‹ Choix de peintures de PompéiChapitre 19 sur 27 · PLANCHE XVII · texte numérisé non relu

PLANCHE XVII

Hauteur, 1 mètre 44 cent. — Largeur, 1 mètre 3o cent.

11 n’y a peut-être pas de fable hellénique qui porte plus décidément l’empreinte d’une origine orientale que celle d’/o. Cette héroïne grecque, par son père Inachus 1 , appartient évidemment à une race phénicienne, comme, par sa métamorphose en vache, elle rappelle la forme de la grande déesse Lune phénicienne, YAstarté, qui s’était couvert la face d’une tête de taureau, et qui, en cet état, avait parcouru le monde2; autre trait de la légende phénicienne, qui se retrouve encore dans les courses errantes d’/o, dont la notion, telle quelle est exposée par Eschyle3, semble empruntée de quelque ancien tableau des navigations pliéni-

1 C’était, d’après le témoignage d’Apollodorc, II, i, 3, l’opi- i, î; cf. Sophocl. apud Dionys. Hal. I, xxv, et sur la forme même nion du chronograpbe Castor et celle des tragiques, qu’io de son nom, qui est purement phénicien, voy. aussi les preuves était fille d 'Inachus; et c’est effectivement la tradition que nous que j’en ai données dans le môme ouvrage, t. I, p. 87 et suiv. trouvons suivie par Eschyle, Prometh. v. 589-590 : Kàpijs zijs en quoi je n’ai fait que suivre l'opinion de Fréret, Mém. de l Acad. tvaylvs, et par Sophocle, Eleclr. v. 5 : Tf?s olalpoiùStyos. . . Ivdyov t. XLVII, p. 36, et de Clavier, Prem. temps de la Grèce, t. I, p. 1 9 xopris. C’est aussi celle d’Hérodote, 1, 1, dans le texte duquel l’on et suiv. Ce qui prouve bien, d’ailleurs, que, au moins dans le a voulu, sans raisons suffisantes, supprimer les mots ri]v tvd- siècle des tragiques, Io passait pour être de race phénicienne , you, en se fondant sur un passage de Pausanias, II, xvi, 1, contre- c’est que, dans Euripide, les Phéniciennes s’appellent, v. 2 54-2 55 : dit pard’autres témoignages du même auteur, 1, xxv, 1; III, xvm, Kowov oSfia, xoivà réxea ras xepa,(r(p6pov 1 ovs.

7;voy. ce qui a été dit, à ce sujet, dans mon Hist. crit. del'Èta- 2 Sanclioniath. Fraijm. p. 34, ed. Orell. : Ü SèkcrîdpTij èiréOrjKe bliss. des colon, grecq. t. I, p. 1 47- Quant à l’origine phénicienne tj) iSla xEpctkp (S acriketas ■aa.pioyp.ov , Hcpctkvr ravpov, x. r. X. à' Inachus, fondée sur son titre de fils A'Océanos, Apollod. II, 3 Æschyl. Prometh. v. 68o-855.

dermes1. D’un autre côté, il existe dans cette fable d 7b des circonstances qui tendent à en reporter l’invention à l’Égypte. L’idée fondamentale de ce mythe, celle que lArgienne lo, transportée en Egypte au terme de ses longues courses, y devint l’Egyp tienne Isis, est celle qui domina dans l’antiquité grecque, du moins à partir du siècle d’Eschyle2; et 1 analogie frappante du nom de son fils Épaphus 3 avec celui de l’Égyptien Apis, si elle ne vient pas à l’appui de cette tradition, prouve du moins la croyance qu’avait obtenue, dans 1 opinion publique, cette relation d 'Argos avec l'Egypte, au moyen d lo, assimilée à Isis, et d Epaphus, identifié avec Apis. Enfin, les rapports philologiques viennent eux-mêmes s’ajouter ici aux témoignages mythologiques, pour confirmer le fond de vérité locale qui s’y trouve. Ainsi il est bien avéré que le nom in signifiait la lune dans l’ancien dialecte grec d' Argos 1 , et il n’est pas moins certain que ce nom, sauf une légère variante, loch, avait la même signification dans l’ancienne langue égyptienne, et qu’il est resté dans le copte3 * 5, avec la même acception. Rejeter de pareils rapports, d’après le prétexte qu’ils seraient purement fortuits 6, serait, à mon avis, une manière de procéder trop arbitraire, trop contraire aux principes de la saine critique, pour mériter la moindre considération, et j’admets, avec une pleine confiance, la conséquence qui résulte de ces rapports; c’est à savoir qu’il exista, entre Argos et Y Egypte, une relation qui remonte à la naissance même de la civilisation grecque, et qui s’établit par le culte de la déesse Lune, représentée au moyen du symbole de la vache, et personnifiée, à Argos, sous le nom d'Io, à Memphis, sous celui d 'Isis.

Mais cette déesse Lune égyptienne, Io-Isis, était la même divinité que YAstarté phénicienne, laquelle avait aussi pour symbole la vache. Il y a donc ici, comme dans quelques autres mythes grecs, une combinaison d’éléments empruntés à l’Egypte et à la Phénicie et fondus dans une légende grecque; et cette combinaison s’explique, de la manière la plus facile et la plus heureuse, par la voie même de communications que prirent les croyances de l’Orient pour arriver dans la Grèce, et qui ne put être que celle des Phéniciens. En effet, il est bien reconnu aujourd’hui qu’il ne put exister, ni en ces temps primitifs, ni à aucune époque historique, des relations directes entre l’Egypte et la Grèce, puisque l’aversion des Egyptiens pour la mer, qui les empêcha de devenir en aucun temps un peuple navigateur, s’opposait à ce qu’ils missent le pied dans la Grèce. Ce ne put donc être que par le commerce des Phéniciens que la connaissance de la déesse Lune égyptienne, avec son nom égyptien lo, et en la

1 Sclnitz, Excars, iv ad Promelh. p. 1 85, sqq.; Boettiger, Mytholog. derJuno, S 5, dans ses Idecn zar Knnstmylhoiogie , t. II, p. 218.

2 Æschyl. Promelh. v. 845, sqq.; cf. Properl., Eleg. II, xxvm, 17; xxxm, 9 :

10 versa caput primos mugiverat annos;

Nunc DEA quæ Nili flumina VACCA bibit.

3 Æscliyl. Promelh. v. 848; Schol. Euripid. ad Phœniss. v. 633;

Apollod. II, 1, 4; cf. Heyn. not. ad h. 1.; add. Interpret. Hygin.

ad Fab. cxlv.

8 Suidas, v. lié, et Eustathe, ad Dionys. Perieg. v. 92, affirment ce fait, en termes positifs : tw yàp rj SeXiJin; xonà. tt/v tcôv Àpye/co v SidXexTov, et la même notion nous a été conservée par d’autres écrivains, par Malala, Chron. p. 3 1 , ed. Oxon., par l’au-

teur de la Chronigue Alexandrine, p. 96, ed. Rader., par le Scholiaste d’Apollonius de Rhodes, iv, 3o8, et par Libanius, Anlioch. t. II, p. 2 4 1 ; voy. Welcker, Die Æschyl. Trilog. p. 127, 1 69) ; Secclii, Ricerche sal dipinto delï lo, dans les Annal, dell’ Instit. archeol. t. X, p. 32.3. A ces témoignages de l’existence du nom lo dans l’ancien vocabulaire des Grecs, M. Welcker, ibidem, p. 127, i5g), a ajouté le fait d’épithètes ou de noms propres, tels que ïoÇùaaa. , t oSdfm, loSotpeiot , îcS^avros, qui s’étaient conservés dans l’histoire mythologique.

8 C’est ce qu’avaient remarqué Jablonski , Voc. Ægypt. dans ses Opuscnl. t. I, p. 99, et Zoëga, de Us. et Orig. Obéi. p. 437, not., et Abhandlangen. p. 269, avant que le R. P. Secchi ait confirmé cette notion curieuse, Ricerche, etc. Annal. I. X, p. 323-3a4-

6 Welcker, Die Æschyl. Trilog. p. 128, 160) : So isl die Uebereinstimmung zujallig.

10 EN ÉGYPTE. 21 l

foi me de vache quelle avait aussi chez les Phéniciens, parvint de bonne heure aux Grecs de lÀrgolide; et, de cette manière, tout ce qu’il y a d’égyptien et de phénicien dans le mythe argien d Io s explique, comme je le disais tout à l’heure, de la manière la plus satisfaisante.

On a été plus loin de nos jours : on a voulu chercher jusque dans l’Inde l’origine de la fable dlo, d après les rapports qui existent entre la figure d'Indra, telle quelle est représentée dans le panthéon indien, et celle d 'Argus PanopÛs. C’est à M. Panofka1 qu’appartient le mérite de ce rapprochement, accueilli avec faveur par l’illustre auteur de la Symbolique'2, et admis aussi, mais avec moins de confiance, à ce qu’il me semble, par un docte et ingénieux antiquaire romain, le R. P. Secchi3. Quant à moi, j’avoue que je ne trouve aucune base solide dans ces rapprochements entre la mythologie grecque et la mythologie indienne, tant que 1 âge des poésies sanscrites qui en fournissent les éléments et leur caractère historique n auront pas été déterminés avec toute la certitude possible, surtout tant que l’époque des monuments ligures de llnde naura pas été fixée d’une manière qui permette de les regarder comme ayant précédé ceux de la Grèce. Or c’est assurément ce qui n’a pas lieu dans l’état actuel de la science. Les images d Argus Panopt'es, le corps couvert d’yeux, telles qu’Escliyle les avait en vue4, et telles que nous les présente un célèbre vase peint d’ancien style grec5, ne peuvent pas ne point remonter au moins au vie siècle avant notre ère : c’est là une antiquité à laquelle ne saurait prétendre aucune image d'Indra, ni peut-être même aucun monument ligure de 1 Inde ; et , quant à la source orientale où cette image , certainement symbolique , d' Argus Panopt'es, le corps couvert dyeux, avait pu être puisée, il suffit, pour la trouver, de se reporter encore en Egypte, où le nom d'Osiris, qui signifiait proprement la même chose6, oculeus totus, pour me servir de l’expression pittoresque de Plaute7, et le mythe de ce dieu, qui se trouve précisément dans le même rapport avec Isis qu 'Argus Panopt'es avec Io, offraient tous les éléments du mythe et de la figure d' Argus Panopt'es.

S il est permis de trouver quelque chose de très-hasardé dans ces rapprochements entre 1 archéologie grecque et l’archéologie indienne, à plus forte raison peut-on s’étonner que les rapports si frappants du culte phénicien d'Aslarté et du mythe argien d 'Io, rapports déjà signalés par le docteur Münter8 et par l’illustre Boettiger9, n’aient pas fixé l’attention du savant auteur de la Symbolique , ni d’aucun des antiquaires de nos jours qui se sont occupés du mythe d Io. H y avait cependant, indépendamment de cette affinité générale des deux légendes, plus dune particularité de détail qui devait diriger leur pensée vers une influence phénicienne. Ainsi le séjour d 'Io à Byblos, après son arrivée en Égypte et la naissance d'Epaphus, est une circonstance du mythe grec, rapportée par Apollodore10, qui nous reporte vers la Phé-

1 Argus Panoptes, eine archüologische Abhcindlnng (Berlin, Sx, t.II.p. 455, ed. Wyttenb.: Êvtoi Sénat Totivopa St£pp.r}v£vovtjt

i838, 4°), p. 38-39- IIOATO<Ï>0AAMON, à)s t o (Uv OS tô IIOAT, t où Sè IPI tôv

2 Symbolik und Mythologie, t. II, p. 3o2-3o3, 3e édit. ÔO0AAMON alyvirlta ykurvhj (ppdÇovros-, cf. Diodor. Sic. I, n.

3 Ricerche, etc. dans Annal, etc. t. X, p. 320. Voy. Parthey, Vocabul. coptic. S iv, Foc. œgypt.-grcec. v. Osiris;

4 Æschyl. Prometh. v. 569 : TôvMTPIÜIIÙN (2oîmxv; cf. Pol- Secchi, Annal, t. X, p. 3a4-

lux, IV, cxli: Apyosisokvô(pOakiJ.os. Ce masque d'Argns, cité dans 7 Plaut. Anlul. III, vi, 19.

le nombre des êxeTxevoc'ûrpdauTTa du théâtre attique , semble bien 8 Relig. der Karthag. p. 64, 8). Le savant auteur renvoie, sur

prouver 1 existence de compositions dramatiques du mythe d’/o. ce point, aux observations de Becker et à celles de M. Creuzer sur

5 Le vase de Voici, de la collection Durand, n° 3 1 8 , publié Philostrate, Vit. Apollon. Tyan. 1, xix, p. 6i.

par M. Panofka dans la Dissertation citée plus haut, 1 ). 9 Boettiger, Mytliol. d. Juno, S 5, p. 2 18.

0 C’est ce que nous apprenons de Plutarque, De Is. et Osir. 10 Apollod. 11, 1, 3.

nicie; et c’est certainement à tort que le docte Heyne refusait sa confiance à cette partie du récit de son auteur, par la raison quelle était modelée sur la légende d ’Osiris. La même circonstance de l’arrivée d’/o aux montagnes de Byblos, sur les confins de l’Éthiopie, se retrouve aussi dans Eschyle1 : ce qui prouve bien quelle appartenait à quelque ancienne tradition grecque; et Y Ethiopie dont il s’agit ici, aussi bien que YAe'rie, qui est nommée, en guise de \ Egypte, dans un autre texte grec2, sont, à n’en pouvoir douter, des locabtés phéniciennes3, dont la mention ne peut provenir que de la même source. C’est également ce qui résulte de l’existence du culte d’/o, à Gaza, constatée par les médailles mêmes de cette ville4 5, nommée aussi Ioné 3, et par le fait de ce nom d'Ioné, donné à une ville voisine d 'Antioche, dont la fondation s attribuait à /o6. Je sais bien que ces traditions d’origines grecques et argiennes, dans cette partie de la Phénicie, ont été jugées de peu de valeur par un célèbre critique de nos jours7; mais je sais aussi que les idées trop absolues de ce savant s’étaient bien modifiées dans le cours de ses études8, trop tôt terminées pour l’honneur et l’intérêt de la science ; et, quant à moi, qui ne vois, dans ces traditions, qu’un indice des rapports entre Argos et la Phénicie , rattachés au culte de la déesse Lune, Io-lsis et Io-Astarté, je crois pouvoir les admettre en toute assurance.

Je m’y trouve d’autant plus autorisé, que je reconnais un trait frappant d’archéologie phénicienne dans une particularité de la figure d 'Argus, décrite par un ancien poète grec, l’auteur du poëme du Retour ou d 'Ægimios, attribué par quelques auteurs à Hésiode, et rédigé, en tout cas, au plus tard, vers la xxxe olympiade, suivant l’opinion d’Ott. Müller9. Le scholiaste d’Euripide nous a conservé 10 quatre vers de ce poëme , où Argus est représenté pourvu de quatre yeux placés de chaque côté de la tète : ce qui comporte nécessairement l’idée d’un double visage, et ce qui a donné lieu à celui des antiquaires de nos jours qui s’est spécialement occupé du mythe d 'Argus Panoptes 11 , d’assimiler cette figure d 'Aigus à celle du Janus à double visage. Or cette image d’un Argus à double visage, qu’on pouvait, seulement par induction, déduire de cet ancien texte poétique, s’est rencontrée tout récemment sur deux vases peints, l’un sorti des fouilles de Vulci 12, l’autre provenant de la

1 Æschyl. Promelli. v. 809-812: ÉvOa Bv§\lvwv ôpâv ciiro iiiat aeiilàv NeïXos evttotov péos.

2 Anonym. De incredib. p. 1 5 , ed. Gai. : els kzphxv. L’auteur avait tiré ce fait d’un livre de Charax de Pergame, èv ÉXXj ivmoüs. Heyne, Ânnot. ad Apollodor. II, 1, 3, t. II, p. 2 56, est d’avis que ce nom désigne l 'Égypte; en quoi je ne suis pas de son avis.

3 Je renvoie aux preuves que j’ai données, dans mon Mémoire sur l’Hercule assyrien et phénicien, de l’emploi du mot Aeria, pour désigner des lieux occupés par les Phéniciens; voy. aussi plus haut, p. 173, 8).

h Ces médailles, décrites par Eckhel, D. N. t. III, p. 449-45o; cf. Nurn. vet. p. 79, ont été citées en dernier lieu par le P. Secchi, Annal, t. X, p. 323 , et parM. Creuzer, Symbolili, t. II, p. 3oo, 3).

5 Stephan. Byz. v. Tcc^a; cf. Id., t'. t àviov; Eustath. adDionys. Perieg. v. 92.

0 Stephan. Byz. v. Xœvy.

1 Oit. Müller, Die Dori ér, I, H2-ii3.

8 Le mêtn e,Prolegom.z. ein.wissenschafll. Mythologie, p. 182-1 85.

9 Le poëme que j’ai en vue, et qui portait le double titre

d'Alylptos el de Nôalo?, était attribué à Hésiode ou à Kercops,

Athen. 1. XI, p. 553, D. Voy. à ce sujet Valckenaer, ad Euripid. Phœniss. p. q35, et Ott. Müller, Die Dorier, I, 28, ff.

10 Schol. Euripid. Phœniss. v. 1122 :

Kal oî bziaxo-Kov A pyov 'lu xpatepLv te péyav te TÉTPA2IN bÇOaXpoliriv bpcôfievov ÉvOa xai évQa.

Nous trouvons un équivalent poétique de la même image dans la manière dont Euripide représente Argus, tel qu’il était figuré sur le bouclier d’Hippomédon, Phœniss. v. 1 1 3, sqq. ;

2tixt ois Uavbtéhiv bppaatv SeSopxita,

Tct f lèv, ail’ ialpùiv érrttoXaïtriv , &ppata BXAroi'Ta, tà Sè xpitlovta Svvivtuv péta.

" Panofka, Argus Panoptes, p. 7.

12 Ce vase, appartenant à M. Basseggio, à Rome, est décrit comme étant d’ancien style, à figures noires, dans le Bulletin, archeol. marzo 1839, p. 21, 1; cf. Éd. Gerhard’ s Archciol. Zeitung, neue Folge, 11. 2, p. 17, 3). On y voit représenté Hermès, IIEPME2, qui se précipite, un glaive nu à la main, sur Argus [APrjOS, tombé à terre, duquel il est dit: il quale si distingue per due teste barbate. Junon, HEPA2 (sic), assiste à cette scène, en exprimant sa colère, et la vache Io se montre à côté d'Aitgus.

Grande -Grèce1, en sorte qu’il n’est plus possible de douter de la réalité d’une pareille représentation d Argus, laquelle était essentiellement phénicienne, ainsi que cela résulte du témoignage de Philon de Byblos, traducteur grec du Phénicien Sanchoniathon2; d’où il suit, par une conséquence irrécusable, que, dans la figure d 'Argus Panopt'es, telle que la concevaient les Grecs, vers la xxxc olympiade, il existait une combinaison d’éléments puisés à une source phénicienne et d autres qui appartenaient à l’archéologie égyptienne3.

Tout tend donc à démontrer qu7o était, dans le principe, à Argos, la déesse Lune orientale, dont le culte y avait été apporté de bonne heure par une colonie phénicienne, et dont l idole était figurée, soit en la forme d’une vache, soit avec une tête de vache, ou simplement avec des cornes de vache, à mesure que les progrès de l’anthropomorphisme, essentiellement piopre au genie grec, réduisirent la forme primitive de ces anciens simulacres de fart asiatique à la représentation dune seule des parties de l’animal symbolique, telle que les cornes de vache, dont nous apprenons par Pausanias4 qu’on avait fait un emploi, certainement puisé à cette source, pour une statue de la Lune, qui se voyait à Élis. Par suite des mêmes progi es de la civilisation, qui finit par substituer, presque dans tout le domaine de la mythologie , des dieux proprement grecs aux divinités asiatiques , le culte égyptien et phénicien d’/o dut céder la place au culte hellénique d 'Héra, la Junon argienne ; et, de cette manière s’explique, avec la jalousie de Junon, qui poursuit, dans Io, devenue une simple héroïne, la fille d Inachus, sa rivale, objet de 1 amour de Jupiter, le titre de prêtresse de Junon, qui lui est donné parles mythographes et qui est justifié par les monuments. L’idée d’un célèbre critique de nos jours5, que 1 Argienne Io, avec des cornes de vache, avait été, pour les Grecs, une invention récente, est donc de tout point erronée; c’est le contraire de cette manière de voir qui est vrai; et 1 opinion de Heyne6, suivie par la plupart des critiques7, qui trouvait dans le mythe d’/o un dogme de la religion naturelle de l’Orient, où Io représentait la Lune, ou plutôt la nature subsolaire, y compris la terre, et Argus, le ciel étoilé, ainsi que l’expliquait Macrobe8, cette opinion, qui peut seule rendre un compte satisfaisant de la manière dont l’art grec lui-même personnifia ces deux etres de la mythologie asiatique, me paraît l’une des moins contestables qu’ait accréditées la critique moderne9.

Quant à la forme que prit successivement le mythe grec, pour arriver à celle que nous

1 Je ne connais ce vase que d’après l’indication qui en est donnée par M. Éd. Gerhard, dans son Archaol. Zeitung, noue Folge, n. 2, p. 18, 3), d’après un article de M. Minervini, dans le Ballet, archeol. napolet. ann. III, p. 73, sgg.

2 Sanchoniath. Fragm. p. 38, ed. Orelli. : ÈirEvoycre Sè i lai tw Kpàrep •üsa.pa.rrnp.a. (SacriXetas, opuctra t écrrrctpa, èx tw»> èpirpocrOiav «ai twi> àmaQiuv pepâv , x. t. X.

3 A l’appui de ces anciennes relations des Phéniciens avec Argos, attestées par Hérodote, au commencement de son histoire, 1. 1, c. î, qui ne purent manquer d'exercer leur influence sur le mythe d’Jo, j’observe encore, d’après Clavier, Prem. temps de la Grèce, I, 17, que toute la postérité d’Jo se retrouve en Phénicie; ce qui vient encore à l’appui de ce que j’ai dit plus haut sur le séjour d’Jo à Byblos et sur son culte à Gaza.

4 Pausan.VI, xxiv, 5: 2eX»;j'»7... «ai -rrjs pèv xépara. èx zÿs

xetpaXÿs.

5 Ott. Müller, Orchomenos , p. 110.

6 Heyn. Annot. ad Apollod. II, 1, 3; cf. Archüolog. Aafsâtz. I, 4i : eme (ferai lesten in Gnechenland, undwarallem Ansehennach aus der symbolischen Vorstellung des Mondes, durcit einen weiblichen Kopf mit Knhhômem enlslanden.

7 Harles, ad Mosch. Id. II , xlv, p. r 86 ; Creuzer, Symbolili, II, 298, fl-.; Ott. Müller, Prolegomen. etc. p. 1 83 ; Welcker, DicÆsch. Trïlog. p. 127, fl-.; Ed. Gerhard, Hermes auf Vascnbild. Berlin, 1 836, p. 4, ff ; Gargallo Grimaldi, Annal. delT Inst, archeol. t. X, p. 2 58, sgg.; Secchi, ibidem, p. 32 2.

8 Macrob. Sat. 1, 1 9.

0 C’est effectivement de cette manière que la fable d’Jo et d 'Argus est expliquée, d’après les idées de Macrobe, par M. Panofka, Argus Panoptes, p. 37, 1), dont le nom doit s’ajouter à ceux des savants cités à l’une des notes précédentes.

lui connaissons, il est probable quelle fut surtout l’ouvrage des tragiques, comme la plupart de ces mythes relatifs aux amours des dieux, qui devinrent le fonds inépuisable des compositions de la scène. 11 ne nous reste cependant aucun renseignement positif à cet égard; et même, si fon excepte la scène où figure Io, dans le Prométhée d Eschyle, et qui ne peut avoir la valeur d’un drame entier, il ne paraît pas que la fille d 'Inachus ait été le sujet d une tragédie grecque, mais bien de drames satyriques, tels que Y Inachus de Sophocle1, I/o de Platon le comique2, et sans doute aussi l’/o de Chærémon3. Mais 1 existence dune tragédie latine d’/o, ouvrage d’Attius, et la fable de ce nom, qui se lit dans le recueil dHygin ', semblent prouver que le sujet d’/o fut traité par quelquun des maîtres de la scene attique; et l’allusion à Argus, en qualité de gardien, qui se trouve dans une comedie d Aristophane0, peut bien, en effet, se rapporter à quelque tragédie perdue de Sophocle ou de tout autre, plus probablement de Sophocle, d’après la mention du nom de ce tragique faite au meme endroit par Aristophane6, quoique cette allusion au Térée de Sophocle naît aucun rapport avec le mythe d7o7. Cette notion résulterait aussi implicitement de celle du masque tragique d’/o, avec des cornes de vache, s’il était vrai, comme l’ont avancé quelques savants8, quil s en trouvât la mention dans le livre de Pollux; mais j’avoue que cette mention ma échappé, si elle y existe; et je crois plutôt que c’est une erreur de ces savants. Au reste, il suffirait que l’aventure d’/o ait été traitée épisodiquement sur le théâtre d Athènes, comme nous en avons un exemple dans le Prométhée d’Eschyle, pour nous autoriser à croire que la forme du mythe, telle quelle nous est parvenue, procède des tragiques, et cette induction est justifiée par le témoignage d’Apolloclore9.

Quoi qu’il en soit, dans l’état actuel de nos connaissances, où, de tant d’auteurs , poètes, mythographes et historiens, qui avaient traité du mythe d7o, tels qu Hésiode, Acusilas, Pherécyde , Cercops , Castor, Asclépiade 10, sans compter les tragiques , à peine s est-il conserve quelque fragment qui s’y rapporte11, le récit naïf et touchant qu’Eschyle met dans la bouche d’/o elle-même12, est le témoignage original le plus ancien qui nous reste à ce sujet; et ce récit, sur lequel s’est exercée, avec son abondance accoutumée, l’ingénieuse facilité d Ovide13, sauf quelques variantes qu’il y a introduites, est, avec le passage classique d Apollodore 1/1 et

1 Sur ce drame de Sophocle, auquel fait plusieurs fois allusion Aristophane, voy. M. Welcker, Naclitrag z. d. Æschyl. Trilog. p. 306-7. M. Creuzer, Symbolilc, II, 298, cite Euripide avec Sophocle au nombre des tragiques qui avaient traité le sujet d’/o; je ne connais pourtant aucun drame, satyrique ou tragique, dont il soit fait mention sous le nom d’Euripide.

2 11 n’est fait qu’une seule mention de 1 Io de Platon le comique, et il ne s’en est conservé qu’un seul vers, dans Athénée, 1. XIV, p. 657, A; voy. Meinecke, Fragm.poët. comœd. antig. p. II,

3 Welcker, Nachtrag, etc. p. 307; cf. Griech. Trag. III , 1090. 1 Hygin. Fab. cxlv.

5 Aristophan. Av. 102 :

TijpEÙs yàp cl aii; as&icpov &pvis >î ra'Js ;

Ùpvis Hyvye.

0 Idem, ibidem, v. 100:

Toiavra pévTOi SoÇoxXAjs ’Xup.aivczai Èx tœîs rpayifiSlaimv èpÀ ^ bv Tu péa.

7 Sur le Térée de Sophocle, dont il reste quelques fragments, voy. M. Welcker, D. Griechisch. Tragœd. I, 68, 374-388.

8 Millin, Peint, de Vases, t. II, p. 80, 4). Ce savant ne fait, il est vrai, que reproduire, sans la discuter, une opinion de Scrofani, qui se fondait sur l’autorité du P. Brumoy.

9 Apollod. II, 1, 3 : üoXXoi tüv Tpctyinav 1 vayov t yv Ici) Aéyouow.

10 Apollod. II, 1, 3.

11 J’ai ici en vue un fragment de Phérécyde, cité par le Scholiaste d’Euripide, Phœniss. v. 11 23; voy Sturz , Pherecyd. Fragm. xxxx, p. 161.

12 Æschyl. Prometb. v. 645-686.

13 Ovid. Melam. I, 585, sqq.

14 Apollod. II, 1, 3.

Cf. Schol. ad h. I.

avec la faille d’Hygin la principale source où nous puisions la connaissance de ce trait de la mythologie grecque , qui dut être fixé de bonne heure sous la forme où il nous est parvenu, puisquil y est déjà fait allusion par Homère1 2.

Lart dut aussi s emparer, dès une très-ancienne époque, de ce grand sujet, argumenlum ingens, expressions de Virgile3, qui montrent que ce poète grave et sérieux voyait dans le mythe d'Io autre chose qu’une aventure amoureuse; et je me crois fondé à conclure de ces expressions du plus savant comme du plus grand des poètes latins, que l’ancienne tradition du culte oriental qui s attachait au mythe d'Io recommandait ce sujet à l’émulation des artistes aussi bien quà celle des poètes. Le plus ancien ouvrage d’art connu par l’histoire, où ce sujet ait été traité, est le trône de l’Apollon amycléen, ouvrage de Bathyclès, où figurait h, sous la forme dune vache, auprès de /mon4; et, à cette seule indication, donnée par Pausamas, nous pouvons juger que la première forme du mythe d’Io, dans les œuvres de l’art grec, restait fidèle au modèle asiatique, où Astarté était aussi représentée comme une vache. Mais il est probable que cette forme, qui répugnait au génie grec, ne tarda pas à se réduire a celle qui n admettait que les cornes de vache à la tête pour indice de la métamorphose d’Io.telle certainement se la représentaient les contemporains d’Eschyle, qui la décrit de cette manière5 *; telle encore peut-on croire, d’après le témoignage d’Euripide8, qu’on la faisait apparaître sur le théâtre d’Athènes; et les nombreuses images peintes d’Io, qu’avait en vue Hérodote7, et qui sont conformes à ce modèle, prouvent bien que c’était là le type de la figure d’Io, généralement adopté dans les œuvres de l’imitation.

Nous ignorons de quelle manière était conçue la statue d’Io, ouvrage de Dinomène, érigée sur l’Acropole d’Athènes, où elle avait pour pendant une statue de Callislo, ouvrage du même artiste8. Pausanias, à qui nous devons cette notion curieuse, dit que le choix de ces deux héroïnes, objets de l’amour de Jupiter, avait été motivé par cette circonstance et par le fait de la métamorphose de l’une en vache, de l’autre en louve, qui tendait encore à établir entre elles une triste conformité. D’après cette considération , je serais disposé à croire que ces deux statues d Io et Callislo étaient représentées sous la forme ordinaire des héroïnes grecques, portant peut-être à la main l’animal, symbole de leur métamorphose, ainsi qu’on en a un exemple dans la figure d ’Autonoë, peinte par Polygnote". Dans le cas où l’on n’admettrait pas cette conjecture, il ne reste guère qu’une supposition possible, celle que la statue d’Io avait à ses

1 Hygin. Fab. cxlv; cf. Mosch. ld. n, v. 37-60.

2 Homer. II. xi, io3, xxiv, 182; cf. Heyn. Observât, ad h. I. p. Qi 3; Creuzer , Symbolik, II, 98, 2), 3“ éd. L’assertion du Scholiaste de Venise, adll.11, io3, que le mythe d 'Argos est tout de l’invention des poêles récents : ïléirAou/lau Sè toi; NEQTÉP0I2 Ta 'ssept A pyov, ne semble pas mériter beaucoup de confiance.

3 Virgil. Æn. vu, 789-91 :

At lcvem clypcura sublalis cornibus 10 Auro insignibat, jnm setis obsita, jam Bos,

ARGVMENTVM INGENS, et castes virginis Argus.

4 Pausan. III, xvm, 7 : Üpa Sè d<popÿt tspos Ici t>jv ïvdyov,

BOÎN oZcrav ijSy. Ce passage doit encore être ajouté à l'autre

du même auteur, I, xxv, 1, concernant la naissance d'Io, fille

d'Inachus, contre l’autre tradition, rapportée aussi par Pausa-

nias, II, xvi, 1, qui la faisait fille d'Iasus. Du reste, c’est aussi

en forme de vaelie que figurait Io dans les ouvrages d’art décrits, ou plutôt imaginés par les poêles, sans doute pour rester fidèles à la plus ancienne tradition. Nous venons d’en voir un exemple dans Virgile; Moschus nous en fournit un. autre, Idyll. n, 45 : Eicren nÔPTIS èovrra; et c’est ainsi que nous la présentent quelques monuments figurés , même de la dernière période de l’art, qui seront cités plus bas.

5 Æschyl. Prometh. v. 588: B ovxépeo Ua,pdévov, cf. v. 67/1 : Kepcterits.

0 Euripid. Phœniss. v. 2 05 : Tas xepaaipôpov love.

1 Herodot. II , xu : Tô yàp tï/s Ïotos âyoiXp. a èov yvvaixrjïov , BOTKEPON èah, xarotirep ÉAXijres ryv \ovv ypdÇ/ovai.

8 Pausan. I, xxv, 1 .

9 Idem , X, xxx, 3 : kxiaiwv b Aptalaiov, xcù j) toü Âxroucivos Mr/Tvp, veëpov èv rate yeptrlv ëyomes è\d<pov.

pieds la vache, son animal symbolique. Telles, du moins, nous savons qu’étaient conçues des figures d'Io, soit peintes, soit sculplées, qui existaient dans l’antiquité, à Ninive , à Gaza et ailleurs encore3, et qu’on peut croire avoir été produites à une belle époque de lart, d apiès des traditions de l’archéologie asiatique, en des lieux tels que ceux-ci, où le mythe dlo navail jamais pu perdre tout à fait sa signification originaire. La forme que je viens d indiquer, plus positivement empreinte d’un caractère oriental et plus favorable aussi qu aucune autre au génie grec, doit avoir été celle que suivirent dans leurs compositions les peintres de la belle école grecque, tels que Nicias4, au nombre des grands tableaux duquel Pline nomme une lo et une Andromède, deux héroïnes orientales, mêlées aux fables argiennes, qui pouvaient naturellement servir de pendants l’une à l’autre, sous ce double rapport, comme I/o et la Callislo du statuaire Dinomène, par d’autres motifs. Mais, indépendamment de ces grands travaux de l’art grec, il dut exister des compositions d’une moindre importance, où la fable d 'lo était représentée, dans ses principales circonstances, daprès les données tragiques. Cest ce que nous pouvons inférer de l'usage que les poètes grecs et latins firent de cette fable , qu’ils supposent employée à la décoration de meubles divers, tels que le carquois de l Amour , dont les peintures, où lo tenait le premier rang, sont décrites par Nonnus5 ; tels encore que le calathm d'Europe, décrit par Moschus comme un des chefs-d’œuvre de Vulcain, où la fable d’Io était représentée au moyen dune combinaison brillante de divers métaux, loi-, l’argent et le bronze 6; tels enfin que le bouclier de Turnus, où une semblable application de la fable d'Io n’avait sans doute pas été faite par le grave Virgile 7 sans quelque intention , du genre de celles dont j’ai parlé plus haut.

Nous arrivons maintenant aux représentations figurées du mythe d /o qui nous restent de l’art antique, et qui consistent principalement en peintures de vases et en peintures de murs, monuments de styles et de siècles bien différents, auxquels on peut ajouter quelques pierres gravées, d’une plus ou moins grande importance. C’est surtout en ces derniers temps que la science s'est enrichie de monuments de la céramographie grecque relatifs à lo, dont l'explication a si heureusement exercé la sagacité d’habiles antiquaires de notre âge, qu’il semble qu’il n’y ait plus rien à ajouter à l’explication de ees monuments. Aussi, me contenterai-je de les indiquer, en suivant, autant que possible, l’ordre chronologique d’après lequel je présume que peuvent avoir été exécutées ces peintures de vases, et en rectifiant, s il y a lieu, sur quelques points, l’interprétation qui en a été donnée.

Le premier de ces vases est une amphore de Voici, d’un ancien style grec, a figures noires sur fond jaune 8, actuellement placée dans la Pinacothèque de Munich. Argus y est représenté , assis par terre, avec des formes gigantesques et un visage presque animal , qui répondent à la

5 Nonnus, Ditmys. vu, 1 1 5; voy. plus haut, p. 9, 2 ).

0 Mosclius, Idyll. n, 37-60.

1 Virgil. Æn. vu, 789-791.

8 Ce vase a été publié par M. Panofka, Argus Panoples, Taf. v, p. 43-45. Il a été reproduit dans les Monum. ilelï Inslit. archeol. t. Il, lav. lix, n. 8; cf. Annal. X, p. 329, n. 8. J’en ai fait mention dans le Journal des Savants, janvier 1842, p. 21.

1 Philostrat. Vit. Apollon. Tyan. I, xix.

2 Eustath. ad Dionys. Perieg. v. 92. Celle représentation forme en effet le type de nombreuses médailles de Gaza, Eclthel, D. N. III, 45o.

3 Stephan. Byz. v. làviov twinj yàp xai 1) Tâ£a èxakëÏTO, dira i ovs, fSovv ëypvcra. [èyoicrv s?) zzkivjiov èv tj? ebtôvi. Cf. Lucian. De D. Syr. S 4-

11 Plin. XXXVII, 11, 4o: Fecit (Nicias) et grandes picturas, in

tradition suivant laquelle c’était un géant fils de la terre d’une main, il tient la corde dont est liée Io, representee comme une vache, tandis que, du côté opposé, Hermès, reconnaissable a son petase et a ses bottines allées , tien t 1 autre bout de cette corde qu’il vient de détacher. Le chien d' Argus, nommé lui-même Argus 2, est placé entre la vache et Hermès, en retournant la tête du côte de celui-ci, comme s il cherchait a s opposer à son dessein. Sur le fond de la peinture se voit un arbre, qui indique le lieu de la scène, la forêt de Mycènes 3 *, ouïe bois sacré d’Io\ près d Argos ; en sorte quil ne peut rester de doutes sur aucune des circonstances de cette peinture, dun style de dessin tres-remarquable , qui doit avoir quelque analogie avec celui des bas-reliefs du trône d Amycles , oii Io était aussi représentée sous la forme de vache.

Je ne connais le vase de Vulci, d’ancien style, cité plus haut 5, avec le vase de la Grande- Grèce, présentant l’un et l’autre Argus à double visage, et Io en forme de vache, deux traits qui ne peuvent pas ne point appartenir à une forme ancienne du mythe et à une époque archaïque de l’art, je ne les connais, dis-je, que par les indications qui en ont été données; et il est sensible, au moins pour le premier de ces vases, qui est à figures noires, qu’il est d’une fabrique ancienne. Le vase qui vient après celui-ci, dans l’ordre des temps, est une pélikê, provenant aussi de Vulci, et d’ancien style, mais à figures rouges sur fond noir6. On y voit Hermès, he. . . ., la main droite armée d’une épée, saisissant de la gauche Argus Panopiès,

■ . . noNAn , déjà blessé à la tête et dans l’attitude de défaillir, dont le corps est tout parsemé d'yeux. De 1 autre côté de ce groupe, est un vieillard barbu, drapé et couronné de laurier, s’appuyant de la main gauche sur un bâton recourbé, attribut des vieillards, et étendant la main droite vers Hermès, personnage dans lequel tout le monde à peu près s’est accordé à reconnaître une personnification locale, sans doute le Dêmos de Mycènes, d’Argos ou de Némée1. Le style de ce vase, dont l’autre face est décorée d’une peinture relative à Hercule, en fait un des monuments les plus remarquables de la céramographie ; et la circonstance du corps d 'Argus couvert dyeux, avec la désignation, iluvocto, qui répond à cette circonstance, est une particularité, unique dans cette classe de monuments, qui confirme, de la manière la plus frappante, tous les témoignages mythologiques. C’est aussi la même action , le moment où Hermès ôte la vie à Argus, qui est représentée, mais avec des circonstances toutes différentes, sur un vase sorti des fouilles de Chiusis. Ce vase, de la forme de plateau, d’une belle fabrique, et

1 C’était la tradition d’Acusilas, apad Apollodor. II, i, 3 : kxovaéXaos Sè, niTENfl; et c’est aussi celle qu'avait suivie Eschyle, Promelh. 568 : E ÏSuiXov Apyov THrENOÎS , et v. 678: BoujcdXos Sè ITirENHS; cf. Suppl, v. 3oa : Apyov, tov Ép/xîjs ■æcùSa, yîfe xarexTave. Enfin , c’était aussi sous les formes d’un géant que le représentait le poète liésiodéen du Retour : Kpat epàv T£ péyav te.

2 Scliol. Æschyl. ad Prometh. 569 ; Schol. Sophocl. ad Electr. v. 5 ; Schol. Euripid. ad Phœniss. v. 1121. L’auteur du Grand Etymologique identifie le gardien et le chien, à cause de la parité du nom et de la fonction, v. ApyetÇàinvs ; voy. Sccchi, Annal. X, 3i4, 7).

3 Apollod. II, 1, 3.

* Sophocl. Electr. v. 5 : Tr/s olcrlpoiv'Xijyos aXtros 1 vdyov

xàpvs.

8 Voy. p. 2)2, 12).

6 Ce vase, de la collection Campanari, passé depuis dans celle de M. Durand, et maintenant dans le cabinet de M. Hope, avait été décrit d’abord par feu Brôndsted, A breef description of thirty-two greek vases, n. 1, puis, par M. de Witte, Catalogue Durand, n. 3 1 8 , avant d’être publié par M. Panofka, Argus Panoptes, Taf. m, 2, 3, p. 1 4, suiv. Il a été reproduit dans les Mon. deli Instit. archeol. t. II, tav. lix, 5; cf. Annal, t. X, p. 316-17, 4-

7 M. Minervini propose de voir ici Jupiter, au lieu du Dêmos de Némée, Bullet. archeol. napol. ann. III, n. xli, p. 43. Mais cette idée ne me paraît pas heureuse ; l’espèce de bâton recourbé sur lequel s'appuie ce vieillard ne saurait convenir à Jupiter, en guise de sceptre.

8 Ce vase, qui provient de la collection de feu M. Pizzati, et qui est entré depuis dans le cabinet de M. Blayds, à Londres, a été publié, avec une courte explication, par M. Ed. Gerhard, dans son Arcliâolog. Zeitung, ncue Folge, n. 2, Taf. n, p. 17-19.

d'un dessin soigné, qui tient encore de l’archaïque, offre, dans un cadre circulaire, une composition de trois figures disposées avec beaucoup d’intelligence. Hermes, désigné par son nom, en caractères d’ancienne forme, hepmem, s’apprête à frapper du coup mortel Argus, renversé à terre, la tête tournée vers le sol et comme appesantie par le sommeil dans lequel il est surpris. Son costume, qui consiste en une tunique courte, et surtout le chapeau arcadien, dont sa tête est couverte, le caractérisent comme pasteur et gardien d Io. Hermes, vêtu aussi d’une tunique courte, par-dessus laquelle est fixée étroitement sur le corps une peau de hête et se déploie sur les épaules un himation d’étoffe fine et plissée, a la tête couverte de la même coiffure, qui convient au déguisement pastoral qu’il a pris pour tromper Argus; mais ses bottines ailées ne permettent pas de méconnaître le dieu , messager de 1 Olympe. L arme dont il va fr apper le gardien endormi est une épée, comme dans la peinture du vase précédent. Derrière ce groupe, lo, en forme de vache, s’élance déjà livrée au démon vengeur qui la persécute; on ne lui voit qu’une seule corne sur le front, non parce que 1 intention de 1 artiste a été de la représenter ainsi, pour indiquer que c’était ici une vache mystique1 *, mais tout simplement, parce qu’en la montrant de profil, une seule corne tenait naturellement la place des deux.

Je crois pouvoir ranger immédiatement après, le beau vase de Pmvo, de la collection Iatta , qui représente aussi la mort d' Argus, mais avec des circonstances toutes différentes, et dans un style de dessin qui appartient à une époque plus récente. Les personnages qui prennent une part directe à cette scène, et ceux qui y interviennent à un titre quelconque, sont distribués sur deux rangs. Le rang inférieur, où se passe l’action, est occupe par Hermes, tenant dune main une pierre, de l’autre une épée nue, et s’avançant, ainsi doublement arme , contre Argus , assis sur une hauteur et couvert d’une peau de bête, deux circonstances qui repondent a des témoignages classiques3. Quatre yeux, deux sur la poitrine et deux sur les cuisses, sont encore une, particularité puisée dans l’ancienne tradition épique, bien quavec. une différence dans la situation des yeux 4, qui ne permet pas de méconnaître le personnage d Argus; et la direction de son regard, de même que le geste qu’il fait de la main droite levee 5, ne peut avoir rapport qu’à la mission qui! avait reçue de Junon. Entre Hermes et Argus se présente, au centre de la composition , lo, assise, le haut du corps découvert, le bas enveloppé dune riche draperie, le front ceint d’un diadème, et tenant de la main droite un roseau, attribut qui se rapporte a son origine, en qualité de fille du fleuve Inachus. Mais ce qui la caractérise encore mieux , ce sont les deux cornes qui s’élèvent du milieu de son front, et qui appartiennent indubitablement au costume tragique d 'lo. Deux satyres, accroupis à terre, dont l’un joue avec un lièvre, complètent la représentation, où ils n’assistent qu’en qualité de témoins, comme personnages du chœur.

1 C’est une idée de M. Éd . Gerhard, à Tendron indique, note précédente, et mon observation s’applique également aux autres monuments, cités, ibid. 9), où la figure d 'lo offre l’apparence d’âne seule corne.

- Publié dans les Monum. delï Instit. archeol. t. II, tav. lix, 1, avec une explication un peu confuse de M. Gargallo Grimaldi , Annal, t. X, p. 253-266, à laquelle le R. P. Secclii a joint d’excel-

lentes observations, ibid. p. 3 12, suiv. Ce même vase a été aussi

l’objet de savantes explications de la part de M. Avcllino, Bullet.

archeol. napolet. ann. III, p. 22, suiv., et il a été décrit de nou-

veau par M. Minervini, ibid. n. xlj, p. 42-46, qui s’est éloigné en quelques points de l’interprétation de ses devanciers.

3 Apollod. II, 1, 3; cf. Ovid. Metain. 1, 166-7.

4 Voy. les vers du poète de l 'Ægimius, cités p. 212 , 10).

5 M. Gargallo Grimaldi a cru voir ici le geste appelé dmxpàTrjfia,, qui indiquait Y insouciance, le mépris des choses humaines, Annal, t. X, p. 256, 2); c’est, suivant moi, une grave méprise. Un pareil geste ne pouvait convenir à un gardien sévère, comme Argus ; et il 11’y en a non plus aucun indice dans la peinture de notre vase.

Le haut de la composition est rempli de personnages, qua cette situation même, non moins qua leurs traits et à leurs attributs, on ne peut méconnaître pour des dieux. En premier heu , se distingue Jupiter, assis, sous sa forme ordinaire, le front ceint de laurier et tenant un sceptre delà main gauche. Des deux déesses qui se tiennent debout devant lui, l'une, aux formes plus juvéniles, la tête diadémée et nue, est certainement Junon, qui, du regard dirigé vers Argus et de la main gauche étendue vers lui , semble lui recommander de veiller sur la rivale qu’elle a confiée à sa garde; l’autre déesse, à l’air plus grave, la tête couverte d’un voile, sur l’épaule de laquelle s’appuie la main droite de Junon et qui porte un sceptre, est probablement Rhèa, de même qu’une troisième déesse, placée derrière Jupiter et s'appuyant familièrement sur l’épaule du dieu, doit être Mélia, l’océanide, ou Isméné, fille d’Asopus: car l’idée que ces deux déesses représentent les mères des deux rivales, Junon et Io, cette idée ingénieuse, qui appartient au R. P. Secchi1 *, me paraît encore celle qui donne l’explication la plus plausible de ces deux figures. A l’une des extrémités de ce rang supérieur , se reconnaît sans difficulté Aphrodite, debout, tenant des deux mains une bandelette déployée, symbole d amour -, et ayant près delle un Éros nu et ailé, tandis qu’un second Éros nu aussi et ailé, ou peut-être Antéros, est assis de l’autre côté, à la place correspondante. Telle est cette composition, qua l’arrangement des figures, et surtout à leur riche costume 3, on ne risque rien de regarder comme dérivée de quelque représentation scénique, et très-probablement d’un drame satyrique ; ce qui résulte de la présence des deux satyres, dont l’intervention ne peut s’expliquer que de cette manière 4. Quant à celle des personnages de Jupiter et de Junon, dont il est très-facile de rendre compte dans la même hypothèse, elle est mise hors de doute par les inscriptions, zevs et hepa, qui accompagnent deux figures semblables, dans une peinture du même sujet, qui décore un vase provenant d’une fouille récente de Canino \ C est aussi a cette mine si féconde de Vulci que nous sommes redevables d’une autre peinture de vase, dont le style moins correct et l’exécution moins soignée annoncent une époque

1 Annal, t. X, p. 319. Je ne dois pas dissimuler queM. Miner-

vini a cru reconnaître, dans ces deux déesses dont l’attitude indique une sorte de supériorité ou de familiarité, les deux parques, dont il explique l’intervention et l’autorité par des raisons très-savantes et très-ingénieuses ; voy. le Bullet. archeol. napolet, ann. III, n. xli, p. 43-45. Mais j’avoue que l’interprétation du R. P. Secchi me satisfait davantage, comme plus conforme aux idées du temps où fut produit notre vase de Ruvo et à la nature même de la représentation qui le décore.

3 Sur la bandelette, comme symbole érotique, voy. les observations de M. Welcker, Annal, t. IV, p. 38o, et celles de M. Otto Jahn, ibidem, t. XVII, p. 282, et Archaolog. Aufscitz. p. 191, 280).

3 Ce costume, formé d’étoffes richement brodées à la manière asiatique, me paraît convenir exclusivement, sur les vases qui nous le présentent, à des personnages empruntés d’une représentation dramatique. L’ornement en forme de spirales qui s’y voit souvent reproduit, et que M. Gargallo Grimaldi juge importantissimo, Annal, t. X, p. 253 ; cf. p. 267, 263, jusque-là qu’il s’en sert pour établir la parenté commune de cinq des personnages de notre peinture, en qualité de divinités marines, cet ornement n’a nullement l’importance ni la signification qu’on lui attribue.

Cette forme de spirale était un élément habituel de décoration dans l’art des Assyriens et des Phéniciens; j’en ai établi, par des preuves irrécusables , l’origine et l’emploi, dans mon Mémoire sur l'Hercule assyrien et phénicien; et j’ajoute ici que, comme il devait figurer aussi sur les tissus précieux, dont on sait que les principales fabriques existaient à Babylone et à Sardes, il fournit la preuve que les étoffes dont sont habillés les personnages de notre peinture étaient empruntées au luxe asiatique, comme toute la garde-robe du théâtre tragique.

4 Le même antiquaire, cité à la note précédente, suppose une intention funéraire à la présence des deux satyres, Annal. t. X, p. 263-266. Cette explication, fondée sur des considérations plus spécieuses que justes, à mon avis, me satisfait beaucoup moins que celle de M. Minervini, qui attribue au groupe des deux satyres un sens aphrodisiaque, Bullet. archeol. napolet. ann. III, n. xli , p. 46. Mais je crois que la présence de ces personnages du thiase bachique s’explique suffisamment ici par leur présence toute naturelle dans un drame satyrique, tel que ceux dont Io avait été le sujet sur le théâtre atlique; ce qui est loin d’exclure le rôle aphrodisiaque de ces personnages.

8 Ce vase est cité par le R. P. Secchi, Annal, t. X, p. 319, et je ne sache pas qu’il ail encore été publié.

moins ancienne. Celle peinture, cpii décore une œnochoé à figures noires1, ne se compose que de trois personnages, Argus assis, tenant une massue, et le visage tourné vers Io, assise près de lui, et qui est l’objet de sa surveillance, avec Hermès debout, qui semble observer ces deux personnages. Ce que cette peinture offre de neuf et de particulier, c est le busle de vache qui se voit au-dessus de la figure d 'Argus, et qui ne peut avoir d’autre intention que d’indiquer, par un procédé symbolique, la métamorphose d 'Io en vache2.

Aux peintures de vases que je viens de décrire succèdent celles de deux vases de Basilicate, depuis plus longtemps connus, mais qui n’ont obtenu que de nos jours leur explication complète. Le plus important de ces vases, dont l’explication a été un objet de controverse entre les antiquaires3 4, représente, au centre de la composition, Io assise sur une base ou autel à plusieurs degrés, au pied d’un simulacre en bois, d’ancien style, xoanon, quau flambeau et à Y arc qu’il porte comme attributs, on ne peut méconnaître pour celui dune Artémis-Hécate, divinité du même ordre qullitliyie. La jeune prêtresse de Junon, reconnaissable à la double corne qui s’élève de son front, tient de sa main gauche une pyxis, coffre aux bijoux, el de la main droite un collier11, présents nuptiaux, quelle vient de recevoir de Jupiter, debout devant elle. L’attitude du dieu indique assez l’objet de son entretien avec la belle héroïne, et la présence d 'Aphrodite, debout derrière Jupiter, avec la colombe qu’elle tient en main5, et avec le trépied, meuble nuptial6 *, placé près d’elle, achève d’expliquer l’intention de cette scène. Du côté opposé se présente Argus, le frère et le gardien d 'Io1 , s’appuyant d’une main sur sa massue, tenant de l’autre un diptyque, symbole nuptial8; et sur un plan plus élevé se montrent trois personnages qui n’interviennent dans faction que cl’une manière indirecte : c’est à savoir, dans la partie gauche du tableau, Junon debout, au-dessus d 'Io, Eros, nu et ailé, tenant le trochus et la baguette, symboles des jeux de l’adolescence9, et un peu plus loin, sur le même plan, Pan-Lycœus, dieu arcadicn, vu à mi-corps, sans doute pour indiquer la localité10.

L’autre vase de Basilicate, relatif au même sujet11, n’offre, à bien peu de chose près, que

1 Ce vase, décrit dans le Ballet, delï Instit. 1 836 , p. 171-172, a été publié dans les Monument i , t. II, tav. lix, n. 1; cf. Annal. t. X, p. 328, 1.

2 M. Panofka, qui a fait aussi usage de cette peinture de vase dans son Argus Panoples, p. 42-43, explique ce buste de vache par une allusion au culte à'Héra, qui me paraît trop recherchée, tandis que l’explication que je présente, et qui est aussi celle de M. Braun, me semble bien plus naturelle.

1 Publié cinq fois, Hirt, Die Brautschau, Berlin, 1825, fol0; Avellino, Opuscoli, l. II, lav. vii, p. 169-174? Panofka, Argus Panoptes, Taf. iv, 2 ; Lenormant et de Witte, Elit, de monum. céramogr. pl. xxv ; Creuzer, Symbolih, t. III, p. n , Taf. 11 ; voy. aussi les observations que ce vase, placé actuellement au musée de Berlin , Ed. Gerhard, Berlin s ant. Bildwérke, n. 902, nous a suggérées à nous-môme dans le Journ. des Savants, janvier 1842, p. 21-24.

4 Et non pas une couronne de myrte, comme il est dit dans

Y Elit, de monum. cêramogr. t. I, p. 48.

5 Cet oiseau a été pris, tantôt pour la colombe, tantôt pour

Y lynx, deux interprétations qui reviennent à la même idée ; voy.

Journ. des Savants, janvier 1842, p. 22, 1).

0 Journ. desSavants, 1842, p. 23, 4).

7 Dans la tradition suivie par Phérécyde, Argus était fils d 'Inachus, et conséquemment frère d’io, Pherecyd. apud Apollodor. II, 1, 3.

s Journ. des Savants, janvier 1842, p. 23, 1}.

3 Sur le trochus, instrument habituel des jeux de la jeunesse grecque, Acron. ad Horat. Art. poet. v. 38o : rota guam currendo pueri virga regunt, les témoignages classiques et les monuments figurés sont si nombreux et si connus, qu’il est superflu de les citer; voy. Panofka, Argus Panoptes, p. 29, i). Le R. P. Secchi serait plutôt disposé à voir ici le ypoyjmioç, qui s’employait avec Yiynx dans les philtres, Annal, t. X, p. 319, 1); mais cette conjecture ne me paraît pas heureuse. L’allusion au nom de Trochilus, fils d’/o, Schol. Arat. ad y. 161, qui n’avait pas échappé à M. Panofka, ibidem, est beaucoup trop recherchée.

10 Elit, de monum. cêramogr. 1. 1, p. 5o; cf. Journ. des Savants, janvier 1842, p. 23.

' 1 Publié par Millingen , Vases de Coghill, pl. xlvi , et reproduit dans une collection anglaise, Vases from the collection of sir H. En-

la même composition, réduite à un moindre nombre de personnages, Io s’y montre assise de même sur un autel, devant un ancien simulacre de Jrnon, peut-être celui-là même qui était fait d’un tronc de poirier sauvage, et que Pirasus, père de l’héroïne argienne, suivant une des traditions qui avaient cours dans l’antiquité1, avait consacré dans l 'Hérœon de MycW. En face d Io apparaît Jupiter imberbe, tenant le sceptre, et derrière, Argus dans une attitude qui convient à sa mission de surveillant. Dans le haut de la peinture, Éros, nu et ailé, est occupé à verser des parfums sur l’antique idole de la déesse, et un satyre qui s’éloigne, dans une attitude familière a ces sortes de personnages3, avec la syrinæ à la main, est un personnage du chœur, qui indique, à lien pouvoir douter, que cette représentation était cmpruntée dun drame satyrique4.

Aucun des savants qui se sont occupés récemment du mythe d 'la n'a cru devoir y rapporter un vase peint qui, peut-être aussi, a échappé à leur attention, et qui est, en tout cas, trop remarquable par sa provenance, par son style et par son sujet, pour que je ne profite pas de 1 occasion qui se présente de le rappeler à l’intérêt des antiquaires : c’est le vase SAulis, publié par Millin, d’après un dessin communiqué par Scrofani5. On avait cru y voir les principales scènes du Prométhée d’Eschyle, représentées sur le théâtre de Bacchus, a Athènes, ou, du moins, les deux principaux personnages de ce drame, Prométhée à demi enfoui sous les rochers du Caucase, et Io sous la forme de vache. Mais il y avait dans cette explication, tout ingénieuse quelle semblait au premier coup d’œil, des difficultés graves, qui n avaient point échappé à Millin, particulièrement dans le personnage de Prométhée, jeune et imberbe, qui ne répondait ni par lui-même, ni par' le dragon ailé peint au-dessus, à aucun des traite de son modèle tragique. Ces difficultés ont porté un illustre antiquaire , M. le duc de Luynes, à proposer, de ce vase d’une composition si extraordinaire, une explication nouvelle qui laisse encore, à mon avis, le problème sans solution6. Le dernier interprète y voit l 'oracle de Trophomus , en s’appuyant sur un texte de Pausanias 7 , dont je regrette d’être obligé

glejield, pl. xvn-xxi; voy. aussi Élit, de monum. céramogr. pl. xxvi; Panofka, Argus P anoptes, Taf. iv, 1.

1 Apollod. II, i, 3; cf. Heyn. ad h. L; Clavier, Prem. temps de la Grèce, t. I, p. a 3.

2 Pausan. II, xvn, 5.

3 Cette attitude est celle que l’on désignait par le mot dno- (jKOtvevMv, et dont il avait été fait un fréquent emploi, pour les satyres, dans les monuments de l’art ; témoin la figure du satyre dnocrxonsijav, peinture célèbre d’Antiphile , Plin. XXXV, xi., 32 ; voy. les exemples que j’en ai cités, d’après des vases peints, Journ. des Savants, septembre 1837, p. 5i5-5i6, et auxquels il faut ajouter celui de notre peinture.

h Cette manière si simple d’expliquer la présence du satyre ne s’éloigne pas beaucoup de celle qu’avait proposée d’abord Millingen, Vases de Coghill, p. 4i. Mais, bien quelle satisfasse beaucoup d’antiquaires de nos jours , de l'aveu de M. Panofka , Argus Panoptes, p. 2 1, c’est pourtant dans un ordre d’idées tout à fait mystiques que ce savant est d’avis qu’on doit en chercher l’interprétation ; et l’on peut voir, par l’explication qu’ontdonnée à leur tour de ce personnage de satyre MM. Lenormant et de Witte, Elit, de monum. céramogr. t. I, p. 5o-5i , à quels résultats

on arrive, en marchant dans cette voie aventureuse. Pour moi, je m’en tiens modestement à l’interprétation la plus naturelle, à celle qui s’autorise de l’assentiment de M. Welcker, D. Æschyl. Trilog. p. 1 33, Nachtrag, etc. p. 307, 267), et Griech. Tragœd. t. III, p. 1090, 17); et je m’y tiens avec d’autant plus de confiance, que les deux satyres qui figurent, au lieu d’un seul, sur le vase Iatta, renversent tout ce système de combinaisons laborieuses, en même temps qu’ils s’expliquent uniquement d’après cette donnée, qu’ils représentent le chœur d’un drame satyrique.

5 Millin, Peint, de Vases, t. II, pl. lv, lvj, p. 78-84.

6 Annal. 1. 1, tav. agg. H, I, p. 407-412. L’auteur, qui parle de doutes exprimés par quelques personnes sur l’existence de ce vase, p. 4o8, 2), paraît avoir ignoré que Dodwell avait vu ce monument précieux, this valuable antiquity, comme il s’exprime, chez le primat Gianachi Logotheti, de Livadie, qui en était propriétaire, A tour, etc. 1. 1, p. 3oi, 2).

7 Pausan. IX, xxxix, 3, 4, et 5. M. le duc de Luynes traduit les mots: Zeùs Terios èv vntxtQpw , de cette manière: le temple hypèthre de Jupiter Pluvius ; il est évident qu’il s’agit seulement d’une statue de Jupiter Pluvius érigée en plein air; ainsi tombe l’applica-

de dire qu’il ne s’est pas rendu un compte bien exact, et dont il a fait a la peinture de vase en question une application qui ne me semble pas heureuse. Ecartant donc cette idée de 1 oracle de Trophonius, qui ne saurait se soutenir, voici, suivant moi, les points sur lesquels on peut le moins difficilement tomber d’accord. L’édifice circulaire où sont deux femmes, 1 une assise , l’autre debout, sur des gradins, avec deux bustes de spectateurs en dehors, ne peut être quun théâtre, accompagné de portiques extérieurs et d’un petit temple, le tout, sans aucune espèce de rapports avec le théâtre de Bacchus, à Athènes. La vache, qui se présente à 1 entrée du proscenion de ce théâtre, ne peut guère être qu’/o, représentée sous cette forme sur les plus anciens monuments de fart; et, en tout cas, ce n’est certainement pas une victime. Quant au personnage jeune et imberbe, à demi enfoui sous des rochers, j’avoue que je ne puis y reconnaître Prométhée; mais je puis encore moins y voir un initié, et je renonce à proposer un nom pour ce personnage , en dehors de tout ce que nous connaissons de représentations de 1 art antique.

Nous passons maintenant à une autre classe de peintures qui représentent le meme sujet, toujours d’après les mêmes données, mais avec des variantes de détail aussi bien quavec des différences de style, qui ne tiennent pas seulement aux procédés divers d execution, mais aussi à l’époque tardive où furent produites ces peintures de mur. Sur 1 une de ces peintures, provenant des fouilles de Pompéi et composée de trois figures1, Argus assis, la main droite armée d’un pedum qu’il laisse retomber vers la terre, se montre en face de Mercure, qui joue de la lyre, sans doute afin de le plonger dans ce sommeil fatal dont il ne s’éveillera plus. lo, sous la forme de vache, apparaît à côté d' Argus, et le paysage où se passe 1 action indique le bois d’oliviers de My c'enes. Tout s’explique donc parfaitement, d’après cette hypothèse, dans cette peinture où la figure d’io, en forme de vache, est une réminiscence de la plus ancienne tradition grecque conforme au modèle asiatique, intéressante à retrouver dans un monument produit presque sur l’extrême limite du domaine de l’antiquité.

Une autre peinture de Pompéi2, consistant aussi dans les trois mêmes personnages, représente le même sujet, mais avec des différences notables. Argus est pareillement assis, avec son pedum près de lui; mais il vient de laisser échapper la syrinx, dont s’est saisi Mercure, debout devant lui, et qui est l’instrument, perfide qui doit servir à son sommeil et à sa mort, /o est assise, sur un second plan, entre ces deux personnages; mais elle est représentée sous la forme humaine , et elle ne se reconnaît qu’à la double corne qui s’élève sur son front sous le riche voile qui l’enveloppe.

lion de ce texte au prétendu temple ionique hypèthre de notre ' Publiée dans le Ii. Mus. Borbon. t. XI, tav. xxm, avec une peinture. Plus loin, Pausanias parle du soubassement en marbre explication de M. Finati, qui croyait voir, dans cette peinture, blanc, de forme circulaire, qui entoure /’aréa de l'oracle, et qui est Apollon chez Laomédon. La véritable interprétation donnée par surmonté d'obélisques, c’est-à-dire de baluslres, en bronze, comme la M. Panofka a été admise par le R. P. Seccbi, Annal, t. X, 3 1 6, 3), frise qui les couronne : Kpi?7ris f lèv èv KiixXa •nrepiëeé'X^Ta» "kîOov et par M. Braun , ibid. p. 329, n. 3, en y ajoutant, sur la foi de Xeujcoü. . . èÇ£orh‘pi<xo't Sè èm rrj xprin ûSi oSeaoî xai aCiroi yaXxoT, M. Schullz , cette notice curieuse , qu il existe une répétition de KOLI al aovèyooaai aÇàs Çâva ». Tout cela est parfaitement clair, la même peinture dans chacune des trois maisons des Dioscures, quoiqu’il ait été assez généralement mal compris et mal rendu de la Chasse, et de la Paroi noire : ce qui prouve le mérite de la par les traducteurs; mais M. le duc de Luynes, pour retrouver composition originale.

les deux colonnes de la peinture, traduit ainsi ce texte: Tout autour 2 Publiée dans le R. Mus. Borbon. t. VIII, tav. xxv, et reprosètendune base circulaire de marbre blanc. . . sur la base sont placés deux duite par M. Panofka, Argus Panoptes, Taf. 11, n. 1, et dans les obélisques de bronze, comme les zones qui les embrassent. Je laisse à Monum. deïï Instit. archeol. t. II, tav. lix, 6; cf. Annal, t. X, juger si la traduction est exacte, et l’application admissible. p. 32g, 6.

C est une autre scène du même drame que représente une troisième peinture de Pompei , ou la composition est réduite a deux figures. Io, assise, sous les traits d’une jeune héroïne, mais avec la double corne sur le front, est placée en face de Mercure, qui, le pied droit levé sur un rocher, la main gauche posée sur sa hanche, avec son épée remise dans le fourreau et posée sur son genou droit, n’exprime plus, dans toute son attitude et dans sa physionomie, que le repos qui succédé à une entreprise difficile et la satisfaction d’avoir accompli sa mission, qui était la délivrance d7o.

Diverses autres circonstances de la même action sont représentées sur des pierres gravées, dont la plupart ont rapport a la surveillance exercée par Argus sur Io, figurée en forme de vache1 2. Une de ces pierres, où Mercure vient de trancher la tête à' Argus, dont le corps gisant a terre est couvert d’yeux 3, mérite d’être signalée à raison de cette particularité, qui était, unique jusqu au moment de la découverte du vase de Panopt'es, et aussi pour la manière dont Io, sous la forme de vache, s’y montre emportée par le fatal aiguillon qui va la pousser de mers en mers. J’indiquerai aussi une autre pierre, d’un très-beau travail, de la collection Worsley4, dont le sujet me paraît avoir rapport à la circonstance indiquée par Moschus5, celle ou Io , arrivée enfin en Egypte, au terme de ses longues courses, reçoit, en présence de Mercure , son sauveur, l'attouchement de Jupiter, qui doit lui faire reprendre sa première forme , et, avec elle, les charmes qui avaient séduit le maître des dieux6.

Cette scène, qui suit immédiatement l’arrivée d 'Io en Égypte, d’après le drame grec, nous conduit naturellement aux deux belles peintures, l’une à' Herculanum , l’autre de Pompéi, restées longtemps inédites, qui représentent l’arrivée même en Égypte. Ces peintures ont été citées, a plusieurs reprises, par Visconti7, à cause de la rareté de leur sujet et de la beauté de leur

1 R. Mus. Borbon. t. IX , tav. l. L’antiquaire napolitain y avait vu Io et Épaphus. L’interprétation que j’ai suivie est celle qui avait été proposée par M. Panofka, Argus Panoptes, Taf. i, 6, p. 10-11, admise par le R. P. Secchi, Annal, t. X, p. 3i6, et par M. Braun, ibid. p. 33o, io; cf. Monum. deïï Instit. archeol. t. II, tav. lix, io.

2 Une de ces pierres , de la galerie de Florence, Gori, Mus. Flor. 1. 1, tav. 57,3; Lippert, Dactylioth. n, 1 8; Schliclitegroll, Pierres grav. de Stosch, pl. 3o , a été reproduite dans les Monum. deïï Instit. archeol. t. II, tav. lix, n. 7, et aussi par M. Panofka, Argus Panoptes, Taf. 1, 2 , p. 8, 4), qui cite, au même endroit, d’autres pierres du même sujet ; voy. aussi Oit. Millier, Ilandbuch, etc.

3 Cette pâte, du musée de Berlin, Winckelmann, Pierres de Stosch, cl. 11, sect. ni, n. 161, a été publiée et expliquée par M. Panofka, Argus Panoptes, Taf. ni, 1, p. 1 3— 1 7. Il paraît qu’il existe une répétition de ce sujet sur un jaspe vert, de la collection de Cadès, Mon. deïï Instit. archeol. t. II, tav. ux, 9; cf. Annal. t. X, p. 329, 9.

4 Visconti, Mus. Worsley. tav. xx, 3, p. g3, ed. Milan. Elle a

été reproduite par M. Panofka, Argus Panoptes, Taf. 1, 7, p. 18-

19, qui cependant incline à la croire de travail moderne, par des raisons qui, je l’avoue, ne m’ont pas paru suffisantes. Ni le R. P. Seccbi, ni M. le Dr Braun, n’en ont jugé ainsi, Annal, t. X, p. 3 1 5, et p. 32g, 4; cf. Monum. deïï Instit. archeol. t. II, tav. lix,

4. J'en possède une empreinte, tirée de la collection de Cadès,

qui me paraît justifier l’éloge qu’en fait Visconti , qui avait sous les yeux la pierre originale.

s Moschus, Idyll. 11, 5o: Éi> 4” rjv Zeve ÉIIA<I>ÔMEN02 f/pépa. yetpl Q-eefy Uàpzios ïvaynyç; cf. Æscliyl. Prometh. v. 85o-85i ; Suppl, v. 18-19.

0 D’après la tradition suivie par Eschyle, ce ne serait gu’en Ègjfle, après qu7o aurait été rendue à sa forme première, que Jupiter aurait satisfait sa passion, Prometh. v. 85o-5i ; cf. 898. Mais ce n’était pas là l’opinion commune, dont Ovide s’était rendu l’interprète, Metam. 1, 600, et qui est attestée aussi par Apollodore, II , 1, 3 : Tolvtvv lepwenîvjjv Tris TIpas è'ypvrra v Zevs ëtpOeipe.

7 Visconti cite, à plusieurs reprises, Mus. Worsley. p. 93, ed. Milan, et Oper. var. t. II, p. 161, deux belles peintures à' Herculanum, alors placées à Portici, et encore inédites. La manière dont il désigne , dans une de ces peintures , Io, reine d’Égypte, avec Mercure, paraît bien s’appliquer à la peinture que je publie, et qui est indiquée sous le n" 556, par M. Quarante, dans son Mystagogue (titre un peu recherché pour un simple Guide), p. 94. J’ai remarqué, dans le musée des Sludj, une répétition du même sujet, de moindre proportion et aussi de moindre mérite, sous le rapport de l’exécution , de même qu’avec quelques variantes de détail ; mais cette seconde peinture ne provient pas cl Herculanum, comme la nôtre : elle a été trouvée récemment à Pompéi, dans la maison située entre celle de Méléagre et les murs de la ville; ce ne peut donc être l’une des deux peintures désignées

exécution, qui avaient attiré aussi, sur l’une d’elles, l’attention de Milïingen Cest celle qui a été publiée récemment à Naples2, mais au simple trait, et dans un goût de dessin qui est bien loin de donner une idée du style grandiose de cette belle composition. On en jugera mieux, je l’espère, par le dessin que j’en publie à mon tour, et où le caractère de la peinture originale est plus fidèlement reproduit.

La fille dtlnachus est représentée au moment où elle aborde la terre arrosée par le Nil, qui devait être le terme de ses souffrances et le siège de son apothéose. Elle a les formes dune belle héroïne, avec deux cornes naissantes sur le front; le pèplus qui 1 enveloppe, dans un état de désordre causé par ses longues courses, laisse une grande partie de sa personne decouverte; et le contraste qui résulte de cette nudité avec le jet de la draperie produit une figure de la composition la plus heureuse, à laquelle on ne saurait guère trouver a reprendre qu un peu de lourdeur dans les formes. Elle est portée sur le dos dun personnage, quau caractère de sa physionomie, aux traits de son visage, à ses oreilles pointues, et a ses formes du corps, auxquelles ne semblent pas pouvoir appartenir des jambes humaines, nous reconnaissons pour un triton, plutôt que pour le Nil3; cette supposition, qui nous parait mieux d’accord avec le caractère de la figure , se justifie plus facilement par les témoignages de l’histoire poétique, où Io est portée sur la mer en Égypte. Elle y est reçue par une femme, qui lui offre la main en signe d’hospitalité, et qui a le bras gauche enveloppé dun long serpent. A ce signe, propre aux divinités chthoniennes, non moins qua lair majestueux de cette femme, à l’ampleur de ses vêtements, et à la couronne de feurs qui orne sa tete, nous croyons pouvoir aussi reconnaître Y Egypte personnifiée , et non pas Isis , comme 1 ont pense quelques antiquaires4. L'Égypte a les pieds posés sur un crocodile, ce qui est encore à nos yeux une particularité plus d’accord avec le personnage de YÉgypte qu’avec celui d'Isis. Derrière elle sont deux figures de femmes, qui portent des symboles du culte isiaque, le sistre et le vase, avec un caducée , symbole de paix et d’hospitalité , bien approprié a cette scene ; et , a ses pieds, sur un quartier de roc, est assise une petite figure d 'Harpocrate, qui achève de caractériser le pays des pharaons. Les accessoires de cette belle peinture, le sphinx érigé sur une hase, et le grand autel, dont le couronnement, formé de frontons triangulaires, rappelle le type des constructions pyramidales si particulier à YEgypte 5, complètent cette représentation, lune des plus remarquables par le style et par l’exécution, aussi bien que l’une des plus neuves et des plus rares par le sujet, qui soient sorties des fouilles d 'Herculanum.

par Visconti. M. le chan. Jorio mentionne deux peintures d’/o, sans autre indication, Descripl. de quelq. peint, antiq. p. 83, n. mdclxxviii, etp. 84, n. mccclvii.

1 Vases de Cogliill, p. 4i, 6).

2 R. Mus. Borbon. t. X, tav. n,avec une explication de M. Quaranta, p. i-6, où la peinture est indiquée comme dipinlo di Pompei.

3 La première désignation est donnée par M. Quaranta, dans son Myslagogue (Naples, 1 844, 8°), p. 94, 85 (n. 556). Précédemment, en expliquant la même peinture , dans le R. Mus.

Borbon. t. X, tav. u (Naples, i834, 4°) , il avait vu dans la figure en question le Nil; et c’est aussi de cette manière que l’interprète M. Panofka, Argus Panoptes, p. 3a, 5).

4 Cette désignation d 'Isis, indiquée plutôt qu’expressément proposée par M. Quaranta, est admise par M. Panofka, à l’endroit cité, note précédente.

5 Peut-être aussi pourrait-on y voir une allusion au Delta, dont la forme triangulaire est ainsi indiquée par Eschyle, Promelh. v. 8 1 3 : Outos a-’ ôScéaei tvv TPirUNON èe yOàva.

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