyie ravie par Borée. La fable de Ganymèdc ravi par 1 aigle, et celle de Proserpine enlevée par Pluton, sc rapportaient manifestement à la même intention, ainsi que d’autres fables moins populaires, sur lesquelles j’aurai occasion

dont le rapt est assimilé à celui de Proserpine , comme type de sarcophage , par \ isconti 1 , qui n’en cite pourtant aucun exemple, l’intention qui le rendait effectivement si propre a cet usage est exprimée d’une manière piquante et ingénieuse dans une épigramme d Ausone - , que je crois avoir été dictée par quelque œuvre de sculpture de cette espèce; et des allusions semblables se lisent dans quelques épitaphes antiques où la mention des nymphes, à defaut du nom d 'Hylas, ne permet pas de méconnaître l’idée populaire qui attachait a ce mythe une intention funèbre, et qui en rendait conséquemment limage, sculptée ou peinte, tout a fait propre à servir d’ornement sur un sarcophage ou dans un tombeau.

Je ne connais pourtant, en fait de sarcophages offrant la fable d Hylas, quun bas-relief qui ht partie des marbres Mattéi 4, et qui ne se recommande guere, dans le peu d importance de la composition et dans la médiocrité de l’exécution , que par la rarete du sujet. Mais un second exemple de l’emploi de ce mythe, avec une intention funebre indubitable, nous est donne par le célèbre tombeau romain d Igel, dont l’un des frontons de lattique est décore dun basrelief représentant Hylas entre des nymphes cjui l entraînent'1; motif funéraire qui s accorde tresbien avec le groupe de Ganymede ravi par l aigle , servant de couronnement a ce mausolée. C’est aussi sous le même rapport de la rareté du sujet, que se distinguent, plutôt encore que par le mérite de l’art, quelques autres monuments qui présentent le sujet d 'Hylas, sans qu’on puisse y signaler une intention, soit érotique, soit funéraire, tant soit peu caractérisée.

de m’expliquer en détail dans la iv“ de mes Lettres archéologiques sur la peinture des Grecs.

1 Visconti, Mus. P. Clem. t. V, p. 7.

2 Auson. Epigr. xcv :

Aspice quam blandæ necis ambitione frualur,

Lethifera experiens gaudia pulcher Hylas !

Oscula et infestos inter moriturus amores ,

Ancipites patitur Naïadas Eumenidas.

3 Une de ces épitaphes, rapportée dans les Analecta de Brunck, III, p. 3o4, carm. ccix, fait clairement allusion à X enlèvement d’Hylas : WpÇxu xpiiva Tal fie avviTpiva.actv èx fSicÎTOio; sur cette épitaphe, publiée d’abord par Reinesius, Inscript, cl. xvn, 147, p. 856, d’après Aringhi, Rom. subter. IV, xx, voy. les observations de D’Orville, ad Chariton. p. 356, et, en dernier lieu , celles de M. Jacobs, Anthol. Pal. XII, 285-286. Une allusion encore plus directe se trouve dans une autre épigramme, Brunck, A nalect. t. III, p. 3o5, carm. ccxi, où se lit le nom même d' Hylas, y. 9-10:

IlaïJa yàp é&Xilv

tlpmcrav ümrep TXan Na'ifôs, 01) Qdvarüs.

Voy. aussi D’Orville, l. I. p. 357-358; Toup, Epistol. de Syrac. p. 329, et Jacobs, Anthol. Pal. XII, p. 288-291. Mais la véritable leçon, telle que l’a relevée Visconti, d’après le marbre original, Oper. var. t. II, p. 78, est :

llp7ra<7ai> dis tepnvijv NatSes, où Od.va.tos ;

ce qui fait disparaître le nom d 'Hylas, mais non pas l’allusion au sort de ce jeune héros, non plus que l’idée euphémique qui attribuait sa disparition à Y enlèvement des nymphes, et non à celui de Tlianatos. La même idée d’apothéose, d’immortalité, liée à celle de Y enlèvement par une nymphe, est exprimée dans une des épigrammes de Callimaque, apud Brunck. Analect. t. I, p. 471, carm. xlvi ; et elle avait passé chez les Romains : témoin cette

épigraphe latine, apud Gruter. p. dccxvii, 1 1 : » Fundi hujus dominus infans hic jacet SIMILIS DEO. Hune ab ante oculis parentis RAPVERVNT NYMPHAE in Gurgite; » et cette autre, rapportée par Muratori, t. II, p. 123i , 3 : " Anima bona, superis reddita, RAPTVS A NYMPHIS; » voy. dans Fabretti, Inscript. c. 111, p. 188-195, un grand nombre d’exemples de ce genre d’épitaphes , où se trouve l’idée de rapt, jointe à quelque allusion mythologique.

4 Monum. Mattéi, t. III, tab. xxxi , p. 59-60. Le groupe d 'Hylas et des trois nymphes gui l’entraînent se trouve entre deux autres groupes d’un homme placé entre deux génies portant un flambeau, où l’on ne doit voir qu’un motif funèbre, et non pas une image allégorique d'IIercule et de Polyphème en proie aux inquiétudes que leur cause la disparition d 'Hylas, comme le croyait Amaduzzi. Le roseau que tient Hylas est une manière d’indiquer par anticipation Y apothéose qui l’attend; et c’est de la même manière que Valerius Flaccus avait exprimé la même idée, Argon. 1, 2 18 :

Dubita cur pulcher ARVNDINE crines Velat Hylas?

5 Voy. la dissertation de L. Schorn intitulée : Versuch einer vollstiindigen Erklârung der Bildwerke an dem rômischen Denkmal in Igel, et insérée au t. X des Denkschriften der K. B. Akad. d. Wissenschaflt. in München (1 835) , p. 283. Le groupe que j’ai en vue avait été expliqué par Bacchus entre deux nymphes, parce qu’on avait pris pour un thyrse l’objet porté par Hylas, qui doit être un roseau, comme on le voit sur le sarcophage Mattéi. Ce fut Goethe qui reconnut ici le sujet d 'Hylas, et dont l’opinion fut soutenue avec toute raison par le savant antiquaire de Munich. Dans le fronton correspondant, est représenté Mars descendant vers Rhea Sylvia, à peu près comme il se voit sur le basrelief que j’ai publié, Acliillèide, pl. ix, 1, et non pas, ainsi que

Telle est une mosaïque qui se voit au palais Albani, à Rome1, et qui doit avoir servi d’ornement sar me muraille, et non sur un pavé1, dans quelque belle villa romaine; car elle offre 1 image d un de ces grands tapis, peripetasmata, qui se suspendaient dans l’intérieur des appartements, et qui étaient ornés le plus souvent de figures et de sujets mythologiques brodés à 1 aiguille . Cette mosaïque, composée en guise de tapisserie, offre une large bordure, sur laquelle se déploie une longue suite de figures, les unes assises, les autres debout, représentant une scène d oblation conçue dans le goût égyptien; et c’est dans le champ supérieur de ce rideau que se trouve le sujet d ’Hylas entre deux nymphes gui cherchent à l'entraîner chacune de son côté, tandis que la troisième, debout, les jambes croisées, dans une attitude tranquille, et appuyee sur son urne dont l’eau s’épanche, semble contempler avec indifférence la lutte dont elle est témoin.

II existe au musée du Capitole1 un bas-relief très-curieux qui, d’après l’inscription latine qui! porte, servit à l’ornement d'un trivium antique; c’est un monument votif exécuté en l’honneur des nymphes des fontaines par un affranchi de Marc-Aurèle César. On y voit d’un côté les trois Grâces, au milieu Mercure près d Hercule, au-dessus d’une figure Ae jleuve couchée , et de l'autre côté, Hylas entre deux nymphes gui s'efforcent de l attirer à elles. D’après la nature même du monument , et d’après le motif qui présida à son exécution , il n’est pas douteux que la fable d Hylas ne figure ici dans un sens euphémique, aussi étranger aux idées funéraires dont elle était ailleurs l’expression, qu’éloigné d’une intention positivement érotique.

Le sujet d Hylas fut employé aussi, comme motif de simple ornement, sur des vases ou sa présence servait à indiquer l’usage de ces vases eux-mêmes, ou bien à offrir quelque allusion mythologique en rapport avec l’objet de la représentation ; et je puis citer, de chacune de ces applications de la fable AHylas, un exemple remarquable. Tout le monde connaît les magnifiques restes du temple de Jupiter Tonnant, au pied du Capitole, dont il subsiste

l’avait cru L. Schorn, Mars descendant vers la Moselle personnifiée. J aurais, du reste, beaucoup d’autres observations à faire sur ces bas-reliefs du monument d'Igel, et sur le travail de L. Schorn; mais ce ne saurait être ici le lieu.

1 Cette mosaïque, qui se trouvait dans la Basilica Siciniana (Sant’ Andrea in Barbara), sans qu’on sût, à ma connaissance, de quelle ruine antique elle provenait, avait été transportée au palais du cardinal Nerli, du temps de Ciampini , qui l’a publiée, Vetera Monimenta, c. vu, tab. xxiv, p. 60-62. Depuis, elle a passé dans le palais Albani, et elle a été reproduite dans l 'Appendix veter. musiv. et picturarum, Romæ, 1 7 5o, folio, tab. xiv, p. 96-97. Il en est fait mention par Amaduzzi, Mon. Malt. t. III, p. 60; par Bottari, Mus. Capitol, t. IV, p. 2 53; par Winckelmann , Monum. ined. 1. 1, p. 89, et par d’autres.

’ Je réserve, pour l’explication d’une de ces mosaïques insérée dans le mur d’une maison de Pompéi, qui sera publiée dans ce recueil , et qui représente Achille à Scyros, les détails que comporte cet emploi de la mosaïque.

3 On connaît, par de nombreux témoignages classiques, cet usage de suspendre, dans l’intérieur des maisons grecques et romaines, particulièrement en avant de la porte de l'aulê, ou de la cour découverte, des tentures ou tapisseries, 'asepnreidia'p.ot.Toc ou OTapaireTdtT/xaTa; voy. ce que dit à ce sujet le scholiaste

d Horace, ad Sat. II, viii, 54 : Aulæa sub caméras in triclinio tendebanlur, ut si guid pulveris caderet, ab ipsis exciperetur ; cf. Mitscberlich. ad Od. II, xvi, n. Le nom d 'aulæa, donné à ces tentures chez les Romains, atteste l’usage grec qui s’en faisait pour la porte de l'aulê, et qui est constaté par un fragment curieux de Polybe, cité par Suidas, v. Apyjxs • xotlwStœ èx rijs aü- Xaïas xsapaTC£Taa-fiévcp ; cf. Suid. v. AùXa/a et v. K erol, avec la note de M. Bernhardy, t. I , p. 774. On peut juger de la manière dont ces tapisseries étaient disposées, le long des parois, dans le triclinium et ailleurs, par la représentation qu’en offrent plusieurs bas-reliefs antiques, qui ont rapport à des scènes d'intérieur, tels que ceux de la Mort de Clytemnestre, Winckelmann, Monum. ined. n. 1 48 ; Visconti, Mus. P. Clem. t. V, tav. xxii, et mon Orestéide, pl. xxv, 2 , p. 85; des Présents dcMèdèe, Winckelmann, Monum. ined. n. 90-91, p. 121, 3); du Festin d’Icarius, Visconti, Mus. P. Clem. t. IV, xxv, et autres encore, Ibid. t. IV, tav. xv; t. V, tav. xix. Sur tous ces bas-reliefs, les tentures en question sont disposées absolument de la même manière que le tapis représenté par notre mosaïque; ce qui ne laisse aucun doute sur la destination de cette mosaïque.

u Mus. Capitol, t. IV, tab. liv, p. 253-a54. Ce bas-relief avait été publié presque au moment de sa découverte par Fabretti, De Column. Traj. p. 174.

encore trois colonnes de l’angle du portique avec leur entablement. La frise en est ornée d’instruments et de symboles de sacrifices, bucranes, vases et couteaux de diverses formes; et c’est sur le préféricule 1 qu’est représentée de bas-relief la fable d Hylas debout entre plusieurs nymphes , évidemment avec l’intention d’indiquer l’usage de ce vase en forme de préféricule, répondant à ïhydrie et à la calpis des Grecs, et servant à puiser de leau pour les sacrifices. Un emploi du même genre a été signalé par Winckelmann1 2, sur le vase en forme de scyphus que tient Y Hercule en repos du célèbre bas-relief Farnèse, aujourd hui place a la villa Albani. Le sujet d' Hylas ravi par les nymphes est sculpté sur ce vase, ou il rappelait au héros le souvenir d’un favori qu’il regretta toujours; mais il y est sculpté de si bas-relief, ou la sculpture a été tellement endommagée par le temps, qu’il a été omis sur les diverses gravures qui ont été publiées de ce monument3 *, et que les antiquaires les plus exacts, tels que Corsini et Zoëga, ont même négligé d’en faire mention; ce qui donne encore plus de prix a 1 observation de Winckelmann, qui, vivant à la villa Albani et ayant le monument sous les yeux, ne saurait ne pas inspirer une confiance entière.

Tels étaient, avec quelques médailles de dus11, et peut-être aussi de Nicée 5, deux villes de Bithynie, où le mythe d' Hylas et le culte A Hercule, liés l’un à l’autre, conservèrent toujours un intérêt local; tels étaient, dis-je, à ma connaissance, les seuls monuments figurés de la fable d' Hylas, acquis de nos jours à la science6, lorsqu’un hasard heureux nous en a procuré un nouveau, qui les surpasse tous par le prix de la matière, par le mérite de l’art et par l’intérêt de la représentation. C’est un vase d’argent7, d'une forme qui le rendait propre à porter l’eau des sacrifices, au moyen d’une anse mobile8 * *. Ce vase est orné, sur toute sa circonférence, de figures, sculptées de bas-relief, qui se succèdent , en formant trois sujets

1 Desgodets, Édifie, de Rome, t. II, tav. 56, ed. Roman. 1822, fol. Le sujet d' Hylas, sculpté sur ce vase, avait été publié dans le Musmum Romanum de La Chausse, t. II, sect. tii, tab. m, p. 4-

a Winckelmann, Monum. ined. 1. 1, p. 89, ed. Roman. 1821, fol. : « Quel che poi dal disegnatore non è stato punto avvertito nel cratere medesimo, si è lia (igliuolo 0 amasio di Ercole, rapito da due ninfe, scolpitovi nel medesino modo in cui è figurata questa favola in un vaso ritratto nel fregio dell’ architrave delle tre colonne del tempio di Giove Fulminante apiè del Campidoglio. »

3 Corsini, Herculis cjuies, etc. p. xxxx; Zoëga, Bassirilievi di Roma, t. II, tav. lxx, p. 119.

h Une de ces médailles, du cabinet de M. Allier, est décrite par Sestini, Naov. letter. numism. t. VIII, p. 1 3, n. 19. La figure d' Hylas, tenant la calpis, forme le type, au revers de la tête d’Alexandre Sévère; Mionnet, Supplément, t. V, p. 2 53, n. i48o; et le même type s’était trouvé sur deux médailles à l’effigie de Tranquilline et de Maximin, décrites par M. Mionnet et par Vaillant, mais sans y avoir été reconnu.

5 Une médaille de Nicée, avec le type d 'Hylas au revers

d’Alexandre Sévère, est décrite dans le Cabinet Allier, p. 70;

mais cette médaille paraissant être la même que celle qui avait

été signalée par Sestini, Nuov. lett. num. t. VIII, p. 1 3 , il y a

lieu de croire que l’inscription a été mal lue, NIKAIEŒN au lieu

de KlANflN. Buonarolti avait cru voir Hylas représenté sur une

médaille de Prasias, Medaglioni, p. 190; mais cette conjecture n’était pas heureuse.

0 Je n’ai pas dû faire mention d’un miroir, où Bellori avait cru voir Hylas et Hercule, Sépulcral, monum. tab. x, p. 78, mais sans que cette explication offrît la moindre vraisemblance. Il n’en est peut-être pas de même d’une conjecture de Caylus, qui me paraîl heureuse, au sujet d’un monument, en tout cas curieux et intéressant dans son genre. Il s’agit d’un petit Hermès bicéphale, offrant, d’un côté, une tête virile barbue, avec les traits d' Hercule, de l’autre, une tête jeune et imberbe, où Caylus avait cru reconnaître Hylas, le favori d’Hercule. Pour juger jusqu’à quel point cette conjecture est fondée, il faudrait avoir sous les yeux le monument, que je ne connais que par la gravure de Caylus, Recueil VI, pl. lxxviii, 1,11 et m, p. 2 55-a56. Mais l’idée paraît plausible en eUe-même, et elle s’accorde bien avec la nature de ces sortes d'Hermès bicéphales, dont Caylus, à l’époque où il écrivait, n’avait pu prendre une notion exacte; voy. les observations que j’ai eu occasion de faire à cet égard, Joum. des Savants, janvier 1846, p. 44-5o. Dans tous les cas, le monument m’a paru digne d’être signalé à l’attention des antiquaires.

7 Ce vase, trouvé, il y a quelques années, sur les bords du Pruth, fait maintenant partie de la collection du palais impérial de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg.

8 Cette forme , qui est celle d’un seau, a été désignée par M. Panofka, Recherch. sur les noms des vases, pl. vii, n. i4, sous

distincts, dans une seule et même composition : Hylas au milieu des nymphes, Apollon et Daphné, Léda avec le cygne. L intention érotique qui lit choisir ces trois sujets pour en décorer un même vase, en les réunissant dans une pensée commune, cette intention, dis-je, ne saurait être méconnue de personne; et cest là le premier motif d intérêt que présente ce vase si précieux à tant d’égards.

En attendant que ce monument de la toreutique grecque, si rare par la matière, si curieux par le sujet, et si recommandable par le travail, soit livré à la science par les soins d’un habile antiquaire de Saint-Pétersbourg qui en prépare la publication !, je ne puis me refuser au plaisir d en donner une courte description , qui complétera d’ailleurs mon travail sur les représentations figurées du mythe d' Hylas, grâce surtout à la faculté qui m’a été donnée par l’intelligent et zélé directeur du musée impérial de l’Ermitage, M. de Gille, d’enrichir mon texte dun dessin réduit de la partie des figures de ce vase qui ont rapport à Hylas, dessin qui forme le sujet de la vignette n° xn, placée en tête de la page 199.

Cette représentation d Hylas diffère de toutes celles que nous connaissions jusqu’ici, nonseulement par 1 attitude et par la disposition des figures, mais encore par le motif de la composition. Effectivement, ce n’est plus Hylas résistant aux nymphes qui l’entraînent, et témoignant sa surprise et son effroi de la violence amoureuse dont il est l’objet; c’est Hylas satisfait de son sort et déjà en possession de l’immortalité qui l’attendait2, dans les humides demeures des nymphes du fleuve Ascanius. Le jeune favori de ces divinités de l’élément humide, où l’opinion populaire de l’antiquité plaçait la naissance des choses et le séjour des âmes bienheureuses, est debout au milieu de quatre de ces femmes, les jambes croisées, dans une attitude tranquille, s’appuyant du bras gauche sur son hydrie, meuble désormais inutile, devenu à ce moment le symbole de son apothéose, et levant la main droite avec un mouvement qui exprime plutôt une surprise agréable qu’une molle résistance. Des quatre nymphes, celle qui est placée le plus près de lui et qu’il regarde d’un air où la crainte a déjà cessé pour faire place à l’amour, est assise à ses pieds, le dos tourné vers lui, avec la tête retournée de son côté, et tenant son bras enlacé de ses deux mains, d’une manière pleine de grâce et de sentiment. Les trois autres nymphes ne semblent prendre à cette scène amoureuse qu’une part indirecte. Deux d’entre elles sont occupées à verser, d’une urne quelles tiennent élevée au-dessus de leur tête, l’eau qui s’en épanche et qu’une troisième, assise sur le sol, reçoit dans un large bassin. Des quatre nymphes qui figurent dans

le nom d’ûircfvrXior; mais je suis ici de l’avis de M. Letronne, Observât, sur les noms des vases, p. 2 5-26, n. 12, qui ne trouve aucun fondement à cette désignation. Le mot latin situla, qu’on applique généralement à cette sorte de vase, ne me paraît pas non plus suffisamment justifié. Du reste, c’est un des vases dont la forme et l’usage, à défaut du nom, sont le plus sûrement déterminés par les représentations qu’on en trouve fréquemment sur les monuments de la céramographie grecque, particulièrement sur ceux de provenance apulienne. On le voit souvent porté à la main de personnages d’ordre hiératique, dans des scènes d’initiation bachique ; et, dans le grand nombre des exemples qu’on en connaître me contenterai de citer ceux qu’offrent les deux grands vases de la collection Koller, publiés par

M. Éd. Gerhard, Vases apuliens du Mus. de Berlin, pl. 1, m et jv.

1 M. Kôbne, dont le travail doit paraître dans les Annali dell’ Instituto archeologico.

3 Cette immortalité est exprimée par Théocrite, ld. xiit, 72 : Outû) pèv xaXkiaio? ŸXas MAKÀPÎ2N âpiOp-sncci; par Apollonius de Rhodes, 1, 1 324-5: AOràp TXar (pCkà-nvu 3-eà 'æoiyacno vé>p.Ç>ri Ôv ■Gtôcrtv, et par le faux Orphée, Argon, v. 65 1: O Çipct crùv avTCtîs À0ÀNATÔ2 ts ©éXoi xai ÀTOPA02! rjpoiTCt Tsaina,. C’était d’ailleurs l’idée homérique, Odyss. xv, 2 5o-i : ÀXX’ rfroi KXefror ypvuàdpovos tfp-actaev IIwî, KctXXeos etvexa olo, ïv’ À0ANÀTOISI perelr] ; et nous avons vu, par les exemples rapportés plus haut, p. 206, 2), 3), que cette idée avait traversé toute l’antiquité.

cette représentation, deux n’ont pour tout vêtement qu’un léger manteau qui leur enveloppe en partie le bas du corps; les deux autres sont entièrement nues, aussi bien qu Hylas luimême, qui a laissé sur la terre sa chlamyde éphébique; et toute la composition ne respire que des idées de calme, de bonheur et d’immortalité.

Le choix des deux autres sujets qui accompagnent celui-là et la maniéré dont ils sont traités ne laissent aucun doute sur cette intention générale. Celui qui succédé immédiatement représente l’aventure d 'Apollon et de Daphné. Le dieu de Delphes est nu; il a le carquois sur l’épaule, une branche de laurier dans la main droite, et il porte de la main gauche une lyre, tous les attributs qui le distinguent. Daphné, dépouillée de tout vêtement, est agenouillée devant lui , comme arrivée au dernier terme de sa longue course et à celui d une résistance inutile; elle touche de sa main droite étendue le genou du dieu qui vient de 1 atteindre, et elle tient encore la main gauche sur une hydrie, qui n’a sans doute ici d autre objet que de caractériser une nymphe, fille du fleuve Ladon1. La nymphe même de la source est assise sur un plan plus élevé, appuyée sur son urne qui verse une eau abondante, et tenant de la main droite un rameau de laurier, seul indice de la métamorphose qui va s opérer. Le sens érotique de cette représentation est déterminé par la présence de l'Amour, nu et ailé, qui vole derrière Apollon, en tenant un flambeau allumé.

La même in tention est tout aussi clairement indiquée dans la dernière scène qui vien t après celle-là, et qui représente Lécla 2, debout, écartant de la main droite son péplus, passé derrière elle et retombant de son bras gauche, de manière à découvrir entièrement sa personne, et caressant de la main gauche un cygne dont la tête s’approche de sa bouche, et qui pose ses deux pattes sur la tête d’un Amour ailé et accroupi par terre, en tenant de la main droite un objet de forme ovoïde, sans doute l'œuf qui doit être le fruit de l’union qui s’accomplit.

Tel est ce beau monument, dont l’explication complète ne peut manquer de donner lieu, de la part de l’habile antiquaire qui s’en occupe, à de savantes recherches sur les sujets mythologiques qu’il représente , et sans doute aussi sur le style et le goût de la sculpture en argent, qui constitua toute une branche de l’art chez les Grecs, très-florissante dès l’époque des rois de Syrie et de Pergame, dont ce vase, échappé peut-être du trésor de Mithridate, ou d’un des rois de Pont, ses successeurs, est resté pour nous un des rares et précieux débris. En en donnant la description succincte qu’on vient de lire, je n’ai pas eu l’intention d’anticiper sur le travail du savant antiquaire de Saint-Pétersbourg; j’ai voulu seulement saisir l’occasion qui m’était offerte d’enrichir le mien par l’indication d’un monument nouveau, et compléter aussi, en ce qui concerne Apollon et Daphné ; sujet d’une de nos peintures précédemment publiées, la description que j’avais donnée des monuments relatifs à cette fable. La matière demeure donc encore intacte, comme le vase entier reste encore inédit; et la science sait seulement tout ce quelle doit attendre de la publication du monument et du savoir de l’interprète.

' Sur la diversité des traditions qui faisaient Daphné fille du Jleuve Pénée, ou du Jleuve Ladon, ou à'Amyclas, voy. les témoignages classiques rapportés plus haut, p. 62, 3), 4), 5).

2 J’aurai occasion, dans la ivc de mes Lettres archéologiques , d’indiquer les monuments figurés qui existent, en très -grand nombre, de la fable de Léda.

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