PLANCHE XVIII
MARS ET VÉNUS
Hauteur, o m. 96 cent. — Largeur, o m. 89 cent.
La fable de l’ adultéré de Mars et de Vénus, qui était si connue dans le ciel, au témoignage d Ovide1, ne l’était pas moins sur la terre, dès les temps homériques, où elle était devenue lun des thèmes favoris des compositions des rhapsodes. C’est ce que nous apprend Homère lui-même2, en mettant dans la bouche de son Dêmodocos un long récit de cette aventure, où la liberté des détails n’est pas épargnée, sans doute afin de flatter le goût des Phéaciens pour des images de ce genre, et de plaire ainsi à un peuple qui se faisait gloire d’allier l’amour des plaisirs aux périls de la navigation3. Cette aventure, qui avait excité chez les habitants de l’Olympe cette immense gaîté, ce rire inextinguible dont parle Homère4, ne pouvait pas avoir moins de charmes pour la Grèce, toujours empressée de chercher dans l’histoire de ses dieux des exemples et des excuses pour ses faiblesses. Les poètes s’emparèrent à l’envi d’un sujet si favorable5; les mythographes le consignèrent sur leurs tablettes6; et les
1 Ovid. Art. amator. 1. 11, v. 56 1 : «Fabula narratur toto notissima cœlo; » cf. Metam. IV, 1 89 : « Llæc fuit in toto nolissima fabula cœlo. »
2 Homer. Odyss. vin, 267-366.
3 Idem, ibid. vm, 247-248 : NjjvctIi' âptaloi • Alei S' rjpïv Sais
te xiOapls t e XPpoL Te EfyiaTot t èçiipoiSà , Xoerpâ t£
S-epftà, xai eùvai.
“ Idem, ibid. vm, 326 : Auëec/los S’ àp’ éveopro yéAws paicâpecrcri B-eoïm.
5 Virgil. Georg. IV, 345 ; Ovid. Metam. IV, 171-189; Art. amal. II, 56i-5go; Trist. II, 377; Nonn. Dionys. v, 582-585. Les amours de Mars et de Vénus ont fourni le sujet du petit poëme de Reposianus, Concubitus Martis et Veneris, v. 1-182, où la liberté des détails est parfaitement en rapport avec la licence du titre, in Poet. latin, minor. t. IV, p. 3 1 g-345 , ed. Wernsdorf.
0 Hygin. Fab. cxlviii; Fulgent. Mythol. II, x; Lucian. D. D. xvii, t. II, p. 4g-5o, ed. Bip.; Eustath. ad Homer. Odyss. vm, p. 1 55g ; cf. 1881 ; Mythograph. Vat. 1, 43; il, 121 ; m, 2 3 1 ,G.
arts à leur tour s’exercèrent sur ce sujet, qui se prêtait si facilement à toutes les applications qu’en pouvait faire pour son usage le génie d’une civilisation élégante et voluptueuse.
Il est vrai que, plus tard, et lorsque les excès nés de 1 essence même du polythéisme commencèrent à exciter les scrupules de la philosophie , on chercha a donner , de ce mythe licencieux où l’adultère était si audacieusement déifié , une explication , prise dans un ordre d’idées physiques ou astronomiques, qui pût sauver l’honneur de la mythologie païenne. Un de ces philosophes du dernier âge, qui ne voyaient dans les poésies d Homère que de froides allégories, et qui ne montraient ainsi qu’une chose, cest quils en avaient tout a fait perdu l’intelligence, Héraclide de Pont, prétendait que, sous les noms d 'Aphrodite et d 'Arès, et sous celui d 'Harmonia leur fille, l’auteur de Y Odyssée avait entendu les deux principes primitifs des choses, Yamour et la haine, qui par leur union produisent 1 accord des éléments 1 ; et, pour donner à celle explication philosophique plus d’autorité, on cherchait à 1 appuyer sur la doctrine dEmpédocle1 2, dans le système duquel il paraît qu’en effet les deux agents contraires, désignés par les noms de Philia et d eNeikos, jouaient un grand rôle3. Mais rien ne prouve que le philosophe d’Agrigente ait fait un aussi fâcheux abus de 1 allégorie , que de chercher un sens philosophique à l 'adultère de Mars et de Vénus, tel qui! est raconte par Homere. Cette idee malheureuse n'avait pu venir qu’à Héraclide et à quelques grammairiens d un bas temps. Plutarque , qui connaissait le système d’Empëdocle4, et qui, dans un de ses traités, cherche aussi a justifier cette licence homérique, en l’expliquant à sa manière5 *, ne dit pas un mot qui puisse nous autoriser à admettre cet accord prétendu des vues d’Empédocle et des idées d Homère; et il est trop évident, pour quiconque a pu jeter les yeux sur les nombreux témoignages qui nous restent concernant la doctrine du philosophe agngenliri" . qu il ny avait rien de commun dans les idées du philosophe et du poète, sur le fait de 1 adultéré de Mars et de Vernis.
Dira-t-on, pour excuser ce scandaleux épisode de f Odyssée, que c’est précisément en vue de montrer le danger des chants impudiques et des poésies licencieuses qu’Homère a placé le récit des amours de Mars et de Vénus dans la bouche de son chantre des Phéaciens? C’est Plutarque qui imagine cette apologie7, reproduite aussi par Athénée8; mais, tout en approu-
1 Heraclid. Pont. Allegor. Homer. c. lxix, p. 204-209, Gœtting. 1782; cf. Procl. in Tim. p. 1 47.
2 Heraclid. Pont. I. I. : Tà yàp SnteXotà Sdyp.tx.Ta xui tvv ÈpneSàx'XEiov yvâptiv eoixev dira tovtwv @e6uiovv, A p)?»’ pèv ôvopdtru? t 0 NElKOS , ti)v S’ kfpoShrjv «MâIAN.
3 L’auteur de la Vie d'Homère reproduit la même explication de l’épisode homérique, pareillement fondée sur la doctrine d’Empédocle, Vit. Homer. p. 327, ed. Gai. (p. 192, ed. Ernest.
Homer. Oper. t. V.) : ÈpitsSoxHjs tïjv pèv avptpavluv xui
ëvatnv twv aloryeim, <I>IAÎAN 'apocruyopedaus • NElKOS Sè, Tt)v èvuvTÎaaiv. IIpo Sè toutou Opvpoe tvv (pîkiuv xui t 6 vstxos
ulviaaETUi Tojoütou Sé ye Ttjv ÀÇtpoSi tvv xui tov Âpvv
pîidos uivia<7ETUi, Tijs pèv tuvtü Svvupévri?, Ô Tsupà tü ÈpitE- Sox’Xeï 1) <I>IAIA, tou Sè, ô -rsup’ èxelvq to NEÏKOS; voy. aussi Eustalh. ad Odyss. vin, p. 1 597, 53, dont le passage est rapporté textuellement par Sturz, ad Empedocl. Fragm. p. 241,
u Plutarch. De Is. et Osir. S xlviii, p. 370, E (t. II, p. 517, ed. Wyttenb.).
5 Plutarch. De and. poet. S iv, p. 19, 55 (t. I, p. 73-74, ed. Wyttenb.).
0 Voyez les nombreux témoignages rassemblés sur ce point de la doctrine philosophique d’Empédocle par Sturz, Empedocl. Reliq. p. 139-2 55.
1 Plutarch. 1. 1. : Êv pèv yàp toîs •nep» ttjs k<ppoStTirs SiSûaxet tous tspotréypvTue , ôti povaixi) (puvkii xui ucrpuTU isovtjpà xui Xàyoi poyBiipà s vnodéaeis lupëuvovTes , ùxd'kurfiu tsotovcriv fjQi], x. t. X.
8 Athen. I, c. xn, p. i4, C (t. I, p. 52-53, Schw ) : Ô Sè Tuupù <J>utu^i AvpoSoxos uSeï Âpeos xui kçpoSiTis STN0T2ÎAN, où Siù to diïoSéyetrQui to toiovtov tsuÔos, dXX’ dmTpéncov aÙTOus Tsupuvàpwv àpé^ecov. Dans un autre endroit de son livre, Athénée revient sur le même sujet, pour montrer que la moralité de cet épisode homérique enseigne, par l’exemple de Mars, le plus vaillant des dieux, vaincu par le plus faible, Vulcain, à fuir la volupté qui énerve les dieux et les hommes, 1. XII, p. 5i 1, B (t. IV, p. 399, Schw.). On peut bien être sûr qu’Homère n’a jamais eu les pensées qu'on lui prête.
MARS ET VÉNUS
vaut l'intention de ces écrivains, il est réellement impossible de s’y prêter, car il n’y a pas un mot, dans le long récit d’Homère, qui trahisse le motif qu’on lui attribue. Loin de là; le rire inextinguible de l’Olympe, à l’aspect des deux amants pris dans le piège de Vulcain, et surtout l’incroyable dialogue entre Apollon et Mercure1, éloignent tout à fait l’idée que l’auteur de ce récit ne partageât point les sentiments de ses acteurs. Cliercliera-t-on, dans des idées astronomiques, [explication de celte scène homérique, comme il paraîtrait qu’Ératosthène avait essayé de le faire2, plus sérieusement sans doute que Lucien, qui se jouait de son sujet et de ses lecteurs, lorsqu il voyait aussi de l’astronomie dans l'adultère de Mars et de Vénus3! Ou bien, enfin, trouvera-t-on, avec quelques mythographes du dernier ordre, tels que Fulgence, un sens moral à cette fable obscène4, pour rétablir la réputation du poète, aux dépens de la vérité et au mépris de la vraisemblance? Mais, si c’est une énigme que l’antiquité nous a laissée dans la fable des amours de Mars et de Vénus, qui pourrait se flatter d’en trouver la solution dans le livre de Fulgence? Je n’admets donc, pour celte fable homérique, aucune des explications prétendues philosophiques qu’on a voulu en donner; et, quoiqu’un savant antiquaire, Zoëga, souvent malheureux dans l’interprétation des monuments, ait soutenu 1 idée dHéraclide de Pont, qu’il croyait aussi puisée dans Empédocle, en voyant, dans l’aventure de Mars et de Vénus, un mythe tiré des mystères de Samothrace, où Vulcain représentait Aæiéros, Mars et Vénus, Axiokersos et Axiokersa 5, je persiste à croire que le récit d'Homère doit se prendre dans son sens positif, et que c’est ainsi que l’a entendu l’antiquité tout entière. Nous en avons deux témoins presque aussi dignes de foi l’un que l’autre, quoiqu’ils fussent bien différents l’un de l’autre par la tournure de leur esprit et par leur caractère. Platon comprend cet épisode de l 'Odyssée dans le nombre des griefs qu’il allègue contre Homère6 7: ce qui montre bien qu’il ne le croyait pas susceptible des explications philosophiques qu’on en essaya plus tard; et Lucien le traduit, dans un de ses Dialogues1, en des termes qui ne prouvent pas moins positivement l’intention licencieuse qu’il y trouvait encore, avec tout son siecle, qui était pourtant celui des sophistes.
On a encore essayé, de nos jours, de retrancher de la mythologie grecque le scandale de J adultère de Mars et de Vénus, par un moyen dont les anciens eux-mêmes ne s’étaient jamais avises. C est en faisant de Mars l’époux légitime de Vénus, qu’on a voulu rendre à leurs plaisirs, qui provoquèrent la gaîté immodeste de l’Olympe et l’envie indécente de Mercure, une innocence et une pureté que certainement l’auteur de l 'Odyssée n’y avait pas soupçonnées, non plus que le grave Platon, ni le satirique Lucien; et c’est encore à Zoëga qu’appartient le
1 Homer. Odyss. vin, v. 334-342; c’cst à cette particularité
si licencieuse du récit homérique que se rapporte ce trait, tout
aussi libre, du dialogue de Lucien, D. D. xvn, 2 : Éyw pév
toi, èpdàvovv tw A pei, pu? pàvov M0IXET2ANTI ti?v
KCtXXlalyv Q-sàv, àXXà «ai SeSspsvoi pier’ aÙTi/s; et le sentiment
qu’inspiraient de pareilles images aux sages de l’antiquité a trouvé un interprète dans Joseph, contr. Apion. II, xxxiv: MOI- XEIA2 fièv èv oùpctvw (3ùemvpévys oütws ÀNAISXTNTÎ2S invo tmv S-ecôit, oials rivas «ai Çylovv ôfioXoyeïv tous ÉIT ATT fl i AEAEMÉN0T2.
7 Eratosthen. apud Hygin. Poet. astronom. II, xlii, p. 4 16, ed. Muncker. Plutarque fait allusion à ces explications astrono-
miques ou plutôt astrologiques, pour lesquelles il exprime tout son dédain, De poet. and. 5 iv, t. I, p. 73, Wytt. : Oûs raïs •crâXai pèv vnovotcus, dXXyyoplctts Sè vîjv Xeyoptirais, •crapa- <Sta.Çop.svoi «ai SiaalpéÇovTss êvtot, poiysvop.évrtv (paaiv À^po- Shyv vivo Apews pyvvstv tov Haiov, Üti tw t»?s kcppoShys dt/Iépi avveXOàv à tov Apews, potyixds d-noTslsï yevéasts, «, T. X.
3 Lucian. De astrolog. S 22, t. V, p. 226, Bip.
u Fulgent. Mytholog. II, x.
5 Zoëga, Bassirilievi , etc. t. I, p. 9, 8).
6 Platon. DcRepubl. m, t. VI, p. 3gg, ed. Bekker.
7 Lucian. D. D. xvn, t. II, p. 4g-5 1 , Bip.
mérile de cette idée1. Mais on a été plus loin que Zoëga, et I on a cru trouver dans les monuments ce qui manquait dans les textes, la preuve que la haute antiquité reconnaissait effectivement Mars pour 1 epoux de Vénus2. Cette doctrine neuve et singulière, qui semble avoir presque acquis le droit d’une chose jugée, d’après l’assentiment quelle a obtenu de la part de l’un des plus doctes antiquaires de notre âge3 , mérite donc que nous 1 examinions , et c est ce que nous ferons en peu de mots.
L’idée que Mars était l’époux de Vénus se fonde, à ce que prétend Zoëga, sur le témoignage d'Hésiode1. Mais fauteur de la Théogonie n’articule nulle part un pareil fait; il parle seulement des enfants issus de l’union de Mars et de Vénus, Demos et Phohos, avec Harmonia , les mêmes enfants que d’autres mythographes nomment aussi comme les fruits du commerce adultère de Mars et de Vénus. Une présomption plus grave à l’appui de cette idée se tire du passage de l 'Iliade où la Grâce, Charis, est nommée comme lepouse de Vulcain6. Mais, quelle que soit la valeur de cette tradition homérique, suivie aussi par Hésiode', d est constant que, dans l’ Odyssée du même poète, c’est bien certainement Vénus qui est l’épouse légitime de Vulcain; et ce qui n’est non plus sujet à aucun doute, cest que cette tradition, contre laquelle
1 Zoëga, Bassirilievi, t. I, p. 9, 8).
2 C’est M. Panofka qui a cru pouvoir détruire l’opinion accréditée de l 'adultère île Mars el de Vénus, à l’aide de monuments figurés, qui, selon lui, établissent que Mars était l'époux de Vénus; voici en quels termes s'exprime l’antiquaire allemand, Cabinet Ponrlalès-Gorgier, pl. III, p. 34 : «On nous a enseigné, dans les classes, que Vénus avait un mari laid et boiteux qui s’appelait Vulcain, et que le dieu de la guerre, ayant un jour cbercbé à le supplanter, tomba avec Vénus dans les filets que Vulcain lui avait tendus. Comme Homère avait chanté cet épisode, on n’bésita pas un instant à considérer comme une tradition à laquelle il fallait ajouter une foi irrésistible le mariage de Vulcain et de Vénus. Tel était 1 état des choses, lorsque des groupes en marbre venant à représenter à côté de Vénus, non pas le dieu forgeron, mais bien Mars, . . . force fut aux antiquaires d’avouer que, dans ces cas particuliers, Mars paraissait réellement comme époux de Vénus. » Cest sans
doute une manière très-agréable de traiter la science, que de plaisanter ainsi sur V enseignement qu on nous donne dans les classes. Cependant, dussé-je m’exposer au mépris des profonds antiquaires de notre âge qui prétendent connaître mieux qu’Homère les opinions de la société grecque, je me permettrai d’observer, avec toute la modestie possible, que la tradition de Y adultère de Mars et de Vénus est celle de l’antiquité tout entière; que je ne connais pas un seul texte, que je puis même défier qu’on en produise un seul, où Mars soit présenté, non comme Yamanl adultère, mais bien comme Yépoux légitime de Vénus. J ajouterai que les groupes en marbre dont on s'appuie, non plus que les autres monuments de l’art qu’on allègue, où Mars se montre à côté de Vénus, n’infirment en aucune façon celle tradition si ancienne et si générale. Du moment que 1 amour de Mars et de Vénus était admis par la croyance publique, rien n’empêchait qu’ils ne fussent représentés, debout, ou assis, à côté l’un de l’autre, dans des groupes, comme sur des bas-reliefs el dans des peintures; ils avaient bien des temples et des autels communs, tels que celui qui existait sur la route d’Argos à Man-
tinée, Pausan.II, xxv, 1; cf. VIII, xxxii, 2; ils pouvaient bien avoir des statues; et la société grecque n’était pas plus scrupuleuse pour Yadnllère de Mars que pour ceux de Jupiter, qu on représentait plus souvent encore avec ses maîtresses qu’avec sa femme légitime. Je le dis en toute humilité, mais avec une conviction profonde : Y enseignement qui se donne dans les classes, et qui se fonde sur l’autorité d’Homère, prévaudra sur la doctrine nouvelle du moderne antiquaire.
3 Otto Jalin, Archàolog. Aufsliize, S 1, p. 10, 20).
4 Zoëga tire cette induction des vers 932-936 de la Théogonie d’Hésiode; cf. Scut. Hercul. v. ig5, où il est dit que Cylhèrée enfanta de Mars Pliobos et Deimos, avec Harmonia. Mais rien ne prouve, ni dans ce passage d’Hésiode, ni dans aucun autre, que ce fut en qualité à' épouse légitime de Mars que Ftfnus mit au jour ces enfants. Loin de là; le poëte rend compte, dans les vers qui suivent immédiatement, des enfants donnés à Jupiter par Maia, par Sèmèlè et par Alcmène, qui n’étaient certainement pas les épouses de Jupiter. L'induction tirée par Zoëga n’est donc nullement fondée; mais, du moins, ce savant avait-il senti la nécessité de donner un témoignage antique, un texte quelconque, pour appui à cette étrange doctrine, que Mars était l'époux de Vénus ; et la tentative de Zoëga, toute malheureuse quelle était, est encore plus scientifique qu’une plaisanterie, toute spirituelle qu’elle puisse être, sur l’enseignement donné dans les classes. Du reste, je remarque que ni M. Panofka, ni M. Ott. Jalin, ne se sont prévalus de l’opinion de Zoëga.
5 Les mythographes connaissaient encore d’autres enfants, issus de l’union adultère de Mars et de Vénus; tels étaient Bros, suivant le poëte Simonide, apud Schol. Apollon. Rb. 111, xxvi, el Anléros, d’après Cicéron, De nat. deor. III, xxiïi; cf. M. Etymol. i'. Ëp£os; Ampel. Memor. c. ix; J. Lyd. De mensib. IV, xliv.
0 Ilomer. Iliad. xvm, 38a ; cf. Eustath. ad Homer. p. 1 1 48 , 57-60. Suivant la doctrine orphique, Vulcain aurait eu de celle Grâce quatre filles, Eucleia, Eusthéneia, Eupliêmê et Philoplirosynê, Procl. in Tim. II, ci.
7 Hesiod. Theogon. v. q44~94 5 .
MARS ET VÉNUS
ne saurait prévaloir le passage de Y Iliade, même fortifié de l’assentiment d’Hésiode, est celle de 1 antiquité tout entière1. L’idée et le mot d 'adultéré se retrouvent dans tous les passages classiques qui concernent ce trait de l’histoire des amours des dieux, sans qu’une seule expression vienne jamais, à ma connaissance, interrompre ce concert de témoignages, si accablant pour la moralité de 1 Olympe grec. Dès lors, il reste bien démontré que Mars ne fut jamais connu des Grecs en qualité d 'époux de Vénus du moins, autant qu’on en peut juger par les textes; voyons si cette notion sera, du moins, établie par les monuments.
Ceux où Zoëga avait cru trouver la preuve que Mars et Vénus y figuraient comme époux légitimes sont sans doute les groupes statuaires en marbre si connus, qui représentent le couple divin2 *; du moins, à défaut d’une indication de ces monuments donnée par Zoëga, est-il permis de croire que le docte antiquaire danois avait en vue les groupes en question. Mais, indépendamment de ce que ces groupes paraissent bien être d’invention romaine, comme ils sont certainement d’exécution romaine , et que le motif qui les rendit si agréables aux yeux des Romains, du temps de l’empire, s’explique par le préjugé populaire qui rattachait la naissance de la nation et l’origine de ses chefs, d’une part, à Mars, de l’autre, à Vénus, il n’y a rien, dans la composition de ces monuments, qui autorise le moins du monde l’idée que Mars y paraisse comme ï époux légitime, plutôt que comme ï amant favorisé de Vénus. C’est donc à d’autres monuments, d’un caractère et d’un style plus décidément grecs, qu’il faut recourir, pour trouver cette preuve, qui ne saurait résulter des monuments romains; et c’est aussi ce qu’on a fait.
Parmi les sculptures qui ornaient le coffre de Cypsélus, Pausanias cite un groupe composé des deux figures (YEnyalios entraînant Aphrodite^ ; c’est là, suivant un docte et ingénieux antiquaire de notre âge4, une image fournie par l’art antique, où Mars apparaissait, non pas comme ï amant adultéré, mais bien comme l'époux légitime de Vénus. Mais sur quoi se fonde cette appréciation? Certainement, l’expression dont se sert Pausanias n’a pas un sens tellement précis, tellement catégorique, qu’elle s’applique nécessairement à l’action de l 'époux conduisant la mariée, plutôt qu’à celle de Y amant entraînant sa maîtresse; et Y Odyssée avait rendu la fable des amours de Mars et de Vénus assez populaire chez les Grecs, pour qu’il n’y ait pas lieu de s’étonner que ce soit cette fable homérique que l’auteur des bas-reliefs du coffre
1 Cicéron. De N. D. III, xxm : « Tertia Jove nata estetDiona , quæ NUPSIT Vulcano; » cf. J. Lyd. De mens. IV, xliv, p. ai4, ed. Roeth. : TexcîpTvv [ktppoSl tiiv) Atos xai Aiwvvs, i)v ËriIMEN ÜÇcttalos- Xâ0pa Sè aù-n? avVeXOùv kprjs, érejte tov Àmépona. C’est dans cette opinion que s’accordent tous les témoignages de l’antiquité classique, sans qu’un seul, à ma connaissance, y soit contraire. Dans tous ces textes, Vulcain est l’époux, et Mars, l'adultère, yapoxXàitos , comme s’exprime Nonnus, Dtonys. v, 583.
2 Ce sont les groupes en marbre de la Galerie de Florence, xxvii, 4, Wicar. ; cf. Gori, Mus. Flor. Stat. tab. 36; de la villa
llorghese, Scult. dell. vill. Pinciana, st. vi, n. 3; Visconti, Monum. sc. Borghes. t. I, tav. xvi, et, surtout, du Musée du Capitole, III,
ao. Ces groupes sont imités sur des bas-reliefs, tels que celui de la Galler. Giustiniani, II, io3, dont il existait une répétition parmi les marbres du palais Grimani, à Venise, et un autre basrelief du palais Mattéi, Monum. Mattéi. III, ix, que j ai reproduit, Monum. inéd. pl. vu, ï , p. 34- Le même groupe est répété sui-
des médailles, entre autres, sur celles de Fausline jeune, Eckbel, D. N. t. Vil, p. 8o, et sur des pierres gravées, Galer. de Florence, n, 3, Wicar.; Gori, Gemme, t. I, tav. 73; Galler. diFirenze, Ser. V, 1. 1, tav. xxvm, 3, p. 22 5; Millin, Pierres gr. I, xxiv. On sait que c’est d’après un de ces groupes que M. Quatremère de Quincy avait proposé de restaurer notre belle Vénus de Milo; mais, bien que cette restauration ait obtenu l’assentiment de quelques antiquaires, tels que feu Zannoni, Galler. di Firenze, Ser. V, t. I, p. 228, 10) , je suis convaincu quelle manque tout à fait de fondement ; et le fait même d’un groupe de Mars et de Vénus me paraît contraire à l’esprit de l’antiquité grecque.
3 Pausan. V,xvm, 1 :È&1t Sè xoii Âpijs ÔirXa èvSeSvxws, X<ppo- Shrjv àiyav.
4 Otto Jahn, Archüolog. Aufsütz. S 1 , p. 10, 20). C’est aussi l’idée qu’avait exprimée M. Panofka, Cabin. Pourlal. pl. ni,
de Cypsélus y cul représentée. La même image s’ est rencontrée sur un vase peint, d ancien et beau style grec1, où l’on a vu Ménélas conduisant Hélene; où Ion pourrait lout aussi bien voir Mars entraînant Vénus; mais sans qu’on pût être fondé à trouver, dans celle dernière supposition, un caractère nuptial, qui ne résulte pas plus ici du mouvement des figures, que de l’expression de Pausanias, dans sa description du groupe du coffre de Cypsélus. Il en est de même des autres monuments, où l’on a cru trouver le même caractère, le grand autel Borgh'ese 2, et le petit groupe en bronze, de styie archaïque d imitation, du cabinet Pour taies3 4. De ce que Vulcain se montre près de Minerve , et Mars près de Vénus, sur 1 autel Borghese, on en a conclu que c’est en qualité d 'époux que ce dernier couple est ligure; mais cest précisément le contraire qu’on aurait dû inférer de ce rapprochement, puisque, selon le mythe attique si célèbre de la naissance d’Érichthomus11, Vulcain se trouvait avec Minerve dans des rapports aussi illégitimes que Mars avec Vénus: ce qui motivait peut-être, dans la pensee de 1 ancien sculpteur, la manière dont il avait disposé ses quatre personnages; sans compter qu on ne saurait arguer, de cette distribution, quelle que soit 1 intention qui y ait présidé, rien de si grave que de voir, dans le seul rapprochement des figures de Mars et de Vénus, la preuve qu’ils étaient représentés comme époux. Et quant au groupe en bronze , du cabinet Pourtales5, où Mars se montre debout à côté de Vénus, en quoi ce groupe a-t-il nécessairement le caractère d’un sujet nuptial, contrairement à la tradition de toute l’antiquité, qui considérait d’une toute autre manière l’union de ces deux divinités? Mars entraînant Vénus se montre sur une peinture d'Herculanum6 , à laquelle la présence de deux Amours imprime un caractère bien décidément érotique; et le même caractère se retrouve dans un groupe pareil, que nous offrent des pierres gravées7 * * *. Pourquoi ne verrait-on pas, dans le groupe du coffre de Cypsélus
1 Ce vase, cité plusieurs fois, Éd. Gerhard, Rapport, volcent. p. i4i, 234); Bulletin, archeolog. 1829, p. 109; cf. Monum. dell' Instit. archeol. t. I, tav. xxvii, 26, a été publié par M. Ed. Gerhard dans ses Auserles. Vasenbild. I. III, Taf. clxix, p. 54, 55, avec l’explication de Ménélas et Hélène; celle de Mars et Fénus, proposée par M. Panofka, Recherches sur les noms des vases,
р. 39, est admise de préférence par M. Otto Jahn, Archiiol. Aufsâzt. 8 1, p. 10, 20); mais j’avoue que l’analogie delà peinture du vase publié par Millingen, Ane. Monum. uned. P. II, pl. xxxit, où le guerrier est accompagné de son nom, ME- NEAEOS, me déterminerait plutôt pour l’opinion de M. Éd. Gerhard.
2 Winckelmann, Monum. ined. n, 1 5 ; Visconti, Monum. Gabini, tav. agg. A, B, C; Clarac, Mus. de sculpt. t. II, pl. clxxiv, n0' 1 4 , 16; Ott. Miiller, Monum. de l’art antique, pl. xii, n. 44-
3 Cabin. Pourtalès-Gorqier, pl. ni.
4 Les témoignages classiques sur ce mythe sont ceux d’Apollodore, III, xiv, 6, dont le récit est reproduit par Phavorin et parEudocie, et d’Hygin, Fab. clxvi; cf. Lactant. Défais, relie/.
с. xvi; ajout. Schol. Homer. ad II. n, 549, f P- 229> Lips.;
Schol. Lycophron. ad x. 111. Une version un peu différente est
donnée par Antigone de Caryste, d’après Amélésagoras, Mirabil.
c. xii, p. 2 1-25, ed. Beckmann. L’art s’était emparé de bonne
heure de celle tradition, ainsi que nous en avons la preuve par
un des bas-reliefs du trône d’Amycles qui représentait ce sujet,
Pausan. II, xvm, 7 : Àdrjm Siâxovra dmÇevyovad èe/hv Ùfat-
e/Iov; et il en demeura en possession jusque dans la dernière période de l’antiquité; témoin la peinture que décrit Lucien, De dom. S 27, t. VIII, p. 111, Bip. Un fragment de peinture attique, sur terre cuite, publié par feu Brôndsted, Voyages et Recherches, pl. xlii, p. 170, et pl. lxii , p. 3 1 4, a été rapporté à ce sujet par ce savant antiquaire d’une manière très-satisfaisante, ainsi que j’ai déjà eu occasion d’en faire l’observation, Lettre à M. de Klenze, p. 22, 1). Je reviendrai, dans la iv° de mes Lettres archéologiques , sur ce trait si curieux de la mythologie attique, et, en attendant, je remarque qu’il existait dans le temple de Vulcain, à Athènes, un groupe de statues représentant Vulcain debout à côté de Minerve, qui constitue un fait absolument analogue à celui des groupes de Mars et de Vénus , sans qu’on en puisse conclure que Vulcain fut l’époux de Minerve, Pausan. I, xiv, 5 : Kai ôrt pév ol (ü<pa laleo) dya'Xfia ■aa.pécrhjxev A(h]vàs oüSèv S-aüfta ènoiovpiiv rov èirl Épi yOôvup èm&ldp.evos \6yov .
5 J’ignore pourquoi M. Otto Jahn, Archiiol. Aufsiitz. S i,p. 10, 20), considère ce groupe comme étant d 'ancien style, alterthiimlichen; M. Panofka lui-même le considère comme un monument d’époque romaine. Un petit groupe en bronze, de mauvais travail romain, représentant Mars et Vénus, est publié dans Caylus , Recueil V, pl. lxxv, n. 1 .
8 Piltur. d’Ercolan. t. V, tav. vi; R. Mas. Borbon. t. X, tav. xl.
7 Millin , Pierres grav. inéd. 1, xxvi; Galler. di Firenz. Ser. V, t. II, tav. 48, 3. Sur la pierre de Millin, qui a la forme de sca-
MARS ET VÉNUS
et dans celui du vase peint une image semblable, puisée à la même source, d’accord avec l’opinion unanime de l’antiquité, plutôt qu’une représentation de Mars et de Vénus, époux, qui nest appuyee sur aucun témoignage antique?
De ces considérations, qui pourront trouver ailleurs plus de développements et de preuves1, il résulte que les anciens, dans leurs monuments comme dans leurs textes, n’ont jamais représenté Mars et Vénus autrement que dans l’état d’union adultère célébré par la muse nationale d Homère; et certainement, les peintures du dernier âge de l’antiquité, telles que celles de Pompei, qui nous offrent ce sujet sous des formes si variées, presque toujours avec des details plus ou moins libres, ne furent pas conçues dans le sens d’un mariage légitime, mais bien dans celui dun commerce amoureux. C’est ce que prouvera de plus en plus l’examen rapide que nous allons faire des monuments figurés qui nous restent de l’art antique, ou qui nous sont connus par son histoire, concernant la fable des amours de Mars et de Vénus.
Le plus ancien pour nous de ces monuments est le bas-relief du coffre de Cypsélus, où il est probable que la rigidité du style hiératique , qui existait alors dans toute sa rigueur, n avait pas permis que l’artiste pût exprimer, quand bien même il en eût été capable, le caractère érotique du sujet. La même sévérité de style règne encore dans la peinture de vase, quon pourrait regarder comme une réminiscence de ce groupe du coffre de Cypsélus, et qui, si elle na pas rapport au sujet de Mars et de Vénus, donne cependant une idée de la manière dont ce groupe était conçu sur le monument de Cypsélus, et, jusqu’à un certain point, du style de dessin qui y était employé. Ce sont là, avec une pierre gravée, d’ancien style, en forme de scarabée 2, les seuls monuments relatifs aux amours de Mars et de Vénus que je puisse citer de la haute époque de l’art, puisque le grand autel Borcjhese, seul monument de cette époque , et le groupe en bronze du cabinet Pourtales , monument d’un style d’imitation, n’offrent qu’une représentation de Mars et de Vénus, debout à côté l’un de l’autre, sans aucune particularité qui se rapporte au mythe homérique.
Les monuments les plus curieux qui nous restent sous ce rapport sont les deux bas-reliefs, l’un de la villa Borgli'ese 3, l’autre du palais Albanie, publiés tous les deux par Winckelmann, qui en donna la véritable interprétation. A la vérité, Zoëga crut pouvoir proposer, du second de ces bas-reliefs, une explication différente, en y voyant les noces de Cadrnus et cï Harmonie5, sujet célèbre dans l’antiquité. Mais j’ose dire que cet antiquaire, qui semblait avoir pris à tâche de contredire les opinions de Winckelmann et de Visconti, souvent avec plus de zèle que de succès, ne fit jamais un plus malheureux usage des ressources de son savoir, si profond du reste et si varié, que dans cette circonstance. L’idée que deux époux, à l’union sacrée desquels assistent les dieux de l’Olympe, aient pu être représentés sur un lit, dans l’attitude où se voient les deux personnages du bas-relief Albani, est certainement la moins heureuse qu’il soit possible d’imaginer. L’attitude du prétendu Cadrnus , la nudité et le voile de
rabée et qui est d’ancien style étrusque, Mars s’efforce d’entraîner Vénus, qui lui résiste, en lui retirant sa draperie; la déesse est désignée par le nom AirAE.
1 Dans la ivc de mes Lettres archéologiques, où je me propose de passer en revue tous les monuments figurés qui nous restent, relativement aux amours des dieux.
2 Millin, Pierres grav. inéd. I, xxvi; voy. plus haut, p. 23o, 7).
3 Winckelmann, Monum. ined. n. 27; Millin. Galer. mylhol. pl. xxxvin , n. 168; Hirt, Bilderhuch, vu, 5; voy. Wieseler, Ara Casali, p. 1 4 •
4 Winckelmann, Monum. ined. n. 28.
5 Bassirilievi di Borna, t. I, tav. 11, p. 6-19.
la prétendue Harmonie, sont des circonstances qu’il est absolument impossible d admettre dans l’hypothèse d’une scène hiératique, qui s’expliquent d’elles-mêmes dans la supposition d’une surprise amoureuse. L’objection, contre l’explication de Winckelmann, tiree de la présence des divinités femelles , qui s’éloigne des données homériques, na aucune valeur pour des monuments d’époque romaine, où l’on ne se faisait aucun scrupule d introduire, au gre de ceux à qui ces monuments étaient destinés, des personnages et des details contraires aux données homériques; et la plupart des accessoires, rapportés au sujet de Cadmus et d Harmonie, à l’aide de tous les efforts de l’érudition classique de Zoëga, peuvent être, avec bien moins de peine et d’une manière bien plus vraisemblable, expliqués dans celui de Mars et de Vénus. Ainsi, la couronne que Vénus tient à sa main gauche appuyée sur le lit, et dont il est si facile de se rendre compte, devient pour Zoëga le fameux collier d Harmonie, dont 1 importance mythologique est si connue, mais qu’on ne saurait consentir a reconnaître sous cette forme et à cette place. Le voile, tenu par un Amour ailé au-dessus de la tête de Vénus, et l’action du second Amour, accroupi près du bouclier de Mars\ sont deux particularités qui ne peuvent s'expliquer dans l’hypothèse de Cadmus et d Harmonie. Que dire aussi du geste de Vulcain, placé si près du lit, qu’il montre aux dieux témoins de cette scène, de Vulcain, dont la présence, aux noces de Cadmus et d' Harmonie, ne se justifie quà cause du collier qu’il avait fabriqué , tandis que, dans le sujet de Mars et de Vénus, c’est un personnage nécessaire, précisément à cette place et dans cette attitude, comme on le voit en effet sur le bas-relief Borcjhhse? 11 serait inutile d’insister davantage sur une réfutation qui s’offre d’elle-même à l’esprit de tout antiquaire familiarisé avec les monuments.
C’est aussi une représentation de l 'adultère de Mars et de Vénus, qui nous a été conservée, malheureusement réduite à un fragment, sur un bas-relief de l’île de Capri, qu’on peut croire avoir servi à la décoration d’un des palais de Tibère 1 2. Ce fragment ne consiste plus qu’en quatre figures, c’est à savoir, Mars et Vénus, réunis près l’un de l’autre sur le lit fatal où les a enchaînés l’adresse de Vulcain, et deux petits Amours, travaillant, chacun de leur côté, à détacher les liens qui les retiennent. L’instant choisi par l’artiste est donc celui où les deux amants, surpris dans le piège qui leur a été tendu, expriment les sentiments que leur cause cette situation inattendue. Vénus, à demi levée sur sa couche dont la draperie est en désordre comme son propre vêtement, les cheveux épars sur ses épaules, témoigne une inquiétude mêlée de confusion. Mars, le genou gauche ployé sur le lit, la jambe droite posée à terre, semble vouloir essayer de se soustraire par la fuite à la honte qui le menace, en même temps que, par le mouvement de toute sa personne dirigé vers son amante éperdue et par le geste de ses deux mains, il s’efforce de la rassurer3. Des deux petits Erotes, témoins ordinaires des scènes d’amours furtifs, l’un est occupé, près de la jambe gauche de Vénus, à dénouer de ses deux mains le lacet qui s’y attache; l’autre, monté près de l’épaule de la déesse, essave tout aussi vainement la même opération. La scène se passe dans un thalamos,
1 C’est précisément le motif qu’avait en vue Reposianus, Conçut. Mart. et Vener. v. 275-6 : « Tune tu SVB GALE A , tune inter tela jacebas, sæve Cupido , timens. »
2 Publié par Guattani , Monum. ineil. Roma, i8o5, 4°. tav. xx,
3 II semble bien encore que Reposianus ait eu dans la pensée ou sous les yeux quelque bas-relief semblable au nôtre, d’après la manière dont il décrit l’attitude de Mars, surpris dans le piège de Vulcain, v. 176-7 : « Stans Mavors lumine torvo, Atque indignatur quod sit deprensus adulter. »
MARS ET VÉNUS
quune draperie, suspendue à la muraille, dérobe aux regards profanes; et un casque, attribut particulier de Mars \ est posé à terre au pied du lit, pour indiquer la présence du dieu de la guerre. Ce bas-relief, qui paraît être d’un bon travail grec, d’époque romaine, et qui est assez bien conservé1 2, faisait probablement partie d’une composition plus étendue, oii figuraient, en avant du lit sur lequel sont placés les deux amants, Vulcain, le Soleil, Jupiter, et les autres divinités de 1 Olympe, Neptune, Apollon, Mercure, nommés dans le récit homérique. Mais il serait possible aussi que la composition eût été réduite à la scène représentée sur notre bas-relief, ainsi que nous en avons un exemple sur un autre monument, proprement romain, qui offre précisément le même sujet, avec les quatre mêmes personnages.
Ce monument est le célèbre autel Casali, si souvent publié et expliqué, et devenu tout récemment l’objet d’un travail approfondi, de la part, d’un jeune et savant antiquaire, M. Wieseler3. La partie antérieure de cet autel, sculpté sur ses quatre faces, offre, au-dessous de la couronne qui renferme l’inscription : ti. clavdius. faventinvs d. d. , Mars et Vénus, assis l’un près de l’autre sur le lit,, où ils se trouvent enchaînés. Le dieu de la guerre, la tête inclinée, n’exprime que la confusion, tandis que Vénus, la main droite levée et la tête dirigée dans le même sens, semble se plaindre de la trahison dont elle est victime. Deux petits Amours, toujours les compagnons fidèles des amants surpris ou malheureux, s’associent aux sentiments des deux personnages : l’un, qui se tient derrière Mars, en appuyant les mains sur ses épaules, semble vouloir le consoler de sa disgrâce; l’autre, placé en avant de Vénus, fait, du bras droit et de la tête, le même mouvement que la déesse, sans doute avec la même intention. Au-dessus de la couronne, qui occupe, sur la face antérieure de l’autel, un espace considérable, apparaissent en demi -figure, d’un côté, le Soleil sur un quadrige, de l’autre, Vulcain, caractérisé par son bonnet conique et par l’instrument de sa profession; en sorte qu’il ne manque rien à l’expression complète du sujet, réduit à la scène principale, avec les deux témoins nécessaires de l’action.
Ce sont là, jusqu’ici, à ma connaissance, les seuls monuments de la plastique venus jusqu’à nous4, qui représentent 1 adultère de Mars et de Vénus, en suivant plus ou moins fidèlement les données homériques. Mais il est probable que ce fut la peinture qui s’exerça surtout sur
1 Le casque est porté à la main de Mars, comme son attribut caractéristique, suivant l’usage de l’ancien art, sur Y autel capitolin des douze dieux, Mus. Capitol. IV, xxit. Le même objet est placé, au même titre, sur le trône de Mars, sujet d’une peinture d 'Herculanum , t. I. tav. xxix. C’est par ce motif que le casque est donné, comme symbole, à Vénus victrix, dans quelques-unes de ses statues, telles que celle du Vatican, Mus. P. Clem. I. II, tav. xxiii, p. 4<)-5o, et qu’il est porté à sa main, sur quelques médailles impériales, notamment sur celles de Caracalla, Eckhel, D.N. t. VII, p. an.
2 Les seules restaurations indiquées par Guattani sont la tête de Mars et celle de Vénus, avec la jambe droite de Mars; mais le pied, qui est antique, suffit pour déterminer l’attitude.
3 Fabretti, Column. Traj. p. 8a ; Admiranda, tav. ni, iv, v; Montfaucon, l’Antiq. cccpliq. t. I, pl. xlvii, et Supplém. t. IV, pl. xxxvi ; Orlandi, Ragionamento sopra un ara antica, etc. Rom.
177a, 4°; Barbault, Monum. nnt19.pl. 33, 1 , 2, pl. 49, 1 , 2 ,
pl. 59, 1; Inghirami, Galler. Omeric. Iliade, 1. 1 et II, tav. ix, cui, cliii, ccvn, ccxLvn, ccxLvm , Odissea, tav. xxvii; Ott. Muller, Denkmal. d. ait. Kunst, B. II, H. 2, 2, Taf. xxiii, a5i, 254; Wieseler, Die Ara Casali, Gôltingen, 1 844, 8", Taf. i-iv, p. 1-62. J’ai eu plus d’une fois occasion de m'occuper de ce monument important, que j’avais fait dessiner de nouveau pour le soumettre à un examen approfondi; voy. mes Monum. inèd. p. 35, 10), p. 85-86, 6), et ailleurs. Mais le travail exact et judicieux de M. Wieseler m’a fait renoncer à ce projet.
4 Car il est impossible de comprendre parmi les représentations figurées de ce mythe le bas-relief Mattéi, Monum. Mattéi. III, xxxii, publié par Montfaucon, l’Antiq. expliq. 1. 1, pl. xlviii, comme ayant rapport à l 'adultère de Mars et de Vénus. Bien que cette explication ait été suivie encore en dernier lieu par Guattani , Monum. ined. Roma, i8o5, p. 101, 2), il est aujourd’hui bien démontré que ce bas-relief et d’autres monuments analogues ont rapport au sujet de Mars et de Rhea Sylvia; voy. à cet égard, mes Monuments inédits, Acliilléide, I, S vin, p. 3o, suiv.
ce sujet, qui pouvait donner lieu, par son motif principal el par ses nombreux accessoires, même indépendamment de la présence des dieux de l’Olympe, à des compositions si agréables. On pourrait croire, d’après un passage d’Ârnobe, que l’on n’avait pas craint de représenter ce sujet, même sur la scène1; et il est du moins certain , par le témoignage de Lucien2, que Yorchestique s’en était emparée. Mais, sans entrer dans la question de savoir jusqu a quel point le sujet de 1 adultère de Mars et de Vénus avait pénétré dans le domaine public de limitation, nous possédons la preuve que cette scène, avec toutes les circonstances quelle pouvait comporter, même avec les détails les plus libres, devint, à une époque de 1 antiquité, un élément familier de la décoration des maisons grecques et romaines, particulièrement pour 1 appartement secret, pour la chambre nuptiale 3. Nous en avons la preuve par un de ces petits poèmes de Y Anthologie11, qui a rapport à une peinture de ce genre, d’un caractère certainement trèslicencieux ; et c’est ce qui résulte aussi du témoignage de Clément d’Alexandrie 5, relatif à des peintures du même sujet, empreintes du même caractère, témoignage dont on essayerait vainement de contester l’autorité, laquelle ne perd rien par son titre de docteur de 1 Eglise: car des images toutes semblables, indiquées dans des textes classiques6, se retrouvent sur des pierres gravées antiques, une, entre autres, d’un beau travail et certainement dune bonne époque grecque7. On a même cru trouver ce sujet, traité delà manière la plus licencieuse, sur un bas-relief altique, en marbre, réputé provenir des ruines du temple de Vénus, à Athènes8. Mais, sans s’arrêter à ce monument, qui fait maintenant partie de notre Cabinet des Antiques, il est facile de s’assurer, d’après quelques-unes des peintures qui nous restent d’Herculanum
1 Arnob. IV, xxv: «Quis, dum genialibus insultât AL1ENIS, hæsisse in laqueis involutum? non cominentarii vestri, non SCENAE?»
2 Lucian. De saltat. § 63, t. V, p. 167, Bip. : Autos è<p’ èaxnoïi S)p%i}rToiTo t>)» AfipoSnys xai Apews MOIXEÎAN, llXiOji pj-
vvovra, xat ÛÇatcrlov èmëovlsvovTa xai tous è(pEc/1ü> ras
&eovs, x. t. X.
3 On en a la preuve par le roman des Ephèsiaques de Xénoplion d’Éphèse, où la chambre nuptiale à' Anlliia et d’/l brocomès est ornée d’une peinture de Mars el de Vénus, 1. I, c. vin, p- 5, ed. Peerlkamp. Cf. p. 1 43- 1 44-
6 Brunck, Analect. t. III, p. 200, carm. adesp. ccxliv :
A pea xaî üalpiuv à ÇatypâÇos ês fiétrov oixou ÀMOlIlEPHIAÉrÀIIN yéypafpev ànÇorépovs.
Cf. Jacobs. Animadv. t. XII, p. i4. L’emploi que j’avais fait de ce texte antique et l’interprétation que j’en avais donnée dans mes Peinlur. antiq. inéd. p. 261, ont été combattus par un critique, qui ne voit dans la peinture en question qu’une image qu’on peut concevoir pure de toute obscénité, Append. aux Lellr. d'un Antiquaire, p. 4 1 • Ce n’est pas ici le lieu de réfuter l’opinion de ce critique, contre lequel je maintiens de nouveau celle que j’ai soutenue et sur laquelle je reviendrai, avec de nouvelles preuves à l’appui , dans la iv" de mes Lettres archéologiques.
5 Clem. Alex. Prolr. p. 53, Potter. : Ilap’ aim is et t IIEPI- II AO K ÀS âpwpÜKTiv els tyv kÇpoShyv èxelvyv, t>)v yvpvyv, ti)v È7 ri STMriAOKtli SeSepévyv, cf. Casaubon. ad Sueton. in Tiber. S XLIII.
n Lucian. D. D. xvn, t. II, p. 4<)-5o : Oi Sè yvpvoi dptpô-
Tepot, ÇvvSESEpévot èpvOptwai * xai t 0 &éapa ijStc/lov êpoi
ëSoÇs, povovovyj aino yiyvôpsvov t 0 ëpyov ; cf. ibid. : Éi> è'pycp fjcrav, cf. Interprelt. ad h. Nonn. Dionys. v, 585 : r vpvrj yvpvov kpya ■zzEptaÇlyÇas AÇipoShy; Ovid. Trist. II, 377-378:
» Quis nisi Mæonides Venerem Martemque ligatos Narrat in obscœno corpora prensa toro?»
7 Winckelmann, Pierres grav. de Stosch, cl. ir, n. 608, p. 125, Pâte de verre : Mars qui jouit de Vénus sous un arbre, aux branches duquel on voit son bouclier et son casque attachés; n. 609, cornaline : Mars et Vénus dans le même acte, surpris par Vulcain, qui les prend dans un filet; à leurs pieds, on voit
Cupidon dans le bouclier de Mars La gravure en est fort
belle. Voy. Toelken , Verzeichniss, etc. p. 1 33, n. 399.
8 Le bas-relief dont il s’agit est indiqué par M. Pittakis, comme ayant été trouvé dans les fondements d’un grand édifice qui dut faire partie du temple de Vénus ; voy. sa Description des antiquités d’Alliènes, p. 5o8. Mais je sais par expérience qu’on 11e doit pas se fier aux indications de provenances données par M. Pittakis; et je puis certifier que, d’après les informations que j’ai prises à Athènes auprès de personnes bien instruites el dignes de foi , le bas-relief avait été trouvé près du bourg de Céphisia, et non à Athènes même. Acquis par M. le baron Rouen, ministre de France à Athènes, il a passé de son cabinet, mis en vente publique à Paris, dans notre Cabinet des Antiques, et il sera publié parmi les monuments à l’appui de la ivu de mes Lettres archéologiques ; ce qui fait que je m’abstiens d’en dire davantage en ce moment,
MARS ET VÉNUS
et de Pompéi, que ce sujet, qui s’y trouve souvent reproduit, habituellement d’une manière voluptueuse, avait bien pu donner lieu aux licences flétries par le docteur d’Alexandrie1.
Une de ces peintures, employée à la décoration du venereum de la maison d’Actœon et laissée en place, où elle doit avoir péri, représentait, suivant les expressions mêmes de Mazoïs-, Mars enchaîné avec Vénus; et, du reste, je ne saurais dire, n’ayant par moi-même aucune connaissance de cette peinture, restée inédite, de quelle manière était conçu ce sujet, qui, d’après la destination du lieu où il figurait, semble n’avoir pu être rendu qu’avec toute la liberté qu’il comportait. Les autres peintures déjà connues de Pompéi qui représentent le même sujet, chacune avec des variantes, et la plupart d’une exécution soignée, n’offrent que des images voluptueuses, faites pour flatter le génie d’une civilisation sensuelle, sans blesser la décence et sans alarmer la pudeur.
L’une de ces peintures, prise d’une des chambres à coucher de la maison si singulièrement nommée des Vestales 3, offre Mars et Vénus, assis à côté l’un de l’autre, sur un rocher, placé au centre d’un paysage agreste. Vénus, nue de la partie supérieure du corps, entoure mollement de ses deux bras Mars, entièrement nu, la main droite passée autour de son corps, et la main gauche appuyée sur le rocher. Les deux amants ont le regard attaché l’un sur l’autre, avec une expression où se peint le désir qui les rapproche. Un Amour ailé, qui vole au-dessus du dieu, vient de lui enlever son casque. Mars ne conserve que le parazonium,
1 Je profite de l’occasion qui m’est offerte, pour justifier l’opinion que j’avais cru pouvoir émettre, au sujet de la circonstance du Bacchus ithyphallique , dans une de nos peintures de Pompéi, pl. vi; voy. plus haut, p. 5a, 5), et p. 75, 4 ). 'Cette circonstance a été démentie, sur la foi d’une note émanée de M. Quaranta, dans un recueil périodique consacré à l’archéologie qui se publie à Paris, et ce démenti a été reproduit dans un journal de Berlin, Berlin. Iahrb. i845, n, p. 1 3g. Si la rectification dont il s’agit n’avait été admise que dans ces deux feuilles, je me serais abstenu de la relever, le ton passionné qui y règne et qui accuse plus d’animosité envers les personnes que de zèle pour la science, ne me paraissant guère propre à leur obtenir la confiance des lecteurs honnêtes. Mais celte rectification ayant été accueillie par M. Otto Jahn , antiquaire fort habile, dont j’estime infiniment le savoir et le caractère, Archaolog. Beitràge, p. 287, 87), j’ai dû chercher à justifier au moins ma bonne foi, sur un point où elle était mise en doute, en demandant à Naples de nouveaux éclaircissements sur la peinture en question. Le dessin que j’ai publié m’avait été procuré par M. Bonucci , architecte des fouilles de Pompéi, et il porte sa signature; en m’adressant de nouveau à M. Bonucci, voici la réponse que j’en ai reçue, datée de Naples, le 2 août 1847 •
« 11 disegno di Bacco itifallico, da voi renduto di pubblica ragione, fu copiato dal fu sign. Marsigli su! quadrelto originale, appena venne scoperto in Pompéi, son già quattordici anni circa, nella casa detta di Capitelli coloriti, o pure di Arianna e Bacco. 11 signor Marsigli deve stimarsi per il più abile cd esatto disegnatore di antiche pillure, che mai si conoscessc; sicchè, si puô esser sicuri, che il Bacco cra dipinto, coin’ egli lo ha disegnato , e voi , pubblicato.
« Questa dipintura originale è attualmente quasi cancellata,
per causa del salnitro, ch’è uscilo da dentro il muro e dalf inlonaco, su cui era eseguito e ne ha divorato i colori. Il quadro era dunque perduto per l’archeologia fin da qualche anno dopo che comparvc alla luce. Ora tulte le ricerche, gli esami e gli sludj su di esso, sono perfeltamente efimeri ed infruttuosi ; quindi, ogni conlrasto, ogni quislione, ormai divenuta nojosa ed ignobile, dovrebhe alla fine cessare. »
Au sujet de la note de M. Quaranta, M. Bonucci m’écrit encore de Naples, sous la date du 7 août, textuellement ce qui suit:
» Dopo di avervi scritta una lunga lettera al principio di questo mese, I10 parlato col sr Quaranta, ed egli mi ha falto conoscere che il Bacco non itifallico di cui egli intendea tratlare nella nota data al sr Letronne appartiene ad un quadro che fu distaccato da Pompéi, e che ora si trova nel R. Museo Borbonico. In vece di chè il disegno del Bacco itifallico che voi avete pubblicato fu copiato dal fu sr Marsigli (son già molli anni) da un quadro che tultora esiste in Pompéi, ma che si osserva degradato pe’ sali, che provengono dalf intonaco su cui è dipinto. »
Il me semble que ces deux lettres de M. Bonucci mettent désormais sa bonne foi et la mienne à l’abri de toute contestation. Reste donc la question du Bacchus ithyphallique, circonstance qui ne peut plus être vérifiée sur la peinture originale, d’après l’état de dégradation où elle se trouve aujourd’hui, et qui 11e peut plus être constatée que par le dessin de Marsigli. Sur ce point, les opinions restent libres, j’en conviens, et la question demeure entière. Je la discuterai de nouveau dans la ivc de mes Lettres archéologiques, sans me croire obligé de suivre l’avis, et surtout sans imiter le ton de mes adversaires.
2 Mazois, Ruines de Pompéi, t. II, p. 77.
3 R. Mus. Borhon. t. I, tav. xvm.
encore supendu à son côté, et son large bouclier est posé à terre à ses pieds. Devant lui est un chien, compagnon habituel des travaux guerriers, dans les habitudes de la civilisation antique1. C’est bien le dieu de la guerre, désarmé par la déesse de la beauté, comme les anciens aimaient à se le représenter; et la grâce de la pensée n’a presque rien perdu ici par le fait de l’exécution.
C’est aussi cette idée de Mars désarmé par Vénus et les Amours qui est exprimée sur une autre peinture de Pompéi, tirée d’une mcdson, voisine de la crypte dEumachia 2. La scène se passe également dans un paysage solitaire. Venus, presque entièrement nue, avec des bijoux qui ajoutent encore aux charmes de sa personne, est assise sur un rocher, où siège tout près delle Mars, qui tient relevé derrière eux un pan de la draperie de la déesse, tandis qu’il appuie tendrement sa main gauche sur son épaule. Le dieu de la guerre n’a gardé que le vêtement qui le couvre et qui consiste en un vaste manteau. Sa lance a déjà passé dans la main de Vénus, et deux Amours, témoins habituels de cette scène, jouent avec ses armes, l’un d’eux, en se passant autour du cou le lourd parazonium, l’autre, en plaçant sur sa tête l’énorme casque, sous le poids duquel tout son corps est courbé. Le charme de l’exécution répond ici tout entier à la grâce de la composition.
C’est, une tout autre idée qui a produit une peinture, trouvée dans une des maisons de Pompéi, voisine du Panthéon 3; le sujet de cette peinture est Vénus conduite auprès de Mars par deux Amours. Le dieu de la guerre, nu et couvert de toutes ses armes, mais assis, avec son bouclier à ses pieds, attend la déesse de la beauté, qui semble éprouver, à son aspect, un dernier senliment de pudeur; elle est debout devant lui, le haut du corps déjà débarrassé du pépins qui l’enveloppait, la tête doucement inclinée de son côté, mais le visage tourné en face, et la main droite posée sur sa hanche. Des deux Amours, qui voltigent autour d’elle /l, l’un s'efforce de scs deux mains de l’entraîner vers son amant; l’autre, placé presque sur son épaule, s’associe à la même intention, à laquelle la déesse paraît opposer encore une faible résistance, en retenant le bras de cet Amour trop impétueux. Cette peinture, dont le motif est tout à fait neuf, ne se distingue pas moins par le mérite de l’exécution que par l’originalité de la pensée.
Mais ce caprice de la déesse, résistant en apparence à l’amour quelle éprouve et à celui quelle inspire, ne pouvait être qu’un caprice de l’artiste. Pour les habitants de Pompéi, comme pour tout le monde antique, la fable des amours de Mars et de Vénus ne pouvait donner lieu qu’à une scène érotique, où l’imagination des artistes s’épuisait à varier les
1 Voy. ce qui a été dit plus haut , à ce sujet, p. 1 13, 1). C'est sans doute par ce motif que le chien figure, avec le mort à cheval, sur tles stèles grecques funéraires, dont une, d'Olbia, est citée par M. de Kôhler, Iles et course d'Achille, p. 2 53, 212); une autre est publiée dans le Mus. Veron. p. xlix, 8. On pourrait soupçonner aussi une autre intention à la présence du chien sur la peinture qui nous occupe. Effectivement, le chien était, dans les idées de la société antique, un des symboles de l’amour sensuel, d’accord avec une des acceptions du mot grec xvwv , Hesycli. v. Kéwi> ■ Sy Xoî xai t 6 drSpéïov fioplov; voy. Otto Jabn, Archüolog. Beitrâg. p. 1 /| 8 , 128).
2 /?. Mus. liorbon. t. III, tav. xxxv.
3 R. Mus. Borbon. t. 111 , tav. xxxvi.
4 Ce n’est sans doute pas sans quelque intention que ces deux Amours sont constamment donnés pour compagnons à Vénus, dans la scène qui nous occupe. Peut-être nous représententils Éros et Antéros, nés de l’union adultère de Mars et de Vénus, comme nous l’avons vu plus haut, p. 228, 5); peut-être ces deux Amours sont-ils ceux qui sont donnés pour compagnons à Vénus par l’auteur de la Théogonie, v. 201 : Ti? S’ E pas oip-dp-riiere , xxi ifiepos ëc7TT£T0 Kakôs , et qui étaient aussi connus d’Ovide, Fust. IV, 1 : « Geminorum mater Amorum; » cf. Senec. Œdip. v. 5oo : « Concutil tædas Geminus Cupido. *
MARS ET VÉNUS. 237
motifs dun thème si favorable. Cest effectivement celui que présentent plusieurs des peintures de Pompéi, restées encore en place et inédites, excepté celle que je présente, et qui peut tenir lieu de toutes les autres1.
Le couple divin est assis sur un siège de marbre, dans un appartement où pénètre sans difficulté la lumière du jour; le temps était passé, pour Mars comme pour Vénus, où ils avaient à craindre 1 indiscrétion du Soleil. Derrière le dieu, sur un mur à hauteur d’appui, est placé son parazonium, et contre le même mur sont appuyés sa lance et son bouclier. Mars, presque entièrement nu, na gardé qu’une légère draperie qui tombe sur ses jambes; Vénus, assise près de lui, la partie supérieure du corps entièrement découverte, relève derrière elle, audessus de sa tête, un pan dune draperie dont un autre bout est tenu dans la main gauche de Mars, avec 1 intention de dérober aux regards jaloux le bonheur des deux amants. Deux petits Amours ailés assistent à cette scène : l’un, placé près de Vénus, tient de ses deux mains la pyxis, ou coffre aux bijoux, de la déesse; l’autre porte le casque du dieu, trop pesant pour la faiblesse de son âge; et, sur le mur, qui fait face à Vénus, une colombe, son oiseau favori, achève de caractériser le sujet2.
La peinture que je viens de décrire, et dont je présente une copie fidèle, doit avoir été executee d apres quelque tableau d un habile maître ; mais le mérite de l’exécution n’y répond pas à celui de l’invention. On s’aperçoit sans peine, à la vue du monument original, que la froideur et l’incorrection du pinceau doivent se mettre sur le compte de l’artiste de Pompei, qui copia maladroitement quelque belle peinture grecque; et l’on ne peut s’attacher ici qua la composition, lune des plus intéressantes de ce sujet qui soient venues jusqu’à
1 Elle a été publiée, mais au simple trait, et de cette manière presque entièrement conventionnelle propre aux dessins de cette
collection, où toutes les peintures se ressemblent par le style, bien quelles proviennent en réalité de mains très-différentes et d’artistes d’une habileté très-inégale, dans le R. Mus. Borbon.
5 C’est par la même intention que, sur une peinture d’Herculanum citée plus haut, p. a33, 1), où le trône de Vénus est représenté à côté de celai de Mars, le siège de la déesse est distingué par une colombe, de même que celui du dieu par un casque, Piltur. d'Ercolan. t. I, tav. xxix; voy. p. i5a, 7.)
Hauteur, o mètre 69,8 cent. — Largeur, o mètre 89,5 cent.
La peinture dont je présente ici un dessin aussi fidèle qu'il m'a été possible de me le procurer est une des plus récentes acquisitions que la science ait faites à Pompéi, et elle était encore inédite. Elle fut trouvée, dans le cours des fouilles entreprises de 1 8 3 5 à 1839, dans la direction de la rue dite de la Fortune, qui conduit à la porte de Nola; elle ornait l’un des murs du tablinum d’une petite maison située près d’une fontaine, sur le côté gauche de cette rue1. Malheureusement, l’état de ruine dans lequel se trouvait cette pièce de l’habitation antique nous a privés de toute la partie supérieure de la peinture, dont le bas seul est bien conservé, et dont l’exécution, pleine de grâce et de facilité, ajoute encore au regret qu’inspire la vue de ce tableau incomplet.
Ce qui manque à notre peinture n’empêche pourtant pas d’en reconnaître le sujet. Cet Hercule, ainsi vêtu d’une tunicjue courte, ét étoffe transparente, et couronné de lierre, dans une attitude molle et voluptueuse, ne peut être que f Hercule asservi à Omphale 2, dont l’idée, dérivée
1 Voy. la Relazionc de’Scavi, insérée à la fin du t. XII du Real Mus. Borbon. p. 1-2; cl consultez aussi le Rapporta de M. le Dr Schultz, intorno cjli scavi Pompeiani (Roma, i83g, 8°), p. 1 5-i 6.
s L’antiquaire napolitain, cité à la note précédente, a vu ici
Hercule chez lole ; et ce n’est pas là le seul cas où ce nom d'Iole, dont on a tant abusé dans l’archéologie, a été mis à la place de celui à’ Omphale. Mais M. Schultz ne s'y était pas trompé; et je ne crois pas que personne puisse conserver le moindre doute à cet égard.
des croyances d’une religion asiatique, et introduite assez tard dans le domaine des opinions helléniques, était devenue, pour les Grecs d’une époque récente, et pour les Romains, leurs disciples, le type de la force subjuguée par la volupté; et l’on ne doit pas setonner que celte image, si bien appropriée à la mollesse d’une société dégénérée, ait trouvé dans ce dernier âge de l’antiquité tant d’ applications, dont nous pouvons a peine nous faire une faible idee, d’après les seuls monuments qui nous en restent.
La circonstance d 'Hercule vendu et réduit en esclavage par 1 ordre de 1 oracle de Delphes , ou par celui de Jupiter1 2, afin d’expier le meurtre d’Iphitus3, avait fourni le fond de cette fable, d’invention peu ancienne, à ce qu’il paraît , où le nom d Ornptiale n était pas d abord prononcé. Mais, à mesure que les relations de la Grèce avec lAsie Mineure devinrent plus intimes, probablement vers l’époque de Crésus, on doit présumer quil se lit une certaine combinaison de la notion de l 'Hercule Sandon de Sardes 4 5 * avec celle de 1 Hercule grec de Tirynthe, combinaison par suite de laquelle l’esclavage d Hercule se trouva naturellement transporté en Lydie, chez Omphale, avec toutes les circonstances propres a ce culte asiatique. Les premiers récits de ce genre que connut la Grèce durent venir des auteurs des poèmes sur Hercule, ou Héraclées 5 ; ils se retrouvèrent, sous une forme plus historique, dans les ouvrages des logographes, tels que Phérécyde, qui avait parlé du séjour d Hercule chez Omphale® mais c’est, surtout par le théâtre que cette fable acquit tout son développement et toute sa célébrité. Effectivement , nous savons qu’il exista des comédies d' Omphale, ouvrages de poètes de la moyenne comédie, tels qu’Antiphane7 et Cratinus le jeune8, sans compter des drames satyriques, tels que ceux d’ion9 et d’Achæus10; et il n’est pas douteux, d’après la nature même de ces sortes de productions théâtrales, que ce ne fut uniquement le côté licencieux de cette fable, le travestissement du héros grec en esclave efféminé d’une reine étrangère, au milieu des hiérodules lydiennes, qui ne fût mis en évidence dans ces drames comiques et satyriques du théâtre grec.
Ce dut être aussi, à mon avis, sous l’influence des jeux de la scène, et conséquemment
1 Apollod. II, vi, 2 : Mus. lier. v.‘ i5o-i; Diodor. Sic. IV, xxxi; Hygin. Fab. xxxii; Tzetz. Chil. Il, xxxvi, 4a9~43o.
5 Plierecyd. apud Schol. Homer. ad Odyss. xxi, a3; cf. Pherecyd .Fragm. XLVi,p. 172, sqq. ed, Sturz. C'est aussi la tradition qu’avait suivie Sophocle, in Trachin. v. 276-7. L’esclavage (Y Hercule chez Ompliale dura une année entière , suivant le même poêle, ibid. v. 2 53-4 , ou trois ans, selon Hérodore, apud Schol. /. 1.
3 Apollod. II, vi, 2; et alii.
4 Je renvoie aux éclaircissements que j’ai donnés, à ce sujet, dans mon Mémoire sur l’Hercule assyrien et phénicien, part. IIe, § 1 3 , p. 2o5, suiv.
5 Creuzcr, Historié, g me. antiquiss. fragm. p. 187, 16); cf. Kanne, ad Conon. p. 97 ; Heyn. ad Apollodor. p. 180, sqq.
0 Pherccyd. apud Schol. Homer. ad Odyss. xxi, 23; voy. plus haut, 2). 11 est probable que les auteurs des Lydiaca avaient aussi fait mention de cette fable, Creuzer, Historié, grœc. antiq. fragm. p. 188, 16 ).
7 L’ Omphale d’Antiphane est citée par Athénée, qui en a con-
servé quelques vers, 1. 111, p. 112, C. Ces vers, que M. Meinecke
croit avoir été placés dans la bouche à' Hercule, répondent à
l’idée de gloutonnerie que les comiques d’Athènes avaient appropriée au personnage d’Hercule, Meinecke, Poet. med. comœd. fragm. t. III, p. 96-7.
8 C’est aussi Athénée qui cite l 'Omphale de Cratinus le jeune, et qui en rapporte deux vers, prononcés pareillement par Hercule, et exprimant l’amour du vin, Athen. 1. XV, p. 669, B; cf. Meinecke, Poet. med. comœd. fragm. t. III, p. 376-376. Il est fait mention de cette comédie par Pollux, VII, Lvm.
9 L'Ompliale, drame satyrique d’ion , est citée plusieurs fois par Athénée, 1. X, p. 4 1 1, B; 1. VI, p. 258, F ; 1. XI, p. 498, E, 5oi, F, et XIV, 634, C. , et la plupart des vers qu’il en rapporte ont également trait à la voracité d’Hercule. Il se trouve aussi dans Strabon ,1. I, p. 60, une citation tirée de Y Omphale d’Ion, dont le texte , mal compris par Casaubon , a été rétabli par Bentley, Opusca/.(Lips. 1 781), p. 499-5oo; voy.Welcker, Nachlrag,etc. p. 32 1 .
10 II est pareillement fait mention de Y Omphale d’Achæus en deux endroits du livre d'Atbénée, VI, 267, D, et XI, 466, E, F. Ce dernier fragment, relatif à l’inscription bachique du scyphus d’Hercule , était placé dans la bouche des satyres qui formaient le chœur.
clans le même ordre d idées, que furent produites les œuvres de fart qui retracèrent celte circonstance de la légende d 'Hercule. Du moins, est-il permis de voir, dans les peintures auxquelles fait allusion Plutarque \ et que Lucien avait aussi en vue 2, peintures où Hercule était représente, vêtu de la crocôios, ou robe transparente, de couleur de safran 3 *, livré aux molles occupations des esclaves lydiennes ou exposé aux outrages de leur reine, que le type de ces images avait été crée par le théâtre satyrique, et transporté de là dans le domaine de limitation. De là résulte aussi, par une déduction suffisamment plausible, que la fable â' Hercule et dOmphale, traitée dans les drames satyriques, dut s’introduire dans les représentations dionysiaques, a la faveur de l’étroite relation qui s’établit entre Hercule et Bacchus1*, et par suite de la presence des satyres, personnages obligés de ces drames, où figurait Hercule près dOmphale. Je n admets donc pas l’opinion récemment soutenue par un docte antiquaire5, que la fable d Omphale soit restée étrangère au cycle dionysiaque ; et je ne vois aucune difficulté sérieuse a expliquer, d’après cette donnée, les bas-reliefs, de sujet dionysiaque, où figure Hercule, en état d ivresse, près d’une femme reconnue pour Omphale 6 *.
Mais, avant de parler de ces monuments du dernier âge de l’antiquité, dont l’interprétation a été contestée, en ce qui concerne le personnage d 'Omphale, il convient de se rendre compte des monuments d’un style plus ou moins grec et d’une époque plus ou moins ancienne, qui appartiennent à ce sujet, avec plus ou moins de certitude. Je mets à la tête de ces monuments le vase peint, à figures noires, de fabrique de Vulci, qui a fait partie de la collection Durand ', et qui rappelle encore, par le style du dessin, les traditions de l’ancienne école : le sujet de la représentation est Hercule vendu par Mercure à Omphale. Le héros de Tirynthe est vêtu d'habits de femme ; Mercure, qui le précède, retourne la tête vers lui, en s’approchant d 'Omphale, qui attend l’arrivée de son captif; la scène, rendue dans toute la simplicité du mythe antique, ne saurait donc être méconnue. 11 n’en est pas de même, à mon avis, de la représentation d’un autre vase, aussi de Vulci, mais à figures rouges8, où l’on a vu Hercule vendu à Athéné-Omphale , en présence de Mercure. Le sujet de cette peinture, qui est restée inédite, peut bien avoir rapport à une union mystique d 'Hercule et de Minerve, dont la notion, récemment acquise à la science9, résulte surtout de l’inspection des monuments;
1 Plutarcb. An sert. s. ger.respubl. t. IX, p. i4o, Reisk.; Facius, Excerpt. e Plutarch. p. 198-199.
2 Lucian. De liist. conscrib. S 10, t. IV, p. 171, Bip.
3 Sur la crocôtos , ou crocôtè, vêtement de femme, propre à Bacchus ,
nous avons le témoignage d’Aristophane, Ran. v. 46, et celui
de son seboliaste, ad h. I; cf. Pollux, IV, cxvn:ô Sè xpoxeoros
ifictTtov • Atâwcros Sè ainü èypvxo. Les Romains le connaissaient
sous ce double rapport; témoin ce passage de Cicéron, Hamsp.
respons. 2 1 : « P. Clodius a crocota, a mitra, a mulieribus so-
lus, etc. » C’était aussi un vêtement à! étoffe transparente, ainsi que le témoigne Athénée, l.V, p. 198 : X«r Sma. ■æopÇivpovv ëyav StdneÇov : axl èm ccùtw xpoxcoiàv SiaÇavrj-, cf. Pbilostrat. Fit. Apollon. IV, vu. C’est d’un habit de ce genre qu’Ovide représente Hercule revêtu par Omphale, Fast. II, 319 : «Dat tenues lunicas, gætulo murice tinctas; » et l’on sait, par beaucoup de témoignages classiques, que cette sorte d’étoffe transparente , dont s’habillaient les biérodules lydiennes, se fabriquait à Cos, où cette industrie avait été portée par les Phéniciens, avec le culte de leur Hercule
tyrien, Sandon, Tibull. Eleg. II, vi, 35 : « Ilia gérât tenues vestes, quas femina CoaTexuit, auratas disposuitque vias; » voy. Spanheim, ad Aristophan. Ran. v. 46, t. V, p. 363, Valpy ; Reitz, ad Lucian. De hist. conscrib. § 10. Relativement au culte de l'Hercule phénicien à Cos, et au vêtement de femme du prêtre de ce dieu , je renvoie à mon Mémoire sur l’Hercule assyrien et phénicien, S 1, 7, p. 94, 2).
4 Voy. plus haut, p. 101 et suiv., les monuments cités relativement à cette association d 'Hercule et de Bacchus.
5 Otto Jabn, Archiiolog. Beilrage, S vii, 3, p. 335-6.
0 Zoëga, Bassirilievi , t. II, tav. lxvii; Mus. Capitolin, t. IV, tav. lxiii ; Ed. Gerhard’s, Neapels antike Bildwerlce, 1 , 58-6o, n. 191 ; voy. plus haut, p. 103-107.
7 De Witte, Descript. du cabin. Durand, n. 3 16, p. 109. Je présume que c’est à ce vase que faisait allusion M. Ed. Gerhard, lorsqu’il disait que le mythe d 'Hercule vendu à Omphale n’était connu que par un vase peint, Prodrom. p. 274, Taf. xxix.
8 Le même, même ouvrage , n. 317, p. 109-110.
,J Les monuments qui nous ont fait connaître cette parlicula-
mais l'assimilation d'Athéné et d 'Omphale aurait besoin, avant que d’être admise , d être prouvée autrement que par l’allégation des médailles de Comana \ dont le type, certainement emprunté au mythe d’une déesse locale, la même au fond que X Omphale de Sarcles, cest-a-dire que la déesse Lune asiatique, ne peut avoir eu aucune influence sur la représentation d un vase peint. Ce n’est pas que j’aie la pensée de nier les relations mythologiques qui purent exister entre Minerve et Omphale 2, et qui tiennent à ce que Minerve était, dans le principe, pour la Grèce, ce qu 'Omphale était pour la Lydie, une des personnifications de la deesse Lune, ou dominait le caractère guerrier : c’est, du moins, l’idée que je me propose depuis longtemps d exposer dans un autre travail 3; mais je ne pense pas que ces mythes d origine orientale soient exprimés sur des vases peints de la belle époque du style grec, ou, du moins, j attends qu on en fournisse la preuve, pour admettre, avec toute assurance, des assimilations aussi extraordinaires que celle d 'Athéné et d' Omphale sur un de ces vases. Cette observation s applique à un autre vase de la forme d hydrie et de la fabrique à figures rouges de Voici \ ou Ion a voulu voir pareillement Hercule amené pour être vendu à Athéné-Omphale par Mercure, sans quil y ait, dans la disposition des deux figures principales, celles d' Hercule, assis en face de Minerve, assise aussi, rien qui se rapporte à cette intention, tandis que rien nest, au contraire, plus d’accord avec cette disposition des personnages et avec toutes les données antiques que 1 hypothèse, exposée à l’occasion de ce même vase, qu Hercule y est représente tenant conseil avec les deux divinités cjui le protègent 5. Encore moins a-t-on pu se flatter de voir Hercule en presence d' Omphale, sur un vase apulien de notre musée du Louvre 6, dont la représentation s explique dans un tout autre ordre d’idées; et je regarde enfin comme une supposition tout à fait gratuite la dénomination d 'Omphale, qui a été proposée pour une figure de femme debout ,
rité curieuse, passée sous silence dans les textes qui nous restent de l’antiquité, ont été publiés par M. Braun, T âges und des Ileraides nnd der Minerva heilige Hochzeit, Mïinctien, 1 83g , et par M. Éd. Gerhard, Trinhscliale , p. J i,suiv., et Auserlesen. Vasenbilder, I,p. i4a, suiv., II, p. 180, suiv. Voyez surtout, à ce sujet, un article savant et ingénieux de M. Otto Jalin, dans ses Archâolog. Aufsatze, S vm, p. 88-127.
1 Mionnet, Supplément, t. IV, p. 446. Cette médaille de Comana, la seule qui soit citée, est aussi le seul monument qui soit allégué à l'appui de l’étrange assimilation d 'Athéné et d’ Omphale ; mais cet argument est de nulle valeur, puisque la déesse de Comana n’est précisément ni une Athéné ni une Omphale. Je consacrerai à cette déesse, qui était une des expressions de la grande déesse Lune asiatique, et à son culte, un travail spécial dans mes Mémoires d'archéologie comparée.
2 Je vois dans le Bullclino arclieologico de 1 844 , p- 4i-4a, que M. Preller a lu, dans une séance de l’Institut archéologique, des observations sur les rapports qui existent entre Athéné et Omphale; mais ce travail du savant antiquaire de Weimar n’a pas encore reçu de publicité, du moins à ma connaissance, et l’on est réduit, pour l’apprécier, au court extrait qui en est donné dans le Bulletino.
3 Dans le Mémoire sur la déesse de Comana, dont j’ai depuis longtemps recueilli tous les matériaux et qui, comme je l'ai dit plus haut, fera partie de ma suite de Mémoires d archéologie comparée.
k De Witte, Catalog. étrusg. n. 89, p. 45-46, x); le même, Calalog. Magnonc. n. 45, p. 35-36. Le savant auteur a essayé, dans ce second ouvrage, de répondre aux objections que celte assimilation A Athéné et à' Omphale avait soulevées de la part de plusieurs critiques , tels que M. Welcker, Rheinisch. Mas. t. V , p. j 36, M. Éd. Gerhard, Auserles. Vasenbild. II, 175, et moimême, Journal des Savants, septembre 1837, p. 517. Mais je dois dire que cette réponse a laissé subsister tous mes doutes, et j’ajoute quelle ne paraît pas avoir produit une impression plus favorable sur l’esprit de M. Otto Jalin, qui s’associe à M. Éd. Gerhard pour repousser l’assimilation d'Athéné et d 'Omphale ; voy. ses Archâolog. Aufsâtze, S viii, p. 89 , 11).
5 C’est l'explication que j’avais proposée, Journal des Savants , septembre 1837, p. 5 18, et qui l’evienl à celle de M. Roulèz, Mélanges, etc. IV, 6; mais elle n’a pas obtenu l’assentiment de M. Otto Jahn, Archâolog. Aufsatze, S viii, p. 88-89.
6 Ce vase est publié dans Y Introduction de M. Maisonneuve, pl. xl, p. 21. On y voit un éphèbe nu, appuyé sur une massue, s’entretenant avec une femme, debout devant lui, voilée, et tenant une quenouille et un fuseau. Sans entrer ici dans une réfutation détaillée de l’interprétation de l’éditeur, qui a vu sur ce vase Hercule et Omphale, je me contente de dire que j’y reconnais une de ces images allégoriques, prises dans un ordre d’idées général , et assez communes sur les vases de fabrique apulienne. L’intention de celle-ci me paraît être de montrer Y homme, élevé à la condition héroïque, en présence de la Parque, tenant lessym-
entre Apollon et Diane, sur un vase de Basilicate \ dont la représentation n’ofFrc aucun rapport au mythe d 'Hercule et d' Omphale.
Ce serait ici le lieu de parler d’une autre peinture de vase, qui a été rapportée par Winckelmann a la fable d Hercule vendu à Omphale2. Le vase dont il s’agit est celui de la première collection dHamilton3, où se voit une femme assise, avec un voile d'étoffe transparente qui lui couvre la partie inférieure du visage, qu’à cette particularité, qu’il croyait propre au costume lydien, Winckelmann prenait pour Omphale. Près de cette femme, dont il touche le genou de sa main gauche, est un homme nu, debout, appuyé sur une massue, qu’à ce geste de suppliant, aussi bien qu’à cet. attribut, Winckelmann reconnaissait pour Hercule. L'Amour nu et ailé, qui vole entre ces deux personnages, s’expliquerait très-bien dans cette hypothèse, ainsi que la présence des trois femmes, qui seraient trois esclaves ou hiérodules lydiennes. L’explication de Winckelmann ne manquait donc d’aucune des conditions de la vraisemblance. Toutefois je ne pense pas quelle nous donne la véritable interprétation de cette peinture, qui doit se trouver dans un tout autre ordre d’idées : c’est ce que j’aurai lieu de rechercher dans un autre travail4; et je reviens au sujet d 'Hercule et d 'Omphale, que je n’ai pu reconnaître sur aucun des vases peints cités en dernier lieu.
Mais il n’en est pas ainsi d’une belle hydrie à figures rouges, récemment venue à la lumière5, où se trouve représentée une de ces scènes d 'hiérogamies, devenues de nos jours assez communes, presque toutes exécutées en une sorte de style hiératique approprié à ce genre de sujets sacrés. Celle-ci se compose d’un groupe divin porté sur un quadrige, lequel est accompagné de Minerve et de Mercure. L'époux a été nommé Hercule, bien qu’il soit enveloppé d’un manteau, au lieu d’être couvert de la dépouille du lion; mais c’est la femme, debout près de lui sur le char dont elle tient les rênes, qui porte cette dépouille en guise de vêtement, et qui se reconnaît à ce signe pour Omphale, sans qu’il y ait lieu à la moindre difficulté. Le mythe d' Hercule et dé Omphale était donc entré, dès une assez ancienne époque, dans le cycle des représentations traitées par la céramographie grecque; et c’est un vase fabriqué en Étrurie qui nous procure cette notion importante; nouvelle preuve des rapports d’art et de culte qui existaient entre cette région centrale de l’Italie et l’Asie Mineure, et qui tiennent sans nul doute à l’émigration des Tyrrhéniens de Lydie6. Mais, en même temps que ce vase peint nous offre le premier exemple authentique de Y hiérogamie d 'Hercule
botes d'une vie pleinement accomplie, c’est à savoir , le fuseau et la quenouille. La même image est rendue sur un vase , de la même fabrique, que je possède et que je compte publier, d’une manière équivalente, par une figure de guerrier, portant deux lances sur son épaule et tenant un hantharus de la main droite, placée entre deux femmes , l’une tenant une quenoudle et une couronne et représentant la Parque, l’autre portant une prochoë et représentant Tèlètê.
1 Ce vase, qui, de la collection Durand, où il est décrit sous le n. 1 6, p. 6-7, a passé depuis dans notre Cabinet des antiques, avait appartenu à M. Gargiulo, qui la publié dans son recueil de monuments, tav. lx. Le groupe principal a été gravé dans les Monum. delï Instit. archeol. t. I, tav. lvii, A 2, et expliqué par M. Panofka, Annal, t. V, p. 225, dont les idées ont été suivies par l’auteur delà Description du cabinet Durand.
2 Antiquit. èlrusq. etc. t. I, pl. 71; reproduit dans la Stor. delï art. t. I, p. 207, ed. Roman. 1783, 4°-
3 Stor. delï art. 1. V, c. v, S 11, t. II, p. 534-538, ed. Prat. Winckelmann est revenu sur la même explication , à peu près dans les mêmes termes, dans son Trattat. prelimin. c. iv, t. IV, p. 188-191, ed. Prat.
4 Dans la IVe de mes Lettres archéologiques.
5 Je ne connais encore ce vase que par la courte description qui en est donnée dans le Bulletin, archeol. de 1 844 , p. 36-37, et qui est reproduite dans YArchàolog. Zeilang de M. Kd. Gerhard,
i844, § vu, n. 19, p. 3 1 3.
6 C’est la notion capitale que je me flatte d’avoir établie, avec toute la certitude possible, dans mon Mémoire sur l’Hercule assyrien et phénicien, et qui résulte de l’ensemble des faits acquis à la science par les découvertes des vingt dernières années.
et c XOmphale, il nous confirme dans l’opinion qu'Omphale ne s’assimilait point à Athéné pour les Grecs de celte époque, puisque le quadrige qui porte Hercule et Omphale est accompagne de Minerve el de Mercure, et qu’ainsi les personnages de Minerve et d’ Omphale se trouvent parfaitement distincts. Du reste, la présence de Minerve à Y hiérogamie ri Hercule et d Omphale n’a rien de plus contraire aux idées grecques ni de plus extraordinaire en soi que la présence de la même déesse au mariage ri Hercule et riHéhé, sujet de tant de vases peints
Le trait principal de la légende asiatique, Y échange des vêlements entre les hommes et les femmes, dans le culte assyro-phénicien ri Hercule Sandon, à Sardes1 2, se trouve rendu, sur notre vase peint, d’une fabrique grecque locale, au moyen des personnages ri Hercule, vêtu d’un péplus, et ri Omphale, portant la dépouille du lion ; et, du reste, cette représentation, conçue suivant les données du haut style grec hiératique, nous autorise à croire que l’art grec n’admettait pas encore dans l’expression de ce sujet les circonstances, prises dans un ordre d’idées frivoles, qui s’y produisirent plus tard. Ce ne fut guère, à mon avis, que dans le dernier âge de l’antiquité grecque, que l’on vit apparaître sur les monuments Hercule au service d'Omphale, avec des détails propres à dégrader l’idée du héros au profit de celle de la courtisane. Telles étaient les peintures, décrites par Plutarque3, où Hercule était représenté au milieu des esclaves lydiennes, qui le rafraîchissaient au moyen d’un éventail ou qui soignaient sa chevelure, avec cette circonstance, indiquée par Lucien4, qu'Omphale le frappait de sa sandale d’.or. Plusieurs pierres gravées, dont l’exécution appartient à cette dernière époque de l’art5, nous ont conservé des images qui doivent avoir été produites sous l’influence de ces peintures, devenues alors si populaires.
C’est sans doute au siècle d’Alexandre qu’appartient l’invention de ces images, où l’amollissement de l’art se montrait en rapport avec celui de la société. Du moins, peut-on croire que la statue ri Hercule, dépouillé de ses armes et devenu l’esclave ri Omphale, statue attribuée à Lysippe6, fut le premier monument de ce genre qui s’offrit à 1 émulation des artistes grecs.
1 Voy. la liste de ces vases donnée par M. Éd. Gerhard, Auserlesen. Vasenbild. t. I, p. i42, 210). L’un des plus beaux de ces monuments de la céramograpliie grecque est le vase Koller, du Musée de Berlin, décrit par le même antiquaire, Berlins ont. Bildiuerke, n. 1016; cf. Otto Jalin, Vasenbilder, p. 25, 75).
2 Voy. mon Mémoire sur l'Hercule assyrien et phénicien, part. II, S i3 , p. 211.
3 Plutarch. An sen. s. ger. respubl. t. IX, p. i4o, Reisk. : Ka- Oânep ëvioi t ov ÉpaxXea ■aaiÇomes oùx ev FPA'I'OTXIX, èv Ôfi- <paAii s KPOKOTO'I'ÔPON èvStSôvra AvSaTs &epanatvlm pnclfetv xal mapan'kéxeiv èavt 6v, cf. Fac. Excerpt. e Plutarch. p. 198-9; Terent. Eunnch. v, 8, 3-4; Clem. Alex. Protr. p. 3o. La plupart des traits de mollesse efféminée appropriés à Hercule, devenu l’esclave d'Omphale, et tirés de la légende asiatique, se retrouvent exprimés, avec la prolixité ordinaire à l’auteur, dans l 'épître de Déjanire à Hercule, Ovid. Heroid. ix, v. 56-127.
Plutarque fait encore allusion à ces peintures d 'Hercule et d’Omphale dans un autre endroit, Comparât. Demelr. cum Anton.
S 111 : Éj; TCttî rPA<l>Al2 ôpêùpev t où Èpaxléovs ri)V Ôfi^aXijv vipatpovaav t à pônaXov xal t>)v Aeovrijv dmStiovcrav; cf. J. Lyd. De magistr. Rom. 111, lxiv.
u Lucian. De hist. conscrib. S io, t. IV, p. 171, Bip.: Êwpaxé-
vai ydp ■or ov ae eixos TErPAMMENON t f; Ôf ityaky [rov èv Av S ta. ÙpaxAéa) SovXevo ma, nsdvv dXXoxorov crxsvi)v iaxsvarrp.évov, èxelvrjv pèv tov 'kéovia (t>)v Xeon Tiji»?) avrov 'BsptëeSfojp.évrjv, xal t o léXon èv rfj ^eipf ëyovcrav, ùs Èpaxléa Sîjdev ovaav, ai/T ov Sè, ÉN KPOKQTlh xal ■iïopÇvptSt , ëpta ’é.atvovia xal ■znatdpEvovviro Tÿs OpÇdAvs tw uavSakw-, cf. Dial. Deor. xhi, 2 : llatâusvoç ii no TÏjs Ôfi<pcD.vs ’XPvcrV o-avSaAa-, cf. Hemslerhus. ad li. I.
6 Je citerai particulièrement une de ces pierres gravées, où Hercule est peigné par Omphale, en présence d’un Amour qui porte la massue du héros; cette pierre a été publiée par Millin, Peint, de vases, t. I, p. 1, vignette, el Galer. mythol. pl. exxm, n. 453", Explicat. p. 23. Hercule au bain, peigné par une femme assise, est le sujet d’une pierre delà galerie de Florence, dont je possède une empreinte, tirée de la collection de Cadèz; et je connais le même sujet, sur une autre pierre de la même collection, dont j’ai aussi l’empreinte entre les mains. Hercule assis, filant en présence d’Omphale debout, se trouve sur une jolie intaille, de la collection impériale de Saint-Pétersbourg.
6 Cette statue, mise sous le nom de Lysippe, n’est connue que par un des petits poèmes de Géminus, apud Brunck. Analect. t. II, p. 280, Carm. iv, qui paraît bien imité d’un autre petit
Hercule y étaIt probablement représenté vêtu de la crocôtê, ou tunique courte, d’étoffe fine et transparente; et ce serait, suivant toute apparence, de cette statue, ou d'un autre ouvrage du même genre, qu’il faudrait entendre le témoignage de Pline >, sur un Hercules tumcatus, dont ,1 ne nomme pas l’auteur. Il existe, dans la collection ducale de Cassel, un beau torse, de style grec, qui semble avoir appartenu à quelque statue pareille. Cette statue, qui représente un héros grec, vêtu d’une tunique relevée par la ceinture, avec une tête, qui peut bien être la sienne et qui offre de la ressemblance avec celle d'Hercule jeune, avait été restaurée en Uésée, au moyen du peloton défit ajouté à sa main droite 2. Un changement léger, la substitution d’une quenouille au peloton défi, a converti le héros grec en un Hercule au service d Omphale 3, sans qu'il y ait plus de certitude pour cette dénomination que pour la première, bien quon puisse y trouver plus de vraisemblance4. Je ne parle pas de la célèbre statue Pamfii du héros grec vêtu en femme, où J.-B. Visconti avait cru voir Hercule chez Omphale\ sur la foi d’un buste en bronze d’Herculanum ». Il est bien reconnu aujourd’hui que cette statue représente Achille déguisé en femme, à la cour de Lycomède7.
Le monument le plus remarquable, entre tous ceux de la fable d 'Hercule chez Omphale qui sont venus jusqu a nous, est sans contredit le groupe Farnèse, maintenant conservé au Musée des Studj, à Naples8, où Hercule, vêtu d’une tunique courte, relevée par une ceinture,
poëme de Philippe, Analect. t. II, p. 226, Carm. lii, où la même statue est décrite, mais sans le nom de Lysippe; cf. Jacobs. Animadv. t. IX, p. 3ii et 1 84 ; Sillig. Catalog. vet. artijic. v- Lysippus, p. 260. L'épigramme de Géminus était gravée sur une base de statue que Spon vit à Venise, Miscellan. p. 5i. Ce devait donc être une copie de la statue de Lysippe.
1 Plin. XXXI V, x, 19.
s Visconti, Notic. du Mus. napol. n. 204, dans ses Oper. var. t. IV, p. 389-390. La statue a été publiée par Bouillon, dans son Mus. des antiques, t. II, pl. 9, avec une explication dont l’auteur, tout en suivant l’attribution proposée de Thésée, indique successivement les noms de Vulcain, d'Ulysse, de Dédale et dé Argus. Celui d 'Hercule, qu’il ne prononce pas, est pourtant encore celui qui convient le mieux à ce beau torse.
3 Cette statue, qui a fait quelque temps partie du musée de Paris, est décrite par Vôlkel, comme un junge Alcide im Dienste der Lydischen Rônigin Omphale; voy. son écrit intitulé: Die antiken Sculpturen im Muséum zu Cassel, dans le Zeitschrift de M. Welcker, n. 5, p. 177-181.
4 Bien que la qualification de cette statue résulte en grande partie de la restauration, il n’est pas démontré, même pour Vôlkel, quelle ne représentât pas réellement Hercule au service d’ Omphale. Le costume tend à le faire croire , et la tête , qui paraît bien être celle de la figure et qui offre les traits d 'Hercule jeune, sont deux motifs assez graves à l’appui de cette opinion. M. Creuzer me semble donc avoir rangé un peu témérairement ce beau torse de Cassel parmi ce qu’il appelle les Pseudo-Hercules, zur Gemmenkunde, p. 1 85, 180). M. Ed. Gerhard n’avait pas été aussi affirmatif, et sa conjecture, qu’une statue d'Hercule en habit de femme, trouvée à Aricia par le cardinal Despuig, et citée dans l 'Indicaz. dell. scult. dell. villa Miollis, tav. 5, pouvait bien être la statue de Cassel, semble indiquer qu’il penchait pour l’opinion que le torse de Cassel appartient effectivement à
un Hercule chez Omphale; voy. ses Neapels ant. Bildwerke, t. I , p. a5, *).
5 Mus. P. Clem. t. I, p. 62 , 6).
Bronz. d Ercolan. 1. 1, tav. vin. Ce buste, très-remarquable en effet, consiste en une tête barbue, coiffée d’un morceau dé étoffe, où l’on a cru reconnaître la mitre lydienne, Propert. El. III, xv, 3 0 : « Cinget Bassaricas Lydia mitra comas; » cf. Virgil. Æn. iv, 21 5, et Serv. ad h. I., et qui est précisément la pièce de vêtement placée sur la tête de personnages efféminés, particulièrement des hermaphrodites , sur laquelle j’ai déjà eu l’occasion de m’expliquer plus haut, voy. p. 1 4g-i 5o. De dessous cette espèce de mitre lydienne sortent des corimbes, ce qui donne à cette tête un caractère bachique. Le buste est vêtu d’une étoffe fine, ajustée d’une manière qui paraît avoir été particulière à la crocôtê bachique, ainsi que l’antiquaire napolitain le présume avec raison, d’après une pierre gravée antique, Mus. Odescalch. t. II, tav. xvm. Jusque-là, tout paraît bachique dans ce buste, et l’interprète n’est pas allé au delà. Mais Visconti, qui avaitété frappé de la ressemblance de la tête avec celle d'Hercule, reconnut dans ce buste Hercule au service d’Omphale, et avec les caractères bachiques qui conviennent à cette situation, Mus. P. Clem. t. I, p. 62, 6); et celte opinion, qui est aussi celle de M. Éd. Gerhard, bien qu’il ne cite point l’auteur du Musée Pie-Clémentin , Prodrom. p. 2 4o , 26), me paraît aussi heureuse que juste.
7 Celte opinion, qui avait paru la plus satisfaisante à plusieurs antiquaires, et que j’avais admise moi-même comme telle, Achilléide, p. 70, 1) , semble avoir besoin aujourd’hui d’être soumise à un nouvel examen. Je m’en occuperai, en expliquant une peinture d’Achille à Scyros qui fera partie de ce recueil. En attendant, je renvoie au travail exact et savant que ce sujet d'Achille à Scyros a fourni récemment à M. Otto Jabn , Archàoloq. Beilriige, S xn, p. 352-378.
8 R. Mus. Borbon. t. IX , tav. xxvn. Ce groupe a été publié
la tête couverte d’un morceau d’ étoffe', et tenant la quenouille de la main gauche, avec le peloton de fil dans la droite, est représenté debout, près d 'Omphale, qui a la tête coiffée de la dépouille du lion, et qui appuie sa main gauche sur l’épaule du héros, en portant sa massue de la main droite. Le mérite de ce groupe, dont il existait une répétition dans la villa Miollis, a Rome 2, prouve qu’il dérive de quelque original célèbre, où avait été fixé, à une belle époque de l’art grec, sans doute sous les successeurs d’Alexandre, le type de cette composition; ce qui n’empêcha pas qu’il ne s’y introduisît plus tard des variantes, telles que celles dont nous pouvons nous faire une idée, d’après un bas-relief Borgia3, qui représente Hercule nu, avec la léontè sur le bras gauche, debout près d 'Omphale, à demi vêtue, qui appuie aussi sa main gauche sur l’épaule du héros, en relevant sa draperie de l’autre main. Mais cette composition, bien moins heureuse, est aussi d’un bien moindre mérite sous le rapport de lexecution, qui est d’une époque romaine assez basse; et le monument ne se recommande d ailleurs, indépendamment des bas-rebefs, relatifs aux travaux d’Hercule, qui encadrent ce groupe, que par l’inscription : omphale hercvles, qui en détermine le sujet, et par 1 autre inscription . CA5SIA mani F1UA priscilla fecit , qui en fait connaître 1 auteur J.
C’est aussi d’après un original dune bonne époque grecque que doit avoir été exécutée la célèbre mosaïque du Capitole 5, un des plus rares et des plus précieux monuments qui nous restent de cette branche de l’art antique. Sur un lond de paysage que décorent, entre autres objets, un palmier et une pyramide, qui doit être la pyra de Tarse0, Hercule sy voit représenté, debout, la partie inférieure du corps enveloppée d’une tunique attachée à la hauteur des hanches, le haut du corps nu , montrant les robustes membres du héros ' ; il est occupé à filer, au moyen d’une quenouille fixée dans sa tunique et d’un fuseau quil tient dans sa main droite abaissée; et l’expression de la figure offre un sentiment de tristesse qui pouvait bien être emprunté de la célèbre statue de Lysippe8, comme l’a conjecturé 1 interprète du Musée Capitolin. Trois petits Amours ailés complètent, par leur présence, cette image de la force subjuguée par la volupté : l’un d’eux, assis sur un banc de pierre auquel est adossé un petit monument orné d’un fronton pyramidal, autre allusion à la pyra d Hercule, joue de la syrinx; le second paraît avoir à la main des crotales, dont il essaye le son, tandis
aussi par M. Éd. Gerliard dans ses Antike Bildwerke, Cent. II, xxix, et décrit par le même savant dans ses Neapels ant. Bildwerke, t. I, p. a4, n. 71. C’est celui qui était indiqué, comme étant dans le palais Farnèse, ou plutôt dans celui de la Farnësine, par Richardson, Traité de la peinture, t. III, part. I, p. 221, et dont Vôlkel, sur la foi de ce témoignage unique, n’avait pu se faire une idée juste, Welcker’s Zeitschrift, p. 178, 59). Winckelmann l’avait cilé au sujet de la quenouille portée par Hercule, Monum. ined. n. 124, p. 166-7.
1 C’est la même pièce de vêtement que j’ai signalée plus haut, p. i49~i5o, comme faisant partie du costume des ligures d 'hermaphrodites , et ayant été donnée, à ce titre, à celle d 'Hercule chez Omphale.
2 Ce groupe, d’une proportion au-dessus de nature, a été publié par l’antiquaire romain Aless. Visconti, dans un écrit intitulé : Indicaz. delle scullure délia villa Miollis, Roma, 1 8 1 4 , fol., lav. 5. Voyez les observations qu’il a suggérées à M. Éd. Gerhard, dans ses Neapels ant. Bildwerke, t. 1, p. 24-25,').
3 Publié par Millin, Galer. mytliolog. pl. cxvn, n° 453; cf. Marini, Iscriz. Alban. p. i56.
4 Voy. ma Lettre à M. Schorn, S m, n° 3i x, p. 3g3, 2e édit.
6 Mus. Capitol, t. IV, tab. xix, p. 87-90. Elle avait été publiée déjà par Bottari , dans XAppendix des Veter. pictur. sepulcr. Nason. tab. xix. Elle a été reproduite par Mori, Scult. del Mus. Capitol. Scala, tav. vm, p. 237*238.
0 Sur cette pyra de Tarse, imitée de celle de Tyr, de Ninive, de Babylone, de Carthage, et instituée aussi à Sardes, dans le culte A' Hercule Sandon, je renvoie aux éclaircissements que j’ai donnés dans mon Mémoire sur l’Hercule assyrien et phénicien, part. II , S 11, p.179, suiv.
7 Senec. llerc. fur. v. 623 : « Agnosco toros humerosque; » cf. Valer. Flacc. Argon. 1, 2 53 : « Conspicuusque toris Tirynthius; » cf. Tbeocrit. Id. xxiv, 78 : Àttô alépvwv •ürXaTÙs H pus.
8 Gemin. in Brunck. Analect. II, 280 : Tl a ën'ka.aev aSe xa-
Xvaimvos, yaAxÿ t’ èyxezTé[ii^’ ôSvvriv; cf. Foggini , Mus. Capitol. IV, 88.
que le troisième se dispose à étendre, au-devant d’un lion dompté comme le héros, un voile qui! tient déployé des deux mains. Cette image gracieuse du lion apprivoisé par les Amours était une des circonstances nées de la fable d 'Hercule chez Omphale, que l’art grec s’était plu à représenter sous toutes les formes , particulièrement sur les monuments de la glyptique 1 , et dont on peut présumer que le meilleur modèle avait été fourni, dans le siècle de Pompée, par le célébré groupe de la Lionne et des Amours, ouvrage d’Arcésilas, si apprécié de Varron2.
Au nombre des accessoires de cette belle et curieuse mosaïque, je dois encore signaler le scyphus, ou vase a boire d Hercule, renversé à terre aux pieds du lion, et le thyrse, avec la grappe de raisin, qui se voient sur un quartier de roc, auprès d’un des Amours : car ce sont là des symboles bachiques, qui tendent à imprimer au personnage à' Hercule chez Omphale un caractère dionysiaque, et qui expliquent à quel titre le héros de Tirynthe et la reine de Lydie ont pu figurer dans le thiase bachique. L’association d 'Hercule et de Bacchus, qui résulte de tant de monuments de tout ordre, n avait en effet rien que de très-naturel dans la circonstance du mythe où le fils d Alcmène était devenu l’esclave d 'Omphale, puisque la Lydie, la région du Tmole, eLait le siège de cette aventure, et que c’était aussi du pied du Tmole que Bacchus était parti, accompagné de sa troupe de satyres, pour conquérir le monde3. De là, limage de 1 ivresse, presque toujours jointe aux autres traits de mollesse propres au personnage d Hercule chez Omphale; de là aussi les épithètes qui le désignent en cet état et qui se rapportent a cette circonstance de son histoire \ ainsi que nous venons d’en acquérir une
1 Voy. entre autres la charmante pierre de la galerie de Florence, Gori, Mus. Flor. t. I, tab. 38, n° 5; Zannoni, Galler. di Firenz. Scr. V, t. I, tav. xxvi, n° 3, où quatre Amours sont occupés à soulever la massue d’ Hercule, tandis qu’un cinquième plonge sa tête dans son scyphus. Le même sujet est traité, avec des variantes, sur d’autres pierres gravées , telles que celle de la collection de Stosch, décrite par Winckelmann, Pierres de Stosch, cl. n, n. 1782, et il se rencontre jusque sur des bas-reliefs en marbre, Scultur. dell. vill. Pincian. st. 11, 11. 18. Des images analogues, celle d’yl moues jouant avec les armes d’Alexandre, dans le célèbre tableau des Noces de Boxane, ouvrage d’ Action, Lucian,
Action, S 5, t. IV, p. 120, Bip., semblent prouver que l’invention de ces sortes d’images appartient au siècle des successeurs d’Alexandre. Nous en avons vu plus haut une autre application, dans les Amours qui jouent avec les armes de Mars, sur notz’e peinture de Mars et de Vénus, pl. xviii; voy. p. 236.
2 Plin. XXXVI, v : » Arcesilaum quoque magnificat Varro cujus se marmoream habuissc Leœnam tradit, aligerosque ludentes cum ea Cupidines. » En fait de pierres gravées qui nous offrent un ou plusieurs Amours jouant avec un lion, je citerai surtout la célèbre pierre de la galerie de Florence, ouvrage de Prôtarchos (et non Plôtarchos), Stoscb, Gemm. antiq. cœlat. tab. un, représentant un Amour ailé, porté sur un lion, qu’il apprivoise au son de sa lyre.
3 Euripide, Bacch. v. 1 3 :
Klmaiv te ATÀfîN ràs uroh/xpvcrovs yias.
u C’est à ces épithètes de ÇiîXotvotvs et de bibax, Macrob.
Sat.y, 21, que se rapportent plusieurs monuments qui nous sont parvenus de l’antiquité, tels que le bas-relief Albani, Zoëga,
Bassirilievi , t. II, tav. i.xvn, où Hercule ivre est soutenu par un
satyre, le même motif qui se trouve rendu dans un beau groupe antique, passé du musée Jenkins dans le cabinet Poniatowsky, et publié par Guattani , Monum. ined. t. III , p. xxiv, tav. ni ; la statue en bronze, du musée de Parme, Monum. dell' Instit. archeol. t. I, tav. xl iv, B, trouvée à Velleia, Lama, Iscriz. di Parma, p. 35, dont il existait dans le cabinet Denon une répétition citée par Millin, Monum. inèd. 1. 1, p. 246; sans compter les imitations qui nous sont parvenues de cette figure, sur des pierres gravées, telles que celle d’Admon, Stoscb, Gemm. anl. cœlat. tab. 1; cf. Visconti, Esposiz. di Gemm. ant. dans ses Oper. var. t. II, p. 226, n. 229; voy. ma Lettre à M. Schorn, § 11, n. 1, p. 1 o3-i o4- L'Hercule epitrapezios, statue de Lysippe, décrite par Stace, Sylv. IV, vi, 32, sqq.; cf. Martial. Epigr. ix, 43-44, semble avoir été un monument de ce genre, où le dieu était représenté assis, comme on avait l’habitude de le peindre dans une autre circonstance de sa vie, chez le centaure Pholus, Lucian. Conviv. seu Lapilli. S 1 4, t. IX, p. Éyav âpet tov erxvtpov èv tj'; SsÇiài, oïos à zrxpà vÿ <Fo'Xw Èpaxlîjs (jtco tüv rPA<I>ÉDN SetxvvTai. Voy. sur cette figure de Lysippe, Boettiger, Act. semin. Lips. I, 294 ; Heyne, Comment. Gotling. X, 87; Meyer, Geschicht. d. bildend. Künste, t. II, p. 1 1 4 - L'ivresse d’Hercule avait été, chez les anciens, un sujet favori pour les arts d’imitation, pour la plastique comme pour la peinture, et, à défaut des monuments mêmes, il nous reste encore quelques épigrammes antiques qui en font foi, Brunck, Analect. t. III, p. 210-211. Carm. adespot. n° cclxxxv-cclxxxvi; voy. Zoëga, Bassirilievi, t. II, p. io5, 5). Quant à sa voracité, dSritpcryict, zBo'kv<pa.yia,, thème favori des poëtes dramatiques, voyez les nombreux témoignages cités par Athénée, d’après des drames satyriques, Athen. 1. X, p. 4i 1 (t. IV, p. 4-5, Schw.); cf. 1. XIV, p. 656, B (t. V, p. 388); cf. Spanheim, ad Callimach. //.
nouvelle preuve par une belle peinture tout récemment découverte à Pompei, qui représente , en figures de grandeur naturelle et d’une exécution supérieure a celle de la plupart des peintures de Pompéi, Hercule ivre auprès d’Omphale1. Jusqu’à l’apparition de cette belle peinture, qui ne tardera sans doute pas à être livrée à notre étude, on avait pu s étonner que le sujet d 'Hercule chez Omphale, malgré la faveur dont il avait joui dans 1 antiquité, surtout à l’époque romaine, se fût montré si rarement parmi les peintures de Pompei. Effectivement, on n’en possédait encore qu’un seul exemple, fourni par une peinture dune petite maison, située derrière la crypte d’Eumachia 2 ; et, sur cette peinture unique, le personnage même d 'Omphale avait été méconnu et pris pour celui d’/o/e, par une méprise assez familière aux antiquaires3. Il y avait pourtant, dans l’arrangement des deux figures, une circonstance qui devait prévenir cette méprise ; c’est l’air d’autorité de la femme debout près d’ Hercule, et surtout la manière dont elle pose sa main gauche sur l’épaule du héros, en signe de la domination quelle exerce sur lui; car c’est précisément là le geste que fait Omphale sur le bas-relief Borgia et dans le groupe Farn'ese; ce qui prouve bien que c’était là une tradition de l’art, dans la représentation de ce sujet. La même méprise s’est encore reproduite, parmi les antiquaires de Naples, au sujet de la peinture que je publie, et où Ion a vu aussi Iole, au lieu à’ Omphale, bien qu’aucune des circonstances du mythe dMe, si bien exposé par M. Minervini, ne se montre dans cette peinture, et que tout, au contraire, s y trouve d’accord avec la fable d' Hercule chez Omphale, telle quelle était connue des anciens. Aussi, sans m’arrêter à réfuter cette erreur de l’interprète napolitain, je me bornerai à une explication succincte de notre peinture, où je reconnais sans la moindre difficulté Hercule chez Omphale.
Hercule s’y voit nonchalamment étendu à terre, appuyé sur son coude gauche, dans une attitude qui constituait, pour ce personnage, dans la situation même dont il s agit, une de ces traditions de l’art que nous connaissons par des témoignages classiques4, et que nous retrouvons sur des monuments5. Il est vêtu de la tumcpie courte, d’étoffe transparente, nom-
in Dian. v. 1 48 et 160. Voy. plus haut, p. a4o, 7), 8), 9).
1 Je n’ai, jusqu’ici, sur cette peinture nouvellement découverte à Pompéi, qu'une indication générale, que je dois à une lettre de M. Bonucci, datée de Naples, le 2 août 1 847-
2 Publiée dans le R. Mus. Borbon. t. III, tav. xix.
3 Rien n’est effectivement plus commun dans les livres d’antiquité que l’alternative d’/o/e, d'Omphale et d'IIébé, au sujet, de la femme avec laquelle Hercule se trouve dans une relation amoureuse; j’en ai déjà fait l’observation dans mes Considérât, sur le torse du Belvédère, Mém. de numism. et d’antiquité, p. 160; cf. Otto Jabn, Telephos und Troilos, p. 48, 4g); et nous avons ici une nouvelle preuve de cette confusion , commise à l’égard d’Omphale, prise pour Iole, sur nos deux peintures de Pompéi. C’est ainsi que J. B. Visconti proposait, Mus. P. Clem. 1. 1, p. 62, Iole ou Omphale pour l'objet delà tendresse d Hercule, déguisé en femme, circonstance qui exclut lob, autant quelle caractérise Omphale. C’est ainsi que Winckelmann appelle Iole la femme coiffée de la peau de lion et portant la massue, qui ne peut être qu Omphale, Pierres grav. de Stosch, cl. 11, n"5 1800, 1801 ; erreur qui n’a été rectifiée qu’en partie parM. Toelken, Verzeichniss, etc. p. 268,
269, n“ 121, 1 33 ; pour ne point parler de la faute commise presque généralement par les anciens antiquaires, qui donnaient indistinctement les noms de Déjanire ou d’/o/e à la tête de femme, coiffée de la lèontê, ou à la figure de femme, marchant enveloppée de la peau de lion et portant la massue sur l’épaule, Agostini, Gemm. antich. tav. 73, et 112, laquelle femme ne peut être qu’ Omphale. Les circonstances du mythe d Iole, si bien exposé par M. Minervini, il Milo di Ercolc e di Iole illustrala cogli antichi scrittori (Napoli, 1842, 4°); voy. plus haut, p. 93, auraient dû bannir de pareilles méprises du domaine de l’archéologie; mais la question, en ce qui concerne les maîtresses à' Hercule en général, et Hébé, Iole, Augé et Omphale, en particulier, mérite, à cause du grand nombre de monuments qui s’y rapportent, d’être l’objet d’un sérieux examen, et j’ai annoncé depuis longtemps, Mcm. de Numismat. etc. p. 161, 2), 162, 3), que je m’en occuperais d’une manière spéciale dans la iv° de mes Lettres archéologiques.
11 Lucian. Conviv. seu Lapilli. S 1 3 , t. IX, p. 56, Bip. : Kelcrofiou ÈII’ ÀTKf&NOS, oiov t ov fipaxXéa rPÂQOTSI.
5 En fait de monuments qui représentent Hercule dans cette
niée crocôtê 1 , vêtement approprié à la mollesse des hièrodules lydiennes; la couronne de pampres qui orne sa tête indique bien que 1 esclave d 'Omphale est aussi dévoué au culte de Bacchus, et le scyphus que sa main gauche laisse échapper, tandis qu’il tient sa main droite mollement posee sur sa tête appesantie, est le symbole de l’ivresse à laquelle il s’abandonne. Toute cette figure d Hercule est dune composition charmante; mais je ne saurais y voir la ressemblance avec 1 attitude du célébré torse du Belvédère, qui a été remarquée par un antiquaire2.
Auprès de ce personnage à' Hercule, livré à la double ivresse du vin et de la volupté, se montrent plusieurs Amours nus et adés, en différentes attitudes. L’un d’eux, assis à terre près du héros, embrasse de ses deux petites mains le vaste scyphus, où il va sans doute plonger sa tête3; un autre, agenouillé près de son épaule, tient de ses deux mains les bouts de ruban qui pendent de sa couronne de pampres ; un troisième, assis à ses pieds, fait un geste dont je ne m explique pas bien l’intention. L’épisode le plus intéressant formé par ces Amours est celui que présente la pesante massue d’Hercule, que trois de ces petits Amours, avec des poses aussi naturelles que variées, s’efforcent de soulever de leurs faibles mains4 : image gracieuse et naïve, qui peut nous faire apprécier, par un seul trait, l’heureux usage que la peinture grecque avait fait de cette présence des Amours, pour rendre sensible l’idée morale d’un sujet.
Le fond de la peinture qui nous occupe a malheureusement perdu, par la destruction de sa partie supérieure, presque tout l’intérêt quelle pouvait offrir. On y voit, sur le côté gauche, les restes d’une figure de femme assise sur un siège de marbre, où elle s’appuie de la main gauche, tandis quelle lève la main droite , en faisant un geste qui exprimait sans doute la joie et l’orgueil de sa victoire; car il est difficile de croire que cette femme, à cette place, ne soit pas Omphale, jouissant de l’asservissement d’ Hercule. Tout près de la reine de Lydie, s’élève un petit monument, qu’à sa forme, à sa dimension et au couvercle en forme de fronton aplati qui le couronne, on ne peut guère prendre que pour un tombeau, et dont la présence, dans un sujet tel que celui-là, s’explique par le goût général des anciens à mettre les images de fête et de plaisir en regard de celles de destruction et de mort, ainsi qu’on en a plus d’un exemple dans les peintures mêmes de Pompéi. Sur ce petit monument sont deux enfants, chacun dans une attitude qui se rapporte à la lutte. Si ces deux enfants étaienL ailés, ce que l’état de la peinture ne permet pas d’assurer ni de nier, je serais disposé à voir en eux Eros et Antéros, dont la présence indiquerait les combats qui se livrent dans le cœur
attitude, au milieu des compagnons de Bacchus, je citerai surtout le célèbre bas-relief Albani, Zoëga, Bassirilievi, t. Il , tav. lxx, avec la grande coupe de la môme villa, ibid. tav. lxxii; et j’y ajouterai l’indication d’un sarcophage ovale, aujourd’hui placé dans une des salles du musée du Vatican, Mus. P. Clem. I, tav. xxxiv, p. 69, qui représente à peu près le même sujet que la grande coupe Albani, et sur lequel j’aurai occasion de revenir dans la iv' de mes. Letlres archéologiques.
’ Cette tunique s'appelait proprement sandyx, dans la langue des Lydiens, et ce nom lui venait de la couleur de chair dans laquelle était teinte l'étoffe, d'un tissu transparent, dont elle était faite. Celte notion, qui se fonde sur le témoignage classique d’un écrivain du pays, J. Laurent de Philadelphie, Lyd. De
magistr. Rom. III, lxiv, a été exposée avec toutes les preuves à l’appui, dans mon Mémoire sur l'Hercule assyrien, part. II, S 1 3, p. 23a, 2).
2 Schultz, Intomo gli scavi Pompeian. p. 16.
5 C’est l’action qu’accomplit un jeune satyre, sur le bas-relief Albani, Zoëga, Bassirilievi, II, lxx, p. 119. Le même motif se retrouve sur le camée de la galerie de Florence, que j’ai cité plus haut, p. 247, 1 ); voy. Zannoni, R. Galler. di Firenz. Ser. V, t. I, tav. xxvi, n. 3.
h C’est la même image qu’offre le camée cité à la note précédente. Il en existe une répétition sur une intaille, en jaspe rouge, qui a fait partie du cabinet Poniatowsky, Visconti, Esposiz. di gemm. ant. dans ses Oper. var. t. II, p. 228, n. 2 36.
d 'Hercule'. Dans le cas où l’on n’admetlrail pas cette supposition, j’avoue que je ne saurais proposer pour ces deux enfants une explication qui me satisfasse1 2.
Ce serait maintenant le lieu de dire quelques mots au sujet des bas-reliefs romains où se montre, dans une scène de bacchanale, Hercule ivre, à côté d’une femme, qui a été généralement prise pour Omphale. J’ai déjà eu occasion de citer ces bas-reliefs dans 1 explication de notre peinture d 'Hercule et d'Iole3 4, et je n’aurais pas lieu de revenir sur ce que j en ai dit à cet endroit, si un docte et ingénieux antiquaire, M. Otto Jahn71, n’avait tout récemment exprimé, sur l'interprétation de ces monuments, que j’avais admise d après Zoëga5, et d'accord avec MM. Welcker6 et Ed. Gerhard7, des doutes qui ne peuvent pas demeurer sans réponse. La principale objection de M. Otto Jalin, c’est que l’esclavage d Hercule, rendu sensible par son vêtement de femme, étant le trait principal de la légende d Omphale, la ou ce trait manque, il n’y a pas lieu de reconnaître Omphale dans une scène dionysiaque; sans compter que l’admission de la reine de Lydie dans le thiase bachique n’est encore rien moins que prouvée. Sur ce dernier point, je ne crains pas de dire que l’opinion du critique me paraît trop rigoureuse, en présence des témoignages antiques qui prouvent qu 'Omphale fut le sujet de drames satyriques, et de cette autre notion , non moins bien constatée, que la région du Tmole, la Lydie, fut le premier siège de la religion de Bacchus8. De quelque manière que fut constitué le chœur des satyres dans ces drames d 'Omphale, rien n’est assurément plus probable que de supposer que ces personnages du chœur y figuraient à la fois comme compagnons de Bacchus et comme sujets d' Omphale, et rien ne s’oppose non plus à ce c]u Hercule, si souvent introduit dans les scènes dionysiaques, jouât aussi dans celle-ci son rôle d’amant d 'Omphale. D’ailleurs, il n’est pas possible de révoquer en doute l’usage qui s’était fait à Rome de la fable d 'Hercule et d 'Omphale dans la célébration des Lupercales, où les faunes romains remplaçaient les satyres grecs; et le témoignage d’Ovide, auquel M. Otto Jalin n’attache qu’une faible importance9, me paraît avoir, au contraire, dans une question telle que celle-ci, une autorité décisive. Il était donc tout simple que le personnage di Omphale parût à côté d 'Hercule dans ces scènes de Bacchanales, représentées sur des bas-reliefs, dont les auteurs ne faisaient que reproduire en sculpture un sujet familier à des yeux romains; et Xivresse d' Hercule, circonstance tout aussi caractéristique que son vêtement de femme, était naturellement aussi le trait qui devait être montré de préférence dans une orgie bachique. Les objections de M. Otto Jahn me semblent laisser encore dans toute sa vraisemblance l’explication qui a été donnée des bas-reliefs en question , et je crois pouvoir persister dans l’alter-
1 La lutte de deux Amours ailés est un motif qui figure sur la frise du temple à' Aphrodisias, Texier, Descript. de l’As. Min. pl. 1 58, Gg. 1 .
- M. Scliultz s’est contenté de voir ici deux Amours sur lin piédestal, Intorno pli scavi Pompeiani, p. 16. Mais une pareille manière de s’exprimer laisse encore désirer une explication ; et la désignation de piédestal ne me paraît pas exacte.
3 Voy. plus haut, p. io3- 107.
4 Otto Jahn, Arcliâolog. Beilrâgc, S vu, 3, p. 2 35-6.
5 Zoëga, Bassirilievi, t. H, tav. lxvii, p. 107, 9).
6 Welcker, Nachtrag, p. 3a 1.
1 Ed. Gerhard, Neapels ant. Bildwerke, t. I, p. 59, n. 191 , et
Prodrom. p. 2 4o, 26}.
8 C’est effectivement ce qui résulte du témoignage mis dans la bouche de Bacchus lui-même par Euripide, Bacclt. v. 1 3— 1 4 :
Ki7iù!v 5è ATAÙN Tcts vsôhXjupiaow yüas ,
«DPTrÜN Te, x. T. X.
cf. Apollod. III, v, 1. Voy. Zoëga, Bassirilievi, t. 11, p. 106.
9 Ovid. Fast. Il, 3 10, sqq. M. Otto Jahn se contente de dire, au sujet de ce passage, certainement classique en pareille matière, Archaol. Beilràge, p. 2 36, 5 1 ) : Der Schwankbei Ovidius liai nur schwaclie Beiveiskraft. Ce n’est peut-être pas un procédé très-critique de se débarrasser ainsi d’un témoignage si grave.
native que j avais proposée, cl Omphale ou de \ esclave lydienne pour la femme qui figure auprès à Hercule ivre, sur ces bas-reliefs romains. C’est là, d’ailleurs, une question sur laquelle j’ai annoncé que je me proposais de revenir dans un travail particulier2.
Il existe encore un assez grand nombre de monuments, la plupart d’époque romaine, qui se rapportent a la fable d Hercule et d’ Omphale; ce sont des pierres gravées qui représentent, soit les têtes accolées d Hercule et d' Omphale, cette dernière coiffée de la peau de lion et portant la massue 3, soit la tête seule ou le buste de la reine de Lydie, avec les attributs d' Hercule ; et ce qui prouve bien à quel point ce sujet était devenu populaire dans cette dernière période de 1 antiquité, cest quon le retrouve jusque sur des médailles5, à la vérité, de villes de la Lydie, pour lesquelles le souvenir d' Omphale avait conservé un intérêt national. C’est toujours la figure entière d' Omphale, et non pas seulement la tête ou le buste, qui se rencontre sui ces monuments de la numismatique, à la différence de ceux de la glyptique6. La statuaire même n avait pas dédaigné de s’exercer sur ce type , pour l’adapter à des figures d’imperatrices, ainsi que nous en avons un exemple pour Julia Domna7, et que nous le voyons par un beau buste en marbre, de notre Musée du Louvre8, qui représente Omphale coiffée de la peau de lion. Enfin, il existe sur les pierres gravées, genre de monuments où l’art s’est permis le plus de licences, jusqu’à des groupes où la figure d! Hercule et celle d 'Omphale offrent une de ces images licencieuses9 que la civilisation antique ne se faisait aucun scrupule de
1 Voy. plus haut, p. io3, 10).
■ Dans la ive de mes Lettres archéologiques ; voy. plus haut, p. io3 , n).
3 Winckelmann , Pierres de Slosch, cl. II, n°* 1796, 1797, 1 798 , i799> où il commet l’erreur de nommer Iole la femme, qui est certainement Omphale, sans compter la confusion qu’il a faite d’une de ces pierres, ouvrage de Carpus, n. 1796, avec une autre pierre, ouvrage du même artiste, Slosch, Gemm. anl. tab. xxii. Visconli, qui a décrit ces deux pierres de Carpus, en exprimant des doutes, qui ne me paraissent pas fondés, sur 1 antiquité de la première, Esposiz. di gemm. antiche, dans ses Opéré varie, l. II, p. a 1 1 , n. 178, et p. 220, n. 217, a déjà relevé cetle faute de Winckelmann, en laissant subsister l’erreur commise au sujet d 'Iole. 11 existe, dans la galerie de Florence, un beau camée, représentant les têtes accolées d' Hercule et d’une femme, réputée Déjanire, qui est certainement Omphale. Le masque d’Hercule, couronné de pampres, joint à celui d 'Omphale, coiffée de la léontê, est le sujet d’une pierre gravée, comprise dans les InpronledeW Inslil. archeol. Cent. I, n. 66. D’autres pierres, représentant les têtes accolées d 'Hercule et d Omphale , sont citées dans la Dactyliothèque de Lipperl, 1, 56o, 56 1 , 563, 564, 565; dans le Catalogue de Tassie, n0! 6014-6028, et dans le Verzeichniss de M. Toelken, p. 268, n°" 124, 125, 126, mais avec le faux nom d 'Iole, pour deux de ces pierres.
f‘ II existe cinq de ces pierres, un camée et quatre intailles, dans la galerie de Florence, Gori, Mus. Flor. t. I, tab. 35,1,2, 3, 4, 7; P- Galler. di Firenz. Ser.V, t. I, tav. xxvn, i-5,p. 217- 220, où Gori et Zannoni ont eu toute raison de reconnaître Omphale, coiffée de la peau de lion, contre le sentiment de Winckelmann, qui donnait à une tête pareille le nom d 'Iole, Pierres de Slosch, cl. 11, n. 1794, 1795, et contre l’opinion d’autres antiquaires, tels qn’Agostini etMaffei, Gemm. antich. t. II, p. 212,
qui hésitaient entre Iole et Omphale, hésitation blâmée avec raison par Zoëga, Bassirilievi , t. II, p. 107, 9). Cette erreur de Winckelmann, corrigée dans le Catalogue de Tassie, n0’ 6029- 6o63, est reproduite dans le Verzeichniss de M. Toelken, p. 268, n" 121, 122, 12 3.
5 Sur celles de Mœonia et de Sardes, dont la tête d’Hercule forme le type principal, et le revers offre la figure d’ Omphale, debout, portant la massue et la dépouille du lion, Beger, Thés. Brand. t. I, p. 5oo; Pellerin, Mêd. dépeuples, t. II, pl. lxii, 35; Eckhel, Calalog. Mus. Cæsar. t. I, p. ig3; Ramus, Catal.num. reg. Dan. t. I, p. 277, n. 1; voy. Eckhel, D. N. t. III, p. io5 et n3. Mais Zoëga se trompe, Bassirilievi, t. Il, p. 107, 9), en rapportant au sujet d 'Omphale le groupe représenté sur les médaillons de Sardes et de Pergame, Vaillant, Mus. de Camps, n. vu, p. 2 5, 3 ; Mus. Pisan. tab. xxiv, 3, qui appartient au sujet d'Augé, ainsi que je crois l’avoir montré dans mon Mém. sur le torse du Belvédère, Mém. de numismatique, p. 1 55- 1 56. Quant à ce qui concerne les médailles de Lydie, offrant pour type la figure d 'Omphale, je renvoie à mon Mémoire sur l’Hercule assyrien, où j’ai traité plus spécialement ce point de numismatique, part. II, § 1 3, p. 2.3 1, 4).
0 Le même type se retrouve pourtant aussi sur des pierres gravées, Winckelmann, Pierres de Stosch, cl. n, n°* 1801, 1802; Dolce, Museo Denh, G, 1 23 ; Visconti, Esposiz. di gemm. ant. dans ses Oper. var. t. II, p. 228-229, n- 239.
1 Guattani, Memor. Encicloped. t. V, p. 120; Ott. Muller, Handbuch, S 4 10, 7, p. 636.
8 Ce buste, décritpar M. de Clarac, Notice, etc. p. 94, n. ig3, est publié dans les Monum. du Mus. napol. t. II, pl. 3g. Voyez aussi Visconti , Oper. var. t. IV, p. 11 3, tav. xvm, 1; cf. Ott. Müller, Handbuch, S 4 10, 7, p. 636.
9 Winckelmann, Pierres de Stosch, cl. 11, n. i8o5, p. 2g3, pâte antique: Hercule coiffé en femme, qui jouit d’ Iole (lis. Om-
demandera l’art, attendu quelle en trouvait le motif dans la mythologie. Mais cest dans un travail spécial que je me propose, ainsi que je l’ai déjà dit plus haut 1 , de soumettre à un examen critique cette dernière classe de monuments, et c’est aussi dans le même travail que j’essayerai de déterminer les caractères auxquels on doit reconnaître, sur les monuments figurés, les personnages, trop souvent confondus ou pris indistinctement 1 un pour 1 autre, dHébé, dlole, d'Augé, de Déjanire et dOmphale.
En attendant , je dois dire quelques mots d’un de ces monuments de la glyptique , qui a exercé, à cause de la singularité de sa représentation, la sagacité de plusieurs antiquaires, et que l’opinion la plus probable a rapportée au sujet d Hercule chez Omphale. Il s agit dune pierre gravée, célèbre depuis deux siècles2, où se voit une tète d homme imberbe couronnée de laurier 3, et enveloppée d’un voile d étoffe transparente, qui est ramené sur le devant du visage, de manière à en recouvrir toute la partie inférieure. A ce trait de costume, quil croyait propre aux habitudes de la civilisation lydienne, Winckelmann s était flatte de reconnaître Hercule esclave chez Omphale, et il chercha à appuyer cette explication à l’aide d’une peinture de vase, qu’il interpréta d’après le même motif U Cest aussi la tete d Hercule, en habit de femme, que M. de Koehler, reproduisant l’opinion de Winckelmann, a voulu voir sur la meme pierre, maintenant conservée dans la collection impériale de 1 Ermitage0, ou, du moins, à défaut d Hercule lui-même, ce serait le prêtre d Hercule, de la ville dAntimcichia, dans lîle de Cos6, qui serait ici représenté, portant l’habit de femme, et couvert d un voile transparent d une étoffe fabriquée dans cette île. Bien que cette explication, qui semble avoir été admise par Ott. Millier /, et qui l’avait été déjà par Visconti 8 et par Millm9, ait été combattue par un antiquaire italien qui proposait Hélénus, le devin phrygien, fils de Priam l0, au lieu dHercule chez Omphale, j avoue que je penche encore pour l’explication de Winckelmann, renouvelée par M. de Roeliler, mais toutefois sans que cet assentiment soit déterminé par une conviction bien profonde.
phale) coiffée avec la peau de lion, sur le reste de laquelle ils sont tous deux couchés. Le même sujet dans la même attitude se trouve en cornaline dans le cabinet de l’empereur, à Vienne; cf. Toelken, Verzeichniss , p. 269, n. 1 33 : « Wcisse antike Paste. Hercules und lole (Omphale) auf dem untergebreiteten Lœvenfell; erotisches Symplegma. »
1 Voy. p. a5i, 2).
2 Cette pierre, qui avait fait d’abord partie du Cabinet de Madame, a fourni le sujet d’une dissertation de Baudelot de Dairval, qui crut y reconnaître la tête de Ptolèmée Aulélès, Histoire de Ptolémée Aulélès, Paris, 1798, in-12. Plus tard elle entra dans le Cabinet d'Orléans, où elle est publiée, Descr. des pierres grav. d'Orléans, t. II, pl. xi, p. 3i-34 , avec deux autres têtes de femme voilée de la même manière, pl. xii et xnt. Depuis, elle a passé avec toute cette collection dans le cabinet impérial de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg.
3 La tête d’ Hercule, imberbe et couronné de laurier, est un type fréquent sur les médailles de la Lydie.
“ C’est dans son Histoire de l’art qu’il exposa d’abord cette idée, Stor. dell' art. 1. V, c. v, S 7, 8, 9, 10 et 1 1 ( Geschicht . d. Kunst, v, 8, § 12, 18, Werke, t. IV, p. 190-196; cf. B. vii, K. 1, % 4 1 , t. V, p. 126), qu’il reproduisit encore dans le Trallalopreliminare de ses Monum. inédit, c. iv, p. lvih-ux. La peinture de
vase dont il se servait pour appuyer cette explication est celle du vase de la première collection d’Hamilton, t. I, pl. 71, dont il a été parlé plus haut.
5 Koehler, Description d'une améthyste du cabinet des pierres grav. de S. M. l'empereur de toutes les Russies, 1 798, Saint-Pétersbourg.
6 Plutarcb. Quœst. Grœc. S 58, t. VII, p. 2ia-ai3, ed. Reisk. Sur celte particularité du culte d 'Hercule, à Cos, qui se rapporte à une origine asiatique, voy. mon Mémoire sur l’Hercule assyrien, part. lrc, S 7, p. g4, 2).
1 Handbuch, § 4io, 7, p. 637. Le savant auteur ne fait aucune mention de l’opinion de Winckelmann , que l’antiquaire de Saint-Pétersbourg n’avait fait que reproduire.
8 Esposiz. di gemm. antich. dans ses Opéré varie, t. II, p. 219, n. 2 1 2 : a A molli cruditi è stato soggetto di controversie ed occasione d’ errori , sinchè Winckelmann ne ha linalmente proposlo il vero argomento. Ercole coronato d’ ulivo ha la metà del vollo coperto d’un sottilvelo,secondoil costume delle meonie fanciulle. n
0 Galer. mythol. pl. cvm bis, n. 453 ’, Explical. p. 32-33 : Hercule, vêtu en femme, s'apprêtant à célébrer les orgies avec Omphale.
10 Lettre adressée à M. Chr. Wiesiolowslii par Ciampi, Varsovie, 1820, 8°. En réfutant l’explication d 'Hercule, proposée par Koehler, pour y substituer celle di Hélénus, l’auteur semble avoir ignoré que l’opinion qu’il combat était celle de Winckelmann.