PLANCHE VII
ADONIS MOURANT DANS LES BRAS DE VÉNUS
Hauteur, 3 m. 06 cent. — Longueur, 2 m. 57 cent.
La peinture dont je présente ici un dessin fidèle , et qui peut passer pour inédite 1 , est en tout cas une des plus remarquables qui aient encore été trouvées à Pompéi , et elle est certainement unique , entre toutes les peintures connues jusqu’ici de Pompéi , par la dimension des figures, qui surpasse la grandeur naturelle. La surprise que cause le premier aspect de cette peinture aux yeux familiarisés avec les peintures de Pompéi , toutes de petite proportion , en quelque sorte comme les habitations mêmes dont elles formaient la décoration , cette surprise s’augmente par la considération que la maison à laquelle elle appartient est elle-même une des plus petites de Pompéi, conséquemment une de celles où l’on devait le moins s’attendre à trouver des peintures de quelque importance, encore moins un tableau de proportion colossale et de style héroïque , tel que celui-ci. Cette maison ne consiste qu’en
Elle a été publiée dans 1 Archàologische Zcitung de M. Éd. n’a paru encore qu’un commencement qui laissait beaucoup à Gerhard, IIe L., Taf. v, a , p. 88-89, ma*s dans un dessin très- désirer, et dont la continuation, annoncée par le savant éditeur, réduit, et au simple trait, qui ne peut passer que pour une in- répondra sans doute au mérite du monument et au savoir de dication. Il est permis d’en dire autant de l’explication, dont il l’auteur.
un petit atrium toscan, flanqué, seulement du côté gauche, de chambres d habitation; elle manque du tablinum, qui est la partie essentielle de toute maison antique tant soit peu considérable; et c’est sur la paroi du fond d'un petit péristyle, formé de cinq colonnes liees jusqu’à une certaine hauteur par un mur d’appui, que se trouve cette peinture, qui en couvre toute la superficie. Elle fut découverte au mois d octobre 1 8 3 5 1 , et je la vis en 1 8 3 8 , presque dans tout l’état d’intégrité où elle nous était parvenue, mais qui avait déjà beaucoup perdu, dans l’intervalle de six années, quandjela revis en octobre i844-
Ue sujet de cette peinture ne pouvail donner lieu à aucune difficulté ; elle représente évidemment Adonis mourant entre les bras de Vénus, motif de composition pittoresque que nous avaient déjà offert plusieurs peintures de Pompéi 3, chacune avec des différences de composition et des variantes de détail qui prouvent quil dut exister, dans 1 antiquité romaine , un grand nombre de représentations de ce tTait mythologique , certainement dérivées de l’art grec. Celle-ci diffère pareillement des autres peintures du même sujet, nonseulement par la dimension des figures, mais encore par leur ordonnance et par le style, lequel a quelque chose de plus élevé, de plus sévère, qui semble tenir à une école plus ancienne, et qui ajoute ainsi au mérite archéologique de celte peinture. D’ailleurs, elle s’explique si bien d’elle-même , qu’il me suffira de peu de paroles pour en donner l’intelligence.
Le jeune héros .objet de la tendresse de Venus, est assis sur des rochers près de la déesse , qui lui prodigue ses soins. 11 est entièrement nu, à la réserve d’un manteau, tombé de son épaule gauche, qui lui couvre une partie du bras et qui est rejeté par-dessus sa cuisse droite. 11 a reçu, à l’intérieur de la cuisse gauche4, la blessure fatale qui doit causer sa mort, et sur laquelle un petit Amour ailé, debout à ses pieds, est occupé à placer un bandage. L’attitude entière d’ffcfonis indique la défaillance qu’il éprouve : du bras gauche, il s’appuie sur les genoux de Vénus; son bras droit, qu’il abandonne, est soutenu par la déesse elle-même et par un second Amour, monté sur le rocher où le groupe divin est assis, et il penche sa tête du côté de Vénus avec une expression où se peignent la douleur, la prière et la reconnaissance.
Vénus se montre assise sur un plan un peu plus élevé et un peu en arrière, comme si l’artiste, en donnant à ce personnage une situation d’accord avec sa condition supérieure, se fût conformé à quelque prescription hiératique. Elle est vêtue d’une tunique longue à mi-manches et d’un péplus qui lui couvre la tête; son front est orné d’un diadème, et elle porte un sceptre de la main gauche, tandis que, de l’autre main, elle soutient le bras défaillant du jeune héros. Il ne manque à la déesse de la beauté aucun des bijoux qui doivent composer sa parure ; son pied même est serré par des liens d’or garnis de pierres précieuses. Ce n’est donc pas ici l’amante passionnée d 'Adonis, comme nous la représentent les poètes grecs5, volant au secours de son amant, avec les vêtements en désordre, les cheveux épars,
1 Voyez- en l’indication donnée par M. Schulz dans son Rapporto intorno cjli scavi Pompeiani negli anni 1 83 5-i 83 6 , p. 24-27-
2 J’en ai rendu compte dans ma Lettre à M. de Salvandy, p. 19-20.
3 R, Mus. Borbon. t. IV, tav. xvn, et t. IX, tav. xxxvii. Il en sera parlé plus bas avec quelque détail.
4 Bion. Idyll. 1, V. 7-8 :
KsÏt<x< xakbs ASowtç éir' éopetri, ptjpbv bSivTt Aevxÿ \euxbv bSivTi nnzels.
Cf. Tlieocrit. Idyll. xxx, 19; Ovid. Metam. X, 718. 5 Bion. Idyll. 1, v. 19-21 :
À S’ ktppoSha,
Kwrapéva ■BsXoxap.iSas , àvà Spupàs akaMnai, Ileiifiahéa , vifirbsxlos , àtrolvSabos.
Cf. Ovid. Metam. X, 721-23.
ADONIS MOURANT DANS LES BRAS DE VÉNUS. m
les pieds nus. en proie à la plus cruelle anxiété; c’est la déesse dans toute la majesté de son caractère divin, et sa physionomie, où sa douleur a quelque chose de grave et de sérieux, s’accorde ainsi avec son costume pour nous offrir une image toute différente de celle que nous connaissions par les autres peintures du même sujet : nouveau motif de croire que celle-ci procède de quelque modèle d'ancien style.
Les personnages accessoires de cette peinture n’y figurent également que dans des proportions et a des places subordonnées, d’après un système de convention qui doit avoir été celui de 1 ancienne école. Ce sont d’abord les Amours, témoins de cette scène de deuil, au nombre de cinq, qui expriment, chacun à sa manière, la part qu’ils prennent à la situation d Adonis et à la douleur de Vénus. J’ai déjà parlé des deux Amours qui tiennent de plus près au groupe principal; un troisième, dont la figure presque entière est détruite, était occupé à exprimer de ses deux mains le suc de quelque fruit bienfaisant, qui devait tomber dans un bassin placé au-dessous et rempli d’eau pure; un quatrième, relégué un peu plus loin, tient à la main un vase d’argent où se trouvait sans doute quelque baume, quelque médicament salutaire, et il porte l’autre main à ses yeux pour en recueillir les larmes; le cinquième, enfin, placé sur le plan le plus éloigné, témoigne, par sa physionomie et par le geste quil fait de la main gauche, une douleur muette; et le pedum qu’il porte de la main droite montre que le fatal événement a surpris cette troupe d 'Amours dans une occupation pastorale. Reste un sixième adolescent ailé, que l’on a pris pour un Amour, mais qui , s’il est un personnage du même ordre, appartient certainement à une classe différente: c’est celui qui se trouve placé derrière Vénus, et qui, à sa taille plus élevée que celle des cinq petits Amours, à l’expression sévère de sa physionomie, et surtout au geste de reproche plutôt que de consolation qui! fait de la main droite, s’annonce pour un témoin plutôt contraire que favorable aux vœux et aux sentiments de Vénus. A tous ces traits, je reconnais en lui Anteros, lAmour adversaire, l’Amour antagoniste1, dont la présence indique sans doute ici que la vengeance de Mars, sacrifié au jeune héros syrien, est la cause de la mort S Adams.
Je nai plus à rendre compte que du personnage de la femme assise à l’écart, dont le costume consiste en une tunique longue laissant à découvert les bras, à demi cachés dans des manches rapportées2, pièce de costume du même genre que les anaxyrides, certainement
1 Sur le sens de ce mythe et sur les représentations figurées
qui en existent, voyez la dissertation de Boettiger, réimprimée dans ses Klein. Sclirift. 1. 1, S vi, p. i59-i63. Le culte XAntèms existait à Athènes, Pausan. I, xxx, 1; à Élis, Idem, VI, xxm, 4, et encore ailleurs. Une des bandelettes qui se distribuaient aux athlètes vainqueurs avait pour type en broderie Éros et Antéros luttant ensemble, Pausan. VI, xxm, 4 • Cet adversaire de l’Amour est aussi 1 Épais xolctcflris i&v vnepiiÇ>dvoiv, dont il est parlé dans Plutarque, Erotic. c.xx, t. IV, p. 72, ed.Wyttenbacb.,leZ)eHS a Itor, auquel il est fait allusion dans une des Métamorphoses d’Ovide, XIV, 750, l’ctXflt r/lwp que nomme Pausanias, I, xxx, 1, dans une circonstance à peu près semblable. Les Érotiques de Parthénius fournissent plus d’un trait du même genre, et ce serait un sujet de recherches curieux, etloin encore d’être épuisé, que ce culte d 'Antéros et ses diverses acceptions. J’observe à cette occasion que la lutte d 'Éros et d’ Antéros, sujet du bas-relief attique men-
tionné par Pausanias, I, xxx, 1, dont il nous est parvenu une répétition antique au musée de Naples, Hirt, Bilderbuch, II, xxxi, 3, p. 221-222, avait été exprimée de plusieurs manières, dont l’une est représentée sur un bas-relief Colonna, qui fit partie du même monument que le bas-relief de Naples, et qui vient d’être publié par M. Éin. Braun, Antilc. Marmorwerke, Decad. Il" Taf. v.
2 J’ai déjà eu l’occasion d’expliquer cette particularité du costume antique, que nous avait fait connaître une peinture de Pompéi, celle du Sacrifice d'Iphigénie, publiée dans mes Monuments inédits, Orestéide, pl. xxvii; voy. l’observation faite, ibid. p. 137, 4), au sujet de ces manches de rapport, yetplSes, Xenophon. Cyropæd. VIII, vnr, 17; cf. Pollux, II, eu, et Vil, Lxii, quon peut regarder comme faisant partie du vêlement des peuples de cette partie de l’Asie, d’où elles avaient passé dans la garde-robe tragique.
YMOURS DES DIEUX.
propre au système de vêtement asiatique, et en une espèce de mitre, qui lui couvre la tête et le dos, et qui n’est pas un élément moins caractéristique de costume oriental. A de parei s signes, on ne risque rien de reconnaître ici la nymphe du lieu, la nymphe du Liban, ou celle de Byblos, témoin naturel d’une pareille scène ; et l’attitude dans laquelle elle se montre, la tête appuyée sur sa main gauche, dont le coude ployé repose sur son autre main, attitude dont j’ai expliqué ailleurs l'intention1, s’accorde parfaitement avec cette détermination.
Les objets accessoires qui complètent la représentation méritent que j’en dise aussi quelques mots. Le lieu de la scène présente un amas de rochers, parmi lesquels se dressent quelques arbres en partie dépouillés de leur feuillage ou privés de leurs rameaux : c’est bien là la retraite sauvage du farouche sanglier, indiquée sur les bas-reliefs romains par une caverne de rochers; et il peut y avoir aussi dans cette végétation défaillante une allusion au mythe oriental d 'Adonis, emblème de la germination des plantes et des productions de la terre arrêtée dans son cours par l’effet des rigueurs de l’hiver, dont le sanglier était le symbole2. Les étoffes, sous forme de bandelettes, suspendues aux branches de l’arbre, indiquent le culte des arbres, qui était essentiellement propre aux religions asiatiques3 4. Les fruits placés, au nombre de trois, au-dessus d’une espèce d'autel rustique, sur le devant duquel pendent des bandelettes, n’ont pas un rapport moins direct avec le culte S Adonis : ce sont une pomme et des grenades, fruits compris sous une dénomination commune1, et dont on connaît, par une foule de témoignages5, la signification symbolique, comme gages ou présents d’amour et comme emblèmes de fécondité, deux idées certainement liées au mythe d 'Adonis. La même allusion se montre d’une manière plus sensible encore dans un objet qui n’est peut-être pas rendu assez distinctement sur notre dessin, mais qui est parfaitement reconnaissable sur la peinture originale : c’est un de ces grossiers simulacres en bois de Priape6, au phallus duquel est attachée une guirlande flétrie, indice d’un sanctuaire rustique, comme on en voit sur beaucoup de peintures et de bas-reliefs antiques, dont l’image est complétée ici par le bucrdne suspendu tout auprès. C’est d’ailleurs une notion établie par d’autres monuments relatifs à Adonis, que le rapport du phallus avec la nature de ce culte syrien.
1 Voyez mes Monuments inédits, Orestéide, p. i32-3.
2 C’est comme symbole de l'hiver que le sanglier figure dans le mythe d 'Adonis , selon Macrobe , Sut. i , a i , et c’est ainsi que l’ont entendu la plupart des critiques modernes, tels que M. Creuzer, Relig. de l’antig. t. II, p. 5o, et M. Roulèz, Notice dun bas-relief représentant Vénus et Adonis, p. 7, 1). Suivant une autre tradition, Lyd. de Mens. IV, xliv, p. 77; cf. Movers, Die Phœnicier, t. I, p. 209, 216, 222, etc., c était, au contraire, comme emblème des chaleurs de l’été que le sanglier, animal de Mars, intervenait dans la mort d 'Adonis; deux points de vue qui se concilient aisément.
3 Voyez les éclaircissements que j’ai déjà eu l’occasion de donner à ce sujet dans mes Peintures antiques inédites, p. 4o3-4o6.
4 Celle de [irjXov, malum, qui désignait, chez les Grecs et chez les Romains, ce que nous appelons, de noms différents, pomme, grenade, coing, citron et orange; j’en ai déjà fait plus haut l’observation, p. io4i 4)-
5 Philet. apud Schol. Theocrit. Idyll. n, 120; Theocrit. Idyll.
m, 10, et xi, 10; Virgil. Eclog. m, 5o. Sur un vase peint dont
il sera parlé plus bas, Vénus est occupée à cueillir des pommes, p}Xa, pour en remplir les vases où se dressaient les jardins d’ Adonis, kSuviSoe xvirot. On sait aussi que ces mêmes fruits, pjXa, figuraient au nombre des symboles dionysiaques déposés dans la ciste mystique, Clem. Alex. Prolrept. p. i5, ed. Potter. En ce qui concerne le rapport de la pomme de grenade avec Adonis, j’ajouterai encore, sur la foi de M. Movers, Die Phœnicier, t. I, p. 197, que le nom phénicien qui signifiait ce fruit, pET, avait servi de surnom à un dieu solaire syrien, Hadad-Rimmon, le même qu’AtZows.
6 Un de ces Piiapes en bois, ornement rustique d’un paysage grec, se voit sur une peinture de la maison des Dioscures, publiée dans le R. Mus. Borbon. t. VI, tav. lv; et cet exemple me dispense d’en citer d’autres, tant ils sont communs dans les peintures antiques de Pompéi. Sur une autre peinture de Pompéi, qui sera citée plus bas, un simulacre de Priape est adossé au tombeau d" Adonis, ibid. t. I, tav. xxxii; et le même simulacre se voit aussi, près du tombeau d’ Adonis, sur un des bas-reliefs du vase Chigi, Zoëga’s Abhandlungen, etc., Taf. v, n. i3. Quant au
ADONIS MOURANT DANS LES BRAS DE VÉNUS
11 ne me reste plus à rendre compte que d’un dernier élément de cette représentation, qui nen est pas 1 objet le moins curieux: c’est le chien qui se voit couché aux pieds d 'Adonis, près des deux javelots brisés, armes impuissantes de l’infortuné chasseur. Le chien, ce fidèle compagnon des héros, pour qui la chasse était l’image de la guerre1, ne manque jamais près de la figure d 'Adonis, dans les représentations, soit peintes, soit sculptées, qui ont rapport soit à son départ pour la chasse, soit à sa mort; mais il s'y montre toujours sous sa forme ordinaire, tandis qu’ici le caractère de sa tête, qui a quelque chose de celle du lion1, et surtout le collier garni de pointes qu’il porte, à peu près comme on le voit à la célèbre tête de face du chien Sirius, ouvrage du graveur Gaios3, tendent à lui assigner un caractère astronomique, certainement en rapport avec le mythe d 'Adonis, une des formes du dieu solaire asiatique.
Ce serait ici le lieu dentrer dans quelques explications sur ce culte tout oriental (Y Adonis , qui a récemment exercé le savoir d habiles antiquaires, sans que ce sujet soit encore épuisé; mais je dois réserver ces éclaircissements pour un travail spécial4, où ils se trouveront plus à leur place, et me borner ici à faire un examen critique des monuments qui nous restent de l’antiquité figurée concernant le sujet d 'Adonis.
Le culte d 'Adonis dut être connu de bonne heure des Grecs, je veux dire, dès cette première époque de leur civilisation où ils reçurent, par l’intermédiaire des Phéniciens, tant d’idées et de croyances propres aux religions asiatiques. C’est ainsi que je m’explique la tradition attribuée à Hésiode5, qui faisait Adonis Jils de Phénix, et le nom même A Adonis 6, qui, sous
rapport du phallus avec le culte syrien d 'Adonis, j’aurai lieu de traiter ce point d’antiquité dans la rv" de mes Lettres archéologiques sur la peinture des Grecs.
1 Le chien, près de la figure du héros partant pour la chasse ou pour la guerre, était une des images favorites de l’art attique; de là, la présence de cet animal domestique sur tant de vases peints, dont un, de fabrique proprement attique, et trouvé presque sous mes yeux dans un tombeau du Céramique, est le monument le plus précieux de mon cabinet. Cette image était si chère à la civilisation athénienne, quelle avait trouvé place jusque dans le tableau de la bataille de Marathon, ouvrage de Panænus, où se voyait, dit un auteur ancien, un chien combattant à côté d’un Cynægire, d’un Epizêlos et d’un Callimaque, Ælian. H. A. VII, xxxvm : ZvcrlpaTtûîmtv Sé t«s kdrtvoiïos . . . èm)- ■yero xvva,, . . . ëah Sè xal olnoi xal ô xvwv Mixwvos ypappa. Les critiques ont relevé cette erreur d’Élien , qui attribuait à Micon, comme d’autres àPolygnote, ce tableau, qui était de Panænus.
2 Éd. Gerhard, Archàol. Zeitung, n. ji, p. 89.
1 Winckelmann, Pierres grav. de Stosch, p. 206, n. 1 a4o. Voy. ma Lettre à M. Schorn, § n, p. i38, n. 43, 2e édit.
Pour la ivc de mes Lettres archéologiques, où l’article consacré à Vénus et Adonis sera l’un des plus considérables du chapitre des Amours des dieux. Indépendamment des mythographes qui se sont occupés du mythe d’ Adonis, et à la tête desquels il faut placer M. Creuzer, Relig. de l’antiq. t. II, p. 42, suiv., Symbolik und Mythologie, t. II, p. 417, suiv., et p. 473, suiv., 3° édit., le mythe d" Adonis a exercé récemment plusieurs savants, notamment M. de Witte, Nouv. annales de l'Instit. archèol. t. I, p- 507, suiv., M. Roulèz, Notice d’un bas-relief en terre cuite
représentant Vénus et Adonis, extraite du tome VII des Bulletins de l’Académie royale de Bruxelles, p. 1-17, et surtout M. Movers, Die Phœnicier, t. I, p. 191, suiv. Il avait aussi fourni la matière de recherches savantes à Manso, Ver sache über einige Gegenstânde aus Mythologie (Leipzig, 1794, 8°), p. 112, suiv., p. 242, suiv.; à Hug, Untersuch. iiberden Mythos, etc., p. 82, suiv., et à Groddek, antiguar. Vcrsuch. Ir, 83, suiv.; et il a été le sujet de plusieurs dissertations spéciales, de Ch. Moinichen, De Adonide, Hafn. 1702, 4", de Maurer, Dissert, de Adonide, Erlang. 1 782, 4°, et du Dr Fikenscher, Erklàrung des Mythus Adonis (Leipzig, 1799), p. 1-1 4o. Mais on ne doit pas oublier l’article que Bayle a consacré, dans son Dictionnaire, à Adonis, t. I, p. 223-23i (Paris, 1820, in-8°), et qui renferme, sous cette forme familière qui lui était propre, une érudition très-solide, exprimée souvent d’une manière très-piquante.
5 Hesiod. apud Apollodor. 111, xiv, 4; et apud Prob. ad Virgil. Eclog. x, 18. Ce témoignage a été admis par Ott. Millier, Orchom. p. 1 17, 5); ce qui ne rend pas inutile la sage réserve de M. Creuzer, Zur Galler. d. ait. Dramat. p. 1 44 , 2S2).
6 Personne n’ignore que le nom kSavis répond, par tous ses éléments, au nom phénicien Adoni, qui signifiait mon seigneur, mon maître, et les anciens eux- mêmes ont pris soin de nous en instruire, Hesych. v. ASavie" SeairÔT^e vtto Qfotvixcov, cl. Joseph. Bell. Jud. V, 11, 2 : A Scovt yàp Trj Éëpaicov y'kà'tlp xtpios léye-rai ; cf. Gesen. Monum. Phœnic. etc., II, 4oo. La forme kSuvis, qui était sans doute la plus ancienne, est restée aussi la plus usuelle chez les Grecs. On trouve kScovatoe chez Plutarque, Erotic. p. 756, C, leçon corrigée par M. Th. Bergk en kSûvios, mais qui paraît justifiée par les gloses
cette forme purement phénicienne, n’avait pu parvenir aux Grecs que par la voie des Phéniciens. Mais de bonne heure aussi ce culte oriental avait dû perdre chez les Grecs sa signification primitive, qui était celle du dieu soleil, envisagé principalement sous le double rapport de son affaiblissement ou de sa disparition 1 en hiver, de son rajeunissement, ou de sa découverte 2, ou de son retour, au printemps, idée proprement phénicienne, qui faisait le fond du culte célébré à Byblos3 et en Chypre \ et qui s’effaça promptement chez les Grecs, dans la tendance à l’anthropomorphisme qui signala, dès avant l’époque homérique, le développement de la religion hellénique. On en a la preuve par cette curieuse anecdote rapportée sur le compte d'Ilercule, qui, se trouvant à Dium, en Macedoine, et voyant le peuple revenir en foule de la célébration des Adomes, se serait ecrie avec colère qu il ne connaissait. point d Adonis parmi les Dieux 5 : tant le fils dAlcmene, en se montrant aussi ennemi à' Adonis, avait oublié sa propre origine, et tant la Grèce s’était déjà éloignée des traditions
de son berceau. Du reste, cette anecdote est
d’Hésychius el de Suidas, v. kSœvaïos, ô vi rô t ov aSrjv. Suivant quelques grammairiens, on aurait dit aussi kSmvios, Bekker, Anecdot. p. 346, 1; mais il est probable, comme l’a proposé M. Meinecke, Fragm. comic. Grœc. t. II, p. 6o4, qu’il faut lire : T) )v ctlxictTixïjv t ov AScoviv, au lieu de t ov À Scèviov. J admets aussi la correction proposée par ce savant critique sur la fin du même passage : A éyovut Sè xal kScova, au lieu de ÂSaviv ; car celte forme AScov, Steplian. Byz. v. kpaOovs, sur laquelle on peut consulter les remarques de M. Meinecke lui-même, ad Tbeocrit. ldyll. xv, 149, avait passé chez les Latins, témoin les exemples qu’en offrent Marlianus Capella, II, cxcii, Venantius Fortunatus, VII, xii, 18, Apulée, Metam. 1. VIII, Servius, ad Virg. Ecl. vin, 37, et x, 10, et le mythographe du Vatican, 1, aoo, p. 60, ed. Bode; el M. Creuzer, qui remarque avec raison que celte forme était la plus élémentaire, Symbolih, etc., t. II, 4a3, et M. Roulèz, qui la relève pareillement, Notice, etc., p. 2, 2) , auraient pu observer quelle avait été employée par les Grecs. La forme Adoneus, qu’on trouve dans Plaute, Menœclim. I, n, 3, dans Apulée, Metam. II, et dans Ausone, Epigramm. xxx, 6, me paraît dérivée de la confusion qui s’était établie de bonne heure entre le dieu infernal Pluton, kïSœvsvs, el Adonis, aussi dieu infernal; et c’est cette même confusion qui explique la glose des grammairiens citée plus haut, kSwvoüos, ô vivo t ov a.Si;v.
1 Celte disparition du dieu, dtpœviapids, était suivie de sa recherche, ÇîjTwts, et c’était là généralement la première période de la fête des Adonies, kSccvtct ou kScovsict, Suid. et M. Etymol. /1/1. vv., qui durait sept jours en Orient, Amm. Marcell. XX, 1; cf. Movers, Die Phœnicier, t. I, p. 200.
2 Cette seconde période de la fêle, nommée eï/priui s, était proprement la fête de deuil, occasionnée par la découverte d' Adonis trouvé mort dans une laitue, Atlien. II, p. 69 : de là l’exposition de simulacres en bois d' Adonis, kSâviov, Suid. h.v., qui se faisait dans des vases d’argile remplis de végétaux divers, d’une nature tendre et délicate, nommés jardins d" Adonis, kStiviSos xijnot, Scliol. Theocrit. ad ldyll. xv, 1 1 3 ; Hesych. et Suid. h. v. C’était seulement après l’accomplissement des cérémonies funèbres que le retour à la vie <Y Adonis était célébré avec tous les excès de licence que comportait le génie des religions asiatiques, et dont on sait, par de nombreux témoignages, que la
encore curieuse par l’indication de la localité,
prostitution sacrée des femmes était le trait principal, Lucian. De dea Syr. S 6 : Merà Sè t ÿ èxépy np.épa, Çweiv -ré pur p.vOo- 'koyéo’ocn xal ès t ov yépet ■aepirovaiv ; S. Hieronym. ad Ezechiel. c. viii : « Anniversariam ei célébrant solemnitatem in qua « REVIVISCENS canitur et laudatur ; » cf. S. Cyrill. ad lésai, c. xvni, 1 et 2 : krekOoijcnis ( k<ppoShvs ) Sè ê? ASov xal p.r/ v HTPll20AI leyovay e tov Çrpoipevov , x. t. X. Add. Procop. Gaz. Comment, in lésai. c. xviii.
3 Byblos est nommée par Strabon la ville sacrée d’ Adonis, kSdvtSos ispcc, xvi, p. 755; cf. Eustath. ad Dionys. Pericg. v. 919; et nous avons dans le Traité de la déesse de Syrie attribué à Lucien, S 6, le témoignage classique le plus complet sur les cérémonies du culte d 'Adonis à Byblos; voy. Hamaker, Miscell.Phœnic. p. 12 5.
4 On pourrait se croire suffisamment autorisé à regarder l’île de Chypre comme un des sièges principaux du culte d’ Adonis, d’après la tradition qui faisait Adonis fils de Cinyras, Apollodor. III, xiv, 3 ; cf. Plato Comic. apud Athen. X, p. 456 A; Meinecke, Fragm. poët. comœd. ant. T. II , p. 6 1 5 ; Bion. ldyll. 1 , 9 1 ; cf. Fikenscher, Erhliirung, etc., S 2, p. 11, suiv. Mais d’ailleurs la notion du culte d'Adon, le même qu’Osim, à Amathonte, notion que nous devons à Etienne de Byzance, v. Àfzaôovs, et celle du temple consacré, dans cette même ville, à Vénus et à Adonis, que nous devons à Pausanias, IX, xli, 2, suffisent, pour nous en donner la preuve. A ces témoignages employés par M. Movers, Die Phœnicier, t. I, p. 192 , les seuls qu’ait fait valoir aussi M. de Witte, Nouv. annales, I, 629, 6), j’ajouterai une preuve directe bien autrement décisive : c’est celle que nous fournit un parcemiographe grec, relative à la manière dont se célébrait en Chypre le culte <Y Adonis, au moyen d’un bûcher, qui l’assimilait, sous ce rapport, à Y Hercule assyrien et phénicien, autre dieu solaire; voici ce témoignage précieux à beaucoup d’égards, Diogenian. Prœfat. p. 180, ed. Schneidewin. : Kai yàp tw kSwviSi èv Kvnpœ npmQévri i)Tto xijs k<ppoShi;c p.exà x t]v TeXeu-rrçj; ol Kvirpioi Çcétms èvietrav «ep i&lepde, x. t. X. J’ai fait usage de ce texte important dans mon Mémoire sur l’Hercule assyrien et phénicien.
5 Clearch. apud Schol. Theocrit. ad ldyll. v, 2 1; Suid. el Hesych. r. oùSèv iepôv Zenob. Prov. v, 47; cf. Schneidew. ad h. L; Ott. Millier, Die Dorier, II, h"] h-
ADONIS MOURANT DANS LES BRAS DE VÉNUS
Dium, ville si voisine de Thasos, principal établissement des Phéniciens, et si rapprochée des côtes de la Thrace et de celles de la Bithynie, où le culte d 'Adonis, aussi bien que celui à' Hercule, avait été porté de bonne heure par des colons phéniciens, qui nous montre ainsi la voie par laquelle ce culte avait pénétré dans la Grèce.
Mais le dieu soleil, perdu et retrouvé, de Byblos, ne pouvait rester cet être symbolique pour les Grecs, qui l’avaient connu sous le nom d’ Adonis. Avec le progrès des temps et celui des idées qui métamorphosèrent tous ces dieux abstraits des religions naturelles de l’Orient en personnages réels, doués des formes et des passions de l’humanité, ils firent de celui-ci un jeune héros d'une beauté accomplie, d’une jeunesse charmante, favori de Vénus et rival de Mars, et dont la passion pour la chasse désolait la tendresse de l’une, en servant la vengeance de lautre; et, sur ce motif intéressant, ils arrangèrent une fable voluptueuse, qui ne conservait plus du mythe originaire que ce trait même dune licence qui lui était propre, joint à celui de la mort violente du jeune héros, opérée par la dent du sanglier, animal qui joua toujours un grand rôle dans la symbolique de l’Orient, et, par suite, dans celle de la Grèce. Mais, sous cette forme quil reçut de la poesie grecque, fut-ce d’abord par les mains de Panyasis1 2, de .Sa plia , de Praxilla3 et d’Antimachus4, ou par le concours des poètes dramatiques5, et qui se montre accomplie dans la charmante idylle de Théocrite6 et dans celle de Bion7, le mythe d 'Adonis ne paraît pas avoir été jamais bien populaire dans la Grèce, ni avoir jamais occupé une grande place dans ses traditions religieuses, sans doute parce que son nom oriental l’avait tenu constamment en dehors des croyances nationales. Les Adonies mêmes , dans la
1 Nous savons par Apollodore, III, xiv, 4, que le poëte cyclique Panyasis avait traité la fable d' Adonis; mais c’est là tout ce que nous en savons.
2 Pausan. IV, xxix, 3.
1 Sur le poëme de Praxilla, dont il nous a été conservé par un parœmiographe grec trois vers qui avaient donné lieu à un proverbe, Zenob. Cent. IV, xxi, voy. un article de M. Rossignol inséré au Joum. des Savants, 1837, p. 36-47, article plein de vues ingénieuses, mais dont je n’admets pourtant pas la conclusion; voyez aussi les remarques de M. Preller, ad Polemon. Fragm. c, p. i5o-i5i.
4 Ce poëte est allégué par Probus, ad Virg. Eclog. x, 18,
comme auteur d’une des légendes qui avaient cours sur Adonis. Cette indication a échappé aux recherches de M. Schellenberg, Antimachi Religuiœ, Hal. Sax. 1786, 8°. Callimaque est cité aussi par Athénée, 1. II, p. 69, D, pour avoir employé une des traditions qui étaient devenues les plus populaires sur le théâtre
attique.
0 Adonis avait fourni le sujet et le titre de plusieurs pièces de 1 ancienne et de la nouvelle comédie, telles que celles que nous connaissons sous les noms d’Antiphanès, d’Araros, de Nicophon, de Pbiliscus et de Platon le Comique, sur lesquels il me suffit de renvoyer aux recherches récentes et exactes de M. Meinecke, Fragm. comic. grœc. t. I, p. 3 1 4 , 344, 245 et 256, 423 et 167. Il y eut aussi des comédies portant le titre d'kSwvidÇovacu , dont deux sont citées sous les noms de Philétære et de Philippide, Meinecke, ibid. p. 349 et 472; et l’on sait que quelques grammairiens donnaient à la Lysistrate d’Aristophane ce titre d'À4&»i»d{ouo-ai,
Schol. ad Lysistr. v. 3go; sans compter les allusions au mythe d 'Adonis qui durent se trouver dans d’autres comédies, telles que celle-ci, tirée d’une pièce d’Eubulus et citée par Athénée, 1. II, p. 69, C; cf. Meineck. Fragm. poët. comic. grœc. t. III, p. aio-21 1 :
Mi) ■aaparlOei pot SpiSaxlvas , <5 yûvai ,
Èwl ti)ip TpmreÇav, ij rreamfiv alnü.
Éti irp Hxydvw loiroi yelp, dis A 'h&yos , mené T bv ÂAQNIN ino6av6via mpoiOnxev Kihrpis- Ihrl ’ érrTi vexioiv fipüpa.
Telle encore que cette autre, d’une pièce incertaine de Phérécratès, poëte de l’ancienne comédie, apud Suid. v. kScivia ; cf. Meineck. ibid. t. II, p. 358 :
kSeSvt ’ i iyopev xaï ïiv ASojviv x~Aiopev.
Dans tous ces drames comiques du théâtre attique, il est probable que les licences auxquelles donnait lieu la célébration des Adonies à Athènes étaient mises en scène avec toute la liberté que comportaient à la fois et ce genre de spectacle et cette nature de culte; car c’était le côté satirique du sujet, et non le côté pathétique, qu’avaient en vue les poètes athéniens. Les tragédies de Denys le Tyran, Athen. IX, 4oi, F, et de Ptolémée Pliilopator, Schol. Aristophan. ad Thesmoph. v. io5g, ne font pas exception à cette remarque : c’étaient des fantaisies de princes sans conséquence littéraire.
8 Theocrit. Idyll. xv, v. 1-1 4p, cum Adnotat. Valckenar. Lugd. Bat. 1810, 8°, ed. alter.
7 Bion. Smyrn. Idyll. i, v. 1-98.
lie, AMOURS DES DIEUX.
célébration desquelles s’était seulement conservé le caractère primitif du culte phénicien, ne semblent pas non plus avoir été jamais très-répandues dans la Grèce; on les trouve a Si sien , à Dium\ à Argos et à Wmée\ peut-être à Lacédémone', surtout à Aliènes \ ville profondément imprégnée d’éléments d’une civilisation phénicienne; mais, même dans ce petit nombre de cités grecques, ce culte local, resté toujours empreint d’une physionomie étrangère, demeura constamment en dehors de la religion publique; d’où il suit quil dut rarement exercer les talents des artistes grecs, et seulement à l’époque où les cultes de 1 Orient reprirent lascendanl qu’ils avaient perdu durant toute la période hellénique.
C’était sur ces motifs que je me fondais, il y a quelques années, pour assurer que le sujet d 'Adonis avait été étranger à la belle antiquité grecque0; et, bien que le nombre des monuments qui appartiennent à cette fable se soit considérablement accru par le fait des découvertes opérées de nos jours, et que quelques-uns de ces monuments puissent être regardés comme provenant d’une école grecque, c’est encore l’opinion que je me crois fondé à soutenir, sauf un très-petit nombre d’exceptions que j’indiquerai , apres avoir soumis a un examen critique une certaine quantité de représentations qui ont été rapportées, avec plus ou moins de probabilité, au sujet d 'Adonis.
Il s’agit principalement ici de celles que nous offrent des vases peints, où 1 on a cru trouver ce sujet, mais sans raison suffisante, à mon avis7. Tels sont deux vases du recueil de Millin , deux autres de la première et de la seconde collection dHamilton0, un vase du recueil de M. Millingen10, trois de celui de M. Inghirami11, et trois enfin du musée de Berlin12. Le trait commun de toutes ces représentations, qui appartiennent certainement à un même ordre d’idées, est la présence d’un génie nu et ailé près d’une femme assise, avec divers accessoires d’un caractère à la fois mystique et nuptial. Je ne doute pas quil ne faille voir, sur la plupart de ces vases, une scène d'initiation, sur d’autres, une scène de toilette, ou clamour, ou de mariage, rendues tantôt sous une forme héroïque, tantôt sous une forme familière, mais, d’ailleurs, sans aucun des caractères qui seraient nécessaires pour y reconnaître Vénus et Adonis. Le même antiquaire qui a cru pouvoir hasarder cette explication a compris, dans
1 Mus. Her. et Lœandr. v. 42, sqq.
2 Schol. Theocrit. ad Idyll. v, v. 21; Suicl. et Hesych. oùSèv iepàv; voy. Creuzer, Symbolik, etc., t. II, p. 435, 3e édit.
s Pausan. II, xx, 3; voy. mon Orestéide, p. 170, 4).
4 C’est ce que l’on peut induire avec une probabilité suffisante du fait ([u Adonis était connu en Laconie sous le nom de Kiris, le même nom, à ce qu’il semble, qu'il portait aussi en Chypre, Hesycb. v. K tpUm ASœ vis, Adxcoves, et v. Kvpis, à A Sans-, cf. M. Etymol. v. ILlppis- . . . 'kéye-vai -aotpà Kvitplots Ktppts à kScovii, Tzapà Sè Adxwcn, kéiyvoe. On appelait kSciviov, en Laconie, un certain chant qui s’accompagnait avec la flûte : nouvel indice du culte d 'Adonis à Sparte, que nous devons à Hésycliius, h. v.; voy. Movers, Die Phœnicier, t. I, p. 198.
5 L’ancienneté et la popularité du culte d! Adonis, à Athènes, peuvent se présumer d’après le fréquent usage qui s’en faisait au théâtre dès le temps de la vieille comédie, et dont nous avons des témoignages si curieux dans deux des comédies d’Aristophane, la Paix, v. 4i2, et surtout la Lysistrate, v. 389, sqq.; cf. Schol. ad h. I. On peut se faire une idée de la licence qui
régnait dans ces pièces du théâtre attique, d’après ce que nous savons du sujet de la comédie d Adonis, de Platon le Comique, qui était la contestation entre Vénus et Bacchus, pour la possession d Adonis, Athen. 1. X, p. 456, B.
0 Dans mes Monuments inédits, Orestéide, p. 170, 4) et 6). C’était aussi l'opinion qu’à la même époque exprimait Ott. Müller, Handbuch , § 378, p. 556.
7 C’est M. de Witte, l’habile et savant interprète des collections Durand, Beugnot, Magnoncourt, et de celle du Pr. de Canino, qui a dressé cette liste de vases peints rapportés au sujet de Vénus et Adonis; voy. son Catal. Magnonc. n. 4, p. 5, 1).
8 Peint, de Vas. I, l, et II, lvii.
0 D’Hancarville, Anti/j. étrusques, 1. 1, pl. lxxi, etTischbein , Vas. d’Hamilt. t. II, pl. xxxii.
10 Vas. grecs, pl. xlv.
11 Vas. fittil. t. I, tav. xxii; t. II, tav. clxxix et cxcii; ce dernier vase est celui du recueil d’Hamilton cité en premier lieu.
12 Ed. Gerhard, Berlin s antilc. Bildwerhe, n1 2 * 4 05 8o4 , 892 et
ADONIS MOURANT DANS LES BRAS DE VÉNUS
les représentations du même sujet, le vase de la collection Iatta que j’ai publié moi-même1, et ou j’avais cru voir le sujet cl 'Hélène à sa toilette, librement traité, d’après une peinture de Polygnote2, conjecture qui a récemment encore obtenu l’assentiment de MM. Ott. Jahn et Éd. Gerhard3, et que je persiste à croire plus près de la vérité que celle du savant antiquaire, si disposé à voir sur tant de vases peints les amours de Vernis et d 'Adonis. L’illusion qu’il s’est faite à cet égard me paraît surtout sensible dans l’explication qu’il a donnée d’un vase de la collection Beugnot4, qui représente certainement une scène il initiation , avec le génie hermaphrodite ailé, volant entre la prêtresse assise et le myste debout, la même scène qui se rencontre, différemment traitée, sur un autre vase de la même collection5 *, que l’auteur avait d'abord rangé avec toute raison, suivant moi, dans la classe des vases de mystères ”, et oii une inspiration moins heureuse lui a fait trouver plus tard Adonis et Vénus avec les Grâces. La même préoccupation paraît s’être aussi exercée sur l’esprit d’un autre antiquaire , M. Roulez , à qui nous devons une courte, mais excellente étude sur le mythe d 'Adonis. Ce savant est aussi davis qu un sujet si favorable a dû figurer sur les vases peints, et, après avoir rappelé, entre autres exemples qu’il en admettait, sur la foi de M. de Witte, les deux vases Beugnot cités plus haut, il ajoutait, pour son propre compte7 8, un vase attique de notre Cabinet des antiques5, publie par leu M. de Stackelberg9, où il ne faut voir qu’une de ces scènes voluptueuses propres à orner un de ces vases donnés par des parents ou des amis, à l’occasion de noces, y<m uXfa10, et rien qui ait véritablement rapport au mythe de Vénus et Adonis. Quant au vase du Musée Blacas, cité aussi par M. Roulèz, comme étant relatif au même sujet, et que M. de Witte explique de la même manière, je ne saurais dire jusqu’à quel point cette opinion est fondée, attendu que je n’en possède pas de dessin; mais, d’après la seule indication qu’en donne M. Roulèz11, celle d’une femme assise et d’un jeune homme debout, avec trois autres femmes et un génie ailé, j’avoue que je ne puis encore y reconnaître qu’une scène diniliation conçue comme sur tous les autres vases de mystères.
Aux vases que je viens décarter, comme ayant été rapportés sans raison suffisante à la labié d Adonis, je me permettrai d’ajouter encore celui de la première collection d’LIamilton 12, reproduit dans l 'Élite de monuments céramographigucs'3 , où l’on a cru voir liera. Aphrodite et Vénus-
1 Monuments inédits , Odysséide, pl. xlix A, p. 270-272. Je ne parle pas (le l'opinion de M. Iatta lui-même , qui croyait voir sur son vase Vénus et Anchise; cette opinion, dont j'ai eu connaissance par le Ballet, archeol. napolet. I, xu, p. io3, 1), ne me semble réellement pas admissible.
2 Pausan. X, xxv, 2.
Otto Jahn , Die Gemâlde des Polygnotos in der Lesche zu Delphi, S. 8, et Éd. Gerhard, Die Schmiickung der Ilelena, S. 6, 23).
4 Catalogue Beugnot, n. 8, p. 1 3-i 4-
5 Ibidem, n. 59, p. 61.
0 Dans son Catalogue Durand, n° 435.
7 Notice sur un bas-relief en terre cuite, représentant Vénus et Adonis, extraite du tome VIII, n. 12, du Bulletin de l’Académie royale de Bruxelles , p. i4, 2).
8 II appartenait à feu M. le ch. Brôudsted, qui en fit don à notre Cabinet des antiques.
9 Griiber der Hellenen , Taf. xljii.
10 II sera publié de nouveau, avec une explication complète qui embrassera toute cette classe de vases, dans la ivc de mes Lettres archéologiques sur la peinture des Grecs.
11 Notice, etc., p. i4, 3), 4)-
12 D’Hancarvillc , anliq . étrusques , t. II, pl. lxxxix; Inghirami, Fus. fittil. t. II , tav. clxxx.
13 T. I , pl. xxxiv, p. 83-85. On remarquera la manière dont les deux déesses sont désignées, l’une, par ses noms grecs, Héra- Aphrodite , l’autre, par ses noms latins, Vénus-Proserpine , d’où il résulte qu Aphrodite et Vénus sont deux déesses différentes. Quant aux preuves alléguées à l’appui de l’explication , elles consistent en ce que 1 encens (Xféauos) qui brûle sur l’autel rappelle la localité, le Liban, principal siège du culte d'Adonis, et en ce que Y encens fait aussi allusion au nom de Smyrna ou Myrrha, mère d! Adonis. A ce titre-là, le sujet d 'Adonis est encore plus commun sur les vases peints que ne le pensent les savants auteurs.
Proserpine se disputant la possession d 'Adonis, en se fondant principalement . pour l’explicaùon de cette peinture, sur celle qu’on avait donnée, dans le même sens, du ce t te muon < u Masco Gregoriano', dont je parierai plus bas; mais cette explication, qui n’est pas encore admise pour le miroir, est bien plus problématique pour le vase peint .
U ne résulte cependant pas de l’examen rapide que je viens de faire d’une classe de vases rapportée abusivement au mythe d 'Adonis, que ce sujet n’ait pu figurer sur des vases peints, ou qu’il ne puisse s’y produire quelque jour. Dés à présent , je serais disposé à reconnaître ce sujet sur une peinture de vase du Cabinet Durand1 2 3 *, dont l’objet principal est un groupe d ’ Adonis imberbe, assis sur un char attelé de deux cygnes, ayant sur ses genoux Vénus entièrement nue qu’il embrasse. Mais le doute qu’on pourrait conserver encore au sujet de cette peinture n’est pas permis à l’égard d’un vase que j’ai eu occasion d’examiner à Naples, dans la belle collection de MM. Sanlangelo, et sur lequel les renseignements qu’a bien voulu me communiquer M. de Witte s’accordent tout à fait avec les souvenirs que j’en ai conservés. Ce vase est une amphore de fabrique apulienne, à plusieurs rangs de figures, qui sont rouges sur un fond noir. C'est dans le rang du milieu que se voit représenté Adonis, étendu sur un lit funèbre, avec Iiècate, tenant deux flambeaux, Éros, présentant une phiale, et deux Pargues, dont l’une tient le rameau lustral3. Le revers de cette peinture offre l 'apothéose dAchms, dans une composition qui consiste en plusieurs figures de femmes, telles quon pourrait les imaginer d’après les Adoniazousæ de Théocrite, rapprochement que je fais à dessein , d après les rapports de style et de goût, et sans doute aussi de temps, qui existent entre l’idyhe du poète de Syracuse et cette peinture de vase de Rnvo'‘. Je serais également disposé à voir le sujet desrimoar* de Vénus et d Adonis sur un vase inédit du musée Blacas, que M. de Witte doit publier prochainement, et dont il m’a montré le dessin : le jeune dieu phénicien s’y voit représenté assis sur le même siège, près de Vénus qu'il tient embrassée; derrière le couple divin est X Amour ailé, sous les traits d’un adolescent, et non sous ceux du génie androgyne des mystères, et une femme debout, en face du siège, sans doute Pitho, la fidèle compagne de Vénus, achève de caractériser cette représentation.
Un autre vase peint , de la même fabrique de Ruvo, qui se rapporte aussi , sans le moindre doute, au mythe d 'Adonis, c’est celui de la collection de S. A. R. le grand-duc de Bade, qui a été publié par M. Creuzer5, et où ce savant illustre a reconnu, avec la sagacité qui le distingue au même degré que le savoir, Vénus, en compagnie des deux Heures de la religion
1 T. I , tav. xxv. Il avait été publié précédemment dans les Monum. deïï Instit. archeol. t. II, tav. xxvm.
2 Catalogue Durand, n. 1 1 5, p. 3g-4o; mais, tout en admettant cette partie de l’explication , je proteste contre la désignation de Bacclius-Orphée donnée au personnage assis, et surtout contre celle de Prosymnus donnée au satyre. Il y a là un abus de 1 assimilation familière à l’auteur, contre laquelle je ne saurais trop m’élever, parce quelle tend à tout brouiller et à tout confondre.
3 C’est ce rameau qui se nommait xa.6d.pmos, quand il ser-
vait à la lustration, et XiTijp, quand il servait aux supplications,
Hesycli. t>. Amjpa, S-aXKov toi» ixémov. Ce rameau se voit souvent à la main d’Apollon dans l’une et l’autre circonstance; et j’en puis citer, pour exemples de la seconde, la médaille de Ma-
gnésie du Méandre, où Apollon est désigné par l’épithète Al- TAIOC, Cavedoni, Bulletin, archeol. 1837, p. 4i, et de la première, la série des monnaies primitives de Caalonia, où cette explication que j’avais proposée finira par prévaloir sur les contradictions quelle a rencontrées, attendu quelle est certainement celle qui satisfait le mieux à toutes les conditions du problème.
4 J’espère pouvoir enrichir ce recueil d’un dessin de ce beau vase de la collection de MM. Santangelo, que j’attends de leur bonté, et à qui je rends grâce d’avance pour ce nouveau témoignage de l’intérêt qu’ils accordent à mes travaux.
5 Creuzer, Zur Gallerie der alten Dramaliker (Heidelberg, i83g, 8°), S vi, p. 66-75; p. 1 12-1 16, Taf. vin.
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atlique et de l 'Amour, occupé à remplir de fruits et de fleurs des vases daryile que ion consacrait à Adonis, et qui se nommaient, à raison de cet usage, les jardins d Adonis'. Il est généralement connu que cette sorte de jardins artiliciels, dressés dans des vases d’argile, qui n'avaient qu’une vie factice et une durée éphémère, constituaient le trait principal de la célébration des Adonies, telle quelle avait eu lieu chez les Assyriens d’abord3, puis chez les Phéniciens, qui l’avaient transmise aux Grecs; et nous savons qu’à Athènes particulièrement, où cette fête était célébrée par les femmes, surtout par celles de la profession d ’hétœres3, dès avant le siècle de Périclès, la manière dont on y procédait, à en juger d’après quelques traits de main de maître tracés par Aristophane1, avait dû conserver presque toute sa physionomie orientale. Il n’est donc pas étonnant que la représentation des jardins d Adonis se trouve sur un vase peint de Ruvo, d’une fabrique qui annonce la décadence, et d’après un modèle qui provenait sans doute de l’art attique.
Apres les vases peints, je rangerais parmi les monuments de l’art grec, d’une époque plus ou moins inférieure à la haute antiquité, les terres cuites, consistant, soit en figurines, soit en bas-reliefs, que l’on pourrait rapporter à la fable d 'Adonis. De ce nombre est un groupe de petite proportion trouvé dans file de Nisyros et possédé par M. Thiersch, qui l’a publié5, où je reconnais sans peine, avec le savant professeur de Munich, Adonis debout s’appuyant sur l’épaule de Vénus assise, tels qu’ils devaient être représentés l’un et l’autre dans quelqu’un des actes de la célébration des Adonies 6. Je possède moi-même un groupe, pareillement de
1 La plupart des textes classiques qui concernent ces jardins d’ Adonis, hScbvtSos xijnot , qui avaient donné lieu à un proverbe grec, Suidas et Hesychius, h. v.; cf. Platon. Phœdr. p. 99, ed. Bekker.; Zenob. Cent. I, xlix; Diogen. I, xiv; cf. Sckneidewin, ad hh. II. p. 19-20, 1 83 , ont été cités par M. Creuzer, Relig. de lantig. t. II , p. 49, 3), et Zur Galler. d. ait. Dramat. p. 1 i5-i 16, 2 43). Mais il existe encore plus d’une particularité curieuse à expliquer concernant les jardins d’ Adonis, tels qu’ils avaient lieu à Athènes, certainement à l’imitation de l’usage asiatique. Un trait négligé par tous les critiques est celui qui nous est indiqué par Aristophane, Lysislrat. v. 388-389, en ces termes : ci t ÂSuvta.trg.05 ovnos ovni nâv reyüv, et qui nous est expliqué par les scholiasles; il consistait en ce que les vases d’argile, àtrlpd- Kta., remplis de plantes promptes à se faner aux ardeurs du soleil, telles que le froment, le fenouil et la laitue, étaient exposés à l’air, sur les toits en terrasse des maisons attiques; c’est ce que le scholiastc exprime de cette manière : Kynovs rtvàs els t a. Stogctra dvétpepov. Le même usage avait dû se pratiquer dans 1 Orient, d’où cette fête était originaire, notamment chez les Assyriens et les Phéniciens. J’en trouve la preuve dans ce passage de Philostrate, Pif. Apollon. Vil, xxxn, p. 1 1 1, dont une fausse leçon a empêché jusqu’ici de bien saisir le sens : ft Sè ccii^rj dvdéco v èreOr/Xet xijnot e, ovs kStiviSt Àtrtrvpiot zyotovvTtu , vnèp OPriQN, ôptûpoÇtovs ainovs fivrevovres. Ces mots, ùnèp dpyi’av, n’offrent véritablement aucun sens, quoique M. Creuzer ait cru, Zur Gallerie, etc., p. 116, 2 43), qu’ils pouvaient, dans le langage ordinaire de Philostrate, être synonymes de èoprîjs yd-ptv. La correction proposée par M. Jacobs, Antholog. t. XI, p. i65, vnèp ôeflpctxiwv, ne peut être admise en présence des mots ôpcopoÇiovs aiinovs (xijnovs), qui prouvent que les jardins
en question se dressaient sous le même toit qu’habitaient les adorateurs à' Adonis. Je propose donc de lire : vnèp olxlcov, mots qui reviennent aux expressions d’Aristophane, oùnl râv reyàv; cf. ibtd. v. 3g5 : Il S’ vnoneneoxvt’, t) yvm) ’nst tov réyovs, et qui nous apprennent que l’exposition des jardins d’ Adonis avait lieu en Assyrie comme à Athènes , et sans doute partout où se célébraient les Adonies, sur les toits en terrasse des maisons, où l’ardeur du soleil s’exerçait avec plus de force, et où ces plantes légères se fanaient plus promptement.
2 Témoin le passage de Philostrate, Vit. Apollon. VU, xxxn, p. 111, cité à la note précédente.
3 C’est ce qui résulte du témoignage d’Alciphron, Epislol. i, 3 9, p. 2 42 , ed. Wagner.; cf. Creuzer, Zur Gallerie, etc., p. 1 1 6, 2 4 5); Jacobs, Animadv. ad Anlhol. pal. t. XI, p. 1 65-i 66; et surtout du fragment du poëte comique Diphile, cité par Athénée, 1. VII, p. 292, D; cf. Meinecke, Fragm. poët. comic. t. IV, p. 3g4-3g7, où se lisent les vers suivants, 38-4o :
.... OS Sè vvv a" &ya , IIOPNEÏÔN éa-h, otoXü7eXüî ÀAÔNIA kyaua’ ÉTAÎPA ^sB’ilèpw IIOPNÜN ySSv v.
4 Aristophan. Lysistrat. v. 38g-3g8; cf. Schol. ad h. I. et ad Pac. v. 4ig.
5 Dissert, gua probat. vet. artific. oper. poet. carmin, opt. explicari, S 5, tab. v, p. 25-27 (Monachi, i835, fol.). Je ne cite pas un groupe en bronze du Cabinet Mugnoncourt, n. i45, p. 79, où l’on a vu Vénus et Adonis dans un homme et une femme appuyés lun sur 1 autre, sans rien qui les caractérise, parce que cette désignation manque de la certitude nécessaire.
0 C’est celui que parait avoir eu en vue Théocrite dans ce vers de ses Adoniazuses, 1 3 1 :
NCk pèv Kvrrpis ÉX012A aov auras yaipéra ANAPA.
terre cuite, et que je crois provenir aussi de quelqu’une des îles de l’archipel grec' où se voient représentés Vénus et Adonis debout et se tenant embrassés, tels qu on pouvait es ügurei dans une occasion semblable, mais avec une particularité nouvelle et curieuse, celle de oie portée sur les deux bras de la déesse, et qui, à raison de la signification symbolique de cet oiseau, consacré à Proserpine1 2 3 * et à Pompe8, me paraît faire ici allusion à la circonstance ch, retour d 'Adonis auprès de Vénus. Une autre terre cuite qu, se rapporte à la même intention, et sur laquelle le groupe de la déesse et de son favori se montre conçu de la manière vo uptueuse qui était propre à ce sujet, et qui avait eu ses modèles dans l’archéologie assyrienne ', est le bas-relief de la collection Pizzati, publié par M. Roulèz5 * *, où le héros syrien, assis sur un siège que recouvre une draperie, tient sur ses genoux Vénus presque nue quil embrasse, et oii la présence de l 'Amour aüè achève de caractériser cette scène érotique. L explication donnée de ce monument par M. Roulèz ne me paraît susceptible d’aucune difficulté, et elle s’était présentée à mon esprit, d’après un dessin que j’avais reçu de la terre cuite de M. Pizzali, à une époque où elle était encore inédite. Fondé sur cette explication, je crois pouvoir proposer la même interprétation pour le célèbre bas-relief en bronze trouvé à Paramythia en Épire, et maintenant conservé au musée britannique. L antiquaire a qui 1 on doit la première publication de ce beau monument de l’art grec, de l’époque macédonienne, M. Millingen, crut y voir Vénus et Anchise ", et celte explication, adoptée aussi par Flirt , fut, suivie par feu L. Schorn, qui reproduisit ce bas-relief dans son choix de Monuments homériques8, mais avec une modification assez grave, en substituant Pans a Anchise. La même ,.1,„ Pi Anchise. on de Vénus et Paris, fut admise par Ott. Müller9 * il, sans qu’il
1 Ce monument faisait partie de la Collection Magnoncourl, où il est décrit sous le n° i33, p. jS-76. On le trouvera gravé sur la vignette n. vin, p. i35.
5 J’ai déjà eu, dans un autre travail , Monuments inédits, Orestéide, p. 179, 3), l’occasion de citer quelques monuments qui justifient sur ce point le témoignage de Pausanias, IX, xxxix, 2 , et j’ai rappelé plus haut, p. 88, 1), un de ces monuments, que j’explique d’après cette donnée, non comme l’entendait Boettiger, Ideen zar Kunstmythologie, II, 44a , +) , mais comme l’avait proposé depuis longtemps Passeri, Osservaz. sopr. aie. ant. monum.