PLANCHE XXII
Hauteur, 1 mètre, 2 3 cent. — Largeur, o'",97 cent.
La peinture dont cette planche nous offre une copie aussi exacte que possible provient de la célèbre maison de Pompéi, dite des Dioscures, dont la fouille, exécutée dans le cours des années 1828 et 1829', nous a procuré tant de trésors de cette espèce. Celle-ci décorait l’un des murs de ï atrium corinthien, qui formait la partie la plus considérable de celte belle habitation; et la publication en suivit de près la découverte 2. Mais, quoique l’on doive savoir gré aux antiquaires napohtains de l’empressement qu’ils montrèrent au sujet de cette peinture, il est permis de dire qu’en la faisant connaître par un simple trait, ils n’en donnèrent, sous le rapport du style et de l’exécution , qu’une idée très-insuffisante.
1 Voy. la liclaz. degl. Scavi di Pompei, du April. 1828 fin. a May g. 1829, insérée à la fin du R. Mus. Borbon. t. V, p. 20.
temps héroïque
Le sujet de cette peinture est rendu d’une manière si claire et si expressive, quil ne saurait comporter aucune incertitude; c’est Médée qui médite le meurtre de ses enfants. L’épouse délaissée de Jason apparaît debout, de face, dans une attitude qui trahit, les passions contraires auxquelles elle est en proie. Elle est vêtue d’une tunique longue sans manches, relevée vers le milieu du corps, par-dessus laquelle est jeté un manteau qui lui couvre l’épaule et le bras gauche; ce vêtement, qui a quelque chose de celui des femmes Amazones et des nymphes chasseresses, rappelle aussi, à certains égards, celui de Médée ellemême, sur la célèbre patère de Codrus 1 , et il pourrait bien se faire que, dans la pensee de l’artiste, il se rapportât à l’intention d’indiquer la patrie asiatique de Médée, tout en la représentant dans le costume hellénique 2. De la main gauche, elle tient un glaive, sur la poignee duquel elle pose la main droite ouverte , sans qu’on puisse dire si c’est pour le retenir dans le fourreau, ou pour l’en tirer. Sa fatale résolution n’est donc pas encore arrêtée, et cette indécision s’accorde avec l’expression de sa figure, où se montre toute 1 anxiété de son âme, mais où la physionomie irritée fait pourtant prévoir le cruel dénouement qui se prépare.
À côté de Médée sont les deux enfants, qui se livrent, dans toute l’innocence de leur âge, à l’un des jeux favoris de la jeunesse grecque, celui des osselets, astragali 3. L’un deux est
1 Die Schaale des Kodros, Berlin , 1 84 3, fol. J’admets complètement les réflexions que le costume de Médée, sur ce beau monument de la céramographie grecque, suggère à M. Otto Jahn , dont tout le travail sur la patère de Codrus se recommande par la plus haute intelligence du génie antique, Archàol. Aufsütz. S xm, p. i85-6.
2 Le môme antiquaire, cité à la note précédente, a rappelé les divers monuments de l’antiquité, où Médée est représentée, tantôt avec le costume oriental, tantôt avec le costume hellénique, Medeia, Vasenbild ans Canosa, dans Y Archàol. Zeit, N. F. mars 1 847, n- 3, p- 3y, il\ ). Mais il n’a pas recherché s’il pouvait y avoir, dans la pensée des anciens artistes, un motif de préférence pour l’un ou pour l’autre costume, à raison de la circonstance même où ils faisaient intervenir Médée; et peutêtre que ce motif se découvrirait à un examen attentif, ainsi que l’a montré M. Otto Jahn lui-même, par l’observation que lui a fournie le costume de Médée sur la patère de Codrus.
3 Les témoignages classiques sur le jeu des osselets, dalpdyrxkoi , familier à la jeunesse grecque des deux sexes, sont si nombreux et si connus, que je n’aurais que l’embarras du choix; je citerai de préférence celui-ci de Pausanias, à l’occasion de l’osselet que tenait, en guise de symbole, une des statues des Grâces, dans leur temple à F lis, VI, xxiv, 5 : kolpdyakôv t e peipaxicov ré kcù -otap Oévwv, ois dya.pi oùSév xsa ■apàcrecfliv èx yf\pws, toutwv ehou tov dalpidyakov IIAirNION; cf. Aristophan. Vcsp. v. 296-6; Leonid. carm. xxxm; Asclepiad. Epigr. xxxi, in Analcct. I, 218, cuni Animadv. Jacobs, ad II. I. t. Vil, p. 52; Glauc. Epigr. 1, in Analcct. II, 347- Il y avait plusieurs manières de jouer aux osselets, l’une qui est décrite par Pollux, ix, 126, et qui consistait à les jeter en l’air et à les recevoir sur le dos de la main : c’est celle qui est encore en usage chez nous, et qui employait cinq osselets; d’où venait le nom de tsev- TctXiOa,-, voyez, à ce sujet, les éclaircissements donnés par Winckelman dans sa Lettre à Fiissly, Oper. t. VII, S 99, p. 288-9, e(l-
Prat., et par les académiciens d'Herculanum, Pitture, etc. t. I, p. 3-4, 19); l’autre, qui consistait à jeter les osselets sur une table, où chacune de leurs faces exprimant un nombre, donnait lieu à des combinaisons diverses : cette manière de jouer, sur laquelle Firoroni est entré dans beaucoup d'explications, I Tali dei ont. Romani, etc. p. 38, sg., n’employait que quatre osselets; c’est celle qui était en usage parmi les jeunes gens d’Athènes, à en juger par l’exemple d’Alcibiade enfant, Plutarch. inAlcihiad. S. 11, t. II, p. 6, Reisk.; et c’est celle qui paraît avoir été représentée dans notre peinture, où les quatre, osselets, couchés sur une de leurs faces longues, forment une combinaison de nombres qui captive toute l’attention des deux enfants.
On sait, d’ailleurs , par l’histoire de l’art, que c’était un usage familier aux artistes grecs, à ceux de la plus belle époque, de représenter des personnages mythologiques , plus ou moins voisins de l’enfance, dans l’attitude de jouer aux osselets. La nymphe Arné, jouant aux osselets, forme le type d’une rare et curieuse médaille de Cierium, selon Millingen, Ane. Coins oj Gr. Cit. pl. 111, 12, i3, p. 4g ; mais il est vrai que cette explication a été contestée. Dans ses peintures du Lesché de Delphes, Polygnote s’était plu à représenter ainsi les filles de Pandarée , xsoLi^oôaas daipctycikois, Pausan. X, xxx, 1. On connaît par la description de Philostrate le jeune, Imag. vm, p. 121, ed. Jacobs.; cf. Welcker ad h. I. p. 62 1-2, un tableau où l’Amour et Ganymède jouaient ensemble de cette manière; et cette description n’est pas seulement calquée sur un passage d’Apollonius de Rhodes, Argon, m, m,sq., qui présente une image toute semblable, qu’avait aussi en vue Lucien, Dial. Dcor. iv, t. II, p. io, Bip.; mais elle se rapporte certainement à quelque œuvre de l’art d’un grand mérite. Il nous est parvenu en effet plusieurs répétitions en marbre d’un beau groupe antique qui ne peuvent pas ne point dériver d’un original célèbre; c’est une conjecture qu’avait exprimée d’abord Winckelmann dans sa Lettre à Füsly, citée plus haut, t. VII, p. 288-9, et qui a été
assis sur un dé de pierre, contre lequel se tient debout le second; et toute leur attention, détournée de leur mère et du dessin qu’elle médite, semble concentrée sur le jeu qui les occupe. Ils sont nus l’un et l'autre, à l’exception d’un petit manteau négligemment jeté sur le dos de 1 un et au bas de la jambe droite de l’autre, et ils paraissent tous les deux du meme âge; circonstance qui pouvait n’être pas indifférente aux yeux du peintre, en ce quelle rend plus sensible 1 expression de l’action commune qui captive ces deux enfants et celle du danger commun qui les menace. Près d’eux se tient le pédagogue, vêtu du costume propre à ces personnages, la barbe et les cheveux blancs , les deux mains appuyées sur un long bâton tortueux1, qui est aussi leur attribut caractéristique. D’après l’air de tristesse empreint sur la figure de ce vieux serviteur, et surtout d’après le regard qu’il dirige vers Médée, on voit qui! a pénétré les sentiments de l’épouse irritée, mais sans se rendre compte encore des desseins de la mère implacable.
Cette scène, si bien empreinte de toute la sévérité du théâtre tragique, et où tous les personnages concourent si bien, chacun suivant son âge et son caractère, à l’expression du sujet, se passe dans un lieu qui paraît être, d après la colonnade qui le précède, une dépendance d une palestre; et c est effectivement dans une palestre 2 qu’Euripide nous montre Médée agitant son fatal projet.
Celte circonstance pourrait nous porter à croire que l’auteur de notre peinture s’était surtout
changée depuis en certitude par le savant travail de Lewezow, sur ce groupe de 1 Amour et de Ganymède jouant aux osselets, dans 1 Amalthea, t. I, S iv, p. 175-197. On connaît le beau dessin monochrome d’Alexandre d’Athènes, Pittur. d'Ercolan. t. I, tav. 1, où deux jeunes Niobides paraissent occupées h jouer aux osselets, précisément de la manière indiquée par Pollux; bien que cette explication, qui paraît si naturelle, et qui a été généralement admise, n’ait pas satisfait l’antiquaire toscan, qui a proposé une interprétation différente, Alt. di Carton. t. VII, S x, p. 167, sg. Mais, à s’en tenir à l’opinion générale, on peut présumer que la charmante statue de Joueuse aux osselets, dont il nous est parvenu au moins six répétitions antiques, dont la plus belle passe pour être celle de l’ancienne collection Polignac, maintenant à Berlin, Visconti, Opcr. var. t. IV, tav. xlii, p. 169, sg., a été produite par un motif semblable à celui de la peinture de Polygnote et du dessin d’Alexandre d 'Athènes.
Il existait encore dans l’antiquité un groupe célèbre de deux enfants nus jouant aux osselets; ce groupe, qui portait le nom d ' Aslragalizontes , et qui était placé dans l 'atrium de la maison de l'empereur Titus, était l’ouvrage de Polyclète, Plin. XXXIV, 8, 19 : Duos pueros nudos talis ludentes, gui vocantnr Astragalizontes, et sunt in Tili imperatoris alrio. Il n’est pas douteux que ce groupe de Polyclète ne se rapportât à un sujet mythologique; et, d’après cette idée, on avait pensé assez généralement que les deux enfants nus jouant aux osselets pouvaient être aussi l'Amour et Ganymède. Winckelmann avait ouvert un avis différent, qui était que le groupe en question représentait Patrocle et Clysonyme, dans la situation indiquée par Apollodore , III, xm, 8: Out os . . . Sieveydels èv vsaiStd ■vsepl dalpcrydXosv ■vsa.il av nseûSet K'Xvacbvvp.ov . . . divéxxetve; et il avait cru reconnaître une des
ligures de ce groupe dans un fragment de statue qui, de la collection Barberini, a passé dans le Musée britannique, Bru. Mus. anc. marbl. P. II, pl. xxxi; voy. ce qu’en a dit l’illustre auteur de Y Histoire de l'Art. 1. IX , c. 11 , S 2 4, fVerke, t. VI , 1 , p. 4 g-5o, et 11, p. 80-81 , et Descript. des pierres de Stoscli, Préface, p. xv. Peut-être pourrait-on aussi supposer que le groupe de Polyclète représentait les deux enfants nus de Médée jouant aux osselets, comme nous les voyons sur notre peinture de Pompéi, bien que la célébrité du sujet de Médée et de ses enfants, plus récente que l’âge de Polyclète, forme contre cette supposition une difficulté assez grave. Visconti n’a pas cru devoir s'expliquer sur le sujet des deux enfants de Polyclète, et il s’est borné à rapporter l'opinion deWinckelmann, Oper. var. t. IV, p. 1 70, 2). Lewezow s’est trompé en prêtant à l’auteur de Y Histoire de l’Art l’idée d’avoir vu l’Amour vainqueur de Ganymède an jeu des osselets dans la statue Barberini, qu’il expliquait par Patrocle, Amalthea, t. I, p. ig3.
1 C’est le axokios axittwv, Euripid. Hecub. v. 65; cf. Troad. v. 275-6, sur lequel Hécube, emmenée en captivité, appuyait sa caducité; c’est le ^axrjjp/a iàv mtoXiüsv, qui servait au même usage, à la main des pédagogues, comme à celle des philosophes, Theophrast. Charact. c. v, et Hist. Plant. IV, v; cf. Casaubon, ad h. I. p. 76, ed. Fischer. J’ai eu déjà plusieurs fois l’occasion d’en faire la remarque, et j’ai publié, Monum. inéd. Odyssé'ule, pl. ex vm , un vase peint, où le pédagogue qui sauve le jeune Polydorc du désastre de sa famille, se reconnaît à un bâton pareil, ibid. p. 3o6, 2). M. Otto Jahn a signalé plus récemment ce même bâton, der Krummc Stab, au nombre des objets caractéristiques qui désignaient le pédagogue, et il en a cité des exemples, Medcia, dans YArchâol. Zeitnng, Y. F., marz 1847, n- 3. p. 35, io).
2 Euripid. Med. v. 1019.
inspiré des données créées par le grand tragique athénien; mais c est ce qui résulté, d ailleurs, de tout l’ensemble des témoignages que nous possédons sur ce trait de 1 histoire héroïque, pour lequel la tragédie d’Euripide fut la source féconde où puisèrent les artistes, statuaires et peintres, des siècles postérieurs. C’est donc aussi une réminiscence de la Médée d Euripide que nous offre notre peinture de Pompéi; et tout ce que nous aurions encore a rechercher, ce serait à quel modèle, entre tous les monuments conçus sous 1 influence du drame d Euripide et connus par l’histoire de l’art, se rattache plus particulièrement cette peinture. En ce qui concerne le fait même du meurtre des enfants de Médée, accompli par la main de leur mère, dans un accès de fureur jalouse, ce n’est plus une question qui reste encore a examiner; car il me paraît démontré par la discussion à laquelle s est livre Boettiger 1 , que c’est Euripide qui le premier, et à deux reprises2, osa porter ce sujet sur le théâtre d’Athènes, et qui y produisit surtout cette impression vive et profonde, dont le long écho est venu jusqu’à nous par le titre du plus tragique des poètes que decerne Aristote a 1 auteur des deux Médées 3 4. Il ne serait pas moins superflu aujourd’hui de chercher à disculper Euripide du tort de s’être laissé gagner par les Corinthiens, en inventant cette fable, qui chargeait Médée d’un crime qu’ils passaient pour avoir eux-mêmes commis. Ces bruits de la malignité humaine, qui s’attachent toujours à la gloire, comme la rouille à l’acier brillant, n’ont, jamais mérité une réfutation sérieuse \ Le fait est qu’entre les versions diverses et contradictoires qui avaient cours depuis longtemps sur la mort des enfants de Médée, en présence de leur monument, qui existait à Corinthe, et qui était célébré par un culte commémoratif, dont l’institution paraissait remonter jusqu’à Médée elle-même5, H était permis à Euripide de choisir celle de ces traditions qu’il jugeait la plus propre à produire les effets de terreur et de pitié qui sont l’âme de la tragédie 6 *; et cette liberté, accordée de tout temps au poète tragique, il pouvait en user avec d’autant moins de scrupule à 1 égard de Médée, qu’en lui imputant la mort de ses enfants, il restait fidèle à l’opinion de son siècle sur le caractère de cette femme barbare1 , et qu’il flattait les préjugés populaires de son pays sur la marâtre de Thésée8.
1 Boettiger, De Medea Euripidea, Prolus. I" cl IIa, Weimar,
1802 et i8o3, dans ses Opuscula latina, 8 xxn et xxm, p. 363- 398. Voy. surtout p. 367-370.
3 Idem, l. I. p. 368,').
3 Aristot. Poët. c. xv, p. a3i.
4 C’est pourtant une peine qu’avait cru devoir prendre Millin , Vases de Canosa, p. 36-37, après d’autres savants, tels queBarnès et Perizonius, qui croyaient aussi l’honneur de la mémoire d’Euripide intéressé à cette réfutation; voy. le Schol. ad Med. v. 9.
5 SuidJ v. Ai?; cf. Kuster. ad h. t; Schol. ad Pindar. Olyrnp. xui, 74; Apostol. r, 82. Cette tradition se trouve aussi dans Euripide, Med. v. 1378, sq.
0 11 est certain, en effet, que la tradition sur l’infanticide commis par Médée avait cours avant le siècle d’Euripide; on la
trouve dans Apollodore, I, ix, 28, qui travaillait d'après les an-
ciens logographes, aussi bien que dans Pausanias, II, ni, 6, qui avait aussi ces anciens auteurs sous les yeux. Nous savons, d’ail-
leurs, par Aristote, Rhetor. II, xxiii, 27, que Carcinus l’ancien, l’auteur des Naupacliaca, où Médée jouait un grand rôle, Pausan. II, xxxvii; cf. Boettiger Vasciujemiild. etc. t. II, p. 172-3 , l’avait représentée plaidant elle-même sa cause, dans l’accusation qui lui était intentée pour le meurtre de ses fils. C’est, du moins, un des arguments employés par Millin, Vases de Canosa, p. 36-37- Mais il se pourrait bien que ce savant eût commis ici une erreur grave, puisque le fragment cité par Aristote paraît plutôt appartenir au Carcinus le tragique, comme l’avait pensé Boettiger, De Medea, etc. Opuscnl. lut. S xxn, p. 371, '). Voyez la note 3 de la page suivante.
7 Euripid. Med. v. 133g, sq.; cf. Eubul. apud Atlien. xm, p. 519. Ovid. Trist. 11, 526; Juvenal. vi, 643. Voy. Toup. Emendal. ad Suid. p. 4o3, ed. Lips.
8 Sur la tradition attique, concernant les rapports de Médée et de Thésée, telle qu’Euripide l’avait, traitée dans sa tragédie d'Egée, voyez Welcker, Griecliisch. Tragod. page 729 et suiv.
Une question plus intéressante à traiter serait celle de savoir si les auteurs des monuments de l’art, produits directement sous l’impression du drame d’Euripide, se sont tous conformés a 1 exemple du poète, en s’abstenant de représenter la mère barbare dans l’acte même de l’infanticide. Cette opinion a été soutenue par Boettiger1, tout en reconnaissant que les poètes tragiques qui lavaient suivi, Carcinus et Néophron parmi les Grecs2, Ennius et Ovide chez les Romains3, pour ne point parler de Sénèque, dont la tragédie nous est restée, n'avaient pas craint d ensanglanter la scène par un meurtre, dont le tragique athénien n’avait offert quune image éloignée aux spectateurs. Mais, si les monuments connus à cette époque pouvaient justifier la manière de voir du savant antiquaire de Weimar, il n’en est pas de même de ceux qui ont été acquis depuis à la science. En effet, Boettiger n’avait pu fonder son opinion que sur des bas-reliefs romains, tels que ceux des sarcophages4, qui représentaient 1 histoire de Medée dans ses cinq principales circonstances, c’est à savoir: les noces de Jason et de Crâise, les présents de Médée, les tourments de Creuse, Médée méditant le meurtre de ses enfants, et Médée montant sur son char attelé de dragons. Or, dans cette suite de représentations, qui forment comme un drame figuré, et qui paraissent bien dériver d’un original commun, certainement d invention grecque, bien que le costume en soit romain, la scène du meurtre est écartee de lœil des spectateurs, comme elle l’était dans la tragédie d’Euripide; et il semblait bien que ce fût là une tradition de l’art, conçue d’après le modèle d’Euripide.
A 1 appui de cette considération, Boettiger avait pu faire valoir l’exemple du fameux tableau de la Médée, de Timomaque, où l’artiste s était proposé de montrer les combats qui se livraient, dans le cœur de Médée, entre la jalousie furieuse qui l’entraîne et la tendresse maternelle qui la retient. Ce tableau, que nous ne connaissons bien imparfaitement que par quelques
1 Opnscnl. latin, p. 373, sq.
2 Sur les fragments qui nous restent des deux Mêdêes d’Ennius et d'Ovide, voyez les éclaircissements donnés par Boettiner , Il p. 37-3.*).
3 Un fragment de la Médée de Carcinus, le poète tragique contemporain d’Alexandre, Mongitor, Biblioth. Sicil. t.I,p. 122, nous a été conservé par Aristote, Rlielor. II, xxm, 27. Quanta la Médée de Néophron, il résulte bien du fragment cité par Stobée, Sermon, xx, p. 378, ed. Schow. que le meurtre des enfants & tait représenté sur le théâtre même. Pour d’autres changements faits par Néophron à la fable d’Euripide, voy. le scholiaste, ad Euripid. Med. v. 666, et v. 1387. On consultera avec fruit, sur les tragédies grecques qui avaient pour sujet le meurtre des enfants de Médée, le travail de M. Welcker, Griechisck. Tragôd. p. 1493.
4 Ces sarcophages, au nombre de sept, au moins, sont à peu près tous publiés, et leur explication, généralement exacte pour l’ensemble et satisfaisante pour les détails, laisserait place à peu d’observations. Le plus complet et le moins maltraité de ces monuments est celui du palais Lancelotti, publié par Winckelmann, Monum. ined. n01 90 et 91 , acquis depuis pour le Musée Pie-Clémentin, où il a été publié de nouveau par Visconti, t. III, tav. xlv, p. 5 8-60. Le bas-relief de la villa Borghèse, publié dans Y Admiranda, tav. 55, et reproduit par Montfaucon, Anlitj. expi. t. I, pl. xl, a été donné d’une manière plus exacte par Millin,
Vases de Canosa, vign. p. 45, et gravé au trait par Clarac, dans son Musée de Sculpt. pl. 2o4 , n“ 24. Il existait encore à Rome, à cette époque, un troisième de ces bas-reliefs, qui n’est plus connu aujourd’hui que par les dessins de Pighi, conservés à la bibliothèque de Berlin , et c’est à cette source que l’avait puisé Beger, Spicil. anliq. p. i23-i3o. Ce sont là, avec un bas-relief inédit, encastré au-dessus d’une porte d’un des bâtiments de la villa Borghèse, les quatre seuls monuments du même sujet cités par Boettiger, De Mcdea, etc. S xxiv, Opnscnl. lat. S xxiv, p. 392-393. Le savant antiquaire avait perdu de vue le beau marbre de Mantoue publié par Carli, Dissertazioni duc, etc., Mantova, 1785, 120, et reproduit dans le Mus. di Mantov. t. I, tav. ix, p. 2i-34; cf. t. III, p. 363-365. Il oubliait aussi que Zoëga avait signalé un autre de ces bas-reliefs, comme existant dans l’une des cours du palais de Latran, Bassiril. t. I, p. 21 5, not., et que Winckelmann en avait cité un troisième, dans le palais Caucci, pressa la Chiesa nuova, Monum. ined. t. II, p. 121; le même bas-relief qui existe aujourd’hui au palais Guglielmi, effectivement voisin de la Chiesa nuova, où je l’ai fait dessiner en 1826; voy. mes Monum. inéd. Achillêide, p. 63, 3), et ce que j’ai dit des représentations sculptées du sujet de Médée, dans le Journ. des Savants, février, p. 76, 1). Je ne parle pas du basrelief publié dans le Mus. P. Clem. t. VII , tav. xvi, qui n’est qu’un fragment représentant la première scène seulement, celle des présents de Médée.
TEMPS HÉROÏQUES, expressions de Pline1 2 3 *, el par quelques pièces de vers de ¥ Anthologie- , trop faible écho sans doute de l'admiration générale attachée à cet ouvrage, représentait Médee, debout et déjà armée du glaive, mais encore partagée entre les sentiments divers qui 1 agitent; et 1 auteur y avait atteint à la perfection de fart, dans ce que sa mission a de plus sublime, en ce qu’en montrant Médée, au moment de commettre son crime, il avait pu la rendre intéressante, jusque dans la passion qui l’égare, par la pitié qui 1 arrête. G était le mérite de 1 expression, porté dans ce tableau au plus haut degré, qui en faisait une des productions les plus accomplies de la peinture grecque; et ce mérite, que nous pouvons encore apprécier , tout en déplorant la perte de ce chef-d’œuvre, justifie pour nous-mêmes 1 enthousiasme qu’il excita dans l’antiquité.
La renommée du tableau de Timomaque ne s’était pas seulement conservée dans les éloges poétiques qu’il avait inspirés; il en est venu jusqu a nous des témoignages encoie plus sûrs et surtout plus intéressants, dans quelques réminiscences produites par la glyptique et par la peinture elle-même. Mais, avant de parler de ces ouvrages de lart, exécutés sous l’influence du génie d’Euripide, à limitation du chef-d œuvre de Timomaque, je dois faire connaître d’autres monuments de l’art grec, où se montre Medée infanticide, dans lacté même qui la dépouille de toute pitié et de tout intérêt, dans 1 accomplissement du crime que lui attribuait l’opinion populaire d’Athènes, et qui n était, aux yeux ennemis des Athéniens, qu’une juste représaille exercée sur la mémoire dune femme barbare cest la, en effet, une considération dont Boetliger n a pas tenu assez de compte. En écartant du theatre la scène du meurtre , Euripide avait rempli les conditions du drame, comme Timomaque, a son tour, en montrant les combats qui précèdent le crime, avait respecté celles de l’art. Mais c’était le crime même qui passionnait contre Médée le patriotisme athénien; et, en réalisant cette image, les artistes formés à l’école attique obéissaient surtout à ce sentiment de leur siècle et de leur pays.
On avait cru voir Médée, tenant le glaive nu au-dessus de la tête d’un de ses enfants quelle va frapper, en présence même de Jason, sujet d’un des petits côtés du beau sarcophage de Santa Chiara de Naples5. Mais cette idée de Millin 6 n’était pas fondée; et la représentation entière du sarcophage, telle quelle a été expliquée en dernier lieu par M. Welcker7, ny admet à aucun titre le personnage de Médée. A défaut de ce monument, nous avons acquis, sur l’un des fameux vases de Canosci 8, une image bien authentique et bien certaine du meurtre
1 Plin. XXXV, il, 4o; 4, 9; cf. VII, 38.
2 Antiphil. Epigr. xx, in Anal. t. II, p. 174; cf. Jacobs. Animadv. t. IX, p. 52-53; Philipp. Carm. xui, in Anal. I. II, p. 223; cf. Jacobs. Ibid. t. IX, p. 175-6. Voy. Auson. Carm. cxxix, exxx; Julian. Ægypt. Carm. xxix, in Anal. t. II, p. 499; Jacobs. Ibid. t. X, p. 38 1 ; Carm. adespot. ccxcix, ccc, ccci, in Anal. t. III, p. 2 1 4-2 1 5. A ces petits poëmes grecs , il faut joindre les deux imitations libres en vers latins qui se lisent de deux de ces poëmes, dans les Epigrammata d’Ausone, n°* cxxix et exxx, et qui se rapportent l’une et l’autre à la Médée de Timomaque.
3 Voyez, au sujet du mérite éminent de ce tableau, les obser-
vations si pleines de goût de Lessing , Laokoon, elc. I. IX, p. 45, ff.,
et celles de Herder, Brief. z. Erjorder d. IiumaniUit, VI, 1 1 4-
4 Meurs, in Thés. c. ix. Voyez, à ce sujet, la Dissertation de Lebeau sur les Tragiques grecs, dans les Mémoires de l’Acad. t. XXXV, p. 443, suiv., et Boettiger, Vasengemâlde, II, 1 74, *),“)•
5 Ce beau sarcophage, que j’avais fait dessiner en 1 82 7, poulie publier dans le second volume de mes Monuments inédits , entreprise que bien des circonstances m’ont forcé d’ajourner, peutêtre pour toujours, est, du moins, entré dans le domaine de la science par les soins de l 'Institut archéologique de Rome; voy. ses Monum. t. III, tav. xl A.
0 Millin, Vases de Canosa, p. 3a, 4).
7 Annal, deïï Instit. archeol. t. XIV, p. 32-37-
s Millin, Vases de Canosa, pl. vn. Ce travail de l’antiquaire français vient d’être rectifié, sur plusieurs points, par un jeune savant
MI-IDEE ET SES ENFANTS, commis par Médée, au moins sur un des enfants qui étaient le li-uil de son union avec Jason. Cet enfant s est réfugié, contre ie coup qui le menace, sur l 'autel où il se tient debout; et c'est la que la mere dénaturée, qui l’a déjà saisi de la main gauche par les cheveux, s’apprête à le frapper du glaive nu quelle tient de la main droite, tandis que le second enfant est soustrait à la fureui de Médée', sans doute par un des compagnons de Jason. Il ne manque à cette scene, pour produire toute 1 horreur quelle doit inspirer, que la vue du sang répandu; et lart grec n’a pas même reculé devant cette image, si étrangère quelle fût à son génie.
Il nous reste, en effet, un vase peint, de style grec, où le sujet de Médée infanticide est représenté avec toutes les circonstances propres à en exprimer l'horreur. Ce vase, de fabrique campanienne, acquis par moi-même dans le commerce de Naples, se Irouve depuis plusieurs années en ma possession, et j’ai déjà eu occasion d’en faire mention3. De nos jours, un jeune et savant antiquaire, M. Otto Jahn, qui s'en était procuré un calque, a pu en donner une description succincte3, en s’abstenant de le publier, par un procédé dont j aime a lui témoigner ici ma gratitude. Grâce à cette condescendance de M. Otto Jahn, j ai 1e plaisir de faire connaître le premier ce beau vase peint, dont le dessin, aussi fidèlement représenté que possible, forme le sujet de la vignette u xv, placée en tête du texte de la peinture suivante.
Le groupe de Médee et de ses deux fils remplit tout le champ de ce vase, dans sa partie principale; sur un de ses côtés 4 , la cruelle et implacable femme de l’Asie, Medeaferox invicta- (jue , s y montre dans toute 1 ampleur, dans toute la richesse de son costume asiatique, comme sur le vase de Canosa: doù Ion voit que les artistes de la Grande Grèce suivaient, pour la représentation du personnage de Médée, un modèle commun, sans doute émané de 1 ecole attique, dont 1 influence avait été surtout portée dans les villes grecques de la Campanie par les colonies chalcidiennes; et je présume que ce costume était celui qui avait ele adopte pour le théâtre. Médée est vêtue d’une longue tunique sans manches, dont l’étoffe, brodée d’ornements dans le goût asiatique6, rappelle ces beaux tissus de l’industrie babylonienne, connus de très-bonne heure de l’antiquité grecque7. Elle a les bras nus, ornés de
Allemand, M. Ollo Jahn, dans un article, intitulé Medeia, et inséré dans YArchiiol. Zeitung, N. F. marz 1847, n° 3, p. 33-4a.
1 Diodor. Sic. IV, liv : nXùn ydp évos T ov Sta.(pwy6vTOs , tous âXkovç viovs dirocriptxÇixt.
2 Voy. mes Monnm. inèd. Odyssèùle, p. 3o6, 1 ).
3 A l’endroit cité, p. 38.
4 Le revers du vase, qui est de la forme d'ampliore, à anses cordées, présente un groupe d’un guerrier grec à cheval combattant contre une Amazone à pied. Cette femme asiatique est vêtue d’anaxyrides, dont l’étoffe est brodée de losanges alternativement blancs et noirs, imitant un damier, que nous connaissons par d’autres vases peints, et elle est coiffée d’une tiare médigue, de la même forme que celle de Médée; évidemment, pour indiquer de cette manière l’origine de Médée, liée à la race asiatique des Amazones. J’emploie de préférence le mot de tiare, au lieu de celui de mitre, qui désigne habituellement le même genre de coiffure, d’après les motifs exposés par fioettiger, Vascngemalde, III, 8, *); et j’appelle cette tiare médigue, par la raison que cette
pièce de vêtement, empruntée par les Perses aux Mèdes, comme nous la voyons sur leurs monuments, remontait, d’après une ancienne tradition, qui n’était peut-être qu'un jeu de mois, jusqu’à Médée elle-même, Slrab. 1. XI, p. 798, A; voyez encore, sur ce point d’antiquité, les observations de Boettiger, Amalthea, *• bp- ‘7°. ")•
5 Horat. De art. poet. v. ia3.
0 Ces ornements sont la palmette et la demi-rosace, figurées comme nous venons de les voir apparaître sur les vêtements des personnages divins, dans les sculptures de Ninive. Lavais déjà signalé, comme étant d’origine assyrienne et phénicienne, l’ornement que nous nommons vulgairement postes, et qui forme la bordure de la tunique de Médée; voy. mon Mémoire sur l'Hercule assyrien, etc. p. 81, 5), pl. rx, n05 1, 1 b, 3, 4 h, 5 a, 5 b.
7 Sur ces tissus de l’industrie asiatique, dont Babylone et Borsippa paraissent avoir été, dans la haute antiquité assyrienne, les principaux sièges, et qui vinrent à la connaissance des Grecs de l’Asie Mineure, lorsqu’une de ces fabriques eut été établie à Sardes, devenue la capitale d’un royaume démembré de la mo-
bracelets, qui étaient aussi un des éléments du luxe asiatique. Sa tête est coiffée de la tiare médicjue, dont les ornements, brodés et coloriés de jaune en relief, imitent les incrustations d’or qui enrichissaient les étoffes asiatiques. À ce costume tout oriental, ou la richesse des étoffes répond si bien à la grandeur et à la dignité des formes, dans le personnage de la femme de Colchos , s’ajoute une pièce de vêtement qui semble prise dans la situation même de ce personnage, encore plus que dans des habitudes grecques: je veux parler du morceau d’étoffe tout unie que Médée porte autour de ses hanches, nouée par devant, en guise de ceinture, et qui répond, par l’intention, sinon par la forme, à 1 espèce de tablier quon voit souvent aux sacrificateurs, dans les représentations de scènes de ce genre1.
L’impitoyable mère est placée entre ses deux victimes, avec 1 instrument de son crime dans ses deux mains, avec le fourreau dans la main gauche et le glaive nu dans 1 autre main. A sa droite, un de ses fils a déjà reçu le coup mortel; il a été frappé sur 1 autel meme où il s’était réfugié, et où son corps gît étendu, la tête renversée et les bras pendants jusqu a terre; et le sang qui coule de sa blessure rend cette scène de mort aussi atroce quü est possible de l’imaginer. Du côté opposé, l’autre fils, qui avait sans doute cherche a fuir, et qui fait de la main droite un geste suppliant, a été saisi par sa mère, qui le tient par les cheveux de sa main droite armée du glaive, et qui va bientôt le joindre à son frère sur l 'autel, où le sanglant sacrifice doit être consommé. Telle est cette scène de carnage, où rien n’est épargné, en fait de détails propres à en montrer l’effet et à en inspirer l’horreur. Ce sentiment, qui devait être partagé par tous les spectateurs, a trouvé ici son interprète le plus naturel dans le personnage du pédagogue, qui se montre à mi-corps, dans un des angles supérieurs du tableau. Ce vieux serviteur porte la main droite à ses cheveux blancs, en signe de désespoir; et l’objet qu’il tient de l’autre main, et qui est ce que l’on appelait chez les Grecs STXTPOAHKY0OI , c’est-à-dire le vase dhuile attaché avec le strigile 2, est l’attribut ordinaire de la jeunesse grecque, qui ne pouvait être plus convenablement placé quaux mains du pédagogue, pour caractériser ce personnage.
Je compléterai l’explication de notre vase peint, en faisant connaître, à cette occasion, un autre vase, d’une des fabriques de la Grande Grèce, dont j’ai déjà eu sujet de laire mention3, et que je publie aujourd’hui4, d’après un calque que j’en ai dû depuis longtemps à la bonté de MM. Santangelo, dont la superbe collection est connue de tous les antiquaires. La forme de ce vase est celle de cratère, si commune dans la fabrique de Santa Agala de Goti. La
narchie assyrienne, il y aurait tout un livre à faire, qui serait d’une grande importance pour l’histoire de l’art, attendu que c’est probablement par ces travaux de l’aiguille asiatique que la pratique du dessin a pénétré d'abord chez les Grecs. C’est, du moins, dans cet esprit que j’ai réuni beaucoup de témoignages de l’antiquité grecque sur ces tapisseries asiatiques, et sur l’emploi que firent à leur tour les Grecs d’une foule de motifs, figures et ornements, dans le goût de ce que nous nommons arabesques, qu’ils avaient certainement puisés à cette source; et ces témoignages m’ont servi à composer un des premiers chapitres de mon Histoire de la peinture grecque, déjà rédigé depuis plusieurs années. Je dois me borner, quant à présent, à cette observation générale; et je renvoie, pour l'usage que les Grecs firent des
tapisseries orientales, aux recherches de Boettiger, Vascnijcmiildc , 1, 76, et de Millin, Monum. ined. I, 3o3, qui se doutaient à peine de la richesse de la matière.
1 Sur cette pièce d’étoffe, dont les exemples ne sont pas rares sur les monuments grecs et étrusques, particulièrement dans les scènes de sacrifices, voyez les observations que j’ai déjà eu l’occasion de faire, dans mes Momim. inèd. Ackilléide, p. 5, 7) , 8). Un de ces monuments grecs, les plus remarquables à tous égards, est l’autel de Florence, du sacrifice d’Ipliigènie, que j’ai publié, ibid. Orestêide, pl. xxvi.
2 Letronne, Récompense promise, p. 18.
3 Monum. inèd. Achilléide, p. 63, 2).
11 Voy. la vign. n° xiv, placée en tète de la p. 263.
face principale en est ornée cl’une composition de sept figures, qui représente la scène antéîieuie à celle du meurtre, la scène des tourments de Creuse. La malheureuse fiancée de Jason est renversée du riche trône sur lequel elle siégeait, au moment où elle reçut le fatal présent de sa rivale. Dans 1 action même de sa chute, elle porte les deux mains à sa tête pour en arracher le bandeau, imprégné de venin1, quelle venait d’y placer; et l’on voit à ses pieds le coffte enti ouvert, ou ce bandeau avait été déposé par la main de Me'dée. Creuse, en tombant de son siège et en faisant d inutiles efforts pour se débarrasser de l’objet empoisonné qui la dévore, tourne les yeux vers un vieülard qui accourt à son secours. Ce vieillard, qui tient de la main gauche un sceptre, et qui tend vers sa fille une main impuissante, est certainement Creon, dont la presence, à la même place, se retrouve sur le vase de Canosa, et dont la fiëuie’ Pour ê*-re reconnue, n avait pas besoin d’être accompagnée de son nom2; en arrière de Créon, une femme qui semble s éloigner de cette scène de deuil, dans une attitude qui exprime le désespoir, ne peut être que la mère de Creuse, appelée Mérope sur le vase de Canosa, et representee aussi du même côté et à peu près de la même manière3.
Dans la partie opposée du vase , est un groupe qui complète la représentation de la maniéré la plus naturelle et la plus expressive : c’est celui du vieux pédagogue, qui se hâte d emmener les deux enfants, auteurs innocents de la mort de Creuse, hors du lieu où vient de se commettre cet attentat. Rien de mieux conçu que l’attitude de ce personnage, qui etend sa main droite au-dessus de la tête des deux enfants confiés à ses soins, et qui tourne la tête du côte dou peut venir pour eux un danger, qui les attend plus terrible auprès de leur mère. Tous les personnages qui viennent d’être décrits sont les acteurs réels et nécessaires de la scène représentée , et ils s’y montrent chacun à la place et dans l’attitude qui lui conviennent. Une autre figure, qui apparaît dans l’angle du tableau, sur un plan plus élevé, par conséquent, dans une région supérieure, se reconnaît à cette circonstance pour un être dun ordre surnaturel; ce qui résulte, d’ailleurs, de ce que cette figure vêtue porte des ailes aux épaules. Elle tient ses genoux embrassés de ses deux mains entrelacées, attitude significative, dont je crois avoir été le premier à signaler l’intention symbolique, qui était d’exprimer la douleur4. A ce signe, on ne risque rien de reconnaître un génie funeste, peut-être le génie de la maison de Créon, exprimant le deuil de cette maison, par l’attitude même où il est représenté, peut-être aussi le génie vengeur, ’AAAITDP5, tel qu’il pouvait bien figurer dans
1 Suivant l’opinion vulgaire, le venin dont Mèdée s'était servie
en cette circonstance était le naphte, Plutarch. in Vit. Alexandr. p. 687; cf. Plin. II, io5, 109; add. loc. Horat. et Apul. ad h.
I. I. Le scholiaste de Nicandre parle d’un (pdppoMov KoXyjxôv, ad Nicandr. Alexipharm. v. 2 49- Sur l’usage du naphte dans les conjurations magiques, voy. les témoignages recueillis par Beckmann, Geschicht. d. Erfindumj. t. IV, p. 68; cf. Huet. Quœst. Alnet. t. II, p. 172 , éd. Frf.
a L’inscription, KPEONTEIA, tracée sur la frise d'un palais, sert à désigner cet édifice comme l'habitation royale de Créon. En avant de ce mot, sur la même frise et sur la même ligne, sont les lettres K £2N , que Millin avait lus KOPINOIflN , en y sup-
pléant ce qui manquait. Cette restitution me paraît indubitable, bien que M. Otto Jahn, Medeia, etc. p. 34, 8), l’ait déclarée inadmissible; et je suis convaincu, en tout cas, que l’opinion de ce
savant, qui rapporte les lettres K QN au nom de Créon, n’est
nullement fondée. Il y a pour cela deux raisons péremptoires : la première, que l’intervalle qui existe entre le K initial et les lettres finales HN, exige un mot aussi long que celui de KOPINOIflN, par conséquent, bien plus long que celui de KPEflN; la seconde, que ce mot, quel qu’il fût, est tracé sur la frise de l’édifice, à la même hauteur que l’autre mot KPEONTEIA, tandis que les noms des personnages sont, tous sans exception, tracés en dehors de l’édifice, chacun auprès de la personne qu’il concerne. On pourrait observer, en troisième lieu, que Créon, non plus que Creuse, n’avait pas besoin d'être désigné par son nom, dans une scène où ils étaient des acteurs si nécessaires et si connus.
3 Millin, Vases de Canosa, pi. vu, p. 29. u Monum. inéd. Achiüéide, p. 5g-63.
5 Iscriz. Triop. 1, 34.
TEMPS HÉROÏQUES, une scène pareille. C’est là une alternative cpie j’ai déjà présentée, au sujet de cette figure même1, et sur laquelle les réflexions que j’ai pu faire ne mont pas encore mis à même d’être fixé d’une manière certaine.
Nous venons de voir Médée accomplissant son crime, sur des monuments dun art grec, dont il est par là même bien certain que les auteurs, en s’éloignant ainsi du modèle créé par Euripide, ne craignaient pas de se conformer à l’opinion populaire d Athènes, qui poursuivait dans Médée infanticide l’ennemie mortelle de 1 hésee. Tel parait avoir ete aussi le sujet d’une peinture décrite dans Y Anthologie latine 2 3, de manière a nous représenter Medee épargnant un de ses enfants, après avoir immolé l’autre; et je ne suis pas sur que le tableau auquel se rapporte ïépicj ranime de Philippe, dans 1 Anthologie grecque 1 , ne représentât Médee accomplissant son crime, ainsi que l’avait pensé Lessing4, bien que Boettiger ait ete dun autre avis5. Mais, en même temps, il ne paraît pas moins constant que, sur d’autres monuments du génie grec, où l’on s’était montre plus fidèle aux conditions de lart même, le personnage de Médée avait été représenté d’une manière plus propre à en adoucir I horreur, tout en lui conservant l’intérêt, dans le moment où elle médite le crime, et où les passions contraires qui l’agitent permettaient à l’artiste d’atteindre au plus haut degre de cette expression, qui était, aux yeux des Grecs, le suprême mérite6. J’ai déjà cité le tableau de Timomaque, comme le chef-d’œuvre de la peinture grecque, où cette belle image de Médée, en proie aux combats qui se livrent dans son sein , avait été réalisée avec toute la perfection possible , dans une œuvre restée pourtant inachevée 7 , et où le personnage de Médée remplissait sans doute tout le champ du tableau, puisque, dans les témoignages qui nous en restent, il n’est, fait aucune allusion à la présence des enfants 8. Telle était bien certainement aussi la statue de Médée, ouvrage d’un artiste inconnu, décrite par Callislrate9, la même, à
1 Monum. inèd. Achilléidc , p. 63-4, 5).
2 Antholog. lut. i, 28, t. I, p. 96, Burmann. L’opinion que je viens d’exposer, au sujet de cette peinture, est celle que s’en était formée Boettiger, Opnscul. lat. S xxii, p. 378-9. Je dois pourtant remarquer que celte opinion se fondait uniquement sur la fausse leçon hune, corrigée en celle de hinc, dans l’édition de H. Meyer, Antholog. lat. (Lips. i835, 8), 1, 657, t. I, p. 221. En conséquence, je ne doute pas que Boettiger ne se soit trompé sur le sujet de celte peinture, qui devait être produite d’après le même motif que celle de Timomaque, c’est-à-dire que Médée y était partagée entre la fureur et la pitié : « HINC furiata premil, HINC miserata levai. »
3 Philipp. Carni. xlii, in Anal. t. II, p. 2 2 3.
4 Lessing, Laocoon, etc. I. IX, p. 45.
5 Boettiger, Opuscnl. lat. S xxii, p. 378, ‘).
0 C’est ce qui résulte du rang assigné par Aristote, Poet. c. vu , i3, ed. Buhl, à Polygnote, à raison de ce qu’il était dyctQàs f]doypa,Ços, par opposition à Zeuxis, dont la peinture manquait d’expression : IÏ Sè ZevÇiSos ypct<fty ovSèv ëyyi ijOos. C’est ce que prouve aussi l’opinion que nous a transmise Pline sur le compte d’Aristide, qui excellait par l’expression, Plin. XXXV, 10, 36.
7 Plin. XXXV, 11, 4 o, 4i : « Suprema opéra artificum imper-
fectasque tabulas, sicut Irin Arislidis, Mcdeam Timomachi, et
quam diximus Venerem Apellis, in majori admiratione esse. »
L'idée que M. Panofka prête à Pline, Annal, t. I, p. 245, 1 1), d’avoir cru que le groupe des enfants était indispensable au sujet, et que le tableau ne paraissait inachevé à l’auteur romain que parce gue les enfants y manquaient, cette idée est bien gratuite, bien fausse, et bien peu honorable pour l’intelligence de Pline; c’est pour cela que j’ai cru devoir la relever.
8 Boettiger était pourtant d’avis que le tableau de Timomaque comprenait aussi les deux enfants jouant près de leur mère, et il se fondait sur la peinture décrite par Lucien, où se rencontrait une pareille image, à laquelle faisait aussi allusion un poêle latin, De Medea Euripidea, Opuscul. lat. S xxii, p. 377, t). Mais ce n’est là qu’une supposition, qui ne me paraît pas d’accord avec le génie de l’art. La Médée de Timomaque devait être une figure isolée, comme l 'Iris d’Aristide et la Vénus d’Apelle, auxquelles Pline la compare, surtout comme l'Ajax du même Timomaque, qui paraît lui avoir servi de pendant; et rien n’indique, dans les divers passages de Pline, que les deux enfants fussent associés à Médée.
9 Callistrat. Stat. c. xm, p. 160-161, Jacobs. Le texte de ce chapitre du sophiste offre plus d’une difficulté, et il a exercé la sagacité de plus d’un critique, Jacobs, Specim. Emcndat. in Epigr. Gr. p. 44, etExcrcit. crit. t. II, p. 60; Heyne, Illustrai. Callistrat. Stat. (Gotting. 1801), p. ix, sq.; Iluschkius, Analcct. crit. ad Anthol. gr. p. 84. L’idée même qu'on devait se former de la
ce quon doit présumer, qui est aussi l’objet d’une des Descriptions de Libanius 1 ; à moins qu on ne suppose que les enfants pouvaient être placés aux pieds de la mère, comme ils le sont dans la statue d Arles-, ouvrage dont la pensée est trop supérieure à l’exécution, pom quon ne se croie pas autorisé à présumer qu’il dérive de quelque bel original de la statuaire grecque. Il existait encore une statue de Me'dée en proie à la fureur, et cette statue, qui se trouvait à Rome, nous est connue par deux épiy ranimes de ï Anthologie3, d’après lesquelles il nous est permis de supposer que la mère barbare s’y montrait dans une action tres-vehemente. A ce titre , nous pourrions aussi conjecturer que c’est de cette statue romaine, plutôt que de la statue décrite par Callistrate , qu’il nous est parvenu une réminiscence sur une pierre gravee de la collection de Stosch4, où l’on avait cru voir une Furie, mais où Lessing5 avait conteste cette attribution, et où Boettiger6 avait reconnu Médée, armée du glaive, les cheveux epars et les yeux enflammés de la pensée du meurtre quelle va commettre.
Entre les monuments qui peuvent avoir Médée pour objet, et qui nous sont connus par 1 histoire de lart, nous trouvons un tableau d’Arislolaüs, fils de Pausias, cité par Pline 7 ; malheureusement, cette citation est réduite à une simple indication du sujet, qui était Medee, sans aucun éclaircissement sur la circonstance même où elle était représentée. Mais, d après la nature des autres peintures du même maître, et d’après le caractère de son talent, qui le classait parmi les peintres du style le plus sévère, e severissimis pidoribus , il est permis de croire que ce tableau d’Aristolaüs était conçu dans le même esprit que celui de Timomaque, sous 1 inspiration du génie d’Euripide. Peut-être les enfants de Médée étaient-ils compris dans cette composition, d’un style pur et sévère; et, si l’on admettait cette conjecture, ce serait à ce tableau d’Aristolaüs, plutôt encore qu’à celui de Timomaque, qu’il faudrait rapporter les nombreuses réminiscences qui nous sont parvenues en peintures et en pierres gravées du sujet de Médée méditant le meurtre de ses enfants, en leur présence même. Mais j’avoue que la célébrité du tableau de Timomaque me déterminerait plutôt à croire que c’est celui-ci qui a servi de modèle aux œuvres de la peinture et de la glyptique, quoique le silence gardé sur les enfants, dans le tableau de Timomaque, ne laisse pas de faire une assez grave difficulté.
statue décrite par le sophiste n’a pas paru tellement bien déterminée, que le même antiquaire se la soit représentée tantôt comme conçue d’après les données d’Euripide, c’est-à-dire comme exprimant les combats de Médée, Euripid. Med. v. io85, sqq. , dans la mesure prescrite à l’art statuaire, Boettiger, De Medea, etc. S xxii, p. 3 7 4-5 , tantôt comme modelée sous les traits d’une Furie, telle qu’on la retrouve sur la pierre gravée de Stosch, Idem, ibid. § xxm, p. 38o. A mon avis, c’est la première opinion du savant antiquaire qui est fondée en raison; et c’est celle que j’ai suivie.
1 Liban. Ék< ppdasis, p. 1090.
2 Publiée par Millin, Voyage dans le Midi de la France, t. III, pl. Lxvm, 2, p. 5oi ; et Galerie mythologique , pl. eu, n. 427.
3 Analect. t. III, p. 21 5, adesp. cccu, cccni; cf. Jacobs. Animadv. t. XII, p. 5o.
4 Winckelmann, Pierres gravées de Stosch, n. 356, p. 84- C’est
comme une Furie, armée du glaive, que l’illustre antiquaire s’expliquait cette figure, et c’est comme telle encore que la considérait Schlichtegroll, qui l’a publiée dans ses Princip. fig. de la Mytliolog. d’après les Pierres gravées de Stosch, P. IV, n. xlvi. Mais c’est sous le nom de Médée quelle est décrite par le dernier et savant éditeur du Verzeichniss der anl. Denhmaler im Antiquar. zu Berlin, M. Toelken, p. 271, n. i5i. La correspondance des deux tableaux d ’Ajax et de Médée semble bien indiquée par ces deux vers d’Ovide, Trist. 11, 5 2 5-6 :
Utqne sedet vultu fassus Tclamonius irani,
Inque oculis facinus barbara mater babel ; et, dans l’un comme dans l’autre tableau, il semble bien qu'il n’y eut qu'une seule figure.
5 Sdrnmtl. Schrifit. Laocoon, S ix, p. 160-161 , not.
0 Die Furienmaske der ait. Griechen (Weimar, 1801), p. 67, suiv.
7 Plin. XXXV, 1 1 , 4o.
Une de ces peintures, où l’on ne peut méconnaître la figure de Médée, déjà armée du glaive, mais encore indécise entre les passions contraires qui 1 agitent, telle que lavait montrée Timomaque, c’est certainement la belle peinture de Cività1 2 , que les académiciens d 'Herculanum avaient prise pour Didon, mais que le nouvel interprète napolitain", d accord avec un antiquaire allemand3, a eu toute raison de restituer à Médee. Une image plus complète, et. qui semble dérivée du même modèle que notre peinture de Pompei, est celle d’une peinture, qui se trouvait de même dans une habitation particulière, et qui est décrite par Lucien4 5, en termes si clairs et si expressifs, qu’on semble avoir moins un texte que le tableau même sous les yeux. Sauf la circonstance des enfants, qui regardent le glaive aux mains de leur mère, sans se douter de l’usage funeste quelle en va faire contre eux, cette description de Lucien s’applique si bien à no tre peinture , qu elle semble faite d apres elle ; et c’est sans doute une peinture semblable qu’avait en vue un poète latin J, à moins quon ne pense qu’il ne fît allusion à la Médée même de Timomaque, ainsi que donnerait a le croire le rapprochement qu’il fait, dans deux vers qui se suivent, de la Vénus d’Apelle et de cette Médée avec ses enfants. Mais, ce qui, du moins, ne nous paraît pas douteux, c’est que les pierres gravées qui représentent Médée, absolument dans f attitude de la peinture d Herculanum, avec ses deux enfants, occupés près d’elle à des jeux différents6 7, sont autant de réminiscences de la Médée de Timomaque, ainsi que l’a pensé M. Panofka. Trois de ces pierres ont été citées par cet antiquaire, qui en avait déjà décrit une de la collection Bartholdy et qui a publié les deux autres8. Il existe dans notre cabinet des antiques un beau camée du même sujet, signalé par Millin9, lequel avait échappé à l’attention de M. Panofka; et
1 Pitlnr. ÆErcolan. 1. 1, tav. xm.
2 R. Mus. Borbon. t. X, tav. xxi A.
3 Annal, dell’ Instit. archeol. 1. 1, p. 2 43-2 47-
1 Lucian. De Dom. § xm, t. VIII, p. 112, Bip. : tc/lctTV Sè j) M»}4eia yéyponclau, tw Si axotys, tw zsatSe vnoSXéTcovirci ,
Ka.1 Ti Seivov èvvoovact' ëyei yovv ySy t à §^os, tw S ddXtut xatdÿc/lov yëküv te, pySèv t&v fisXXàvrwi’ elSd-re, xai TaÜT a ôpôbvTe t à t-iÇios èv ictiv yepotv.
5 Lucil. Ætn. v. 5go, in Poet. ht. min. t. IV, p. 2o3, Wernsdorf. :
Sub truce mine parvi ludentcs Colchide nali.
fi Sur un des bas-reliefs du sujet de Médée, les enfants jouent à la balle, er^afpa, pila, et Boettiger en a fait l’observation, en citant quelques-uns des témoignages classiques et des monuments figurés qui ont rapport à ce jeu, si familier à la jeunesse grecque, De Mcdea, etc. S xxiv, p. 397-8. Voyez aussi, à ce sujet, les observations que nous avons faites plus haut.
Une des pierres gravées offre les deux enfants portant chacun à la main une branche d'arbuste, peut-être par allusion aux jeux isthmiques. Sur l’autre de ces pierres gravées, les deux enfants semblent se disputer, sans doute pour un coup d 'osselets, comme dans la circonstance rapportée par Apollodore, III, xvm, 8.
7 Mus. Barloldian. p. 174? elle est décrite par M. Toelken, dans son Verzeichniss, etc. p. 271, n. 1Ô2.
s Annal, dell’ Instit. archeol. 1. 1, tav. agg. D, 2, 3. La première
est une pâte de la collection de M. Ed. Gerhard, la seconde est empruntée à la Dactyliolheca de Lippert, Supplem. I, n. 93.
Mais M. Panofka ne paraît point avoir fait attention que cette empreinte de Lippert était tirée d’une pierre de la galerie de Florence, publiée par Gori, dans le Mus. Florent, t. II, tav. xliv, 3. Il est vrai que le sujet y avait été tout à fait méconnu, par suite de la méprise du dessinateur moderne, qui avait pris Médée, coiffée de la tiare et portant un glaive dans le fourreau, pour une Minerve, coiffée d’un casque et tenant une massue, figure expliquée par Gori comme une Minerva clavipotens, l. I. p. 95.
9 Fuses de Canosa, p. 3a, 4). Ce camée, resté jusqu’ici inédit, à ma connaissance, représente Médée debout, vue de profil et tournée vers ses enfants, sur la tête desquels elle tient le glaive suspendu; c’est un motif neuf, et qui doit appartenir à quelqu'un des nombreux ouvrages de l’art qu’avait produits ce sujet, autre que la peinture de Timomaque. Des deux enfants, qui jouent à ses pieds, l’un, qui lui tourne le dos, est assis à terre; l’autre, qui est monté sur un dé de pierre, lève la tête vers sa mère. Sur le fond est une colonne, surmontée d’un vase, pour indiquer le monument sépulcral qui doit être érigé à ces enfants, d’après un système d'anticipation dont les monuments offrent plus d’un exemple. Je me contenterai de citer les peintures de Pompéi qui représentent Narcisse ayant près de lui son tombeau, figuré par une colonne surmontée d’un vase. Si l’on n’admettait pas celte explication, on pourrait voir dans cette colonne supportant un vase, l’indication de la palestre, où Médée conçoit l’idée de son crime. Le dessin de ce camée forme le sujet de la vign. n° xm, p. 2 55.
MEDÉE ET SES ENFANTS, la science s est encore enrichie tout récemment d’une pâte antique de Médée, dans la même situation , qui prouve de plus en plus la célébrité du modèle d’après lequel avaient été produits ces nombreux monuments de l’art.
Le dernier trait de la sanglante tragédie dont Médée avait été, sur le théâtre attique, 1 heroine detestée, consistai!; à la représenter montée sur un char atlelé de dragons ailés2, et poi tant sur son épaulé le corps dun de ses enfants immolés. Cette image odieuse, inspirée pourtant aux artistes par le drame d’Euripide3, se trouve sur les bas-reliefs de sarcophages4, où elle n’a pas toujours été reconnue5. Elle se montre aussi, mais adoucie, sur le vase de ma collection que jai publié6, où Médée, portée sur un dragon, tient levé le glaive, encore dégouttant de sang, qui vient de lui servir à commettre le double meurtre; et cette image, qui est opposée, sur le même vase, à celle de Thé lis portant le casque d’Achille, semble avoir été conçue d apres le motif d’offrir, dans le contraste même de ces deux mères, lune si tendre, 1 autre si dénaturée, un élément de plus à cette haine nationale qui poursuivait la mémoire de Médée. Ce ne peut être aussi que ce motif qui ait inspiré aux artistes lidée de représen ter Médée furieuse , tenant en main les ossements de ses fils, comme on la voit sur un scarabée'. Mais cette fureur, qui survit si longtemps au crime consommé, est un sentiment aussi ingrat pour limitation qu’odieux pour la morale, qui n’a produit ici quun triste objet, où manque l’intérêt aussi bien que la vérité; et c’est toujours un malheur pour lart que d’aller contre son but, en sortant à ce point de la nature.
1 Inpronl. delï Instit. etc. Cent. I, n. 77.
2 C’est à tort qu’on avait pensé que ce char de dragons ailés, sur lequel Euripide n’avait pas été le premier à faire monter Médée, puisque Sophocle, dans ses Pi^ox6p.oi, avait employé la même image, pour Médée, et dans un autre de ses drames, pour Triptolème, Lexic. Sophocl. v. kp.(pniKi£, t. IV, p. 706, Brunck., que ce char, disons-nous, était celui du Soleil, que Médée se vante d’avoir reçu de son céleste aïeul, Euripid. Med. v. i3ai; cf. Apollon. Rh. ni, 3o8; c’est une idée deVoss, Brief. Mythol. I. II, p. 126, que Boeüiger me semble avoir repoussée avec raison, De Med. etc. § xxii, p. 370-1,'). Le char du Soleil ne devait pas être attelé de dragons; ou, du moins, aucun témoignage écrit, ni aucun monument figuré, à ma connaissance, ne nous offre le char du Soleil ainsi représenté. Les dragons se rapportent ici à la profession de Médée, comme magicienne, et le modèle en était venu sans doute aux Grecs par les tapisseries asiatiques, ainsi que les griffons, les sphinx, les chimères, les pégases, et tant d’autres animaux fabuleux, qu’on était suffisamment autorisé à supposer sur ces tissus de l’industrie assyrienne, et que les sculptures de Ninivc nous y ont montrés en réalité. Du reste, cette image de Médée, portée sur un char de dragons ailés, ne s’est pas seulement olferte sur les bas-reliefs de sarcophages romains; elle s’est encore montrée sur une terre cuite, à la vérité ausside travail romain, Revue archéologique, l. II, p. 355; et, sur mon vase peint, de style grec, Monum. inéd. Achilléide, pl. vi, 1, comme sur une pierre gravée de la collection Hope, dont je possède l’empreinte, tirée de la collection de Cadèz, Médée est assise sur un dragon. Mais je rétracte aujourd’hui l’opinion que j’avais énoncée, ibid. p. 63-64,5), au sujet du
Démon, OIXTPOX, montant un char de dragons ailés, sur le vase de Canosa, que j’avais eu tort de prendre pour Médée, et je me range, sur ce point, à l’avis de M. Otto Jahn, Medeia, Archiiol. Zcitung, N. F. Marz 1847, p. 4o. Quant à la notion due à Pline, XXXIV, 8, 19, de plusieurs chars de Médée exécutés par un statuaire Euthycratès : « Enthycrales quadrigas Medeæ com-
pilées, n j’avoue que ce texte me paraît trop altéré pour qu’il soit possible d’en rien tirer; cf. Sillig. Catalog. vet. artifw. v. Euthycratès, p. 2 10-2 i3.
3 Euripid. Med. v. 1377-78.
4 En fait d’exemples de cette particularité que nous offrent les bas-reliefs de sarcophages, je citerai le sarcophage de Mantoue, celui de la villa Borglièse, et le fragment publié par Beger.
5 Notamment, sur un fragment qui se trouvait à Florence , et où Gori, qui l’a publié, Inscript, ant. Etrur. t. III, tab. xm, p. l xxxix, avait cru voir Médée portant les membres déchirés de son frère Absyrte. Mais cette erreur avait été corrigée par Carli, Dissertaz. due, p. 3o3; ce qui n’a pas empêché M. de Clarac de dire, au sujet du bas-relief Borghèse qu’il reproduisait dans son Mas. de Sculpt. pl. 204, n. 211, qu’il ne pouvait se rendre compte de cette particularité, que n'offrent pas, ajoutait-il, les autres bas-reliefs; voy. sa Descripl. des antiques, n° 478, p. 199. J’ai déjà eu occasion de relever, Jonrn. des Savants, février 1 834 p. 76, cet oubli de l’antiquaire français, qui a fourni aussi le sujet d’une observation critique au savant éditeur du Mus. di Mantova, t. III, p. 364.
0 Monum. inéd. Achilléide, pl. vi, 1, p. 4a.
7 Inpront. deli Instit. Cent. III, p. 16.