‹ Choix de peintures de PompéiChapitre 3 sur 27 · PLANCHE IL · texte numérisé non relu

PLANCHE IL

NEPTUNE ET AMYMONE.

Hauteur, 0,80 cent. — Largeur, 0,64 cent.

Les amours de Neptune n’avaient pas obtenu moins de place dans la mythologie et moins de faveur dans l’opinion des Grecs que ceux de Jupiter; et, sous ce rapport, et par le nombre de ses maîtresses, comme par la variété de ses déguisements, le dieu de la mer se montra le digne frère du maître de l’Olympe1. Ce n’est pas seulement un docteur de l’Église, tel que saint Clément d’Alexandrie2, ou bien un accusateur véhément du paganisme, tel qu’Arnobe3, insultant l’un et l’autre à ces honteuses faiblesses d’un dieu hellénique, et triomphant ainsi de l’erreur d’une société qui adorait de pareils dieux; ce n’est pas seulement, disons-nous, tel ou tel défenseur du christianisme, trop intéressé dans sa propre cause pour n’être pas un peu suspect de prévention à l’égard d’une religion ennemie, que nous devons écouter sur le compte de Neptune; c’est un rhéteur grec qui prononce un discours en l’honneur du dieu de l’isthme, et qui s’indigne, dans l’intérêt de la croyance même qu’il professe, de l’affront qu’imprimaient au caractère du dieu olympien tant de fables impures admises

1 Propert. Eleg. H, xx (xxvi, ed. Kuinoel), 46-47 :

Neptunus fratri PAR in amore Jovi;

Testis Amymone

2 Clem. Alex. Protrept. p. 27, ed. Potter : KâXet pot t ov IIo-

a etSü) xa i t ov yopov tov Sict(pda.pp.èvov vit’ ain ov, t yv kp.(pi- Tphrjv, ryv ÀMTMÎÎNHN, t yv k\6ivyv, tj )v MeXavlnirriv , vyv

klxvôvyv, lyv ImvoQàyv, Tyv Xtàvyv, Tas àXXas xàs pvpias.

3 Arnob. ado. Gent. iv, 26 : « Numquid.... a nobis arguitur rex maris Amphitritas, Hippotboas, AMYMONAS, Menalippas, Alopas, per furiosæ cupiditatis ardorem castimonia virginitate privasse? » cf. Orell. ad h. I. I. II, p. 287; add. Jul. Firmic. p. 427, ed. Gronov.

par l’opinion publique, ces amours pour de simples mortelles, telles que Tyro, fille de Salmonée, et Amymone et bien d’autres1, devenues le sujet de peintures qui s’exposaient au milieu des temples, et dont la vue, de son propre aveu, lui causait autant de confusion que de surprise2. C’est donc ici par la bouche d’un de ses plus illustres sectateurs que le paganisme se trouve convaincu d’avoir inventé, sur le compte de ses dieux, des fables impies, aussi contraires au sentiment de l’honnêteté publique qu’à celui de la majesté divine; et nous ne devons pas nous faire scrupule d’être aussi sévère à l’égard de Neptune qu’un orateur grec, tel qu Aristide , dussions-nous encore être taxé d’exagération de la part d’un critique tel que l’auteur des Lettres d’un antic/uaire.

Ce n’est cependant pas des amours de Neptune, en général, et des nombreux objets de ses faiblesses, que nous nous occuperons ici. Nous réservons ce sujet, qui a besoin d’être traité avec tout l’emploi des ressources de la philologie pour pouvoir être exposé dans toute sa vérité, nous le réservons, dis-je, pour un autre travail3 *, où nous serons plus libre d’expliquer les faits, en nous servant de la langue même de l’antiquité, quand ils répugneront à la modestie de la nôtre. Nous n’avons en ce moment qu’à rendre compte de la belle peinture de Pompéi, qui est relative à celui des amours de Neptune qui paraît avoir produit le plus de monuments de l’art antique, à en juger par ceux qui sont venus jusqu’à nous. Cette peinture, qui ornait une des parois de la maison dite de ï Ancre11, a été publiée au simple trait dans le Real Museo Borbonico 5 & * * * *, mais, il nous est permis de le dire, d’une trop petite dimension et dans un style de dessin trop peu conforme à celui de l’original, pour donner une idée juste de ce monument. Le dessin que nous en offrons, à notre tour, et qui provient de la main d’un habile artiste napolitain, remplira mieux l’objet que nous nous proposons, qui est de faire connaître la peinture dont il s’agit, dans son vrai caractère.

Nous suivons l’opinion de l’éditeur napolitain, le savant et ingénieux M. Quaranta, en y reconnaissant Neptune et Amymone; et non -seulement nous nous trouvons d’accord avec lui sur le motif qu’il assigne à cette scène érotique, mais nous croyons encore pouvoir détruire l’espèce de réserve qu’il témoigne sur le sujet de cette peinture, en montrant qu’il s’accorde, dans tous ses détails, avec tout ce que nous connaissons de particularités du mythe d’ Amymone, par le témoignage des anciens mythograph.es et par les monuments de l’art qui s’y rapportent.

Amymone, la plus belle des cinquante filles de Danaiis, était chargée par son père d’aller

1 'Aristrd. Istlimic. in Neplun. 1. 1, p. 43, ed. Dindorf. : To S’ èm tovtois kccXws Av fipâs feras ëyot xai (pCkws toTs Seoïs léyew te

xai Axoveiv èv dXXy'Aots, èpauQÿvai fièv ïloaEiSœva Aeuxodéae,

xai èpaadévlayE ëypiv ainrjv zsap’ savlâr ov Tponov, xai Tvpovs

•nJsSaXfwut’Ews, xa.1 ÀMTMÔNH2 xai AXAye tivos KAAflS , x. T. X.

- Idem, ibid. p. 46 : Tà <po§epd te xai dereëij TPÀMMATA,

& èyà &avp.dÇa tsws tso'Ie xai yvécjyovlo oi ■apÜTOi ravra

iSàvTES,.... i) et» xai vvvl dvéyovl ai ÉN MÉ20I2 TOlS tEPOlS.

J’avais cité , dans mes Peintures antiques inédites, p. 2 53 , ce témoi-

gnage si important par le caractère de l’auteur dont il émane,

et si positif par la manière dont il est conçu. Mais, comme l’usage

que j'en avais fait a été l’objet d’une contradiction de la part du même critique dont j’ai parlé plus haut, p. 3, 2) , et p. 5, 3) , j’y

reviendrai dans la iv° de mes Lettres archéologiques, pour établir de nouveau la valeur et l’autorité de ce texte capital.

3 Dans la iv‘ de mes Lettres archéologiques sur la peinture des Grecs, où j’ai déjà eu occasion d’avertir qu’un article spécial sera consacré aux amours des dieux.

h Cette maison est située dans la rue de Mercure, près du lupanar, dont elle n’est séparée que par une boutique ou deux; j’en ai fait mention dans ma Lettre à M. de Salvandy, p. 2 3 , et l’on en trouve la description dans la Pompéi de M. C. Bonucci (éd. i83o), p. 1 52. La peinture, laissée en place, est malheureusement très-endommagée, et le dessin que j’en publie sera bientôt tout ce qui en restera.

3 T. VI, tav. xvni.

NEPTUNE ET AMYMONE.

chercher, dans la plaine d’Argos, affligée de sécheresse, l’eau nécessaire pour les sacrifices. Les courses de la jeune fille la conduisaient habituellement dans la direction de Lerne, vers la mer, à une assez grande distance d’Argos. Dans une de ces courses, excédée de fatigue, elle s’endormit. Un satyre voulut abuser de son sommeil; mais la jeune fille appela Neptune à son secours; et le dieu, apparaissant à sa voix, eut bientôt mis en fuite l’homme des bois1 qui voulait attenter à sa pudeur. Frappé à son tour de la beauté d’Amymone, le dieu de la mer exigea pour lui-même le prix qu’avait voulu ravir l’odieux satyre; la fille de Danaüs fut obligée de céder à cette violence du dieu, et une fontaine abondante, qui jaillit par trois sources des trois branches du trident de Neptune, fut, du moins, pour sa patrie un bienfait durable, et pour elle-même un titre d’immortalité. Le fils qui naquit de cette union d’une mortelle avec un dieu fut Nauplius, le fondateur de la ville d’Argolide qui porta ce nom.

Telle est, dans sa plus simple expression et dans sa forme la plus accréditée, la fable d’Amymone2, une des plus anciennes et des plus célèbres parmi les traditions argiennes. Le théâtre s’en était emparé de bonne heure; et ce quelle avait de licencieux, par l’intervention du satyre et par faction effrontée de ce personnage, par l’apparition même de Neptune, et par sa passion si soudaine et si exigeante, la rendait surtout propre à fournir le sujet de drames satyriques. Aussi en exista-t-il au moins un d’Æschyle, sous le titre d 'Amymone3 * 5, dont il nous est resté deux vers seulement, mais dont on peut croire que l’argument nous a été conservé dans l'une des deux fables que nous a transmises Hygin, sous ce même nom d'Amymojie'1.

1 Je me sers tle cette expression pour distinguer le satyre qui

figure dans cette tradition, des satyres suivants de Bacchus qui

formaient le chœur du drame satyrique d’Æschyle, et je m’ap-

puie, pour cette distinction, sur le fragment d’Hésiode, apud Strabon. x, 47 1> où les satyres sont représentés comme dieux des forêts , et appartenant à l’Argolide par leur mère , fille de Phoronée; voy. Voss, Mythol. Brief. xxxvm, t. II, p. 287. A l’appui de cette patrie péloponnésienne des satyres, hommes des bois, Heyne a cité une autre tradition argienne, où figure un satyre qui enlevait les troupeaux des Arcadiens, et qui fut tué par Argus Panoptès, Apollod. II, 1, 2 : 2ÀTTP0N Sè, tous kpxdSas dSixovvla xai dÇ’aipovfievov rà jSoaxÿfiala, inrocflàs drcéxletve; etM. Welckera rappelé, Naclitragzu derSchrift iiber die Æschylische Trilogie, p. 212 et 3o8-3oc), la tradition qui nous a été conservée dans un fragment de Pindare, apud Pausan. III, xxv, 2; cf. Pindar. Fragm. Dithyr. i5, ed. Boeckh., suivant laquelle Silène était natif de Malea, MaXedyovos. A la vérité, Voss croit que ces légendes populaires, comme il les appelle, sont d’invention récente, et il se moque, suivant son usage, de la simplicité de Heyne, qui s’en rapporte, sur ce point, à l’opinion d’Hésiode et de Pindare, Myth. Br. xxxix, t. II, p. 296. Mais, en dépit de Voss, dont les sarcasmes ne sont pas des raisons, et qui ne veut rien voir d’ancien dans l’antiquité, j’accorde à ces traditions argiennes toute la confiance qu’elles méritent; et je pense qu’Hésiode et Pindare, cités sans contradiction par Strabon et Pausanias, en savaient plus que Voss sur ce qui faisait l’objet de la croyance de leurs compatriotes.

5 Les témoignages classiques sur cette fable sont ceux d’Apol-

lodore, II, 1, 4 : M/a Sè ainwv kfWficovy Çylovcra vSccp, piirlei (2é- Xos èm ekatpov, xai xoifieo/iévov 2ATTP0T t vyydver xdxeïvos zsepiavac/làe è-KeOvaei 2TITENE20AP îloaetScovos Sè èm (pavévlos, b Sarupos pèv et fivyev, kfivpebvy Sè tovtm 2TNETNÀ- ZETÀI, x. t. A.; d’Hygin, Fab. clxix; de Lucien, Dial. Mar. vi; de Philostrate l’Ancien, Imag. 1,8; ajout. Euripid. lphig. Aul. v. 198; Pausan. II, xxxvir, 1, et xxxvm, 2; Apollon. Rb. 1, i36-t38;Orph. Ârgonaut. 2o3-2o5. Cf. Spanheim. adCallimacli. Hymn in Pallad.x. 48, p. 602-664; Valcken. ad Euripid. Phœniss. v. 198.

3 Les deux vers d’Æschyle qui sont cités comme tirés de l 'Amymone de ce poëte par Ammonius, v. y ÿ fiai, cf. Valcken. ad Ammon. 1, i4, p. 59, et par Athénée, Deipnosoph. XV, p. 690, ont donné lieu de croire à Wolf, le premier, Amalthea, t. II, p. 280-1, ’), que cette pièce était un drame satyrique, et cette opinion, embrassée par M. Boeckh, Grœc. trag. princ. p. 28, par M. Welcker, die Æschylisck. Trilog. p. 54 1 , 834) . et Nachtrag, etc. p. 3o8, et par Hirt, Amalthea, t. II, p. 280, a été soutenue par Boettiger, à l’aide des monuments figurés de la fable d’Amymone où interviennent des satyres, comme représentants du chœur, de manière à ne permettre, suivant moi, aucune incertitude; voyez Y Amalthea, t. II, p. 283-294.

11 Hygin. Fab. clxix : « Amymone , Danai filia , missa est a pâtre aquam petitum ad sacrum faciendum; quam dum quærit, lassitudine obdormiit; quam SATYRVS violare voluit. IllaNeptuni fidem imploravit;.... Satyrum Neptunus fugavit; qui quum quæreret in solitudine a puella , ilia se aquatum missam esse dixit a pâtre; quam Neptunus compressit. »

Les arts d’imitation, qui s’approprièrent tant de sujets créés par la poésie, et représentés, soit dans les jeux scéniques, soit dans les danses sacrées, durent s’exercer aussi sur le mythe d’ Amymone. Nous en avons la preuve par un assez grand nombre de compositions de vases peints qui sont venus jusqu’à nous'; quelques-uns semblent, par l’attitude du principal personnage1 2, avoir été imités de ces danses mimiques, quon pourrait appeler thymelùjues , parce qu elles s’exécutaient près du Thymèlé , dans l’orchestre des théâtres grecs, danses qui eurent beaucoup plus d’influence qu’on ne le croit généralement sur le développement des arts du dessin chez les Grecs, en ce quelles offraient au goût des artistes, comme a la vue des peuples, des scènes d’un grand intérêt religieux et historique, toutes composées, et prêtes, pour ainsi dire, à être traduites en dessin, sous tous les rapports du nombre et de la disposition respective des personnages, de leur attitude caractéristique et de leur costume propre. Parmi ces peintures de vases, l’une des plus remarquables est celle dune charmante petite coupe de Ruvo, de la collection de M. Jatta, de Naples, dont jai dû à la bonté du propriétaire de pouvoir faire prendre, il y a déjà quelques années, un calque que je publie aujourd’hui3. Neptune et Amymone figurent deux fois sur ce vase, en deux actions différentes : d’un côté, le dieu de la mer, armé de son trident, poursuit4 a grands pas la jeune fille qui fuit devant lui, et qui, près d’être atteinte, laisse échapper de sa main Xhydrie quelle portait pour puiser de l’eau5; sur l’autre face du vase, Neptune, qui a obtenu l’objet de ses désirs, se montre dans l’attitude d accorder à la belle Danaïde la recompense promise ; il frappe de son trident un rocher d’où jaillit déjà la source salutaire, et Amymone contemple, avec une satisfaction qui n’est plus mêlée d’inquiétude, l’heureux prodige dont elle est la cause.

Cette circonstance de Neptune poursuivant Amymone, étant la plus caractéristique du sujet, est aussi celle qui se reproduit, sur le plus grand nombre des représentations que nous en connaissons. C’est celle que nous offre un vase peint de la collection de Lamberg6, où

1 Les plus importants de ces vases seront cités et décrits dans les explications auxquelles donnera lieu l’exposition de la fable d’Amymone; en attendant, je renvoie à l’énumération qui en a été faite par M. Ed. Gerhard, Auserlescn. Griechisch. Vasenbild. t. I, p. 48-49, 78)-8i).

2 L'art de ces gestes mimiques, cryj!ip.a!ct, composait ce que les Grecs appelaient yctporjotpla , ou ystpovoala, et qui était une branche de la danse sacrée, indépendante de la danse même. L’importance de cette y^eipovoplot est assez établie par le célèbre passage de Quinlilien, Inst. orat. 11, 1 ; et l'habileté avec laquelle elle était cultivée, dès les plus anciens temps, chez les Grecs, résulte d’un grand nombre de témoignages classiques, entre lesquels je me contenterai de citer celui d’Aristote, Poët. vi, 4 = Quant à l’excellence qu’avaient acquise à exprimer, par le geste,

tous les motifs d’une fable héroïque, plusieurs des artistes de ce

genre, on peut en juger par l’exemple de ce Télestès cité par Athénée, Deipnosoph. 1, 22 , A; cf. XIV, 629, D, 63o, A : T ekécflys à Aiuyÿ'kov 6pyiicfh)s o'(nus fjv reyvhrjs, us re èv tu ôpyeïcrdai tous Éiflà èm 0>;êas, (pavepà ■aoirjo’cu rà ■apdyp.cûa, St ÔPXII- 2E02; vid. Calliach. de Lnd. scen. c. ix, p. 5i-52. Mais on n’a

pas fait assez attention, jusqu’ici, que la plupart des gestes signi-

ficatifs que présentent les compositions des vases peints devaient

être empruntés à cette yeipovopict-, et le mérite de cette observa-' lion appartient à Boettiger, Amalthea, t. II, p. 287, *).

3 Voyez p. 17, la vignette n° 11. Dans l’intervalle, ce vase a été publié par M. Ed. Gerhard, dans ses Anserlesen. Griechisch. Vasenbild. 1. 1, taf. xi, 2 , p. 46-5 1.

4 L’altitude donnée ici à Neptune est celle qui s’exprimait en grec par le participe Stûxuv, et dont les exemples sont si nombreux dans les témoignages de la littérature classique, comme sur les monuments de l’antiquité figurée. Quant à l’épithète ëiroV7r?s, que M. Éd. Gerhard a cru, d’après un passage de Pausanias, VIII, xxx, 1, et sur une simple conjecture d'Ott. Müller, dont il a même détourné le sens, Handbuch der Archœologie , S 355, pouvoir attribuer à ce Neptune Stûxuv, j’avoue que je ne puis être de son avis.

5 Philostr. Sen. Imag. 1 , 8,p. 1 5, ed. Jacobs. : H xd'Ams î) xpvoij Sta.(pEvyovaa. ras yetpas, Srfkoi t)/i> kpvpûvpv èxns-iikfiyQctt.

0 Laborde , Vases de Lamberg , t. I, pl. xxv. Personne encore, à ma connaissance, n’a remarqué que ce vase, à deux rangs de figures, dont la peinture du rang supérieur représente le combat des Centaures et des Lapithes, avait été publié déjà par Passeri, Pictur. Etmsc. in Vase. t. I, tab. xi et xii, mais sans les inscriptions, IÏ02EIAQN, AMTMQNE, AÆPOAITE, EPQS, faute

NEPTUNE ET AMYMONE.

Neptune, tenant son trident abaissé, poursuit Àmymone, et où ce groupe, désigné par le nom de chaque personnage, est. placé entre Vénus et l’Amour, de manière à ne laisser aucun doute sur le sens de cette scène érotique. La même image du dieu poursuivant la Danaïde est celle que présente un vase passé récemment d’une collection de Rome en Russie, et cité par M. Ed. Gerhard1, où Neptune tient pareillement son trident abaissé en poursuivant Amymone, qui a près d’elle une de ses sœurs. Ce sujet se retrouve réduit au groupe de Neptune et d’ Amymone sur une amphore de Nola, de la collection de M. le comte de Pourtalès- Gorgier2, à Paris, sur une autre amphore, aussi de Nola, où Neptune paraît avec le dauphin et Amymone avec l'hydrie3, et sur un troisième vase, de la même forme et de la même fabrique, de l’ancienne collection de M. Durand4, mais où le sujet n’est pas aussi sûrement caractérisé, attendu que le dieu qui poursuit la femme tient un sceptre, au lieu d’un trident5. Je n’admets pas, au nombre des représentations de vases peints relatives à la fable d’ Amymone, un vase de la collection du prince de Canino, qui a pour sujet Neptune tenant de la main droite un dauphin, et saisissant de la gauche une femme qui cherche à s’échapper0. Le calaihus rempli de laine, qui se trouve placé entre ces deux personnages, ne peut être ici l’équivalent de l 'hydrie ou de la kalpis, le vase servant à puiser de l’eau; c’est un meuble à l’usage des femmes travaillant dans le gynécée, qui se rapporte conséquemment à une fable différente; et il n’est pas impossible de découvrir, parmi les nombreux objets des amours de Neptune, celui qui a pu être désigné par cette particularité. Je comprends encore moins, parmi les compositions de l’art antique qui peuvent avoir pour sujet le mythe d’ Amymone, celles où Neptune, porté sur un quadrige de chevaux marins, ou simplement sur un ou plusieurs hippocampes, enlève dans ses bras une femme échevelée. Cette composition, qui se trouve sur un bas-relief antique, de travail romain7, sur des pierres gra-

desquelles le savant éditeur ne put reconnaître le sujet de Neptune et d’Amymone dans les quatre figures du rang inférieur. Celte circonstance a induit M. Inghirami, qui a reproduit, dans ses Vasifittili, t. I, tav. xcrv, p. 1 3g-i 4 1 , la partie de ce vase qui a rapport au sujet de Neptune et d’ Amymone, à croire que celte peinture s’était trouvée répétée sur deux vases différents, l’un, sans inscriptions, l’autre, avec inscriptions; mais il existe une telle similitude entre les dessins publiés par Passeri et par le comte de Laborde, qu’il n’est pas possible de douter qu’ils ne proviennent d’un seul et même vase, sur lequel les noms tracés d’une manière plus ou moins visible auront échappé à l’attention de l’antiquaire ultramontain. La seule difficulté qui resterait serait d’expliquer comment le vase publié par Passeri, au temps duquel il se trouvait dans la galerie de Florence, aurait passé dans la collection de Lamberg, aujourd’hui à Vienne; mais, à cet égard, je remarque que l’éditeur français de celte collection ne dit rien sur la provenance du vase en question.

1 Ed. Gerhard, Auserles. Griech. Vcisenbild. t. I, p. 48, 79).

2 Descript. des Antitj. du. cabin. de M. le comte de Pourtalès-Gorgier, n" 181, p. 4i •

3 Ce vase est cité aussi par M. Éd. Gerhard, au même endroit.

1 Descript. des Antitj. du cab. de M. Durand, n° 208.

3 M. Panofka voyait sur ce vase Neptune poursuivant Alcyone, Mus. Blacas, p. 6; mais le savant antiquaire n’ayant pas donné

les raisons pour lesquelles il reconnaissait ici Alcyone plutôt qu’ Amymone, je me crois dispensé de discuter son opinion. C’est la présence de Neptune lui-même qui prêle à l’incertitude, à cause du sceptre mis à la place du trident ; et c’est avec raison que M. Éd. Gerhard en a fait l’observation, Auserles. Griech. Vasenbild. 1. 1, p. 48, 79).

0 Descript. de vases peints provenant de TÉtrurie, n" 64- L’éditeur propose aussi le sujet de Neptune et de Béroé , p. 3 1 , 1 ) ; mais il y a encore moins de raisons pour cette explication que pour la première. Je ferai connaître, d’après des monuments d’une signification non douteuse et d’une provenance d’accord avec le sujet, le mythe de Neptune et de Béroé, dans la ive de mes Lettres archéologiques sur la peinture des Grecs, à l’article des amours des dieux, où je traiterai à fond ce qui a rapport à ceux de Neptune.

7 Ailmiranila, tab. 29. Zoëga supposait, d’après les indices de travail moderne qu’offraient les flots et les chevaux marins, que c’était un enlèvement de Proserpine qui avait été changé en un enlèvement de Théoplianê; voy. le Zeitschrift, etc. de M. Welcker, p. 94; et, d’après celte supposition de Zoëga, M. Welcker regardait ce bas-relief tout entier comme de travail moderne, ad Philoslrat. Imag. 1, 8, p. a5i . Mais c’était aller beaucoup trop au delà de la pensée de Zoëga lui -même, qui reconnaissait pour antiques les quatre figures principales; et, très-probablement,

vées1, et sur une médaille grecque impériale de Kymé d’Æolide2, a certainement rapport à tout autre sujet que celui d’Amymone, dont il n’est pas une seule circonstance qui motive l’enlèvement de la femme; et c’est à tort que cette explication des pierres gravées, proposée par Winckelmann, a été admise par M. Welcker3, par Ott. Müller4, et, en dernier lieu, par M. Ed. Gerhard5. Mais c’était bien Neptune poursuivant Amymone qui faisait le sujet de la peinture décrite par Philostrate l’ancien6, où rien ne manquait des circonstances propres à l’action et aux personnages, non plus que le témoignage de l’écrivain; et nous avons la même garantie à l’égard d’un beau groupe de statues décrit par Christodore7, où Neptune apparaissait debout, tenant d’une main le dauphin, gage d’une union sacrée, et Amymone, aussi debout8, et déjà près de céder à la passion du dieu, ou réconciliée avec lui par le don de la fontaine qui porta son nom9.

D’autres monuments antiques représentent cette dernière circonstance du mythe, telle que nous la connaissons déjà par l’une des compositions du vase de M. Iatta. C’est le sujet qu’offrent, avec des variantes dans le nombre et dans la disposition des personnages, un vase peint du musée de Naples10, un vase de notre cabinet des antiques, publié par Millin11, le vase appartenant à M. Heigelin, publié par Hirt et accompagné de savantes observations par Boettiger12, le vase de l’ancienne collection Riccardi, publié, le premier de tous, par Passeri13, et un vase qui fit partie du cabinet de feu M. Durand14. A ces vases, qui provenaient tous de fabriques campaniennes, les fouilles récentes de Canino ont ajouté trois autres monuments de la céramographie grecque importée en Etrurie15, qui constatent ainsi

la petite figure d’Amour ailé, portant le trident, se trouvait dans le même cas, d’après la place qu’elle occupe dans la partie supérieure du bas-relief, auprès des figures principales; d’où il suit que la restauration des chevaux marins n’avait rien d’arbitraire. Je reviendrai sur ce sujet dans la iv' de mes Lettres archéologiques sur la peinture des Grecs.

1 Deux de ces pierres, dont une avait appartenu à Buonarotti, et a été publiée par Maffei, Gemme, etc., t. II, tav. 35, ont été décrites parmi les Pierres gravées de Stosch par Winckelmann, n°! 45 1, 45a ; et il en existait d’autres du même sujet à la connaissance de cet antiquaire.

2 Cette médaille est publiée dans le Cabinet Allier, pl. xm, n° 27.

3 Welcker, ad Philostr. Sen. Imag. 1, 8, p. 2 5i.

4 Ott. Muller, Handbuch der Archaol. S 356, 3.

5 Ed. Gerhard, Auserles. Griecli. Vasenbild. t. I, p. 48, 77).

0 Pbilostrat. Sen. Imag. 1, 8. Les expressions suivantes: Kai aréXXeiai [à UocreiSüiv) SripevfTcov aùrrçv, oüttw ft meitrav Ôti êpâTO», d’accord avec le mouvement de la jeune fille elTrayée qui cherche à se dérober par la fuite à l’approche du dieu , indiquent bien le motif de la composition.

7 Christodor. Carm. in Brunck. Analect. t. II, p. 458, v. 61-68 (t. III, p. i63, ed. Lips.); cf. Jacobs. Animadv. t. X, p. 307. Ce savant ne devait pas reproduire, au moins sans la condamner, l’observation de Heyne, qui regardait comme une interprétation inepte du poète le dernier vers de cette description :

A üpa 7roXu£r/Xoio yitiuv pvticrhfpia Kov'pijs.

Le dauphin à la main de Neptune avait bien certainement cette intention, ainsi que cela résulte de plusieurs témoignages classiques et de beaucoup de monuments de l’art; et l’ineptie reprochée à Christodore est tout simplement une inadvertance de Heyne.

8 Je ne sais où Ott. Millier a vu qu’Amymone était assise , Handbuch der Archtiol. S 356, 3 : Statuengruppe in Byzanz, wo Amymon sass; rien n’indique celte circonstance dans les vers du poëte, et tout prouve le contraire. Le groupe devait être conçu à peu près comme sur la belle pierre gravée des Inpronte dell' Instit. archeol. Cent. I, n. 64-

9 C’est l’idée exprimée par Lucien , Dial. Marin, vi , 3 : Tlriyrjv èirchvvftév a 01 âvaSoOvvai èdcrco èvlaïiOa,. J’ignore où l’éditeur des vases de Lamberg a trouvé qu’Amymone, pour se soustraire aux poursuites du dieu, se fit changer en rivière, 1. 1, p. 37, 3) ; il n’y a rien de cela dans aucun texte de l’antiquité.

10 Ed. Gerhard, Neapels antik. Bildwerke, t. I, p. 298, If.

11 Millin, Peint, de vases, t. II, pl. xx, et Galerie mythologique , pl. lxiii, n° 294. Ce vase, qui vient de la collection de Caylus, avait été publié par cet illustre antiquaire, Recueil II, pl. xix, p. 70.

12 Amalthea, t. II, taf. n, p. 277-282, et 283-3oi.

13 Passeri, Pictar. Etrusc. in Vase. t. II, tab. clxxi.

14 Descript. des Antiq. du cab. Durand, n° 207.

15 Ces trois vases sont cités par M. Éd. Gerhard dans son Rapporto Volcente, n° 25 1 et 928. Voyez encore d’autres indications données par le même savant, Auserlesen. Griech. Vasenbild. t. I, p. 48, 78), 49, 80).

NEPTUNE ET AMYMONE.

la grande célébrité d’un sujet, si souvent représenté, et toujours d’une manière différente, sur les monuments de cette seule branche de l’art des Grecs.

Des monuments qui viennent d’être cités, les plus curieux sont, sans contredit, ceux où la présence des satyres, motivée par l’ancienne tradition argienne, indique que la représentation était empruntée à quelque drame satyrique 1 . De ce nombre sont le vase Heigelin et le vase Riccardi, auxquels on pourrait se croire autorisé, par l’avis d’un savant antiquaire2, à ajouter la belle coupe du mariage d’IIercule et d’Hébé, où se voit Neptune avec une figure de femme ailée et avec un satyre3. Mais, dans aucune de ces représentations où les satyres n’assistenl que pour figurer le chœur, on ne voit paraître, comme personnage principal, celui dont l’action déshonnête avait motivé l’intervention, non moins fatale à la pudeur d’Àmymone, du dieu de la mer, action telle qu’on peut se la représenter d’après les basreliefs et les peintures antiques qui ont pour sujet une nymphe endormie, surprise par un pétulant satyre4. A cette occasion, je me borne à faire mention d’un monument, où deux antiquaires ont cru voir la fable d’Amymone poursuivie par le satyre de l’Argolide5, mais en se plaçant dans une hypothèse contraire à tous les témoignages et à toutes les données antiques.

J’arrive maintenant à notre peinture de Pompéi, qui représente Neptune et Amymone d’une manière encore différente de toutes les compositions que nous connaissons du même sujet. Le moment choisi par l’artiste est celui où la jeune vierge d’Argos, qui s’est dérobée par la fuite à la violence brutale du satyre, vient se livrer à la protection non moins dangereuse du dieu. Neptune est assis à l’ombre du rocher6, des flancs duquel devait bientôt

1 C’est une des plus heureuses idées de Boeltiger, qui a répandu , sur tout le champ alors encore à peu près vierge de la céramograpliie grecque, tant de vues neuves et d’aperçus ingénieux; voy. la Weitere Ausjïihrung der Amymone-Fabel dans l'Amalthea, t. II, p. 287-8, *).

a Ed. Gerhard, Auserles. Griech. Vasenbilcl. t. I, p. 4g, 80).

3 Voyez la description de ce vase, qui se trouve au musée de Berlin, telle qu’elle est donnée par feu M. Lewezow, Verzeichniss der antik. Denkmiiler im Jntiquar. des Kônigl. Muséums zu Berlin, n. 1016, p. 267-271, et par M. Éd. Gerhard, Berlins ant. Bildwerke, n. 1016, p. 299-800. Mais j’avoue que cette conjecture, dont le mérite appartient à M. Panofka, me paraît extrêmement hasardée.

h J’aurai occasion, dans la IVe de mes Lettres archéologiques sur la peinture des Grecs, de citer ces monuments, et d’en tirer tout ce qui importe à la connaissance de l’antiquité figurée, dans cette classe de ses productions, à laquelle j’ai appliqué le nom général de Pornographie.

5 C’est un candélabre de travail étrusque, provenant d’un

tombeau de Vulci , qui est décrit dans le Catalogue des vases étrusques, n° 2 58, puis dans celui des vases de M. Beugnot, n. 352, et qui a été publié par M. Micali, Monum. perserv. ail. Stor. cl. ant. Popol. ilal. tav. xl , 3 , et reproduit par Ott. Müller dans ses Monum. de l’art antique , pl. lix, n° 295. Le fût de ce candélabre est terminé par une figure de femme vêtue , qui a deux jambes de poisson ou de serpent. M. Micali a vu dans cette femme une sirène, Ott. Müller une néréide, l’une et l’autre sans

motifs suffisants. Mais cette double conjecture n’approche pas, en fait de suppositions hasardées, de l'idée de l’antiquaire français, qui a pu voir dans cette déesse (pourquoi déesse?) à jambes de poisson, la nymphe Amymone, qui n’était point une nymphe, mais une Danaïde, et qui n’a jamais été représentée de cette manière, dans aucun texte, ni sur aucun monument antique. Cette prétendue explication s’appuie sur une interprétation non moins hasardée d'un vase peint de la collection Campanari , décrit par M. Brôndsted, A brief Description of thirly-lwo ancienl Greek painled vases, n°xxx, p. 70-76, où M. Panofka a trouvé la fable d’Amymone figurée comme on ne l’a jamais vue, c’est-à-dire avec Hercule remplaçant Neptune, et avec le lion remplaçant le satyre, de manière aussi que le demi-lion, ’Xé{av), et le rocher, ëpvos, exprimassent en hiéroglyphe la localité de Lerne, Annal. dell' Instit. archeol. t. IV, p. 373. Je m’abstiens de toute réflexion sur ce système de substitution de personnes, joint à cette manière de traiter les mots grecs, qui permet de trouver dans la mythologie et dans la langue tout ce que l’on veut; mais je ne puis m’empêcher de dire qu’à mon avis la science aurait bien plus à perdre qu’à gagner à de pareils procédés.

6 La localité où se passa la fable d’Amymone, qui est celle de la fontaine même de ce nom, est indiquée comme une colline, dans ce texte d’Apollodore, II, v, 2 : Tyv Sè vSpctv, evpwv ëv rtvi AÔ<DÎ2, zzctpà Tas vsryyà? tjJs kpvuœvys , x. r. X. Cette même colline est figurée comme un rocher abrupte sur le vase de M. Iatta; et c’est la même idée qu’en donne Lucien, Dial. Marin. vi, 3 : IIa7<x£as t t pia.lvij Tyv 1IÉTPAN ■a'kyalov tov xXocftaJos.

jaillir la source d’Amymone, et qui était voisin du marais de Lerne. De la main gauche il tient le trident, qui caractérise ici l’action particulière du dieu , dans la circonstance qui suivra son triomphe1. Il est nu, à la réserve d’un manteau bleu2 qui lui couvre la cuisse gauche; sa barbe et ses cheveux bruns, légèrement argentés, qui répondent à une épithète homérique, fréquemment employée par les poètes3, sa large poitrine4, autre trait du personnage olympien, créé dans sa forme physique par le génie d’Homère, révèlent à lœil le moins familiarisé avec les images antiques le puissant dieu de la mer. 11 attire à lui, de la main droite, Amymone, qui paraît, à un mouvement d’hésitation empreint dans toute son attitude, résister à l’intention du dieu. La belle Danaïde n’a pour vêtement qu’un pépias, de couleur de safran, bordé de violet, qui laisse à découvert une partie des charmes de sa personne, et quelle relève en avant de la main droite, moins encore, à ce qu’il me semble, pour alléger sa fuite devant le satyre5, que pour opposer un faible et dernier obstacle au désir de Neptune. Sa tête est entièrement couverte d’un réseau de fil d’or6, qui laisse à peine sortir quelques boucles de ses cheveux blonds ; et elle porte des pendants d’oreille qui conviennent à son rang et à sa naissance. L liydne, qui devait se voir à sa main ou à ses pieds pour achever de caractériser le sujet, manque dans notre peinture; ce qui laisse subsister quelque incertitude. Mais l’attitude de la fille d’Argos, empruntée sans doute de

1 Le témoignage de Lucien rapporté à la note précédente justiGe déjà la présence du trident à la main de Neptune, dans la circonstance dont il s’agit. La même particularité Ggure dans d’autres témoignages classiques, Hygin. Fab. clxix : « Id in quo loco factum est, Neptunus dicitur FVSCINA terram percussisse, et inde aquam profluxisse ; » Scliol. Euripid. ad Pliœmss. v. 1 95 : Tplawa TÔitos kpyovs, ëvOct tyv TPIAINAN ôpQyv ËalyrrEV à IloaeiSwv STITINÔMENOS tî? kpop-àvi) , xcti èvdiis xa,T èxsïvo üScep dvéëXvcrev.

2 Le manteau bleu Ggurait naturellement dans la garde-robe du dieu de la mer. Le bleu était la couleur attribuée à la barbe et à la chevelure des Tritons et des divinités marines de tout ordre ; voyez, à cet égard, les nombreux témoignages rassemblés par Voss, Mythol. Br. xxxvi, t. II, p. 236-248. Neptune luimême avait les yeux bleus, Cicéron, de Nat. Dcor., I, xxx; Pausan. I, xiv, 5. Les Néréides bleues, dans Théocrite, ldyll. vu, 59, étaient des nymphes marines habillées de bleu; cf. Ovid. Fast. 1, 365. Les Fleuves sont représentés généralement par les poètes avec des vêtements de la même couleur, Slat. Sylv. 1, 3, 71 ; Valer. Flacc. 1, 218; Claudian. xxvm, 166; Auson. Mos. 4 18. Neptune surtout devait être peint avec un manteau bleu ; ce qui se déduit de l’observation de Pbilostrate, Imag. 11 , i4 : Téypctnlcti (à HoaetScév ) Sè où KTÀNE02 oùSè 0A AÂTTI02, ctXX’ flttEipunys; et ce qui est prouvé par le trait de Sext. Pompée, s’habillant de bleu pour ressembler à Neptune , dont il se prétendait le Gis, Dion. Cass. 1. XL VIII, c. xix; Appian. Bell. civ. 5.

3 Homer. Iliad. xx, 1 4 4 : K.vct,voyahy;-, cf. Eustli. ad Iliad. 1 , 43, 58 et 528; Hesiod. Theog. v. 278; Hymn. Orph. xvii (xvi), 1. Le mot xvdveos indiquait, chez les anciens, la couleur brune foncée des cheveux, Voss, Myth. Br. xxxvi, t. II, p. 2 35 ; d’où il suit que, si l’espèce de teinte argentée qui se remarque à la chevelure de notre Neptune n’est pas un effet de la détérioration de la couleur primitive, dans cette partie de la peinture, elle doit être

attribuée à l'intention qu’aurait eue l’artiste d’exprimer l’écume de la mer dans le reflet blanc des cheveux de Neptune.

4 Homer. Iliad. 11, 479 • 2 •répi >ov Sè UoaeiSdwvi ; de là l'épithète Eùpùc/lspvos donnée à Neptune, Eustatli. ad Iliad. 11, p. 2 58; voy. Boettiger, Amalthea, t. II, p. 296, ‘).

5 C’était l’idée de l’éditeur napolitain.

0 Homère désigne par les mots ®Xex7ù draSécrpv, Iliad. xxn, 409, toute espèce de lien travaillé en Glet dont les femmes grecques se servaient pour retenir leurs cheveux ; mais l’espèce de réseau qu’on voit ici sur la tête d’Amymone est ce que l’on appelait, en général, x£xpù<paXos, Pollux, v, g5. Telle que cette coiffure est ici représentée, elle paraît répondre à celle qui est indiquée par Pollux, en ces termes, iv, i54 : Mfrpa -zsoixlXij lyv XEÇicckyv xctlElfoynla. 1, puisqu’elle embrasse toute la tête; ce qui n’était pas le cas de la sphendonê, encore moins de Yopistho-sphendonê, Pollux, v, 96, deux sortes de coiffures, qui se faisaient le plus souvent en Glet, comme ici, et dont nous avons, dans le commentaire d’Eustathe, ad Dionys. Perieg. v, 7, une description très-exacte, à laquelle répondent parfaitement les nombreux exemples que nous en trouvons sur les vases peints. Il existe d’ailleurs, dans nos peintures antiques, plus d’un exemple d’une coiffure toute semblable, entre autres, celui que nous fournit la femme assise à un banquet domestique, d’une peinture de Résina, Pittar. ÆErcolan. 1. 1, tav. xiv, laquelle femme a la tête entièrement couverte d’un réseau d’or, qui était la coiffure du temps, au témoignage de Juvénal, Sut. 11, 96 :

RETICVLVMque comis AVRATUM ingentibus implet.

Consultez encore, sur la différence des bandeaux, apnvxEs, et des enveloppes, phpoct, et sur le xexpù(pa Xos, en particulier, les savantes explications de Boettiger, Vasengemàlde, t. II, p. 85, et Ariadne, p. 23, 22).

NEPTUNE ET AMYMONE.

quelque modèle tracé d’après une de ces danses mimiques si chères au génie grec, offre tant d’analogie avec celle d’Amymone du vase Heigelin, où Neptune est pareillement assis, qu’il suffit de ce rapprochement pour prouver que ce groupe appartient, sur notre peinture, comme sur le vase où figure Yhydrie, au sujet de Neptune et d’Amymone.

Quant au mérite de notre peinture, c’est certainement une de celles où brillent, à travers les défauts inséparables d’une exécution rapide, les qualités de style propres à l’ancienne école grecque. La composition de ce groupe dut appartenir à quelque maître célèbre, à en juger d’après plus d’une répétition qui s’en est conservée jusqu’à nous, avec des personnages différents1. La figure de Neptune, moins heureuse d’exécution, est pourtant d’un caractère remarquable; et celle d’Amymone, dans tout son mouvement, dans son attitude et dans son expression, est une des plus gracieuses que le pinceau facile des décorateurs de Pompéi nous ait rendues des belles héroïnes de la peinture grecque.

1 Tel est le groupe d’Hercule et Augé, dont nous possédons Belvédère, p. 42-44- J’aurai lieu de revenir, dans cet ouvrage, plusieurs variantes sur des médailles et des pierres gravées, au sur la question traitée dans ce mémoire, pour répondre à quelsujet desquelles on peut consulter mon Mémoire sur le torse du ques objections d’un antiquaire napolitain.

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