I. 1, p. xx
3 Le témoignage classique à ce sujet, c’est celui de Pétrone, Sat. c. 137 : «Occidisti Priapi delicias, anserem omnibus matronis acceptissimum ; » voy. Boettiger, Ideen zur Kunstmythologie,
II , 44a. De là, la présence de l’oie sur beaucoup de monuments qui ont un caractère bachique et funéraire à la fois. L’un des plus curieux de ces monuments est une stele lunebre du Mus. Brit. part. II, pl. m, où se voit un tombeau, représenté par une colonne surmontée d’un vase cinéraire, près d’un simulacre dePriape
érigé sur des rochers, au bas desquels sont deux oies. Sur un bas-
relief Cliiaramonti, lav. xxxv, c’est une oie (et non un coq) que
l’on brûle au-dessus d’un autel , dans une composition de sujet
bachique, le même motif qui se rencontre sur un bas-relief
Giustiniani, t. II, tav. 122. J’aurai lieu de traiter ce point d’ar-
chéologie dans la IVe de mes Lettres archéologiques, à l’article où
il sera question des représentations sculptées ou peintes dans les tombeaux, où les images relatives à Priape ou à Bacchus s’associent à celles qui regardent les divinités infernales. En atten-
dant, je rappelle le vase peint, publié dans les Annal, dell Instit. archeol. t. XIII , tav. agg. F, où Bacchus présente une oie à sa compagne infernale, Kora-Libera, et j’y ajoute la mention du beau vase sicilien de ma collection, publié par M. Otto Jahn, Vasenbilder, Taf. n, où l’une des nymphes, epatq, de la suite de Bacchus, aionysox, porte à la main une oie, et non un cygne, comme le dit le docte interprète de cette peinture, p. i5, 8). J’en ai publié un trait réduit à la suite de mes Lettres archéologiques, pl. 11, et j’en donnerai l’explication complète dans la IVe de ces Lettres.
4 Témoin la pierre gravée, de forme hémisphéroïde et de travail oriental, citée par M. de Witte, d’après une empreinte que lui en avait communiquée M. Lajard, Nouv. annales de l’Instit. archéol. t. I, p. 609, 2). On y voit un personnage barbu, assis sur un lit, et tenant sur ses genoux une femme, à qui il présente une fleur, certainement Adonis et Myhtla, la même qudstarté ; et nous retrouvons le même groupe, probablement puisé à une source semblable, sur un miroir étrusque de notre Cabinet des antiques, publié par M. de Witte, ïbid. pl. xii, n. 1, t. I, p. 5 10, et par M. Éd. Gerhard, Etrnskisclie Spiegel, Taf. exiv.
5 Notice, etc., p. 1-17, avec la gravure qui y est jointe, et où le sujet est réduit aux deux tiers de l’original.
0 Ane. uned. Monum. P. II, pl. xii, p. 21-24.
7 Amalthea, 1. 1, p. a5i, suiv. M. Creuzer admet encore la même explication, Zur Gallerie, etc., p. 89, 11).
8 Homer nach Antiken, vu, 3, p. 35-4o.
0 Iîandbuch, S 3i 1, 5, p. 417, et § 369, 3, p. 55q.
ADONIS MOURANT DANS LES BRAS DE VÉNUS
pût, s'autoriser d’autres monuments relatifs à l’amour de Vénus et Anchise, que la médaille des Ihens de la Troade1, qui est d’une époque romaine si basse, et une peinture de Pompéi2, ou Ion doit bien plutôt reconnaître Picine-Selene guidee par un Amour vers Endymion endormi, que Vénus se rendant auprès d Anchise. Aucun de ces antiquaires n’avait eu l’idée qui s’offre le plus naturellement, celle que le bas-relief en question représente Vénus et Adonis couchés à côté l’un de l’autre, et ayant à leur côté Polhos et Himéros; or cette idée, qu’a déjà exprimée l'interprète britannique3, est certainement celle qui, dans l’état des monuments acquis de nos jours à la science, offre le plus de probabilité. Le chien de berger qui se voit aux pieds du favori de Vénus, et que l’on a cru propre à désigner Paris, peut tout aussi bien appartenir à Adonis, qui, suivant une tradition de l’antiquité4 5, était pasteur en même temps que chasseur; et, dans l’absence de monuments relatifs à Anchise 5 ou à Paris, jointe au grand nombre de ceux que nous avons recueillis pour Adonis, il semble qu’il ne doive y avoir aucune difficulté à préférer plutôt ce dernier sujet.
Une idée qui, au premier aperçu, pourra paraître plus hasardée, mais à laquelle je n’hésite pas à donner mon assentiment, est celle qu’a eue M. Roulez, au sujet d’un groupe de terre cuite, de travail attique, publié par feu M. de Stackelberg6 *, où ce savant a reconnu Vénus assise sur un banc et s’appuyant sur Adonis figuré en Hermaphrodite. Cette manière de représenter le fils de Cinvras était en effet un trait essentiel de la tradition orientale, et il n’est pas étonnant quelle se soit rencontrée sur un monument attique.
Il ny a, suivant moi, aucune difficulté dans 1 interprétation d’un monument de la plastique étrusque, qui doit avoir été modelé d’après un original grec, et qui se voit au Museo Gregoriano 1 : c’est une statuette en terre cuite, d’une grandeur de demi-nature, qui représente Adonis étendu sur an lit funèbre, tel qu’on avait coutume de le montrer dans la solennité des Adomes. La blessure quon lui voit a la cuisse gauche, et son chien, accroupi au pied du lit, ne permettent pas de douter que ce ne soit le héros chéri de Vénus qu’on ait voulu représenter dans cette figure couchée; et quant à la destination de ce monument, qui ne peut avoir été une urne cinéraire, ni même un couvercle d’urne, il me semble quelle se trouve naturellement dans la célébration des Adonies, où nous savons, par le témoignage de Plutarque8, qu’il était d’usage d’exposer des images en terre cuite d Adonis mort, auprès desquelles
1 Pellerin, Recueil III, pl. cxxxiv, 7.
2 Zahn , Ornam. ans Pompei, Taf. 28.
3 Specimens of ant. sculpture, t. II, pl. xx.
4 Theocrit. Idyll. tii, v. 46-7 :
Ér &pem fia), a vopedav tlSavn ;
Virgil. Eclog. x, 18; cf. Movers, Die Phœnicier, t. I, p. a34.
5 Ce n est pas que la fable des Amours de Vénus et d' Anchise
ne fût très-anciennement connue des Grecs, puisqu’elle est
dans Hésiode, Theogon.v. 1007-1008, et quelle forme le prin-
cipal sujet de l'Hymne homérique à Vénus, Hymn. iv, v. 53, sqq. Il n’en est pas moins constant que rien n’est plus rare ou plus incertain, dans l’antiquité figurée, que les monuments relatifs à Vénus et à Anchise. On a voulu voir ces deux personnages sur un miroir étrusque de notre Cabinet des antiques, Catalogne Durand, n. 1967 ; mais ce n’est encore là qu’une supposition.
6 Graber der Hellenen, Taf. lxi.
7 Mas. Gregorian. 1. 1, tav. xcm, 1, i« et îb. Ce monument, unique dans son genre, provient des fouilles de Toscanella ; voy. le Ballet, dell’ Instit. archeol. 1837, p. 4-5. La figure, qui avait été peinte entièrement, conserve encore beaucoup de traces de cette peinture, et peut servir à montrer de quelle manière avait lieu, à une certaine époque de l’antiquité, cette coloration des statues d’argile, qu’on aurait tort d’étendre pourtant à celles de marbre.
8 Plutarch. in Alcibiad. S xvm : kSwvtwv yàp els vas fipépas èxelvas xaQyxôvtwv, EÏAÎ2AA TSoXkayoô vexpols èxxo[u^opévois OMOIA tspoüxeiino rats yvvai^l, xai rapàs èfitfiovvTO xoirlopevtu, xai S-pjji >ovs ÿSov; Idem, in Nie. S xiii: kocéveta yàp fjyov al yvvaïxesTÔTejXai -apovxerro ■aoXkayôcre -vije ■nrdAewsEÏAQAA, xai Ta (pai -arspi ainà xai xoirs-roi yvva ixwv fjaav. Ces sortes de figurines, semblables aux morts exposés sur le lit funèbre, sont
les femmes athéniennes accomplissaient toutes les cérémonies d’un deuil sacré, mutées de ce qui se pratiquait à Byblos et ailleurs. Cette statue $ Adonis sur son ht fan'ebre est donc un monument de la célébration des A, lames, et elle devient la preuve de l’existence de ce culte
en Etrurie. ,,
D’après ces monuments de la plastique grecque et étrusque relatifs a Adonis, il semble qu’il y ait maintenant moins de difficulté à admettre qu’il pût exister chez les Grecs des statues d 'Adonis, soit seul, soit groupé avec Vénus, exécutées à une belle époque de l’art. Telle dut être celle qu’un auteur ancien attribue à Praxitèle3, et qui fut destinée pour Udomon, ou temple dAdonis, à Alexandrie du Latmus, en Carie. Telle serait aussi la stalue du musée du Vatican3, où Visconli crut reconnaître Adonis, au lieu de Narcisse, d’après la blessure a la cuisse droite que l’on voit à celte figure; et, bien que cette interprétation ait été récemment contestée par un habile antiquaire*, c’est encore celle qui me paraît la plus plausible. Quant à l'autre statue du même musée5, queVisconti crut pouvoir expliquer d’abord par Adonis, et plus tard par Apollon 6, je persiste à croire que c’est un Oresle, comme je l’ai proposé et quant à la statue du prétendu Adonis, du musée de Naples8, il est évident, au seul aspect de cette figure, dont il n’y a d’antique que le torse, dans un mouvement qui rappelle celui de ï Apollon Sauroclone, il est, dis-je, évident que c’est une dénomination tout à fait arbitraire. J’en dis autant d’un torse attribué, sans raison suffisante , à Adonis, dans le musée de Mantoue De ces monuments purement grecs, nous passons aux monuments étrusques, sans cesser de nous trouver encore sur le domaine de l’art grec; je veux parler des miroirs, dont plusieurs représentent Vénus et Adonis, d’une manière à ce qu’on ne puisse s’y méprendre,
indiquées dans ce passage d’Ammien Marcellin, XIX, i, ou il est question de la fête des Adonies à Antioche : « figmenta hominum mortooriim ita curate pollincta, ut et imagines essent corporibus similes jam sepultis ;» et c’est ce qu’Ovide avait en vue, Metam. x, 726-7 : «Repetitaque mortis imago annua plangoris peraget simulamina nostri. » Ces statuettes d Adonis mort se faisaient sans doute en terre cuite, non en lois, comme le croit M. Movers, Die Phœnicier, 1. 1, p. 200, et on les peignait en rouge, de manière à imiter le corail; d’où vient le nom de xopAWiov, dont se sert Alciphron, Epislol. 1, 39, pour désigner une de ces images d’ Adonis placée dans le jardin, c’est-à-dire dans le vase garni de laitues : dfépovaa xfatov xai xoptDiXiov , où la leçon, jcopcÉXXioi», bien expliquée par Bast, Lettr. crit. p. 74, et corrigée à tort en xspxptov par M. Jacobs, Animadv. ad Anthol. t. XI , p. i65, est suffisamment confirmée par le mot JtopaXXto7rXa<7/i7s, synonyme de jcopoTrXtxcrlijs, signifiant 1 artiste qui exécutait, en terre ou en cire, ces sortes de petites figures que nous nommons poupées; voy. Rubnken. ad Tim. Lexic. v. KûpOTrXaôoi , p. 1 65-i 66. Nous voyons, dans le poëme de Théocrite, de quelle manière ces statuettes d’ Adonis se plaçaient sur un lit funèbre, Idyll. xv, 84-86; et rien n’est plus naturel que d’admettre la même destination pour notre statuette étrusque. On donnait aussi, chez les Grecs, le nom d’À&ônioü à de petites figures en terre cuite, qui se plaçaient sous des laitues dans les jardins dits d’ Adonis : c’est une particularité dont nous devons la connaissance à Suidas, v. kSœvta : KaXoütn xai to eïSwlov kSwvtSos kScéviov.
1 Les trous dont est semée la surface de ce lit sur les petits
côtés, et dont on n’a pas su donner d’explication , ont dû servir à y attacher des guirlandes de jleurs, ornement en rapport avec les jardins d' Adonis; ce qui devient un nouvel élément de cette représentation A1 Adonis sur son lit funèbre.
2 Stephan. Byz. v. kle&vSpeta- Sexdnv , -uspos tw Accvpw tîjs Kapias, èv y kScévtov fiv, ê'yov Tlpa^néXovs ktppoShvv- On ne supposera pas que fauteur ait confondu ici la Vénus de Cnide avec cette Vénus d'Alexandrie. C’est donc une autre Vénus, aussi de la main de Praxitèle, et, suivant toute apparence, une Vénus groupée avec Adonis, qui- était érigée dans cet Adonion, ainsi que l’a conjecturé M. Roulèz, Notice, etc., p. i3, 1); et cest en tout cas un ouvrage de plus à joindre à la liste des travaux connus de Praxitèle.
3 Mus. P. Clem. t. II, tav. xxxi.
11 Éd. Gerbard, Beschreibung der Stadt Rom, B. II, Abth. 11, S. 772, n. 32. Voyez aussi ce que dit le même antiquaire, au sujet d’une tête antique réputée d' Adonis, à cause de sa ressemblance avec celle de la stalue du Vatican, tête qui se voit au musée de Berlin, Berlins ont. Bildwerhe, p. 72, n. 87.
5 Mus. P. Clem. t. II, tav. xxxii; Bouillon, Mus. des ant. t. II.
6 Voy. ses Explications du Musée français, reproduites dans ses Opéré varie, t. IV, S X, pl. VIII, p. 36-3g.
1 Monuments inédits, Orestéide, p. 170-171.
8 Real Mus. Borbon. t. II, tav. xxiv. Cette statue, d’une belle sculpture romaine du siècle d’Hadrien, fut trouvée dans l’amphithéâtre de Capoue.
9 Mus. di Manlov. t. III, tav. xlv, p. 2 58.
ADONIS MOURANT DANS LES BRAS DE VÉNUS
puisque, sur quatre au moins de ces monuments, le nom oriental d 'Adonis s’y lit. sous sa lorme étrusque, mmm [Alunis]'. Le premier de ces miroirs, qui fut connu et expliqué, mais d’après une communication imparfaite 2, par l'abbé Lanzi , qui modifia depuis son explication à la vue d’un dessin exact qu’il en reçut3 *, est le célèbre miroir de la collection Borgia, qui se trouve aujourd’hui au musée de Naples, et qui a été publié en dernier lieu dans le Real Museo Borbonico1' et dans le Recueil de M. Éd. Gerhard5 * *. Adonis s’y voit représenté assis, s’appuyant des deux mains sur un bâton noueux, et Vénus, debout en lace de lui, avec une branche de myrte quelle lui présente, est accompagnée de l’Amour ailé, témoin naturel de cette scène mystérieuse. Le second de ces miroirs étrusques qui ait été acquis à la science est celui de la collection Durand5, passé depuis dans notre Cabinet des antiques, qui a fourni a M. de M itte le sujet d une savante dissertation . Adonis et Vénus, désignés chacun par son nom, sous sa forme étrusque, s’y montrent assis sur les genoux l’un de l’autre, avec l’intention que nous connaissons déjà par le bas-relief en terre cuite de M. Pizzati. Le héros syrien, couronné de myrte, lient à la main un objet de forme indécise qu’il offre à Vénus, et qui a paru au docte interprète une baie de myrte, ou bien une boule de suc résineux, par allusion à la myrrhe et au nom de la mère di Adonis, mais que je croirais être tout simplement une grenade, fruit dont on connaît la signification symbolique, sur laquelle j’ai déjà eu l’occasion de m’expliquer plus haut. Des deux côtés du lit, où les deux amants sont assis, s’élèvent des branches de myrte, et une caille, oiseau qui joue un grand rôle dans les traditions phéniciennes relatives au dieu soleil, dont Adonis était une des personnifications8, est placée derrière le jeune dieu, certainement avec la même intention quelle avait dans le mythe de l’ Hercule phénicien, autre dieu soleil, celle de le rappeler à la vie; en sorte que tous les éléments de cette représentation s’accordent parfaitement avec cette donnée et s’expliquent aisément d’après elle.
1 La leçon Manv+fl, que M. de Witte citait, Nouv. annales, t. I, p. 569, sur un miroir possédé par M. Éd. Gerhard, provenait d’une erreur commise dans le Ballet, archeol. i834, p. 10.
2 Voy. cette explication dansl eSaggio, etc., t. II, p. i8o-i85, n. xxi.
3 Cette nouvelle explication a été publiée, d’après les notes de l’auteur, par M. Inghirami, Monum. elrusch. ser. II, tav. xv, p. 266-272.
11 T. XIII, tav. lui. L’auteur de l’explication jointe à ce miroir, M. Quaranta, y a donné un extrait de l’opinion de Lanzi, p. 1-11, à la suite duquel il propose, p. 11-16, ses propres idées, desquelles il résulte qu’il faut voir sur ce monument Adonis, MMV+fl (sic), Vénus, la déesse syrienne, Taran
pour Suran, et une Lara Sitmisa, fltim+lt MP.J , ce dernier nom pour sisimisa, dérivé de rjeiais et de fivaa., pour p.waa, (sic), nom composé, qui signifierait desidera-scosse. Une science qui produit de pareils résultats est jugée par ses propres œuvres.
5 Etrush. Spiegel, Taf. cxv. Le texte du savant auteur n’a pas
encore paru; mais on voit qu’il a lu les inscriptions étrusques:
tlHV+fl, HflAVt, Alunis, Turan, pour Adonis et Vénus; ce qui est
indubitable. Quant à la figure accessoire, qui est celle d’un adolescent vêtu et ailé, dont le nom se lit flon-mfnflJ, Lasa Sitmica, M. Éd. Gerhard la prend pour celle de VAmour; ce qui est cer-
tainement l’opinion la plus probable. Il y a quelques lettres étrusques éparses sur le champ du miroir dont personne encore n’a tenté l’explication.
0 Catalogue Durand, n. 1 g43, p. 4ia.
7 Publié dans les Nouv. annales de l'Instit. archéol. t. I, p. 507, suiv., avec une gravure du miroir, pl. xn, n. 1. Notre miroir a été reproduit par M. Éd. Gerhard, Etnisk. Spiegel, Taf. cxiv.
8 Nous devons à Eudoxe, apud Athen. 1. IX, p. 392 , D, E, la connaissance d’une curieuse légende phénicienne, suivant laquelle l'Hercule tyrien, mortellement blessé par Typhon , fut ressuscité par 1 odeur d’une caille que lui fit respirer Iolas. Nous savons d’autre part, Apollodor. 1, iv, 1; Hygin. Fabul. lui; Scrv. ad Æn. m, 73 ; Mytliogr. Yat. I, xxxvn; Lactant..ad Stat. Thel. îv, 796, qu'Asteria, mère de cet Hercule, fut changée en caille, et quelle devint plus tard l’île même de Délos, nommée, à raison de cette origine, Orlygia. Ces traditions, jointes à d’autres légendes du même genre, que j’ai développées dans mon Mémoire sur l’Hercule assyrien et phénicien, suffisent pour établir le rôle important assigné à la caille dans la symbolique orientale, et sa signification, comme oiseau consacré à cet Hercule, dieu solaire; et les mêmes considérations peuvent s’appliquer à Adonis, qui était un dieu du même ordre.
Deux autres miroirs, récemment publiés par le savant meme qui en est le possesseur, nous ont offert encore Vénus et Adonis, l’un et l’autre désignés pareillement par leur nom étrusque1, mais dans une composition différente et sous des formes nouvelles. Sur lu, i de ces miroirs, où le groupe des deux amants est représenté debout, Vénus et Adonis se tiennent embrassés, le visage de l’un appuyé sur celui de l’autre, et deux personnages accessoires, dont l’un est une femme, tenant de chaque main les attributs propres à cette classe de divinités secondaires qu’on est convenu d’appeler des divinités da Destin, l’autre, un homme portant une lyre, sont assis de chaque côté du groupe principal , avec I intention évidente d’assister à cette union mystique. Sur l’autre miroir, où la composition est réduite aux deux figures principales, Adonis, toujours appelé de son nom étrusque, est représenté sous les traits d’un adolescent nu et ailé, s’appuyant de la main gauche sur les genoux de Vénus2, assise en face de lui sur un siège, tandis que de l’autre main il cherche à saisir une colombe qui vient de s’échapper de la main de la déesse. Une tige de myrte se dresse dans le champ du miroir, et une corbeille à ouvrage, kalathus, placée sous le siège de la déesse, ainsi qu’un munir suspendu derrière, sont deux accessoires parfaitement appropriés à cette scène, oii l’élégance du goût grec a laissé son empreinte sur l’œuvre (1e 1 artiste étrusque.
A ces quatre monuments d’un art étrusque, où le sujet de Vénus et Adonis est représente sans qu’il puisseyêtre l’objet d'aucun doute, jecrois pouvoir en ajouter un cinquième, trouve à Arezzo et publié par M. Inghirami3, où l’on a vu Vénus, hmv-t, et Mars, mvm, debout en face l’un de l’autre, mais où M. l’abbé Cavedoni a reconnu4, avec bien plus de probabilité, Vénus et Adonis, ce dernier désigné par le nom uvun, qui serait la transcription étrusque du nom grec AO, un des surnoms AAdonis2. Cette explication , puisée dans les doctrines de Lanzi, n’a certainement rien que de très-plausible, et elle est en tout cas fort ingénieuse; mais je penche plutôt à croire que les lettres uva» ont été mal lues sur le miroir ou mal représentées dans la gravure, soit par la faute du dessinateur, soit par suite de l’oxydation dont le monument avait pu souffrir, et que l’inscription originale était: [mi] nvtn, comme sur les autres miroirs que nous possédons avec celte légende indubitable. En tout cas, et quelle que soit l’opinion qu’on adopte sur la représentation de ce miroir, on peut se croire suffisamment autorisé à expliquer, d’après la même fable , d’autres représentations de miroirs étrusques qui offrent une scène analogue, avec une composition différente, mais sans les inscriptions qu’il serait nécessaire d’y trouver, pour que cette explication acquît toute la certitude désirable. De ce nombre est un miroir appartenant au marquis de Northampton et publié par M. Éd. Gerhard6, où le groupe de Vénus et Adonis se tenant embrassés est représenté debout,
1 Etnisk. Spiegel, Taf. exi, cxvi.
2 La déesse est accompagnée de son nom écrit, de gauche
à droite, Ipanaphlt, dont l’interprétation ne causera
pas un médiocre embarras aux savants qui s’obstinent, avec si peu de succès jusqu’ici, à expliquer par le grec ou par le latin les noms propres d’un idiome entièrement perdu pour nous, sans que nous sachions même à quelle famille de langues il convient de le rattacher.
3 Leltere di etriisca emdizione, tav. ni, p. 3 7-4 7 -
4 Bulletin, archeol. i84i, p- i3g-i4o.
5 Effectivement, suivant l'auteur du Grand étymologique. Adonis se nommait Àws, en Chypre, h. v. ; et ce nom , sous d autres formes, iWtjs, Apollodor. III, xiv, 4, Tctva,s, Schol. Lycophr. ad v. 83 1, ou Zauâras, et kSwëcts, Hesych. h. v., a paru à la plupart des critiques, Creuzer, ZurGalleric, etc., p. 116, 245) ; Movers, Die Phœnicier, t. I, p. 199, 53g, 54a et 554; de Witte, Nouv. annal. 1. 1, p. 549; Roulèz, Notice, etc., p. 3, 4), le même nom que celui d’iâw, iaw, Macrob. Sat. 1, 18, le même que le Jéhovah Adonaï des Hébreux.
0 Etnisk. Spiegel, Taf. cxn.
ADONIS MOURANT DANS LES BRAS DE VÉNUS
entre Minerve, aussi debout, et une deesse assise, dune signification encore incertaine1 2. Un autre miroir, du Musee Kircher~, présente la même scène, mais rendue d’une manière familière et voluptueuse, qui s’éloigne des traditions généralement suivies sur cette classe de monuments. Vénus s’y montre accroupie, dans un désordre de vêtement qui indique bien le motif de cette représentation; de la main droite, étendue vers le visage d Adonis, elle semble attirer à elle le jeune héros, qui est debout devant elle, entièrement nu, et qui se dispose a 1 embrasser, et l’Amour ailé, tenant une branche de myrte, vole derrière Adonis, sur la tête duquel il va poser une couronne. Ici encore tous les éléments de la représentation paraissent bien d’accord avec le sujet en question. Mais il n’en est pas de même, à mon avis, d’un autre miroir que j’ai fait connaître le premier3, et que M. Éd. Gerhard a reproduit4, pour y voir un Amour-Adonis sous les traits d’un enfant nu et ailé porté sur les bras de Vénus, dont les traditions ni les monuments ne nous ont encore offert aucun exemple. Tavais cru reconnaître dans ce groupe 1 Amour enfant et ailé sur les bras de Vénus, et j’y étais autorisé par plus dun monument antique, où l’Amour, figuré de même, comme un enfant nu et ailé, est porté de la même manière, tantôt sur l épaule 5 * *, tantôt sur la main11 de sa mère. C’est encore à présent ma conviction intime, et je pense qu’il faut se garder de confondre, avec cette représentation qui a bien pu se produire sur des miroirs étrusques, à l’exemple des bas-reliefs et des vases peints, celle de Vénus et Adonis, où ce dernier, toujours représenté comme un adolescent, ne pourrait se montrer sous les traits d’un enfant'', sans manquer à la première condition du sujet.
Je ne puis me dispenser de parler d’un autre miroir, où un savant antiquaire a cru reconnaître Vénus et Proserpine se disputant la possession d Adonis, suivant la légende grecque8 * *, qui nous a conservé, sous la forme anthropomorphique, propre au génie grec, le trait le plus essentiel du mythe oriental d Adonis, le dieu soleil, passant alternativement, dans sa course annuelle, de l’hémisphère inférieur à l’hémisphère supérieur. Ce miroir, un des plus remar-
1 Le savant auteur y voit une divinité du Sort, Schicksalsgôttin. Mais, au lieu des deux attributs propres à cette classe de personnages, le style et le vase, cette femme-ci s’appuie sur un sceptre, et elle est vêtue et diadémée comme Vénus; ce qui annonce une déesse du même ordre. Les explications que nous devons attendre du savant éditeur répondront sans doute aux difficultés que nous nous permettons d’élever.
2 Etrusk. Spiegel, Taf. cxm. Voy. aussi Mus. Kircher. tav. xiv, 2 .
3 Monum. inéd. Odysséide, pl. lxxvi, 3, p. 264, note.
u Etrusk. Spiegel, Taf. cxvii.
L’Amonr ailé, voltigeant sur l’épaule de Vénus, dont il ar-
range la chevelure, se voit sur un beau bas-relief Chiaramonti,
tav. xxxvi, où les interprètes ont cru voir la célébration des
Adonies, p. 91-92. Je rappelle, à cette occasion , que M. Millingen
a publié, Peint, de Vas. pl. xlii, un vase où il a vu Hélène assise
sur un siège, en face de Paris debout, et tenant sur ses deux
bras l’dmoHr ailé, explication admise et soutenue par Boettiger, Kl. Schrift. t. II, p. 2 52, suiv. , Taf. v, mais où l’on pourrait, avec plus de vraisemblance encore, voir Vénus et Adonis. L'Amour ailé porté sur la main de Vénus est un type numismatique qui se rencontre, entre autres exemples, à Aphrodisias de Carie. Le génie des mystères se voit quelquefois sur les vases peints
porté de la même manière par une prêtresse, témoin le vase du musée des Studj, publié dans le R. Mus. Borbon. t. I, tav. xxxv. Je rappelle aussi la terre cuite de Pæstum, publiée par M. Éd. Gerhard, Antik. Bilduierke, Cent. Ile, Taf. xviu, où ce savant a vu le génie des mystères porté sur l’épaule de Korê; cf. ibidem, Taf. xx.
6 Voyez, entre autres exemples, le vase du Musée Blacas, publié par M. Éd. Gerhard lui-même, Antik. Bilduierke, Cent. Pc, Taf. xxxn; le savant auteur y reconnaissait, comme moi, Èros porté sur la main de Vénus; voy. son Prodrom. mytholog. Kunsterklârung, p. 276; cf. Hyperbor. Sludien, 1. 1, p. x5y. Comment se fait-il que, dans une représentation toute semblable, il trouve aujourd’hui un Èros-Adonis, inconnu d’ailleurs à toute l’antiquité? Je m’en tiens à sa première manière de voir, qui me paraît plus sûre à suivre.
7 Cette représentation d' Adonis enfant ne pourrait s'expliquer que dans la circonstance du mythe où Vénus, ayant recueilli Adonis, à peine sorti des flancs de l’arbre dans lequel avait été métamorphosée sa mère, le place dans un coffre, pour le cacher à tous les dieux , Panyas. apud Apollodor. III, xiv, 4-
8 Panyas. apud Apollodor. III, xiv, 4; cf. Ilymn. Orph. tvi; Hygin. Astron. II, vu; voy.deWitt e,Nouv.ann., t. I,p. 532, 6).
quables assurément que nous possédions dans toute cette classe de monuments, est celui du Museo Gregonano', publié d’abord dans le Recueil de l Institut archéologique* ; et c’est M. de Wilte qui a proposé l’interprétation que je viens d’indiquer3, en se fondant principalement sur le nom vm»o, où il a cru reconnaître le nom syrien Thammuz, qui se lit dans un passage célèbre de la prophétie d'Ézéchiel4, et par lequel les anciens interprètes de l’Ecriture se sont accordés à croire qu 'Adonis avait été désigné5. Des explications bien diverses^ avaient été données de ce miroir, où l’on avait vu, tantôt la dispute de Thumyris et des Muses6, tantôt Apollon avec trois Muses 1 ; et il s’en faut de beaucoup encore que l’opinion des antiquaires 8 soit fixée sur le véritable sujet de ce miroir, dont il est si difficile de faire cadrer les inscriptions9 avec les figures quelles accompagnent. Une explication encore différente, celle de M. l’abbé Cavedoni10, qui voyait ici la dispute d'Apollon et de Marsyas, et qui essayait, de la manière ingénieuse qui le distingue, de rendre compte des inscriptions étrusques d'après cette donnée, ne me paraît pas avoir non plus obtenu l’assentiment des antiquaires; et, même après les nouvelles observations publiées par M. de Witte, à lappui de sa première explication , la question est restée presque aussi obscure, presque aussi indécise quelle l’était le premier jour. Par une circonstance singulière, la principale difficulté vient ici des inscriptions, sur la lecture desquelles on n’est pas d’accord, et dont 1 interprétation, tiree du grec, de 1 osque et du syrien, n’est complètement satisfaisante pour personne12. Dans cet état de choses, j’avouerai que l’explication de M. de Witte, qui m’avait paru d’abord très-ingénieuse, me semble encore la plus plausible. Le sujet du miroir est, à n’en pouvoir douter, une contestation; car c’est ce qui résulte de la présence d ’Éris, telle quelle est figurée sur des monuments grecs et étrusques, et désignée par le même nom sur les uns et sur les autres. L e jeune homme, placé au milieu de la composition, entre deux femmes mes, est certainement l’objet de
1 Mus. Gregorian. t. 1, tav. xxv, p. 4-
2 Monum. delï lnslit. archeol. t. II, tav. xxvih.
3 Nouv. annales, 1. 1, p. 517, suiv.
4 Ezechiel. c. vm, S i4 : Kai elcnîyayé fie èm xà ■æpâQvpa t îjs otOX j;s oïxov K vplov Tijs fketrovaris -apos ftopp&v, xai l§ov, èxeï yvvaïxes xa,0tf fievtu &pyvovtjat tov 0AMMOT2.
5 S. Hieron. ad Ezechiel. I. L; cf. Idem, Epist. ad Paul. t. IV, Oper. p. 564; S. Cyrill. Alex, in Esaiam, II, ni, t. II, p. 276; Auct. Citron. Alex. p. i3o; Procop. Gaz. ad Esaiam, xvm, p. 258, ed. Paris.
0 C’est l’opinion de M. Bunsen, exposée dans les Annal, delï Instit. archeol. t. VIII, p. 282, sgg.
7 C’est ainsi que les interprètes du Museo Gregoriano, le P. Marclii et M. Gennarelli, expliquent cette représentation, sans s’être, du reste, mis en peine de rendre compte des inscriptions. Il est vrai que l’un de ces savants, M. Gennarelli, avait déjà donné, dans le Giornale arcadico, t. LXXXV, p. 168, sgg., une analyse des noms étrusques, qu’il lisait: Vhlfl® (et non viflflo) expliqué par Phanès, pour Apollon; fllov+va, Eulurpa, pour Euterpe; tlQ3, Pris, pour Érato; VHI-lfl, Alpnu, dérivé d’dX7rnôs , pour Polymnie, etatfl'I'Ofl, Archate, pour Areas; et je laisse à juger jusqu’à quel point cette manière de lire et d’expliquer les inscriptions étrusques s’accorde avec les règles de la critique et avec les éléments du sujet.
8 M. Ed. Gerhard paraît suivre l’opinion de M. Bunsen,
Ueber die Metallspiegel der Etnisker, p. 19, 64); et, conformément à cette manière de voir, il n’a point rangé le miroir du Vatican à la suite de ceux qu’il rapporte à la fable d’Adonis. M. Roulèz, Notice, etc., p. 4, 2), 3), 4), rapporte les explications contradictoires de MM. Bunsen et de Witte, sans se prononcer entre elles.
9 On a pu voir, dans l’une des notes précédentes, quelquesunes des variantes auxquelles peut donner lieu le déchiffrement de ces inscriptions. Une nouvelle variante est celle de jvwfl®
( au lieu de vha® et de VMflû), proposée par M. Cavedoni, et dérivée de l’osque famel, du latin jamulus, Festus, h. v., et appliquée à la ligure du satyre, tandis que le nom VHIVfl, Alpnu, désignerait Apollon, et que le nom Archaxe (au lieu de
3+fl'J'Ofl, Archate), dérivé d’ap^co, désignerait Midas, comme présidant à la contestation entre Apollon et Marsyas, entre le Dieu et le satyre.
10 Dans le Giomal. letter. scient, di Modena, Febb. 1 84 1 -
11 Dans le Bulletin, archeolog. i84s, p. 1 4g-i 55.
12 M. Roulèz a fait lui-même remarquer que le nom Thatna, pour Thammuz , n’existait pas chez les Phéniciens, mais bien en Syrie, où il désignait un mois de l’année. Suivant M. de Sacy, Notes sur Su Croix, Rech. sur les mystères du paganisme, p. 101, ce nom même serait égyptien ou hébreu; voyez, sur l’identité de Thammuz et d’ Adonis, les nouvelles observations de M. Creuzer, Symbolik, etc., t. II, p. 4 17, suiv. 3e édit.
ADONIS MOURANT DANS LES BRAS DE VÉNUS. 127
cette dispute , et le nom de Thamu, qui accompagne ce personnage , rapproché du nom syrien (V Adonis, Thammuz , offre certainement aussi un grand élément de probabilité à l’appui de cette explication, que mon savant et illustre ami, M. Creuzer, semblait disposé à admettre L objection qui a ete faite contre la connaissance du nom syrien de Thammuz, importée chez les Etrusques2, na rien de sérieux pour quiconque a pu se rendre compte des nombreux éléments de l’archéologie asiatique introduits dans l’archéologie étrusque, très-certainement par la colonie tyrrhénienne, et constatés aujourd’hui par les monuments; et c’est une notion que je me flatte de porter jusqu’à l’évidence dans un travail dont je m’occupe depuis plusieurs années à recueillir les matériaux3 *. L’opinion de M. de Witte, je le répète, me paraît donc de beaucoup la plus probable; mais les difficultés qui l’environnent, et dont la principale résidé dans la lecture même des inscriptions étrusques , empêcheront peut-être longtemps encore quelle ne soit généralement admise.
A mesure que la célébration des Adomes se répandit dans l’ancien monde , sans doute à partir de 1 époque alexandrine, les monuments de l’art qui y avaient rapport dûrent se multiplier sous la forme qu’ils pouvaient recevoir de la sculpture et de la peinture , grâce aux nombreuses applications dont ce sujet était susceptible. Une de ces applications, la plus intéressante et la plus populaire, fut sans doute celle qui fit servir la fable d Adonis à l’ornement des urnes sépulcrales ; car il eût été difficile de trouver un sujet qui s’adaptât mieux a cette destination que celui du jeune dieu , objet alternatif de la tendresse de Proserpine et de Venus, qui représentait si bien, dans toute sa destinée, ces vicissitudes de vie et de mort, de destruction et de renaissance , idée fondamentale des religions anciennes , et principal motif de la décoration des tombeaux. De là, sans nul doute, l’emploi qui se fit d’assez bonne heure, dans 1 antiquité, de la fable d Adonis, pour en orner le devant des sarcophages'1. Un des exemples les plus anciens que nous en possédions est une urne étrusque de Volterra5, dun travail grossier, mais d’une composition qui doit appartenir à une assez haute époque, où se voit représenté Adonis renversé par terre, au-dessous d’un sanglier qui est attaqué par deux Amours ailes : représentation qui semble emprun tée du même mo tif que l’idylle si connue et si gracieuse de Theocrite6, et qui pourrait bien, à ce titre, avoir été exécutée d’après un modèle grec contemporain.
G est sans doute aussi le cas des bas-reliefs qui nous restent, en assez grand nombre, de sarcophages romains, lesquels représentent les principales circonstances de la mort d Adonis, distribuées en plusieurs scènes, tous avec quelques variantes de détail, mais avec une composition semblable, qui prouve que ces bas-reliefs dérivaient d’un original célèbre. Un
1 Symbolik, etc., I. II, p. 473-474, a), 3° édit.
W. H. Engel, Kypros, Th. 11er, S. 643, Anm. 196; cf. S.
537, Anm. 1.
3 Dans mes Mémoires d archéologie comparée, asiatique, grecque
et étrusque, dont le second, traitant de la croix ansée sur des
monuments asiatiques et étrusques, s’imprime actuellement dans le recueil de l’Académie.
* Le motif cY apothéose qu’offrait le mythe d’Adom's, et qui convenait si bien sur un tombeau, est indiqué dans ces vers d’une épitaphe de l 'Ânthologie latine, IV, xm, 27-28 :
Nam me sancta VENUS sedes non nosse silentum Jussit et in cœli lucida templa tulit,
et par ceux qui suivent :
Die , Nepos, seu tu turba stipatus AMORUM Lætus ADONEIS iusibus insereris , . . .
5 Publiée par M. Inghirami, Monum. etmsch. ser. I, tav. lxix, p. 1 85 , sqq.
0 Theocrit. Idyll. xxx.
de ces sarcophages a été publié dans la Gallena Giustmiani', d’une manière trop peu fidèle, comme tous les monuments de cette collection, aujourd’hui dispersée; il s en trouve un autre dans notre musée du Rouvre1 2, sur le sujet duquel Visconti avait paru hésiter entre MéUagre et Adonis, doute qui n 'était réellement pas fondé, ainsi que l’ajustement observé M. Welcker3 *. Ce bas-relief est effectivement un de ceux où le sujet d ’ Adonis, distribué en trois scènes, est rendu de la manière la plus complète et la plus significative , au moyen des deux groupes où figure Vénus, au commencement et à la fin. Celte intention devient encore plus sensible sur des bas-reliefs, tels que celui du musée de Mantoue\ où I émis apparaît, guidée par un Amour, sur le lieu même où son favori vient d’être renversé par le sanglier5. A ces trois monuments, entrés dans le domaine de la publicité, j’en ajouterai deux autres encore inédits, tous les deux encastrés dans un des murs extérieurs du Casino de la villa Rospigliosi, à Rome, dont j’ai fait exécuter depuis longtemps des dessins que je me proposais de publier, l’un desquels, divisé en trois actions, reproduit à peu près la composition de celui de notre musée du Louvre, l’autre, distribué en cinq scènes, a été décrit par Zoëga6 *. On en connaît encore quatre autres à Rome, savoir, un à la villa Pamjili, un second à la villa Borghese, qui n’est, à la vérité, qu’un fragment, et les deux autres a la villa Giustmiani et a la villa Rospi- (jliosi1. Indépendamment de ces sept bas-reliefs de diverses collections de Rome, il en existe encore deux, qui ne sont que des fragments de compositions du même genre, au musée Cliiaramonti 8, l’un desquels représente la scène ou Adonis blessé expire dans les bras de Venus; et je puis citer, en outre, un monument plus curieux encore, négligé par Zoëga et omis par M. Welcker : c’est, un petit sarcophage qui se trouvait dans la vigne des Pères de Santa Maria del Popolo, et qui représente, à côté du groupe de Vénus assise et d Adonis partant pour la chasse, la particularité, qui manque sur tous ces bas-reliefs, de la naissance d 'Adonis sorti des lianes de Myrrha changée en arbre 9. Si à ce monument on ajoute le puteal Colobrano, passé en Angleterre et décrit par Daliaway 10, on connaîtra tout ce qui existe de bas-reliefs, de sculpture romaine , relatifs au mythe d’ Adonis.
1 Galler. Giustinian. t. II, tav. 1 16.
2 Clarac, Mus. de sculpt. pl. 116, n. 85.
3 Annal, delï Instit. archeol. t. V, p. i55.
“ Mus. diMantova, t. III, tav. xxi, p. 129-1 34-
5 II n'est pas toujours facile de distinguer les bas-reliefs de sarcopliage qui appartiennent aux sujets dddonts, d 'Hippolyte et de Méléagre; et peut-être qu’au lieu de se borner à reprendre l’hésitation qu’avait témoignée Visconti entre Méléagre et Adonis, M. Welcker eût dû indiquer les particularités qui peuvent servir à les distinguer; c’est ce que, au défaut de cet habile et savant antiquaire, je vais faire en peu de mots. La chasse de Méléagre se distingue de celles d’ Adonis et d'IIippolyte, en ce que, dans le
groupe de chasseurs qui attaquent le sanglier, on voit figurer une femme en costume d 'Amazone ou de chasseresse, qui ne peut être qu 'Atalanle, personnage exclusivement propre au mythe de Méléagre. La chasse d" Adonis est toujours précédée d’un groupe
où le héros syrien est assis près de Vénus qui le caresse, et entouré
à' Amours, quelquefois suivie d’un autre groupe où Vénus assise
reçoit la funeste nouvelle de la mort de son favori , et où des
Amours la consolent; mais il n’est pas exact de dire, comme le
fait M. Labus, Mus. di Mantov. t. III, p. 1 3 1 , que la nourrice ne figure jamais près de Vénus: car une femme en costume d 'esclave, comme la nourrice, se trouve à côté de Vénus sur notre bas-relief du Louvre. Mais ce qui ne permet pas de confondre le sujet A' Hippolyte avec celui d’ddorcis , c’est la manière dont est conçu le groupe A' Hippolyte, debout, s’éloignant de Phèdre assise, malgré les supplications de la nourrice, et qui ne ressemble en rien au groupe de Féntts et A' Adonis, entourés A' Amours.
0 Cité par M. Welcker, Annal, delï Instit. archeol. t. V, p. 1 56.
7 Zoëga , cité par M Welcker, au même endroit, p. i55-i 56.
8 Ces deux bas-reliefs sont décrits par M. Ed. Gerhard, Beschreib. der Stadt Rom, B. II, Âbth. IIe, p. 61, n. 348, et p. 67, n. 453, +). Le second avait été vu par Zoëga, lorsqu'il était en la possession de M. Ant. d’Este; voy. Welcker, Annal, etc., t. V, p. i56.
9 C’est sur la foi de Visconti, Mas. P. Clem. t. IV, p. 36, a) , que je cite ce bas-relief, dont je n’ai pu me procurer encore un dessin.
10 Anecdot. of the arts in England, p. 356 (t. II, p. 106, de la tr. fr. de Millin).
ADONIS MOURANT DANS LES BRAS DE VÉNUS. J 29
Mais il est probable qu'il se fit, à l’époque romaine où le sujet d 'Adonis était devenu un des motifs les plus populaires des représentations mimiques1, bien d’autres applications de ce sujet, pour orner à la fois la demeure des morts et celle des vivants. C’est dans le premier cas que se trouvaient de charmants bas-reliefs en stuc appartenant au tombeau de la famille Manilia, dont un fragment représentant Adonis blessé, un Amour occupé à bander sa blessure à la cuisse gauche, et Vénus debout posant sa main sur la poitrine de son amant, comme pour s assurer si son cœur bat encore, a été plusieurs fois publié2; et je rapporte à la même destination un fragment de bas-relief inédit placé dernièrement au nouveau musée de Saint-Jean-de-Lalran , où se voit Adonis assis entre deux Amours, dont l’un étanche le sang qLU coule de sa blessure , et Venus debout près d Adonis, a qui elle prodigue ses soins3.
La peinture avait dû s’emparer de bonne heure d’un sujet si favorable, et c’est ce que nous pourrions admettre d’après la seule vraisemblance, au défaut de témoignages directs. Mais nous possédons, dans un passage d’une comédie de Plaute4 *, un de ces témoignages qui peut s’appliquer à l’antiquité grecque, bien qu’il soit fourni par la littérature latine, puisque , dans cette comédie de Plaute , tout est grec , le beu de la scène , l’action , les personnages et les mœurs. Or il y est dit que les Amours de Vénus et d Adonis formaient le sujet ordinaire des peintures employées à la décoration des maisons de cet âge. Ce sujet comprenait sans doute les principales circonstances du mythe d’ Adonis, c’est à savoir sa naissance, rapportée à la métamorphose AeMyrrhaen l’arbre qui produit la myrrhe, la passion qu’il inspire à Vénus , sa chasse au sanglier, sa blessure et sa mort; et il nous reste en effet plusieurs peintures, toutes d époque romaine, mais sans doute d’invention grecque, qui ont rapport à ces diverses circonstances.
Sans parler de Myrrha elle-même , 1 héroïne infortunée d’une passion incestueuse, dont j’ai fait connaître une image peinte1’, destinée à lornement de quelque ancienne villa romaine, nous trouvons la naissance d Adonis figurée sur une peinture des Thermes cle Titus 6, où l'on a voulu voir, sans aucune raison, la naissance d’Iacchus7. En se plaçant dans la première hypothèse, qui est celle des antiquaires du xvii” siècle, et qui a obtenu tout récemment l’assentiment de M. Welcker8, tout s’explique, dans cette peinture, de la manière la plus natu-
1 C’est ce qui résulte du témoignage de Lampride, in Elagabal. Svi, p. 807 : « Salamboneme tiam omniplanctuetjactatione syriaci cultus exliibuit ; » à l’appui duquel on peut citer encore celui-ci d’Arnobe, adv. Gent. VII, xxxm : «Obliterabit offensam Venus, si Adonis in habitu gestum agere viderit saltatoris in motibus pantomimum? » et cet autre de Prudence, Hymn. xiv, peristephan. v. 228 : « Meretrix ADONEM vulneratum scænica libidinoso plangit affectu palam, » où je remarque l’exemple du nom Adon à joindre à ceux qui ont été cités plus haut, p. 1 i3-i i4, 6).
Guattani, Memor. Enciclop. etc., t. V, ann. i8o5, p. 56; Mus. Chiaramont. t. I, p. 92 , 1 4) , tav. agg. A, 9; cf. p. 1 10 , 9).
3 Voyez, vignette vii, p. 109, une gravure de ce bas-relief,
d’après un dessin que j’en ai dû àla bonté de M. le ch. de Fabris,
directeur des musées pontificaux du Vatican et de Saint-Jean-
de-Latran. Il est seulement bien fâcheux que les figures d’Ado-
nis et de Vénus soient mutilées de toute la partie supérieure.
1 Plaut. Menœchm. 1, 11, 34, sqq. :
Me. Die mihi, nunquam tu vidisti tabulant pictam in pariete,
Ubi aquila Catamitum raperet aut ubi Venus Adoncum?
J’ai déjà fait usage de ce passage important dans mes Peintures antig. inêd. p. 266. Je ne crois pas que les mots Venus Adoneum (raperet) doivent s’entendre ici d’un véritable enlèvement, comme celui de Gcinymède par l’aigle, bien que cette interprétation ait été admise par un critique; car le motif quelle suppose ne se trouve sur aucun monument de l’art antique. Des groupes , tels que ceux que nous possédons sur les miroirs et dans les terres cuites, où Vénus et Adonis debout se tiennent embrassés, répondent tout aussi bien à la pensée de Plaute.
5 Voy. mes Peint, antiq. inéd. pl. iv, p. 4oo.
6 Pictur. antiq. crypt. roman. (Rom. 1760, fol.), tab. ni,
7 Annal. delV Instit. archeoL t. XIV, p. 25, tav. d’Agg. A. Voy. ce qui a déjà été dit de cette peinture, plus haut, p. 84, note.
8 Annal, etc., t. V, p. 1 67. Ce ne peut être que la peinture
relie et la plus plausible. Adonis enfant est présenté par la nymphe qui vient de le recevoir a Vénus, qui paraît déjà charmée de la beauté de cet enfant1. La déesse s’appuie de la main gauche sur l 'arbre dans lequel l’infortunée Myrrlm vient d’être transformée : c’est une particularité tellement caractéristique, qu’il semble quelle ne puisse trouver une autie expli cation; et nous avons déjà vu que la même scène était représentée sur un sarcophage romain2. Enfin, la femme qui est debout près de Vénus ne peut être que Pitho, sa compagne habituelle dans des scènes de ce genre, dont l’attitude, le costume et l’expression répondent parfaitement à cette désignation.
La réunion des trois autres peintures qui formaient avec celle-ci la décoration dune même chambre des Thermes de Titus 3 est sans doute un motif assez grave pour croire quelles avaient aussi rapport à Adonis. C’est d'après cette idée quelles ont été expliquées, et il est certain, à mon avis, que cette explication est plus probable que la nouvelle interprétation qui a été proposée pour deux de ces peintures , en ne tenant aucun compte de la quatrième . Adonis, sous les traits de Bacchus, assimilation qui n’a rien que de très-conforme aux idées antiques5, se montre, dans une de ces peintures, debout, dans une attitude de repos , entie deux hussarides, dont l’une tient le thyrse et le tympanum, l’autre joue de la double flûte, instrument tout à fait propre au culte d 'Adonis^. Un groupe des trois Grâces ou des trois Heures, qui forment un chœur de danse, est encore une image, sujet d’une autre de ces peintures, qui s’allie très-convenablement au mythe d 'Adonis. Reste la quatrième peinture , où l’on a cru voir, avec une probabilité suffisante. Adonis partant pour la chasse et s’arrachant à l’amour de Vénus, malgré les sollicitations d’une esclave en costume de nourrice, qui s’efforce de l’arrêter. Ici, l’analogie de la scène avec celle des représentations relatives au sujet de Phèdre et Hippolyte pourrait faire naître des doutes sur la justesse de cette explication. Mais la présence de la nourrice, si caractéristique dans le sujet de Phèdre et Hippolyte, n est pas non plus sans exemple dans celui de Vénus et Adonis 7; et l’accord des autres peintures, toutes relatives à Adonis, porte à croire que celle-ci appartient au même sujet.
en question que le docte antiquaire ait eue en vue , en citant, comme relative au sujet d 'Adonis et de Vénus, une peinture des Thermes de Titus.
1 Panyas. apud Apollodor. III , xiv, 4 : A snapjinaiw Sè valepov ■^pévw, tou MvSpov payétno?, yevvyOijvau ràv ’Xeyôp.evov kSwrtv Ôv hÇipoShy Sià ndXKos ërt mjiuov , xpx i<pa 3-sûv , els ’Xdpvaxa jcpütf'aera, h. t. X.
2 Voy. plus haut, p. 128, 9).
3 Pictur. ant. crypt. rom. tab. iv, v, vi, p. 4-7 •
h Annal, etc., t. XIV, p. 2 5. En parlant de ces trois peintures, comme les seules qui fissent partie d’un même ensemble de décoration, il est dit quelles ornaient probablement les trois murs dune seule et même chambre; or c’est ce qui est positivement assuré, pour les quatre peintures , par les antiquaires du xvn” siècle, Bellori et Michel-Ange de la Chausse, en ces termes : « In altero conclavi, in eisdem Titi Thermis, quatuor, quæ sequuntur, spectabantur depictæ tabulas. »
5 A Rhodes , où son culte avait été porté de bonne heure par les Phéniciens, il était assimilé, d’une part à Bacchus, de l’autre à Atys, Euseb. H. E. III, xxm. Cette assimilation a trouvé aussi
plus d’une autorité chez les Grecs, Phanocl. apud Plutarch. Sympos. IV, v; Auson. Epigr. xxix et xxx; et ces témoignages, admis encore en dernier lieu par M. Movers, Die Phœnicier, 1. 1 , p. 54 1 , suiv., avaient déjà été allégués par les interprètes de notre peinture.
0 Deux des noms orientaux d 'Adonis, celui de Gingras, que lui donnaient les Phéniciens, Pollux, IV, lxxvi; cf. Athen. 1. IV, p. 174; Eustath. ad Homer. 17. p. 1167, désignait aussi une espèce de jlûle, aussi bien que le nom d 'Abobas, sous lequel il était adoré à Perga de Pamphylie, Hesych. v. ÀSwëas; cf. M. Etymol. h. v. Il en était de même du nom de Cinyras, qui se donnait à la fois au père d’ Adonis et à un instrument de musique, Guigniaut, chez Creuzer, Relig. de ïantiq. t. II, p. 45, 4)- Il existe, dans l’antiquité, de nombreux exemples de cet usage, dérivé de l’Orient., d’appliquer aux êtres divins des dénominations tirées des instruments et des chants employés dans leur culte.
7 Voy. plus haut, p. 128, 5), l’obsei’vation qui a été faite à ce sujet.
ADONIS MOURANT DANS LES BRAS DE VÉNUS
En fait de peintures du mythe <\ Adonis découvertes à Rome, je ne trouve plus à citer que celle de la villa Negrom' , qui représente Adonis llessè, expirant entre les bras de Vénus. L'infortuné chasseur est assis sur un rocher, la tête penchée sur sa poitrine, avec la terrible blessure à sa cuisse gauche qui doit causer sa mort. Vénus, qui est assise au-dessus de lui, le soutient de ses deux bras en lui adressant des consolations impuissantes , et son chien fidèle est à ses pieds : cest la scène la plus ordinaire, réduite à sa plus simple expression, mais avec une dignité de composition et une noblesse de style qui ne peuvent appartenir qua une belle époque de l’art grec.
C’est à Pompéi qu’on a trouvé le plus de peintures du sujet âlAdtmù, dans les deux principales circonstances qui s’y rapportent, son amour et sa mort. Je citerai en premier lieu une peinture dont je regrette infiniment de ne pouvoir parler que d’après le témoignage d’autrui, attendu que, par son sujet comme par le mérite de son exécution, elle devait être la plus curieuse que nous connussions. Cette peinture , donnée par l’avant-dernier roi de Naples a M. Clermont d Amboise, ambassadeur de France à sa cour, et acquise, à la mort de celuici, par M. Martin, ancien membre de l’Académie de peinture, avec une autre peinture d’un sujet très-difficile à expliquer et d’une rare beauté d’exécution, maintenant en la possession de notre célèbre graveur, M. Desnoyers, qui l’a publiée2, représentait Vénus et Adonis dans une situation que la parole ne peut exprimer, mais que l’art des anciens, habitués aux libertés de leur mythologie et de leur théâtre, ne se faisait aucun scrupule de rendre dans toute sa nudité, ainsi que nous en avons plus d’un exemple à Pompéi3. Ce sujet si licencieux de Vénus et Adonis était d’ailleurs exécuté avec une pureté de dessin et une vigueur de pinceau , qui faisaient de cette peinture une des plus belles qui fussent sorties de Pompéi, aux yeux de M. Desnoyers, assurément un des juges les plus compétents en pareille matière; et c’est sur son témoignage que je cite cette peinture, tombée depuis en des mains inconnues, dans l’espoir que cette indication que j’en donne ici fera retrouver le monument original.
Il serait difficile d’analyser les nombreuses peintures de Pompéi, qui représentent Vénus et Adonis dans les principales circonstances relatives à la vie et à la mort du héros syrien; et il suffira, pour l’objet que je me suis proposé, d’indiquer celles de ces peintures qui peuvent donner lieu à quelque observation nouvelle.
Le nom de Maison d’ Adonis a été donné à une petite habitation fouillée en 1 8 1 3 , au voisinage du forumi, qui a offert, entre autres jolies peintures dont elle était décorée, un tableau dont la composition a été rapportée à Adonis 5, et qui se recommande par plusieurs particularités neuves et intéressantes. Le jeune chasseur du Liban est assis sur un siège de
1 Pariet. pictiir. inter Esijuil. et Vimin. coll. super, ann. cletect. in ruder. privât, domus, ed. C. Buti, del. Rapli. Mengs, sc. Campanella, Rom. 1778, tab. n; voy. Millin, Galer. myth. pl. xlix, n. 170. Cette peinture a été omise par M. Welcker, aussi bien que par M. Roulèz; et M. de Witte ne semble connaître que les peintures de Pompéi, bien qu’il cite, Nouv. ann. etc., t. I, p. 5 1 o , 8), cette peinture de la Villa Negroni, d’après la gravure de Millin. Mais elle n’avait pas échappé à l’attention de M. Creuzer, qui la cite aussi d’après Millin , ZurGallerie, etc., p. n4, 235).
3 Recueil d’estampes gravées d’après des peintures anciennes, etc.,
par Aug. Boucher Desnoyers (Paris, 18a 1, folio), pl. xxxiv, p. 32.
3 Entre autres, la peinture de Mercure et à' Hersé, qui orne une des parois d’une des chambres de l’afnum de la Maison du poète tragique, et qui a été laissée en place, mais couverte d’un volet de bois : peinture d’une telle licence, qu’il est impossible même d’en donner une idée.
* Pompéi descritla da C. Bonucci (Napoli, 1827, 3” ediz.) , p. i58-i59-
5 Elle a été publiée par S. W. Gell, dans son Pompeiana (London, 1821, in-8°), pl. xlit, p. 195-196, avec une explication de Diane et Endymion, qui ne peut véritablement se soutenir.
marbre à plusieurs assises, qui paraît figurer une portion d’une pyramide à degrés'; il a sa chlamyde rejetée derrière lui, de manière à couvrir le siège qu'il occupe en passant sur sa cuisse droite; il tient de la main gauche deux javelots , la pointe tournée vers la terre, et sa tête est entourée d’un nimbe radié, qui fait sans doute ici allusion à la nature de ce dieu solaire des Syriens1 2. En face de lui apparaît Vénus, debout, la partie antérieure du corps entièrement nue, tenant de la main droite, levée à la hauteur de l’épaule, 1 extrémité de son vêtement qui flotte par derrière, et comme se manifestant dans tout 1 éclat de sa beauté divine. Cette intention, qui se révèle dans l’attitude même de la déesse, est rendue sensible par la présence de X Amour, qui est placé, sous la forme d’un enfant nu et ailé, entre I ènus et Adonis, et qui tient, d’une main, la palme, symbole de sa victoire, et, de l’autre, un flambeau allumé.
Je n’oserais pas assurer qu'une peinture d’une maison fouillée en 1809, la derniere à main gauche, dans la rue de Mercure, peinture où l’on a vu Apollon, dieu solaire, placé entre Vénus et Adonis, divinités du même ordre3 *, ait effectivement cette signification, qui me paraît un peu recherchée pour le système de représentation généralement suivi à Pompéi. Il en est de même d’une peinture de la Maison des Dioscuresk, où Ion a cru trouver Adonis, fatigué de la chasse, se disposant à prendre un bain que lui apprête un Amour, avec Vénus, debout à ses côtés, et Pitho, assise dans le fond, mais où je serais plutôt disposé à reconnaître Narcisse, représenté à peu près comme il l’est sur une peinture d’Herculanum 5. Quant à la peinture qui orne la paroi principale de Xexèdre de la Maison du poète tragique, et que j ai publiée moi-même6, en y reconnaissant , d’accord avec les antiquaires napolitains7, Leda assise près de Tyndare, et tenant à la main un nid où sont trois petites figures d’enfants nouveau-nés, Castor, Pollux et Hélène, j’ignore d'après quels motifs on a pu la rapporter à Vénus et Adonis, comme nous l’apprend M. de Witte8. La qualité de chasseur, qui convient à Adonis, appartient tout aussi bien à Tyndare, comme à tous les personnages de l’âge héroïque; et cette explication paraît si bizarre, dénuée comme elle l’est de toute considération qui l’appuie, que je m’abstiens de la réfuter, persuadé qu’il suffit de lenoncer pour en faire apprécier le peu de vraisemblance.
Mais, où il n’est pas possible de méconnaître Vénus et Adonis, dans la circonstance qui devait rendre ce sujet si agréable à des yeux antiques, et qui en fit, dès le temps de Plaute, un des motifs favoris de la décoration des maisons grecques et romaines, c’est-à-dire dans l’abandon de deux amants qui se livrent aux témoignages de leur tendresse , c’est sur une charmante peinture récemment découverte à Pompéi9, où Adonis assis s’appuie mollement sur les genoux
1 Sur ce genre d’édifice, particulier à l’antiquité assyro-pliénicienne, et sur son rapport symbolique avec le culte des dieux solaires, tels qu’était Adonis, je renvoie aux éclaircissements que j’ai donnés dans mon Mémoire sur l’Hercule assyrien et phénicien.
2 Macrob. Sat. i, 19; cf. ibid. 1, 21. M. le Dr Scliulz a fait,
sur l’emploi du nimbe, dans les peintures de Pompéi , des
observations ingénieuses, mais dont le résultat, pour être ad-
mis, aurait encore besoin d’un examen critique plus appro-
fondi. En tout cas, il n’a point compris, dans les exemples
qu’il en cite, la peinture qui nous occupe, et qui me pa-
raît pourtant une de celles où cette particularité est le plus
caractéristique; voyez le Bullet. archeol. 1 84 1 , p. 102-106.
3 C’est M. le Dr Schulz qui a proposé cette explication; voy. son Rapport sur les fouilles de Pompéi, de 1 83g à 1 84 1 , dans le Bullet. archeol. i84i, p. 102, et 106.
4 R. Mus. Borbon. t. VII, tav. iv.
5 Pittur. d'Ercolan. t. V, tav. xxix.
6 Maison du poète trarjiq. pl. xi et xv, p. 22-23. Elle avait été publiée déjà, mais au simple trait, par M. Zahn, Ornamente aus Pompeii, Taf. xxm.
7 R. Mus. Borbon. 1. 1, tav. xxiv.
8 Nouv. ann. etc., t. I, p. 5io-5n, 8).
0 Publiée dans le R. Mus. Borbon. t. XI, tav. xlix.
ADONIS MOURANT DANS LES BRAS DE VÉNUS
de Vénus, qui lui présente une couronne de fleurs, moyen de séduction si connu de l’antiquité Ce groupe voluptueux a pour témoins deux petits Amours, dont l'un tient une pomme, non pas celle que Vénus avait obtenue par le jugement de Pàris, idée de l’interprète napolitain qui me paraît trop recherchée, mais la pomme qui servait de présent habituel entre les amants1 2, et qui était devenue, à ce titre, le symbole érotique par excellence. Cette scène se passe dans un paysage solitaire, au fond duquel se dresse une stèle funèbre, image de mort rapprochée d'une scène de volupté qui entrait tout à fait dans le génie de l’antiquité, et qui ne convenait pas moins bien au mythe S Adonis. Un groupe à peu près pareil , trouvé dans une des maisons à main gauche de la rue de la Fortune, et resté encore inédit, avait pour pendant, dans la même chambre, un groupe licencieux d’un satyre barbu </ui embrasse me nymphe 3; et c’était aussi une manière d’exprimer pour les yeux l’idée sensuelle qui s’attachait au mythe d 'Adonis, à cette époque de l’antiquité.
Mais le plus grand nombre des peintures de Pompéi relatives à Adonis sont celles qui le représentent blessé et mourant entre les bras de Vénus, tel que nous le montre une peinture de la maison que je citais tout à l’heure, et où cette peinture a pour pendant, par une intention facile à saisir, le groupe de Léda caressée par le cygne11. De ces représentations de la mort d Adonis, une des plus remarquables, sous le rapport de l’exécution , est celle qui fut trouvée en 1828 dans la maison de Mèléagre 5. Adonis, blessé à la cuisse gauche, s’y voit assis sur un rocher, près de Vénus, qui le tient dans ses bras et qui relève sa tête en la rapprochant de la sienne, tandis qu’un petit Amour soutient de ses deux mains son bras gauche défaillant. Le lieu où se passe la scene est un site agreste du Liban&, où l’idée du tombeau apparaît aussi sous la forme d’un pilier carré, comme on en a plus d’un exemple dans les monuments funéraires de la Lycie 7, contrée voisine et tout imprégnée d’éléments d’une civilisation phénicienne. Sur une autre peinture de la maison dite du chirurgien 8, le sujet est traité d'une manière plus pathétique : Adonis, entièrement nu , avec la blessure à la cuisse , dont le sang coule encore malgré le bandage qui la couvre, est à demi couché sur les genoux de Vénus; son visage exprime la souffrance, et la douleur se peint sur celui de la déesse, qui, dans le trouble quelle éprouve, se montre dépouillée de tout vêtement dans la partie supérieure du corps. Deux Amours s associent a cette scene de deuil , l’un en cachant dans sa main son visage inondé de pleurs, l’autre en adressant au ciel des supplications inutiles. Le chien du
1 Témoin ce passage de Lucien, Toxaris, S xm, t. VI, p. 71, Bip. : Kai ypap.p.a.'teïà ts dud^ohat ■usctpà tî/s yvvatxos aùrw, xal 2TÉ<I>AN0I iipipAparzoï, «ai /xr/Xâ t ivct dTioSeSyypévci , xa.1 aXXa ÙTtôtjct a l pctcrlpoml ém tois véois fir/yavâvTau , et cet autre d’Aristophane, Thesmoplior. v. 3gg-4oi :
T otaüQ’ oSros êitSaÇev xaxi Tons avSpas ■nfiâv &/I ’ èdv yé tis ■ahixp
rom) 2TÉOANON, ippv Soxet
C’est à ce titre que Vénus donna aussi une couronne à Bacchus, Hygin. Astronom. 11; voy. plus haut, p. 4a, 1); et sur le rôle important que jouaient les couronnes dans la galanterie antique, consult. les détails curieux donnés par Boettiger, Sabine, S ni , p. i4o, suiv.
2 Voy. l'exemple qui en est donné, à la note précédente, à
l’appui de ceux qui ont été déjà cités plus haut, p. 112, 5), et auxquels je puis ajouter encore ceux que fournissent Lucien, Dialog. Meretr . xir, t. VIII, p. 2 5i, Bip.; Diogène de Laërte, III, xxxn ; Longus, Pastor. 1, 1 3 , et in, 33; Héliodore, Æthiop. m, p. i32; Alciphron, Epist. in, 62; voy. encore Boissonade, sur Nicétas, p. 3a4, suiv., et sur Aristænète, p. 563.
3 Schulz, Intorno gli scavi Pompeiani eseguili negli anni i835- 1 838 (Roma, 1 83g) , p. 16.
4 Id. ibid. p. 1 5.
5 R. Mus. Borbon. t. IX, tav. xxxvn.
6 Suid. v. ASavis- . . . Kai tsévdos fjv lepov, otov èv Ai Sctvu t 0 èu’ ASooviSi xai BüéXco.
7 Ch. Fellows, An acconnt of discoveries in Lycia, pl. v, p. 104.
8 R. Mus. Borbon. t. IV, tav. xvn.
is
i34 AMOURS DES DIEUX.
héros est accroupi à ses pieds, et le lieu de la scène, où se dresse un amas de rochers, est aussi indiqué par un tombeau, sous la même forme d'un pilier carre.
Cette image du tombeau, qui s'alliait si naturellement au mythe S Adams, et qui manque si rarement sur les diverses représentations que nous en possédons, se montre dune manière plus significative encore sur une peinture qui décorait un pilier au voisinage du forum . C’est le tombeau d 'Adonis lui-même qui forme le principal accessoire de cette curieuse peinture, et qui s’y montre sous la forme d’une stèle érigée sur un amas de rochers, surmontée d’une couronne radiée, au-dessus d’une espèce de vase ou de panier à deux anses, dans un style d’architecture qui accuse un système d’art asiatique, et dont les éléments s’expliquent tresbien d’après ce que nous savons du culte d Adonis. Adossée à cette stèle, est une petite figure de Priape2, ce fruit monstrueux des amours de Vénus et S Adonis3 *, dont la présence achève de caractériser le tombeau d’ Adonis. En avant de ce monument sont deux personnages, debout l’un et l’autre, engagés dans un entretien mystérieux, Vénus, appuyée a droite sur un pilier, et Mercure, dans une attitude qui indique la tristesse1, et tenant son caducee eleve de la main droite, comme s’il apportait à l’amante affligée d Adonis 1 arrêt suprême qui la condamne à rester six mois de l’année veuve du héros quelle a perdu. Cette peinture de Pompéi donne beaucoup de probabilité à l’ingénieuse explication proposée par Zoega5 et admise par M. Creuser6, pour l’un des bas-reliefs du célèbre vase Cbigi , où l'on a vu Vénus, avec la nymphe de Byblos, occupée à laver la blessure que s’était faite au pied la déesse, près du tombeau d Adonis, représenté à peu près avec les mêmes éléments7 que sur la peinture précédemment
1 Real Mus. Borbon. t. I, tav. xxxu.
2 11 semble que ce soil plutôt Priape en personne, dans une attitude qui s’exprimait en grec par le mot ^etpovpyâv, et dont on a des exemples jusque sur des monnaies grecques, qui soit représenté ici, plutôt qu’une statuette de ce dieu. Cest, d ailleurs, une question que je me propose de traiter, au sujet des monnaies dont je viens de parler, dans la iv° de mes Lettres urclieulogigut'S.
3 On sait que, suivant une des traditions qui avaient cours dans
l’antiquité, Priape était le fruit de la double union de Vénus avec
Bacchus et avec Adonis, Scbol. Apollon. Rb. ad. v. i, 9^ 2 >
cf. M. Etym. v. ÀëapvlSos. C’est encore là une des questions
que je me propose de traiter dans le plus grand détail , a 1 article des Amours des dieux, dans l’ouvrage cité à la note précédente.
4 Cette attitude, exprimée par les mots complicitis pedibus, Apul. Met. III, xm, avait effectivement cette intention, d’après la description que nous donne Philostrate, Imag. II, vu, de la situation où étaient représentés les héros grecs affligés de la mort d’Antiloque, sujet d’une peinture antique; voy. Labus, Mus. Bresc. illustr. tav. xlvi, p. 169. C’est par cette raison que, sur un beau vase que j’ai publié, Orestèide, pl. xlv, j’ai reconnu Cliaron, à son attribut et à cette même attitude, p. 179, 3).
5 Abhandlungen, etc., Taf. v, i3,p. 387.
0 Abbildung. zu Symbolik, Taf. xxxvn, 3g, p. a4i voy. Zur Gallerie, etc., p. 1 1 3 , a3o).
7 Ce monument avait été publié d’abord par Guattani, Monnm. ant. per l'ann. 1784, p. xxv. On y voit le tombeau d' Adonis figuré par une colonne ionigue, près de laquelle est un arbre, et, dans le haut, un simulacre rustique de Priape.
PLANCHE Mil.
Hauteur, 0,830 millim. — Largeur, 0,567 millim.
Dans cette peinture, connue vulgairement sous le nom de la Toilette de l'Hermaphrodite \ nous retrouvons encore Vénus et Adonis; mais nous les retrouvons sous des traits tout différents de ceux que nous venons de voir, sous une forme qui tient aux plus anciennes conceptions de l’archéologie asiatique, et qui ne s’était encore montrée sur aucune peinture antique d’une manière aussi remarquable que sur celle-ci. C’est cette circonstance, ainsi que le mérite de la peinture elle-même, le soin extrême qui brille dans son exécution , et sa conservation,
qui, au moment de sa découverte, ne laissait absolument rien à désirer, qui en font un des
monuments les plus intéressants à tous égards
1 II n’en a été publié jusqu’ici qu’un Irait réduit à une trèspetite dimension , dans l’ Archüologische Zeilung de M. Éd. Gerhard , L. II”,Taf. v, î .On a commis, au même endroit, une légère erreur, en annonçant cette peinture comme trouvée dans la maison dite de' Capitelli colorali. Le fait est quelle ornait une des parois d’une des petites pièces situées en face du péristyle de la maison d' Adonis, ainsi qu’en fait foi le Rapporto de M. le docteur Schulz, p. 28. Je vis moi-même, en septembre 1 838, cette peinture récem-
sortis en dernier lieu des fouilles de Pompéi.
ment découverte et laissée en place, et j’en donnai une courte indication dans ma Lettre àM. de Salvandy, p. 20. En la revoyant, au mois d’octobre 1 844 , à six années d’intervalle, j’ai eu le chagrin de la trouver déjà très-endommagée; ce qui tient, sans nul doute, au peu de précautions qu’on prend pour la conservation de ces peintures; celle-ci était intacte au moment de la découverte, et telle absolument que la représente le dessin que j’en publie ici, et que je dois à la munificence de S. M. le roi des Deux-Siciles.
L’objet principal de celte représentation est un personnage dont le double sexe est la particularité qui frappe au premier aspect, en même temps que la manière dont cette ligure, presque entièrement nue, se présente à peu près de face au spectateur, assise sur un siège, dans une attitude qui montre avec une sorte de complaisance tous les charmes de sa petsonne. Effectivement, cet Hermaphrodite est occupé à se parer. Du bras droit, autour duquel est passée une partie de son vêtement , dont l’autre extrémité est deployee sur ses genoux , il s’appuie nonchalamment sur le dossier du siège qui le porte, tandis que, de la main gauche, il relève une tresse de ses blonds cheveux, disposés sur le devant de la tête en petites boucles, avec un soin, une régularité, qui indiquent que l’art a présidé à cette coiffure. La presence des autres figures qui entourent de chaque côté l’ Hermaphrodite complète l’idée de parure qui se manifeste dans toute sa pose. Des deux femmes qui se tiennent, debout à sa gauche, l’une est occupée à lui attacher une chaîne d'or qui descend sur sa poitrine, l’autre tire d’une pyxis quelle tient sur sa main gauche et dont le couvercle est levé, un collier \ cet objet du luxe asiatique qui avait été un des moyens de séduction employés par Paris sur le cœur de la fragile Hélène. Le dernier des témoins de cette scène de toilette, qui n’en est pas le moins remarquable, est un personnage d’une nature presque aussi équivoque que l 'Hermaphrodite: à sa barbe rare, qui couvre le bas de son visage, et à sa haute stature, on ne peut s’empêcher de le prendre pour un homme; mais, à ses cheveux qui descendent en boucles sur ses épaules, à son vêtement qui consiste en une longue tunique relevée au-dessus des hanches, comme celait l’usage pour les femmes, à ses manches de rapport qui laissent l’épaule en partie découverte, et qui étaient, d’après l’exemple que nous en connaissons déjà1 2, une pièce de vêtement asiatique propre aux femmes de Byhlos, au morceau d’étoffe ployée qui couvre le haut de la tête , et dont l’usage était particulier aux femmes et à une certaine classe d hommes efféminés3; enfin, au miroir qu’il lient, de la main droite, et qui est notoirement un meuble de femme, porté ordinairement par une femme, on reste indécis sur le sexe de cet étrange personnage, que, du reste, son action, la direction de son regard et l’expression de sa physionomie , mettent dans un rapport direct avec ï Hermaphrodite.
La scène que nous avons ici sous les yeux, et qui, malgré son motif, frivole en apparence, semble emprunter de la dignité des personnages et de la noblesse de leur attitude une sorte de caractère auguste, ne peut être une de ces scènes familières telles qu’il en existe plus d’un exemple sur les peintures mêmes de Pompéi4. L’aspect héroïque des personnages s’oppose à cette interprétation , qui serait d’ailleurs détruite par la présence de ce petit Amour ailé occupé à verser le contenu d’un hahamaire, qu’il tient élevé de la main gauche, dans un bassin l'empli d'eau placé sur le sol , en avant du siège de ï Hermaphrodite. C’est une circonstance de toilette qui n’a, suivant moi, aucun rapport avec la fontaine de Salmacis 5, même dans
1 Euripid. Cyclop. v. 182 : Toit ypvatov xkotov (popovtfla, ©epi pétjov tov aùyéva. Cf. Scliorn, Homer nach Anlikeri, VII, ni, p. 4o, 6).
2 Voyez les éclaircissements donnés plus liaut, p. 1 1 1 , 2 ) , sur cette pièce de vêtement, que porte la nymphe de Bybtos, sur la peinture précédemment décrite.
3 Je reviendrai plus bas sur celte particularité du costume
antique, qui paraît avoir été approprié à toute une classe de
figures à' Hermaphrodite. En attendant, je renvoie aux éclaircissements que j’ai déjà donnés à ce sujet, dans mes Monuments inédits, Orestèide, p. 180, 4), et Odysséide, p. 3i4, 2).
4 Entre autres, la charmante peinture de la Toilette dune mariée, publiée dans les Pitlar. d’ErcoIan. t. IV, tav. xlhi.
5 C’est une idée de l’antiquaire allemand, qui a donné une courte explication de notre peinture dans YArchciolog. Zeitnng de M. Éd. Gerhard, L. IIe, p. 84-85.
l’hypothèse que la figure principale de notre peinture représenterait VHermaphroàte par excellence, le fils d’Hermès et d 'Aphrodite'- mais, d’après l’acte auquel participe cet Amour, ce ne peut être ici qu’une toilette divine, par la qualité des personnages, et c’esL là conséquemment une donnée essentielle pour l'explication du sujet. Le lieu où se passe l’action exclut aussi toute idée qu’il s’agisse ici d’une scène domestique. Les personnages sont placés dans un site montagneux qu’une draperie attachée à une colonne dérobe au regard des profanes; et le vase de bronze érigé sur cette colonne lui donne un caractère funèbre, dont l’intention se lie naturellement, comme nous le verrons bientôt, au sujet de Vénus et d’ Adonis.
D après ces considérations, il ne doit pas paraître douteux que notre peinture de Pompéi 11e nous représente une scène d’un ordre plus élevé que la toilette d’un Hermaphrodite. En y reconnaissant, dans ce personnage à double sexe, la personnification la plus haute du principe divin, qui, dans les croyances les plus anciennes des peuples asiatiques, réunissait en soi les deux natures, et dans cet homme vêtu d’un costume de femme, l’antique Vénus de 1 Orient, qui était aussi mâle et femelle, conséquemment une autre expression de la même pensée, un savant antiquaire allemand2 a donné la véritable interprétation de cette peinture. Mais, tout en admettant le sens général de celte représentation, il reste encore sur les personnages mêmes qui y figurent, sur la fable de ï Hermaphrodite , dérivée des religions orientales, et sur les monuments de l’art antique qui s’y rapportent, plus d’un éclaircissement à donner, et ce doit être là l’objet du travail que me fournira notre peinture.
La presence de 1 Hermaphrodite, qui en forme le personnage principal, suggère aussitôt la pensee d Adonis, tel quon le concevait dans les mystères orphiques, ancienne émanation des cultes de l’Orient. Effectivement, Adonis, en tant que représentant le soleil dans ses vicissitudes de force et de faiblesse, être à la fois actif et passif, était regardé comme androgyne, ou comme fille et garçon 3, pour me servir de l’expression hiératique; et c’était là, sans nul doute, l’idée primitive attachée à cet être divin, bien que plus tard, à mesure que l’esprit de 1 anthropomorphisme se développa dans la société religieuse, le sexe mâle prévalût dans la représentation d! Admis, en même temps que, suivant l’ingénieuse observation deM. Creuzer1, son culte conservait, dans tous ses détails, quelque chose de mou, de tendre et d’efféminé, qui rappelait son origine. C’est donc cet être divin, réunissant en soi les propriétés et les charmes des deux sexes, tel que l’art grec avait pu l’emprunter à la mythologie orientale,
1 C'eut la tradition suivie par Ovide, Maam. IV, 384, qui p. 86-88, et avec lequel j'ai eu trop souvent le regret de me se retrouve dans Diodore de Sicile, IV, vr, dans Lucien, Dial, trouver en dissentiment dans l’interprétation des monuments D. XV, 2 , et dans beaucoup d’autres auteurs, Christodor. in antiques, pour n’avoir pas à me féliciter de l’accord qui règne Brunck. Analect. 1. III, p. 46o, v. io4; Auson. Epigr. c, entre nos idées au sujet de cette peinture de Pompéi, qu’il a eu v. 1; Lactant. Instit. div. I, xvn : « Hæc [Venus) genuit ex le mérite de faire connaître le premier.
Mercurio Hermaphroditnm , qui est natus androgynas. » Hygin , 3 Ilymn. orpK lv, 4 : Kotiptj «ai K dpe- mien «aXài> S-dXos a/et-
qui fait aussi Hermaphrodite fils d’Hermès et d’Aphrodite , kSoavt. Un auteur ancien développe cette idée d’une manière qui Fab. cclxxi, 1 appelle Atlantms ; mais ce n’est pas là un nom ne peut être exprimée, pour des lecteurs français, que dans la propre, comme la cru un antiquaire français, Annal, delï Instit. langue même qu’il emploie, Ptolem. Hephæst. 1. V, p. 33, ed. archeolog. t. VI , p. 2 62 , 2 ) ; ce n est qu’une épithète, comme Roulèz : Ôs ASa vis dvSpàyvvos yevàpevos rà pèv dvSpeïa, -aspos celle d’Atlantiades employée par Ovide, Met. IV, 368, l’une et AppoSmp, zspdtrtjew èléyelo, rd 3-vXu«à Sè zspos ÀirdXXawa; lautre faisant allusion à la naissance d' Hermaphrodite, fils cf. Roulèz, p. 122; Voss, Brief. Myth. lxxiii, p. 33a, et lxxiv, d’Hermès, fils de Mata, fille d'Atlas. p. 34! . Movers, Die Phœnicier, t. I, p. 233-a34.
2 C’est M. Panofka qui est l’auteur de cette explication, 4 Relig. del’antig. t. II, p. 5a-53. insérée au Journal archêologigue de M. Éd. Gerhard, IIe livr. ,
que nous voyons représenté dans notre peinture de Pompei , à fait en dehors des données purement grecques, constitue
où cette représentation, tout certainement une apparition
aussi neuve que curieuse et intéressante.
En continuant à se placer dans les mêmes idées, le personnage doué aussi en apparence d une double nature, et placé dans un rapport si intime avec Adams androgyne, devrait etre, ainsi que l’a proposé M. Panofka , la Vénus orientale, qui, dans file de Chypre, un des principaux sieges de son culte, se représentait avec la barbe et avec la stature virile, en même temps qu avec m costume de femme, de manière à répondre, aussi exactement que possible, à l’image que nous offre notre peinture de Pompé,. Les témoignages de l’antiquité classique1, qu, concernent ce point si curieux d’archéologie orientale, avaienldéjà été rassemblés par Heinrich2, qui ne craignit poin I e soutenir l’autorité de ces textes contre les sarcasmes de Voss3. Depuis, la même opinion, puisee aux mêmes sources, a reçu une nouvelle valeur par le résultat des recherches de M. Lajard, qui a fait connaître un curieux monument de l’art asiatique, où la Vénus assyrienne, modèle de celle de Phénicie et de Chypre, était représentée avec une double tête et avec les attributs des deux sexes4. L’opinion exposée par M. Panofka repose donc sur un ensemble de preuves que j’admets avec toute leur autorité; et l’idée qui résulte de son explication, c’est à savoir que l’antique Vénus de l’Orient , avec la barbe et la stature d'homme et dans un costume féminin , se montre près d’/Mon» androgyne, cette idée rend si bien compte de tous les éléments de notre peinture, que je ne verrais aucune difficulté à l'adopter pour mon propre compte. Toutefois il se pourrait qu'une pareille explication, pour un monument tel que notre peinture de Pompéi, parût un peu trop hardie, trop en dehors des données de l’art grec, bien que cette conception même tïAdoms androgyne, telle qu’on la voit ici réalisée, ne soit pas restée étrangère à cet art5. Mais, en ce cas, il serait possible de proposer, pour le personnage problématique qui nous occupe, une explication qui pourrait paraître plus simple et plus naturelle.
On sait par le témoignage de Vitruve6, que le culte d 'Hermaphrodite, sans doute dérivé
1 Macrob. Sat. m, 8 : « Signum etiam ejus ( Veneris) est Cypri barbatum, corpore et veste muliebri, cum sceptro ac statura virili, etputant eamdem marem ac Jeminam esse. Arislophanes eam AfppéSirov appeUat. Philochorus quo (/ne in Althide eamdem affirmât esse Lanam, eteisacrificium facereviros cum veste muliebri, mulieres cum virili : quod eadem et mas æstimatur et femina; » cf. Serv. ad Virgil. Æn. n, 63a; Suid. v. k<ppoSlriy . . ■ Tiplcraf Te aÙTîjit (k<ppoS£ryv) dyd.lfi.a-u, xléva (pépoverav (lis. (pépovh), xai yévetov ëyovtrav (lis. -ald-rtov ai Sè aùryv xai yévetov ëypvaccv), Siort xai âppeva xai S-tfXea ëyet opyava-, add. Codin. de Origg. Constant, p. i4, n. 28; Scbol. Venet. ad lliad. 11, 820; J. Lyd. de Mensib. II, x, p. 68 : Ùs xai aiiry k(ppoSlry ryv r ov àppevos xai rov &J?Xeos ëyovaa (pvatv; cf. ibid. IV, xliv, p. 2 1 2: Éi’0et> Épf«? s èv Koa-poTTOiia rà pÀv vnèp àatpvv Appeva rÿs kfppoSirys, rà Sè per’ avryv (lis xârwOev) S-ylea -aapaSiSwmv oOev ïlâpCpvXoi xai nsdryava ëypvoav èrtpijaav ktppoSiryv rsoré; Hesych. v. kcppàSiros- Qeô<ppa(flos pèv, rov ÊppaÇpàSi rôv pyatv à Sè rà nsepi KpaOovvra yeypaÇàs, ïlaiavurov (lis. Il alwv, ws) âvSpa rijv &eov èayypartoQat èv Kîiirpcp léyet.
2 Heinrich, Hermaphroditomm origines et causæ (Hamburgi,
3 Mythol. Brte/. lxxiv, t.II, p. 333-343, 2eédit. Stuttgart, 1827.
1 Recherches snr le culte de Venus, II0 Mémoire, p. 65-68. Le savant auteur a consacré une note entière, p. 68, 4), à l’indication des principaux témoignages qui concernent 1 hermaphroditisme, tant de Vénus et des autres dieux de la mythologie grecque et orientale, au nombre desquels il a pourtant omis de comprendre Adonis, que d! Hermaphrodite lui-même, dont il regarde le culte à Athènes et dans le reste de la Grèce comme prouvé parles passages de Théophraste, d’Alcipbron et de Vitruve, auxquels il ajoute le témoignage de Patareus, apdSchol. Lucian. ad Dial. D. xxm. Cette citation prouve que M. Lajard a eu en vue la phrase suivante, rapportée effectivement par le scholiaste : Mvarréas Sè ô Tlarapevs ÉppaCppdSirov rov Uptairov léyei ; et il est clair qu’il devait en conséquence nommer Mnaséas de Patares. Il y aurait, d’ailleurs, plus d’une observation à faire sur quelques-uns des points indiqués, plutôt que traités, dans cette note; mais ces rectifications trouveront plus convenablement leur place dans la suite de ce travail.
5 Témoin le groupe attique en terre cuite, représentant Adonis hermaphrodite près de Vénus, Stackelberg, Grüber der Hellenen, Taf. lxi; voy. plus haut, p. 121, 6.)
6 Vitruv. , II, vm, 1 2 : « In cornu autem summo dextro Veneris et Mercurii fanum ad ipsum Salmacidis fontem. » La conjecture
de celui d 'Adonis, avait son principal sanctuaire à Halicarnasse, en Carie, où il existait un temple de ce dieu asiatique, près de la fontaine Salmacis, et où régnait une légende dont Ovide, à l’époque romaine, s’est rendu l’élégant et ingénieux interprète 1 . Il est probable que, suivant un usage attesté pour d’autres divinités du même ordre qui réunissaient le double sexe, et auxquelles les liommes sacrifiaient en habits de femme et les femmes en habits d homme , ce dieu Hermaphrodite avait pour prêtresses des femmes qui, en accomplissant les cérémonies sacrées, s attachaient une barbe postiche, ainsi qu’Hérodote3, qui était d’Halicarnasse, et, daprès lui, Strabon4, le déclarent expressément pour la prêtresse de Pèdasa de Carie, et qu 'Aristote l’affirme pour les prêtresses de Carie, en général5. Fondé sur ces témoignages, un ingénieux et docte antiquaire, M. Rathgeber, a proposé une explication, qui me paraît excellente6, d’une médaille d ’Halicarmsse1 , dont le type avait offert une énigme restee jusqu ici indéchiffrable, même à Eckhel8, et, en dernier lieu encore, àM. Streber9. 11 reconnaît dans ce type, qui présente une figure barbue, à tête radiée, vêtue d'habits de femme, et placée entre deux arbres où niche un oiseau qu’il croit être une colombe, la prêtresse du dieu Hermaphrodite, adoré à Halicarnasse ; et il est certain que tous les éléments de cette représentation extraordinaire s’expliquent aisément d’après celte donnée. Or la même explication peut très-bien s’appliquer aussi au personnage barbu et vêtu d 'habits de femme qui se montre, dans notre peinture de Pompéi, placé dans un rapport si intime avec \ Hermaphrodite. Ce serait donc la prêtresse de ce dieu, telle quelle figurait sur la monnaie d’ Halicarnasse, qu’il faudrait voir aussi sur notre peinture; et peut-être jugera-t-on que le miroir que tient ce personnage est plus convenablement placé à la main d’une prêtresse, qu’il ne le serait, dans la première hypothèse, à celle de Vénus elle-même. C’est au lecteur, placé entre ces deux explications, à choisir celle qui lui paraîtra préférable.
J’aurai achevé d’exposer ce qui tient à l'intelligence de notre peinture, en complétant la notion de ï Hermaphrodite , envisagé sous le double rapport de la pensée religieuse qu’il exprimait et des monuments figurés venus jusqu’à nous qui en offrent la représentation.
Ecartons d’abord l’idée qu’une exception dans l’ordre naturel, dont les exemples ne manquèrent pas plus chez les anciens que chez les modernes10, ail fourni le type de XHerma-
de Schneider, ad h. I., p. 129, que Vitruve avait tiré cette notion d un auteur grec, où sc lisait : ÉpptxÇipoSlTov lepàv, a été admise par Heinricb , Hermaphroditorum , etc., p. 1 1-1 2 , et par M. Rathgeber, Bulletin, archeol., etc., i83g,p. 181 ;etje regarde la chose comme avérée.
1 Ovid. Metani. IV, 288-388; cf. Fest. v. Salmacis.
2 C est une notion que j’ai cherché à établir dans mon Mémoire sur l’Hercule assyrien et phénicien, à l’aide de tous les témoignages classiques et bibliques qui s’y rapportent, et j’y renvoie d’avance mes lecteurs.
3 Herodot. I, clxxv : Toîin ( TbiSaaéeaat ) ôxws t 1 p.é'kfot àveiUTr/Seov ëtreaOat,. . . r) tepeù; t 77s Advvtx,h js zsciyava pérytxv ïcryet ; cf. Idem, VIII, civ.
h Strabon. 1. XIII, p. 61 1.
5 Aristot. Hist. Animal. III, xi : Tùvv Sè t&s èir i Tut yevelcp où (pvst Tpiy a.?, TsXvv àllytxt èvltxts ylyvovrtxt,. . . xtxi oïov èv Kctpttx t cils lepelcxts.
0 Bulletin, archeol. i83g, p. 181-184.
7 Mionnet, Description, etc., t. III, p. 35o, n. 270, et Supplément, t. VI, p. Soi , n. 32 5; Sestini, Lelter. numism. t. IV, p. 80, et Nuov. letter. t. VI, p. 48, n. 9; Mus. A ripou . II, num. ma.r. mod. tab. mi, n. 1 1 .
8 Eckhel, D. N. t. II, p. 382.
9 Streber, Numism. Gr. tab. iv, f. 4, p- 226-231.
10 II ne faut sans doute pas attacher trop d’importance à la fable rapportée par Platon, Sympos., S 1 6 , t. V, p. 46 , ed. Bekker., sur l’existence primordiale d’une race humaine qui tenait des deux sexes, et qui s’appelait androgyne : ÀvSpôyvvov ytkp sv tôt e pAv i)v xcti slSos xtxi ôvoptx è| dplpOTépwv xoivov t où tc âppevos xtxi }Xeos. Mais il est certain que l’antiquité connut des individus qui offraient les organes plus ou moins imparfaits de l’un et de l’autre sexe, et que plus d’une fois ces sortes d’apparitions donnèrent lieu à la croyance populaire de ïépiphanie du dieu Hermaphrodite, dont ces individus passaient pour la personnification; le fait est attesté d’une manière générale par Diodore de Sicile, IV, vr , et un exemple particulier en est rapporté
uo AMOURS DES DIEUX.
phrodile. Bien que cette exception, surtout en lui donnant l’étendue que semble comporter un passage de Pline1, ait pu n’être pas sans quelque influence sur les œuvres de limitation, à l’époque où l’art des Grecs s’exerça sur ce motif, à partir des temps de Praxitèle et de Scopas, je suis convaincu, pour mon propre compte, que l'invention de Y Hermaphrodite est due à une croyance religieuse puisée dans la mythologie orientale2. C’était effectivement un dogme fondamental de ces cultes fondés sur la religion naturelle, que la divinité se représentât douée du principe actif et du principe passif, conséquemment, pourvue des organes des deux sexes; ce qui avait lieu à l’aide de symboles. Cette notion, depuis longtemps énoncée par Spon3, par Selden1 et par d’autres critiques5, a été mise par Heinrich6, par Boettiger7, et par plus d’un savant de nos jours8, au-dessus de toute contestation; et il est certain que l 'androgynie attribuée à la plupart des dieux dans les religions des peuples de l’Asie antérieure, à la Mylilta babylonienne, la même que Mitras et Mithra, mâle et femelle9, à 1 ’Astarté Astartios des Phéniciens, à l 'Aphrodite Aphroditos de Chypre, a Adonis, fille et garçon, à la Lune, à la fois mâle et femelle, sous les noms grecs de Mên et de Mène, qui répondent aux noms orientaux de Mithro et de Mao des médailles de la Bactriane10, à ïAgilistis de Plirygie11, à 1 ’Aclagous, autre dieu des Phrygiens qualifié Hermaphrodite 12, à XAtys, qui remplissait, dans les mystères phrygiens, le même rôle qu’dcfonis dans ceux de Chypre et de Phénicie, et qui était pareillement amlrogyne'3 , aux Cahires de Samothrace, dieux a la fois mâles et femelles, au témoignage de Varron aussi bien que les Dioscures , suivant l’expres-
sion d’un auteur ancien15; il est certain, dis-je, que cette androgynie , dont je n’ai fait encore
par le même écrivain, Eclog. I, 1. xxxii, p. 520. Ce qui n est pas moins certain, c’est que, par une conformation propre à la race grecque, et qu’on observe encore même chez les Grecs modernes, il arriva souvent que les adolescents offrissent des formes féminines, qui contribuèrent beaucoup à produire cesbabitudes de la société grecque si connues, qui faisaient dire à la courtisane Glycère, apud Atlien. XIII, p. 6o5, D : Tore yàp «ai ol -aoiSés eIcti Koloi, Serov ÉOÎKASI TTNAIKl %pàvov. Voyez, du reste, sur celle particularité d’histoire naturelle , les traités deBauhin, de Hermaphroditis, et d’Alb. van Haller, dans les Commentât. Soc. Gotling. ann. 1 75 1 , p. 1 , sqq.; et consultez aussi les interprètes du Cabinet d’Orléans, t. I, p. io5, suiv.; Heinrich, Hermaphroditorum, etc., p. 4 1 ; Zannoni, Galler. di Firenze, ser. IV, t. II, p. i , sgg.; Visconti, Oper. var. t. IV , p. 61 , 1 ).
1 Plin. VII, 111 : « Gignuntur et utriusque sexus quos Hermaphroditos vocamus, olim androgynos vocatos et in prodigiis habites, nunc vero IN DELICIIS. » On se tromperait beaucoup si l’on croyait que l’espèce de dépravation indiquée dans cette phrase de Pline fût particulière à l’époque de cet écrivain , et c’est une opinion pareillement très-fausse, quoique assez généralement établie, que celle qui regarde les images déshonnêtes, sur les monuments de l’art, comme appartenant au dernier âge de l’antiquité. Les traits les plus frappants de ce genre de licence sont, au contraire, ceux que nous ont offerts les monuments les plus anciens, surtout dans la classe des vases peints, et j’en puis citer pour exemple un de ces vases , trouvé à Vulci, dont le sujet se rapporte précisément à l'Hermaphrodite, habitus in deliciis, comme dit Pline, et dont la représentation est d’une telle obscénité, qu’il me serait impossible de l’expliquer par des pa-
roles. Ce vase sera publié dans les monuments à 1 appui de la ivc de mes Lettres archéologigues , et il a été cité par M. de Witte à qui j’en avais montré le calque, à l’occasion dun autre vase du Cabinet Durand, n. 665, passé depuis dans le Cabinet Magnoncourt, n. 3a, p. 23-a4, vase pareillement obscène, et d’un style et d’une fabrique absolument semblables.
2 C’est une idée qui avait déjà frappé Caylus, Recueil V, p. 220, dont on ne lira pas sans intérêt, même aujourd’hui, les judicieuses observations sur les figures (l'Hermaphrodite, Recueil III, p. 116.
3 Spon, Miscellan. S. 1, A. iv, p. i5.
4 Selden, De D. Syr. II, iv.
5 Cuper, Observât, etc., p. 1 4 £)•
0 Hermaphroditorum , etc., p. 18, sqq.
1 Amalthea, 1. 1, p. 35a , suiv., S ni, Ueberdie Hermaphroditen- Fabel und Bildung.
8 Creuzer, Symbolik, t.I,p. 728, ff., ett. II , p.106, ff., 2e éd.; Quaranta, R. Mus. Borbon. t. VII, tav. vin, p. 7, sgg.
9 Herodot. I, cxxxi; cf. Creuzer, Das Mitlireum, etc., p. 69, 19), et Symbolik, 1. 1, p. 3a8, suiv., 3e édit.
10 Voy. mon IIe Supplém. à la Notice sur guelgues méd. greegues de la Bactriane, p. 5o.
11 Pausan. VII, xvn, 5; cf. I, iv, 5.
12 Hesych. v. kSa.yooüs’ S-eos tis zsapà, Q>pv£lv , Èppa- ÇtpôSnoe.
13 Pausan. VII, xvn, 5; cf. Arnob. adv. Gent. V, iv.
14 Varron. de L. L. IV, p. 17-18, Bip. Cf. Hemsterhuis ad Lucian. Dial. deor. xxvi.
15 Epimenid. aprnl Lyd. de Mens. IV , xm , p. 1 64 , ed. Roether.
TOILETTE DE L’HERMAPHRODITE. Ul
ijue citer les principaux exemples, ne peut s’expliquer que par la croyance des deux principes unis et combinés dans le même être divin. Que cette doctrine orientale ait passé de bonne heure chez les Grecs, et quelle y ait été enseignée dans les mystères orphiques, c’est ce qui ne me parait non plus sujet à aucune contestation; et, quelque récente que soit la rédaction des Hymnes orphiques où se trouve cette notion, rien n’empêche d'admettre que lidee même de la double nature attribuée à letre divin, telle quelle est exprimée pour la lune chez Platon1, daccord avec la doctrine égyptienne2 et orphique3, de même que pour la monade des Pythagoriciens4 5 * 7 8 9 10 II, que cette idée ne soit très-ancienne chez les Grecs, et ne date parmi eux de l’époque même de leurs communications primitives avec l'Orient. Je n accorde donc pas à Voss3 que le caractère d’ hermaphroditisme attribué, dans les poésies orphiques, à Jupiter \ à Sélênê1 , à Athênê», à Éros\ à Prologonos™, à Misé ", à Corylas 12, à Dionysos l3 * 15, a Adonis' ', à iacchus lr>, et a d’autres encore, dans d’autres textes antiques, soit une invention récente, et je crois fermement que Winckelmann et Heyne, en l’admettant comme une idée ancienne, dérivée de l’Asie, étaient plus dans le génie de l’antiquité que leur docte et ingénieux contradicteur.
Les monuments figurés viennent encore ici à l’appui des témoignages littéraires. L’idée de la double nature et du double sexe n’avait pu s’exprimer d’une manière à la fois plus simple et plus sensible qu’au moyen d’une double tête, l’une mâle, l’ autre femelle, adossées l’une à l’autre et portées sur un tronc unique 16. Or c’est là l’image que nous offre toute une classe de monuments dont l’invention appartient certainement à une époque ancienne17,
1 Platon. Sympos. t. IX, p. 202, Bip.
I Plutarch. de Is. et Osir. t. IX, p. 16 3, Hntten.
3 Ilymn. orph. vin, 4-
3 Sur la monas àptrev66iik\)ç des pythagoriciens, voy. les témoignages rassemblés par Meursius, Den. Pythag. c. in et vu, et par Tiedemann, Griechenl. erste Philosophie, p. 392.
5 Voss, Mytli. Brief. lxxiii, t. II, p. 327, II.
0 Hymn. orph. fragm. vi, 11.
7 Ibid, vm, 4.
8 Ibid, xxxi, 10.
9 Argon. i4-
10 Hymn. orpli. V, 1 .
II Ibid, xli , 4-
15 Ibid, xxxvni, 5.
13 Ibid, xxrx, 3; cf. Aristid. Orat. in Dionys. I. I, p. 29, ed. Jebb.
1,1 Hymn. orph. lv, 4-
15 Ibid, xxix , 2 ; et xli , 4-
10 Voy. à ce sujet de judicieuses observations de Zoëga, De or. et ns. obéi, p: 221, 34). Ce savant admettait pourtant aussi l’opinion que les noms composés, tels que ceux d' Hermeraclœ , d'IIermathenœ , à' Ilermerotes, et autres pareils, pouvaient désigner simplement des bustes d 'Athênê, d! Héraclès, d'Éros, érigés sur un Hermès. Cette opinion, soutenue par Mazocchi, Ad. tab. Heracl. p. i4g-i5o, et admise encore en dernier lieu par Gurlitt, Versuch iiber die Bustenkunde, dans ses Archaol. Schrift. S 1, p. 194
(Altona, x83i , 8°), ne saurait cependant être adoptée d’une manière absolue, ainsi que l’a reconnu Visconti lui-même, qui était pourtant disposé à la suivre, Mus. P. Clem.. t. VI, p. 21 ,
b); cf. t. III, p. 48, d). Il est certain qu’il nous est parvenu des Hermès à double tête, tels que celui du Vatican, Mus. P. Clem. t. VI, tav. xiii, 2, véritable Ilerméraclès, à têtes opposées de Mercure et d' Hercule, comme celui qui forme le type d’un as de la famille Rnbria, Riccio, Monet. Consol. tav. i.xni, 2 , p. 198; voy. à ce sujet les judicieuses observations d’Eckliel, Doctr. num. vel. t. V,p. 297. Mais cette question est trop vaste, et elle touche à trop de points d’antiquité, pour pouvoir être épuisée dans une note; je me borne à dire qu’elle ne saurait être posée aujourd’hui dans les termes où l’avait résolue Spon, Miscellan. S 1, art. iv, p. 9, sqq.; et je me réserve de la discuter ailleurs avec les développements quelle comporte.
17 Les antiquaires, tels que Boetliger, qui ont cherché à expliquer la double tête du Janus latin, le Zdv des anciens Grecs éoliens, d’après le dogme des religions orientales, qui attribuait le double sexe à la divinité, voy. les Ideen znr Kunstmythologie , 1,249, . n’ont allégué jusqu’ici, à l’appui de cette explica-
tion, très-plausible d’ailleurs, que les monnaies onciales des Romains, en y joignant des as étrusques et italiques qui offrent ce type, avec la double tête, tantôt barbue, tantôt imberbe, voyez Journ. des Savants, décembre i84o, p. 726 et 738, 1); monuments d’une antiquité fort respectable sans doute, mais trop éloignés en apparence du domaine de l’archéologie orientale. Les monnaies de Tènédos ont bien plus d’autorité à cet égard, puisqu'elles appartiennent à une localité asiatique; et il existe toute une classe de médailles bien plus importantes encore, par leur type et par leur provenance , qui méritaient d’être citées en premier lieu dans cette discussion : ce sont les médailles publiées parmi les incertaines du Musée de Hunier, tab. 66,
l42 AMOURS DES DIEUX.
bien que ces monuments mêmes, dans la plupart des combinaisons quils nous présentent, soient presque tous du dernier âge de l'antiquité. Je veux parler de ces Hermes à double lêle connus dans la Grèce sous les noms SHermathmæ, SHermeraclæ, d 'Hemerotes et autres pareils, qui consistaient en têtes géminées d’ Hermès et d ’Athênê, d Hermès et d Héraclès, d Hermes et d 'Éros, ou bien de divinités liées entre elles par des rapports de culte 1 , telles que Dionysos et Anadne 2, Apollon et Diane3, Posidon et Amphitnte\ Sérapis et Amman \ ainsi que nous en avons des exemples. De cette association de deux divinités jumelles et de sexe différent naquit plus lard l’idée de réunir sur un même cippe les têtes de personnages qui avaient entre eux des rapports d’étude, de gloire ou d’amitié ; et l’on sait de combien de portraits d'hommes célèbres de l’antiquité nous sommes redevables à cet usage, qui ne régna pourtant que dans la dernière période de l’art, antique, mais qu’on doit considérer encore comme un dernier reflet de la tradition primitive. Ce qui le prouve, du moins pour les têtes de divinités mâle et femelle géminées et placées sur une même base, ce sont les monuments numismatiques qui offrent pour type cette double tête, l’une barbue, l’autre imberbe, comme on le voit sur les médaillés de Ténedos et d’autres villes grecques7, où cette double tête est tantôt du sexe mâle, tantôt du sexe féminin, sans que cette circonstance change rien à la signification primitive du signe symbolique en
n. xxi, xxii, dont le type principal consiste en une demie figure d'homme barbu, à double tête et à quatre ailes, où j’ai reconnu le dieu suprême des Phéniciens. Je me suis occupé de ces médailles, que l’on croyait généralement appartenir à Camarina de Sicile , fausse attribution admise encore en dernier lieu par M. Creuzer, Symbolih, etc., allgem. Theil, p. 56-5<), sur la foi de Visconti, Mus. P. Clem. t. VI, tav. agg. B, n. 4, p. 88, mais que j’ai restituées à Marathus de Phénicie; voy. mon Mémoire sur la Croix ansée asiatique, pl. n, n. i5, 16, 17, 18, p. 66, suiv.; je m’en suis, dis-je, occupé dans un Mémoire sur le dieu suprême des Phéniciens comparé au dieu Temps des Grecs et des Romains, quyfera partie de mes Mémoires d’archéologie comparée. En attendant, je signalerai à l’attention de mes lecteurs un monument curieux, publié par M. Éd. Gerhard, Etrusli. Spiegel, Taf. xiii, 5, 6, et dont je crois que la véritable explication doit se trouver dans l’ordre d’idées en question : c’est une figurine en bronze, de la collection de Cassel, représentant un Hermaphrodite debout, qui porte sur sa main gauche une petite idole à double tête, l’une d'homme, l’autre de lion. Le savant antiquaire de Berlin voit ici un dœmon bachique androgyne, d’après le double sexe attribué à Baccbus, Suid. v. kvSpàyvvos-, mais cette manière de considérer Y Hermaphrodite en général , et ce monument en particulier, me paraît beaucoup trop restreinte, et c’est là une question que je me réserve de traiter en détail dans le mémoire cité plus haut.
1 C’est ce qu’on désignait par les mots aéivva,oi, créifiëwfioi, z^dpeSpot, et dont la notion a été l’objet d’une savante dissertation d’Amauld , De diis assessoribus , où la plupart des textes antiques sont rapportés et expliqués. D’autres dénominations, telles que celles d’ Heraclammon et de ZyvoTtoo-eiSwv , Machon. apud Alben. VIII, p. 337, C, indiquent manifestement une combinaison de deux têtes, dé Hercule et dYAmmon, de Jupiter et de Neptune, sur un même cippe, Heinrich, Iiermaphroditornm, tic., p. i4. Nous possédons en effet de ces Hermès doubles, de
Mercure et (Y Hercule, Mus. P. Clem., t. VI, tav. xiii, répondant à l’indication donnée par Aristide, t. I, p. 3 : ÀXXà fiyv Eppov ye xai ilpankéovs èt/li vvv dyd'kp.a.ra. xotvd ; et 1 on ne peut douter que ce ne soient des Hermès de cçtle sorte que Cicéron ait eus en vue, adAttic. 1, io, et qu’il appelait Hermeraclæ, de même que YHermathena, dont il parle dans une autre lettre, 1, 1, cf. 4, était certainement, de l’avis de Gurlitt lui-même, p. 2 19, un Hermès double, de Mercure et de Minerve, tel que celui qui existe au Musée du Capitole, t. I, p. 19, tav. agg. vi, n. 1; voy. Visconti, Mus. P. Clem. t. III, p. 48, d), et t. VII, p. 101.
9 L’un de ces Hermès faisait partie du Musée Kircher, où il est publié, t. II, tab. xi, 1. Il s’en trouve un autre au Musée du Capitole, t. I, p. 19, tav. agg. vi, 2. M. Éd. Gerhard en a publié récemment un troisième, d’un caractère asiatique fortement prononcé, Antih. Bildwerhe, Cent. IV|C, Taf. cccxx, 4, 5, 6.
3 Tel que le double Hermès, qui avait appartenu à feu Dodwell , et qui se trouve maintenant à la Glyptolhèque de Munich ; voy. Éd. Gerhard, Antih. Bildwerhe, Cent. IV", Taf. cccxx, 7, 8.
11 Un de ces doubles Hermès, de divinités marines, existe au Musée du Capitole, Stanza del Vaso, n. 83. Tel est aussi le double Hermès de Triton et de Tritonine, de la villa Albatu, publié par M. Éd. Gerhard, Ant. Bildw. Cent. IV", Taf. cccxx, 1, 2.
5 Un Hermès de ce genre se trouve au Musée du Vatican, et vient d’être publié par M. Ed. Gerhard, ibidem, Taf. cccxx, 3.
0 Voy. les explications données par Boettiger, Ideen, etc., 1. 1, p. 2 5o, Taf. 11, 9, sur ces médailles, au sujet desquelles il reste encore plus d’un éclaircissement à fournir.
' Telles qu’dt/iènes, Syracuse , Pergame, sans compter les médailles romaines d’argent si connues et si nombreuses , frappées dans la Campanie, probablement à Capoue, avec une double tête imberbe. De pareilles têtes, tantôt barbues, tantôt imberbes, forment le type de médailles consulaires, telles que les as des familles Fonteia, Eckhel, D. N. t. V, p. 218, et Rubria, ibid.
question , dont nous possédons, dans ie cône assyrien publié par M. Lajard, un type certainement puisé à une source originale, quel que soit l’âge de ce monument.
Mais de tous ces Hermès à double têle de sexe différent , celui qui fut le plus répandu dans l'antiquité, à raison même de ce qu’il répondait plus exactement à la conception primitive, ce fut certainement celui d 'Hermaphrodite, réunissant les têtes d'Hermès et d Aphrodite, par une combinaison qui réalisait pour les yeux l’union de deux divinités admise de plus d’une manière dans la croyance publique et dans le culte >. Je regarde donc cette association des deux tetes d Hermès et A Aphrodite sur un même cippe comme un fait réel qui donna naturellement lieu au mot Hermaphrodite, bien que je ne nie pas que la même idée religieuse n’ait pu être exprimée en certaines circonstances d’une manière différente, par exemple, au moyen d’une tète d Aphrodite placée sur un Hermès, ou cippe, portant un phallus, comme c’était sans doute le cas de l’antique Venus auæ jardins d’Atliènes1 2, ou bien encore, par un buste de femme, sur la tête de laquelle s attachaient les ailes de Mercure, ainsi que nous en avons un exemple dans le petit buste panthée , en argent , de notre Cabinet des antiques, reconnu pour un Hermaphrodite3. Mais ce ne pouvaient être là que des exceptions à l’usage le plus général, et je suis convaincu que le nom Ai Hermaphrodite s’appliqua, dans le principe, à un Hermès à deux têtes, sorte de monuments qui fut toujours aussi la plus commune à toutes les époques de l’antiquité.
Ce point établi, rien ne paraît plus vraisemblable que l’hypothèse admise parle savant Heinrich4 : cest a savoir, que la vue de ces Hermès à double tête fournit aux artistes le motif d’une figure qui réunit en soi les propriétés d’un beau corps d’éphèbe ou d'adolescent et celles d’un corps de femme, et que cette création de l’art, une fois quelle eut été réalisée par une main habile, produisit a son tour le culte d’un dieu Hermaphrodite et sa légende, qui n’existaient sans doute pas dans la religion générale. Ce ne serait pas là, en effet, le seul exemple
1 Le fait que, dans l’antiquité grecque, il existait un culte
commun de Mercure et de Vénus, est exprimé en ces termes par
Plutarque, Conjug. Prœc. t. VII, p. 4i i , ed. Hutten : Kai yàp ol H eikeuoi tîj k<ppoShy tov Êppijv avyxaOiSpvo-ctv , àrs Ttjs ■crépi to}> yapov i)§ovije (u£ku/Ut Xdyoti Seopévtjs; et ce témoignage peut servir de réponse à un doute soulevé par M. Lobeck, Aglaophamus, t. II, p. 1007, i)î voyez plus bas, p. 1 44- Mercure est donné pour compagnon à Vénus dans une ode bien connue d’Horace, Carm. I, xxx, 8; et les amours de ces deux divinités avaient donné lieu à des légendes , telles que celle qui est rapportée par Hygin, Po'ét. Astron. II, xvi, et qui est étrangère à la naissance d 'Hermaphrodite. Plusieurs des témoignages qui concernent la relation mythologique de ces deux divinités ont été recueillis et commentés avec beaucoup de sagacité par M. Lenormant, dans une dissertation particulière. Annal, deïï Instit. archeol. t. VI, p. 2 4g, suiv., où il a surtout fait usage de quelques-uns des monuments de Bernay qui attestent cette union d Hermes et d Aphrodite, tels qu un emblêma de patère représentant les bustes de face de ces deux divinités, séparés (ou plutôt réunis) par un caducée, symbole de l’ hermaphroditisme , et une inscription incrustée sur le manche d’une patère votive : M [ercurio] VENERI.
Pausan. I, xix, 2 : Tawnjs yàp cryppot pè v têt pdywvov
Xenix, roLVTct xai tocs ÊppctTs. Mais ni Pausanias, ni aucun auteur ancien, ne dit que cet Hermès portait un phallus; c’est une supposition de Boettiger, qui n’est justifiée par aucun témoignage. Il cite comme exemple un Hermès à tête de femme voilée publié dans les Specimens of anc. sculpture, t. I, pl. 58, où sir R. Payne Knigbt avait cru reconnaître, Inquiry, etc., S 199, ce quil appelait une Vénus primitive ou élémentaire, ktppoSlrn dpyj'ris. Mais, même en admettant cette interprétation, l’opinion de Boettiger n’y gagne rien, puisque cet Hermès 11’a point de phallus. Je ne crois pas qu’il ait jamais existé d'Hermès phallique à tête de Vénus; du moins, la connaissance que j’ai de 1 antiquité figurée ne m’en offre-t-elle aucun exemple, et le triple Hermès du musée du Vatican, Éd. Gerhard, Antih. Bildwerke, Cent.. Ilc, Taf. xu, 1, 2, 3, fournit-il une présomption contraire.
3 C’est un petit buste d’argent massif, qui offre une tête de femme coiffée de la manière propre à Vénus, et quelquefois à Apollon, avec les ailes de Mercure ; il a été publié par M. Lenormant dans la dissertation citée à l’une des notes précédentes, Annal, etc., t. VI, p. 249, où je pourrais trouver quelques rapprochements hasardés, mais où j’aime mieux louer plus d’un aperçu neuf et ingénieux.
Hermaphroditorum, etc. , p. i3g,sqq.
que nous aurions d’un dieu grec qui devrait sa naissance et son nom aux œuvres de iart; et le culte d' Hermaphrodite ayant toujours été très-borné, et n’apparaissant qua une epoque de l’antiquité où l’imitation s’était déjà signalée par quelqu’un des chefs-d œuvre dont la figure d' Hermaphrodite avait fourni le sujet, rien ne serait plus conforme à tout ce que nous connaissons du génie de l’antiquité grecque, que de regarder le dieu Hermaphrodite comme une invention récente , due surtout aux merveilles de 1 art qui le représentaient.
Effectivement, les savants qui ont admis le culte d Hermaphrodite dans la Grèce nonl pu en fournir la preuve qu’au moyen du témoignage de Vitruve, qui s’applique, comme nous l’avons vu, à un temple d Ilalicarnasse , conséquemment à une localité asiatique, en y joignant un passage d’une Lettre d’Alciphron1, où il est question d’un temple d Hermaphrodite à Athènes, et un autre passage, tiré des Caractères de Théophraste2, qui a rapport au procédé du Superstitieux employant toute me journée à couronner les Hermaphrodites de son Imhitation. Ces deux témoignages, à peu près contemporains, puisque le trait de mœurs indiqué par Alciphron peut très-bien être tiré du théâtre de Ménandre, dont l’âge s’éloigne peu de celui de Théophraste , semblent prouver qu’à cette époque au moins le culte d Hermaphrodite devait etre assez populaire à Athènes, et qu'il y avait même pénétré dans la vie privée; et c’est en effet dans ce sens et avec cette portée que les textes d’Alciphron et de Théophraste ont été admis par la plupart des antiquaires3, à l’exemple de Heinricb , qui le premier en avait fait 1 application à ce sujet. Toutefois il a été fait par un grand critique de nos jours, M. Lobeck4, des objections contre cette manière de voir qui méritent qu’on en tienne compte, et qu’il importe à l’intelligence complète de la notion de f Hermaphrodite de soumettre à une discussion.
M. Lobeck ne voit pas clairement, dans le texte d'Alciphron , que le nom d Hermaphrodite soit plutôt le nom d'un dieu que celui d’un homme, et il se demande quelle peut être la raison pour laquelle une femme, une veuve, allait faire une offrande au dieu Hermaphrodite . Sur ce premier point, j’avoue que l’opinion du savant critique me paraît tout à fait en défaut; les paroles d’Alciphron5 ne peuvent s’entendre que d’un temple d Hermaphrodite où l’on dédiait des couronnes, et cet Hermaphrodite, qui avait un temple à Athènes, ne pouvait être qu’un dieu, de quelque ordre qu’il fût. Quant au motif qui déterminait faction de cette femme, rien n’est encore plus facile à expliquer, d’après les mœurs grecques, que celte dédicace de couronnes, soit qu’on la considère comme une offrande funéraire, soit qu’on la regarde comme un souvenir d’affection conjugale6. Mais, sur le second point, sur le témoignage de Théophraste , les difficultés élevées par M. Lobeck me semblent bien autrement
1 Alcipliron. Epislol. m, 37 : Elpecrtcivvv âvOâv •nrXé£ao-a, yew els ÉPMA<I>POAÎTOT, tw Alwnsxîjdev Ttxirpv dvadÿ-
aouaa..
3 Ce passage, qui ne se trouvait point dans les éditions exécutées d’après les manuscrits ordinaires, a été tiré d’un manuscrit du Vatican et publié par Amaduzzi, Duo novi characteres in MS. Bibl. Valic. reperd, gr. et lat. Parmæ, 1786, 4°; il appar-
tient au cliap. xvi, •crépi ^eiaiSatpovttxs , et il est ainsi conçu dans la partie qui le termine : Kai elcrs'kOàv etua tfleÇavovv tous
ÉpiixÇpoShovs 6'aiiv tï]v iipépctv. Voyez, sur ce passage capital,
admis par Schneider dans son excellente édition de Théophraste, c. xvi, p. 20, les observations de ce savant, en y ajoutant celles
de Heinricb, Hermaphroditorum, etc., p. 91, sqq. et deBoettiger, Amalthea, t. I, p. 363.
3 Même par Zannoni , malgré la restriction avec laquelle il admettait la notion de ces Hermaphrodites domestiques, Galler. di Firenze, ser. IV, t. II, p. 3-4, n).
11 Aglaopliamus, t. II, p. 1007, b) : «Mihi parum exploratum videtur Hermaphroditum dei potius quam hominis esse nomen. »
5 Alciphr. I. I. : Eis Êpp.a.(ppoShov, avec lesquelles on ne peut sous-entendre que le mot iepâv, ou un terme équivalent.
6 Voy. plus haut, p. i43, 1), l’observation faite relativement au culte commun de Mercure et de Vénus, en qualité de dieux protecteurs de l’union conjugale.
sérieuses. Il est question, dans ce passage, d’un superstitieux qui, après avoir fait au marché sa provision de myrte et d 'encens, rentre chez lui, et y passe tout un jour à couronner des Hermaphrodites. Ici, .1 me paraît évident, comme au savant auteur de YAglaophamus, qu’il ne peut s’agir dm dieu Hermaphrodite, encore moins d’on dieu Hermaphrodites, comme l’entend M. Lajard , dont les images, sous quelque forme qu’on se les représente, ne pouvaient être assez multipliées dans cette maison d’un seul particulier, quelque opulent qu’on le suppose, pour que lacté de couronner ces images employât me journée entière. Le mot $ Hermaphrodites, au pluriel, est donc une expression générique qui désigne toute une classe de monuments domestiques , qu il n y a aucune difficulté à se représenter comme des Hermès à double tele, appartenant à des divinités diverses, que ce superstitieux honorait d’un culte domestique. C’est du moins de cette manière que je me rends compte de ces Hermaphrodites de Théophraste, en m’éloignant, sur ce point, de l’idée de M. Lobeck, qui y voit des portraits d’ancêtres de l’un et de l’autre sexe exécutés sous la forme d 'Hermès à deux têtes1 2. Il est bien plus naturel de croire que ces doubles Hermès représentaient des divinités mâles et femelles adossées sur un même cippe 3, et j’en trouve la preuve dans un curieux passage de Théopompe, que me fournit M. Lobeck lui-même4.
S il résulte de cette discussion qu’il ne reste plus, pour le culte du dieu Hermaphrodite à Athènes, que le passage d’Alcipliron, admis au reste, comme il est permis de le faire, poulie siècle de Ménandre, nous n’en acquérons pas moins, par le texte de Théophraste ainsi entendu, un témoignage précieux sur la vogue qu’obtenaient alors à Athènes ces Hermès à double tête, combinaison de deux divinités de sexe différent, qui se nommaient Hermaphrodites, et dont le culte, introduit pour ainsi dire dans chaque maison attique, dut contribuer puissamment à produire la croyance d’un dieu Hermaphrodite, et à la réaliser sous une forme plastique. Telle est, suivant moi, la marche naturelle des idées, de laquelle résulta l’invention de Y Hermaphrodite, figuré comme il nous est parvenu, dans les œuvres de l’art dont il me reste à parler.
Les figures d’ Hermaphrodite que nous possédons aujourd’hui, et qui appartiennent, sauf un petit nombre, a la statuaire, peuvent se ranger en deux classes principales, comprenant
1 Recherches sur le culte de Vénus, p. 68, 4). Suivant l'interprétation donnée au passage de Théophraste par un savant français, feu Schweighauser fils, Lettres sur queltj. pass. de Théophraste, etc., dans le Matjas. encycl. deMillin, an IX, 1. 1, p. 43g, suiv., les Hermaphrodites de cet auteur auraient été des Hermès à tête de Vénus; et Boettiger complétait cette notion, en ajoutant que Y Hermès en question devait porter un phallus, pour exprimer lidée des deux divinités, Amalthea, t. I, p. 363, î). Zannoni admettait l’opinion de l’antiquaire français comme tout à fait avérée, l. I., p. 3-4, xi). A mon avis, ce ne sont là que des suppositions dénuées de preuves.
2 Aglaophamus, l. I. : « In Theophrasti char, xvi Hermaphroditi
dici videntur majorum utriusque sexus effigies cubiculares sub
specie Hermarum biformium consecratæ. » En admettant ce culte d’images domestiques sous la forme d'Hermès, M. Lobeck attribue aux Athéniens un usage qui est connu pour les Romains : c’est là une supposition que rien n’autorise, à mon avis. Il
en est de même d’une autre conjecture du savant philologue, qui croit que ces Hermès à double tête procédaient des cippes érigés anciennement sur les tombeaux, avec les indices des deux sexes , selon qu’ils appartenaient à des hommes ou à des femmes. Je ne connais, en fait de stèles attiques venues jusqu’à nous, rien qui justifie cette manière de voir.
3 Tels que les cinq monuments de ce genre, en marbre, réputés des Janus à tête d! homme et à tête de femme, qui existaient dans diverses collections de Pesaro, et qui sont décrits par Passeri, Lucern. fictil. 1. 1, tav. iv, p. 7.
4 Theopomp. apud Porpbyr. De abstin. II, xvi, p. 127 : Qvew yàp ccùtov èv Tofs ■apomfxovcrt %pàvois xtnà /xi pm ëxaeflov rafs vovftTjvlccis t/letpavoviflx xai ÇtaiSpvvotna ibv Épfûjv xai t 37 11 Èxdrtiv (on peut entendre ici une tête d'Hermès et une tête d'Hécate géminées sur un seul tronc), xcd TÀ AOIIIÀ TflN 1EPÛN , à Srj tous nspoyôvovs xara'XmeTv. Cf. Lobeck, l. I. p. 1006.
les statues couchées et les statues debout, en y ajoutant, en troisième lieu, les statues faisant partie d’un groupe, qui se rattachent à la première classe. C’est dans cet ordre que je vais les examiner, en laissant de côté et en réservant pour un autre travail1 toute une classe de figures hermaphrodites que nous connaissons par les vases peints. Je veux parler de ces figures dun adolescent androgyne ailé qu’on désigne communément sous le nom de génie des mystères, que d’autres antiquaires appellent Éros, mais qui ont en tout cas, et dans lune comme dans l’autre hypothèse, un caractère mystique d’accord avec les scènes d initiation ou ils interviennent. Le double sexe, empreint dans toute cette classe de figures d’un ordre hiératique particulier, les rattache indubitablement aux plus anciennes conceptions des mystères orphiques émanés de l’Asie, bien que les monuments où ils apparaissent appartiennent généralement, par leur fabrique, à une époque récente de 1 antiquité.
C’est aussi à l’occasion des mystères, spécialement de ceux de Bacchus, qui finirent, a ce dernier âge de l’antiquité, par envahir presque tout le domaine du polythéisme, que fut réalisé, à mon avis, le premier type de Y Hermaphrodite produit par la plastique; du moins, la statue de Y Hermaphrodite couché et endormi, dont il nous est parvenu au moins cinq répétitions antiques2, qui procèdent indubitablement de quelque original célèbre, fut-elle primitivement conçue pour faire partie d’une composition représentant une pompe bacJugue. C’est effectivement ce qui semble résulter de l’observation d’un bas-relief Albani3 *, qui a pour sujet une de ces Bacchanales dont l’original dut être une œuvre excellente du ciseau grec, et où se voit un Hermaphrodite couché et endormi que Pan découvre aux yeux des compagnons de Bacchus, figure dont la ressemblance avec la statue citée plus haut avait frappé Zoëga, comme elle ne peut manquer de frapper tous les antiquaires. Que d’ailleurs la présence d’un Hermaphrodite couché et endormi fût devenue, à une certaine époque de l’antiquité, un des éléments habituels de ces sortes de représentations, c’est aussi ce que nous apprend un autre monument de la villa Albani11, où se voit la même figure Al Hermaphrodite , couchée sur le dos et découverte par trois des compagnons de Bacchus, qui témoignent, chacun à sa manière, la surprise que leur cause cette apparition inattendue; et qu’il eût été fait encore plus d’une application de ce motif si favorable à l’imitation et si propre à flatter les instincts voluptueux d’une société toute sensuelle, telle que celle des Grecs, c’est ce qui résulte d’une autre composition, dont il nous est parvenu de nombreuses répétitions, sur les pierres gravées5 * * * * *
1 Pour la iv' de mes Lettres archéologiques, où un article spécial sera consacré au mythe d 'Hermaphrodite et à ses images, au sujet d’un bas-relief inédit du palais Grimani, à Venise, que je ferai connaître, d’après un dessin que j’en possède depuis longtemps.
2 Visconti connaissait effectivement quatre répétitions an-
tiques de Y Hermaphrodite couché, c’est à savoir, celui de la galerie
de Florence, Mus. Florent, t. III, tab. xl, xli; celui de la villa
Borghese, maintenant au musée du Louvre, Scult. scelt. Borghes.
I. I, lav. xxvi, un troisième, qui se trouvait dans la mèmcvilla,
et qui est cité par Visconti, Oper. var. t. IV, p. 62, 3), et le qua-
trième, trouvé à Velletri, et publié par Visconti, ihid. S xvi,
pl. x, p. 59-63. Indépendamment de ces quatre statues, il s’en
trouvait une cinquième en France, publiée dans les Monuin. du
mus. napol. I. II, pl. 49, et citée par II. Meyer dans une de ses
Notes sur l’Hist. de l'art, de Winckelmann, Werke, t. IV, p. 11, p. 270-274, 186), où il donne une description détaillée des statues en question.
3 Zoëga, Bassiril. di Roma, t. II, tav. lxxvii, p. 167.
11 Idem, ibidem, t. II, tav. lxxii, p. 1 35.
5 L’une de ces pierres est le célèbre camée d’Agostini , Gemm. p. II, tav. 52, dont les principales répétitions antiques sont un camée de la galerie de Florence, Zannoni, Galler. di Firenze, ser. V, t. I, tav. xx, 2, un autre camée, qui a fait partie du cabinet d’Orléans, t. I, pl. 25, et un troisième camée de notre Cabinet des antiques, sans compter deux intailles du même sujet, l’une sur sardoine, l’autre sur jaspe vert, celte dernière publiée par Mariette, t. I, pl. xxvi. Voyez, sur ces sortes de pierres, les Catalogues de Stosch, Winckelmann , 11e cl. n° 434 , et deTassie, n" 2 507-2 5a 2, pl. xxxr, 2609, en y joignant
et sur les lampes1, représentant un Hermaphrodite couche et endormi, entouré de trois Amours, dont l’un lient un éventail, les deux autres jouent de la syrinx et de la cithare. Mais, pour revenir au groupe de ÏHermaphrodüe endormi découvert par Pan, j’ai déjà eu occasion de remarquer que, dans la pensée primitive de ce groupe, c’était Ariane qui remplissait le rôle assigné plus tard à l'Hermaphrodite1. Or, de même que la belle statue d 'Ariane du Vatican paraît bien avoir été conçue, dans le principe, pour faire partie d’un groupe de figures de ronde bosse, représentant le sujet en question3, de même on peut supposer, avec toute raison, que la statue d 'Hermaphrodite couché et endormi fit primitivement partie d’une composition analogue; et c’est, je crois, le cas de la plupart des statues couchées, et même assises qui nous restent de l’antiquité, et qui ne semblent pas avoir été d’abord conçues isolément, mais qui furent traitées plus tard de cette manière, grâce au motif heureux quelles fournissaient, et sans doute aussi à la célébrité du modèle qui en avait offert la première application.
■Si cette conjecture, qui se fonde sur tout un ensemble de considérations relatives à l’histoire de fart et que je me borne à indiquer ici, est fondée en principe, il en résultera que la statue d 'Hermaphrodite couche et endormi que nous possédons, dans plusieurs de ses répétitions antiques, ne peut être la statue célèbre que Pline cite4 comme un des chefs-d’œuvre de son auteur, Polyclès, et qu’il désigne de cette manière : Hermaphroditum nobilem. Cette idée de Visconti5, qui a pourtant obtenu l’assentiment de la plupart des antiquaires6, me paraît d’ailleurs contraire au génie de fart, dans les conceptions duquel une figure couchée, qui ne pouvait offrir un type véritablement statuaire, n’entrait que comme personnage accessoire et épisodique, dans une composition de plusieurs figures. L' Hermaphroditus nohilis de Polyclès devait donc être une statue debout, une statue de temple, et je suis tout à fait, sur ce point, de lavis de M. Osann ', qui a combattu l’opinion de Visconti.
Le même motif de licence dionysiaque, qui avait fait introduire dans la représentation des Bacchanales le personnage $ Hermaphrodite à la place de celui d 'Ariane, donna lieu à i’invention de ces groupes d’un Hermaphrodite assailli par un satyre, motif licencieux, sur lequel s’exerça l’art de la peinture 8 aussi bien que celui de la statuaire, dans les principales circonstances qu il fournissait à 1 imitation. Ainsi , i Hermaphi-odite debout, qu’un satyre assis attire à lui et qui résiste mollement, est le sujet d’une peinture antique de Cività 9 ; au contraire, l’Hermaphrodite msis, qui cherche à repousser l’attaque d’un satyre debout, est le sujet d’un groupe en bronze, de la galerie de Florence10, conçu à peu près de la même manière qu’un
les observations des interprètes du cabinet d’Orléans, t. I, mm. a apal. t. II, p. 106. H. Meyer n’admettait cette opinion de p. 110, suiv. Visconti qu’avec réserve, Winckelmann’s Werke, IV, n, p. 270,
1 Bartoli, Lucem. Sepulcr. t. I, tav. 8. Voy. Boettiger, Amal- 186). thea, t. I, p. 356. 7 Amalthea, t. I, p. 347, ff.
3 plus taut, p- 5o, 9), et p. 52, 1), 2), 3). 8 Je ne comprends cependantpas dans le nombre des pein-
3 C est aussi ce îue Je crois avoir démontré plus haut, p. 49. tures antiques de ce sujet celles que Boettiger a cru pouvoir y ‘ Phn. XXX IV, vin, 1 9. Sur les deux statuaires du nom de rapporter, Archaol. Muséum, p. 5o, et où l’on doit voir plutôt un Polyclès, lun de la en”, l’autre de la clvc olympiade, voy. l’ar- satyre et une mènade, ou une nymphe; ce sont celles qui sont tide de M. Sillig, Catalog. vet. arlific. p. 36o; cf. Osann. Amal- publiées dans les Pittur. d’Ercolan. t. V, tav. xxxn, xxxm, xxxiv thea, t. I, p. 348, et sur l'Hermaphrodite de Polyclès, voy. le et xxxv. J’aurai lieu de m’expliquer complètement sur ce sujet même savant, Amalthea, 1. 111, p. 289-290. dans la ive de mes Lettres archéologiques.
°Per- var- IV- S XVI- P- 6a- 9 Pittur. d’Ercolan. t. I, tav. xvi.
0 Boettiger, Amalthea, t. I, p. 356; Petit-Radel, Monum. du 10 Zannoni, Galler. diFirenze, ser. IV, t. II, tav. 61.
groupe en marbre, qui fut trouvé en . 76o, non loin de Tivoli, dans les ruines de thermes antiques1, et qui est maintenant déposé dans les magasins du Vatican, ou la vue ncn est plus permise; et le même motif avait été traité d’une manière peu différente dans un troisième groupe, qui de la villa AUobrandmi a passé récemment au musée de Berlin2. Enfin, la lutte entre ÏHermaphrodite et le satyre avait fourni aussi le motif d’un groupe qui dort avoir eu pour auteur un des plus grands statuaires de la période aïexandrine, à en juger par Je mérité de deux des répétitions antiques qui nous en sont parvenues, et qui se trouvent dans la paierie de Dresde"; sans compter les imitations qui nous en restent en peinture5, avec la substitution d'une nymphe à ÏHermaphrodite, qui prouvent à la fois la célébrité du modèle et la licence d’une société, qui se complaisait à voir de pareilles images reproduites sous
toutes les formes et par tous les moyens de l’art.
Mais la classe principale des statues d 'Hermaphrodite se composait de celles qui représentaient le dieu androgyne debout, tel qu’il avait pu être érigé dans son temple à Athènes, et je mets à la tête de ces statues l 'Hermaphroditus nobilis de Polyclès, sans pouvoir décider si cet ouvrage du premier ou du second des artistes de ce nom appartint au siècle de Praxitèle, comme j’inclinerais à le croire, ou s’il fat produit à une époque plus récente. Quoi qu’il en soit, il nous est peut-être parvenu une copie ou une imitation de ce bronze célébré, dans la statue en marbre (ÏHermaphrodite, qui fut. trouvée en 1 8 1 7, dans le temple de Vénus, sur le forum de Pompéi6, et qui reproduit certainement quelque bel original de la sculpture grecque. Nous savons aussi qu’il exista dans le gymnase de Zeuxippe, à Constantinople7, une statue S Hermaphrodite, dont nous pouvons présumer le mérite, d’après le choix qui avait présidé à cette superbe collection, et qui était debout : notion qui résulte de l’expression dont se sert le poète à qui nous en devons la description. Tel devait être aussi ÏHermaphrodite en marbre dont parle Martial8, aussi bien qu’un autre Hermaphrodite, placé dans un bain public de Constantinople, qui nous est connu par un des petits poèmes de l 'Anthologie9. D’après la place assignée à ces deux dernières statues, et aussi a celle du gymnase de Zeuxippe, nous devons croire que les statues (ÏHermaphrodite servaient généralement, au moins dans cette dernière période de l’antiquité, à la décoration des bains publics, et cela, par une raison qui est exprimée dans ïépigramme de ï Anthologie, à cause du double sexe de ces figures qui les rendait propres à décorer lentree et a indiquer lusage de ces etablissements com-
1 Visconti, Oper. var. t. II, p. 444-5, 1).
2 Éd. Gerhard, Berlin* ant. Bildwerke, p. 72, n. 88.
3 C’est ce qui s’appelait xlivondtlv, ou dvaxXivoirdXr] , terme emprunté à la gymnastique, et appliqué à une autre sorte d’exercice érotique, sur lequel les témoignages antiques ne manquent pas; consult. les interprètes de Suétone, ad Domitian. S xxu, en y joignant les observations de Saumaise, ad Solin. p. 206.
,J Bekker’s Auijusteum, Taf. xcv, xevi; en y joignant les nouvelles observations de Boettiger, d’Ott. Müller et de G. Hase, dans 1 ' Archàologie und Kunst (Breslau, 1828, 8°), p. i65-
5 Entre autres, une peinture de Pompéi qui fait partie du cabinet réservé de Naples, et qui offre un groupe presque absolument semblable au Symplegma de Dresde, mais où la nymphe
remplace l'Hermaphrodite, comme, dans le principe, l'Hermaphrodite avait été substitué à Ariane.
0 Finati, Il R. Mns. Borbon. descritlo, t. II, p. 427, n. 21; Éd. Gerhard und Panofka, Neapels ant. Bildwerke, t. I, p. 118. Yoy. surtout la description détaillée qu’en a donnée M. Osann, dans l'Amalthea, t. I, p. 342-35 1.
7 Cbristodor. in Brunck. Analect. t. II, p. 46o, v. 102-107 : ÏSTATO S’ÈppaÇ/pôSeros èmiparos, x. t. A. Cf. Heyn. Comment, societ. Gotting. t. XI, p. 18.
8 Martial. Epigr. xiv, 174 : Hermaphroditus marmoreus :
Masculus intravit fontes; emersit utrumque;
Pars est VNA patris ; cætera matris habet.
0 Brunck, Analect. t. III, p. 202, carm. adesp. cclii, efe Êppa<pp6Snov èv Xourpw iSTÀMENON; cf. Jacobs. Animadv.
t. XII, p. 18.
muns aux hommes et aux femmes. A ce titre, je crois pouvoir regarder aussi comme ayant servi à l’ornement de thermes, et comme reproduisant le même type que la statue de Constantinople, décrite dans 1 Anthologie, la belle statue d Hermaphrodite debout, qui avait appartenu au comte de Caylus et qui forme maintenant un des principaux ornements du musée de Berlin". Cette charmante statue, du meilleur travail grec, du siècle d’Hadrien, devait avoii eu un modèle bien célébré dans 1 antiquité, puisquil nous en est parvenu une autre répétition, légèrement variée, dans un bronze de la galerie de Florence3 *, qui offre, à trèspeu de chose près, le même mouvement, avec une particularité de costume qui ne me semble pas avoir été bien comprise : c’est celte pièce d’étoffe, carrée et ployée sur elle-même, qui couvre le haut de la tête. L’antiquaire de Florence y voyait le crêdemnon, et c’est aussi lopinion de M. Ed. Gerhard; mais le crêdemnon, quelle que fût sa véritable forme, dont il dut y avoir plus d’une variante , suivant les personnes et surtout suivant les temps et les lieux, était nécessairement un lien, un bandeau, comme le nom même l’indique, et il est évident que la pièce d’étoffe carrée dont il s’agit ne fait pas l’office d’un bandeau sur la tête de 1 Hermaphrodite de Florence et de Berlin. J’en connais un troisième exemple, tout aussi sensible, sur la tête d’un Hermaphrodite qui forme la figure principale d’un bas-relief du palais Grimani, à Venis 2e1; et c’est une coiffure à peu près semblable qu’offrait une figurine en bronze d’ Hermaphrodite, du cabinet de Caylus5 : d’où il suit que cette espèce de coiffure devait avoir été appropriée, par un motif quelconque, aux figures S Hermaphrodite. Boettiger, qui en avait été frappé comme d’un trait de costume qui devait avoir un sens particulier6, y voyait le palliolum, c’est-à-dire la pièce d’étoffe dont les personnes délicates ou efféminées se couvraient habituellement la tête7, et en cela, il était bien près de la vérité; car c’est réellement l’objet en question qu’il faut voir sur la tête de notre Hermaphrodite, dans quatre des figures antiques qui nous ont offert cette particularité de costume, et auxquelles il faut joindre celle d’ Aphrodite mâle ou de prêtresse barbue de notre peinture, qui tient elle-même du caractère de Y Hermaphrodite. J’en puis citer un autre exemple bien remarquable ; c’est Y Hercule habillé en femme, debout près d Omphale, vêtue de la dépouille du lion, du célèbre groupe Farnèse8 * * il,
1 Caylus, Recueil III, pl. xxvin, xxix, xxx; Millin, Galer. mylhol. pl. l, n. 217.
2 Ed. Gerhard, Berlin’s ant. Bildwerke , p. 76, n. 111.
3 Zannoni, Galler. di Firenze, ser. IV, t. II, tav. 60, p. 16-19.
Le savant antiquaire de Florence pensait, de même que son
illustre prédécesseur, l’abbé Lanzi, que celte figure avait dû
tenir de la main gauche un miroir et s’appuyer de la droite sur
un thyrse. C’est aussi un thyrse, ou un Jlambeau, que M. Éd.
Gerhard pense avoir été placé à la main droite de la statue de
Berlin ; il se pourrait encore que c’eût été tout simplement une
haste, comme on en voit une auprès d'un Hermaphrodite couché, sur une peinture de Pompéi, R. Mus. Borhon. t. X, tav. lv. Mais
il me paraît bien plus probable que ce soit le manche d’un éventail que portât cet Hermaphrodite ; car c’est un instrument de ce genre, figuré comme une feuille, qu’on voit à la main d’un Hermaphrodite, sur une peinture célèbre de Portici, Pittur. dErcolan. t. II, tav. xxxiv, p. 201-202, 4) ; le même instrument que tient aussi à la main un des Amours qui veillent auprès de Y Hermaphrodite endormi, sujet de plusieurs camées antiques cités plus haut.
Quant à la main gauche de la statue de Berlin, qui paraît avoir éprouvé plus d’une restauration, il se pourrait bien quelle eût tenu aussi un miroir : ce qui s’accorderait avec l’inclinaison de la tête.
4 C’est celui qui a été cité plus haut, p. i46, 1).
5 Caylus, Recueil V, pl. lxxx, n. 1 et n, p. 220.
0 Amalthea, 1. 1, p. 365.
7 Senec. Quœst. nat. IV, xm, 9; Quintil. Inst. orat. XI, vin; Ovid. de Art. am. I, 733. La même pièce .de vêtement est celle qui est appelée sudarium par Catulle, Carm. xii, i4, et fasciola par Pétrone, c. xciv. On la nommait aussi linleolum; voy. les témoignages à ce sujet rassemblés par Bottari, Pittur. e scult. sacr. 1. 1, p. 44- L’analogie que M. Éd. Gerhard a cru trouver entre le krêclemnon, bandeau bachique, et cette pièce d'étoffe carrée, einem viereckten Tuche, Berlins ant. Bildwerke, p. 373, n’a réellement aucun fondement; et je m’étonne que M. Otto Jahn , Paris und Oinone, p. 3 , 9), ait pu admettre une pareille assimilation.
8 Publié par M. Éd. Gerhard, Antih Bildwerke, Ilc Cent., Taf. xxix.
où la nièce d’étoffe en question couvre la tête AHercule, à la ibis parce qu 'Hercule tient ici du caractère de ï Hermaphrodite, et parce qu’il a pris le costume d’une femme de lAsie. Effectivement, et c’est encore là une remarque déjà faite par Winckelmann >, cette pièce de costume, propre aux femmes de l’Ionie2, appartenait ainsi au vêlement asiatique; et cest a ce titre quelle était devenue un trait de costume caractéristique pour Hermaphrodite, personnage d’invention et d’origine asiatiques. C’est par la même raison que l 'Hermaphrodite couché, d’une autre peinture de Pompéi3, est coiffé d’une mitre phrygienne, évidemment pour rappeler sa patrie asiatique; et c’est sans doute aussi par ce motif qu’on lui avait mis à la main, en qualité de symbole, ïéventail, meuble d’origine phrygienne4, qui convenait d’ailleurs très-bien à la mollesse d’un personnage efféminé tel que celui-là4.
.l’ai encore à parler de quelques figures d 'Hermaphrodite qui nous restent de l’antiquité , dont quelques-unes ont perdu, par le fait de la restauration moderne, leur caractère primitif, telles qu’une statuette à Hermaphrodite, en marbre, de la villa Alham dont on a fait un Apollon, la même méprise qu, a fait prendre pour un Apollon androgyne un véritable Hermaphrodite, charmante figure en bronze, de pur style grec, qui avait appartenu a feu sir Rich. Payne Knight, et qui orne aujourd’hui le musée britannique7. Le caractère A hermaphroditisme propre à Apollon, et dont la raison se trouve, pour Apollon comme pour Adonis, dans les anciennes religions asiatiques, où le dieu qui devint plus tard 1 Apollon hellénique était une des personnifications du dieu Soleil, ce caractère, sur 1 essence duquel j auiai plus d’une occasion de m’expliquer ailleurs8, a produit plus d’une méprise de ce genre; et ce même caractère peut servir à rendre compte de toute une classe de monuments antiques qui n’ont pas encore reçu une explication complète.
Je veux parler de statues de dieux, tels que Bacclius et Apollon, qui devaient au motif religieux dont ils étaient devenus, chez les Grecs, l’expression figurée, une forme primitivement androgyne, et qui, par cette raison, se représentaient d’une manière qui rappelait, plus ou moins directement, les propriétés des deux sexes, certainement par allusion au douille principe ou au dualisme personnifié originairement dans ces divinités. Le moyen que l’art avait le plus communément employé pour exprimer cette double nature, qui tenait de 1 homme
1 Geschicht. der Kunst, YI, il, S a, JFerke , t. V, p. 3g; cf. Monurn. ined. n. 66.
2 C’est en effet ce qui résulte du témoignage d’Hécatée, au sujet de l’usage que les femmes de l’Asie faisaient de cette pièce de vêtement, nommée ysipéfiaKlpov, apui Atben. IX, p. 4io, E : T vvotïxes Sè èirl tïjs KE<pa\ÿs ëypvcn yeipàp.a,xlpa,; cf. Herodot. II , CXXII, et Interpr. ad h. 1; et nous avons, par un passage de Sappho, où il est question de ■yeipôp.axlpa, zzoptpvpôi, Sapplion. Fragm. xxv, p. 5o, ed. Neue, la preuve que cet usage était surtout propre aux femmes de l’Ionie.
3 R. Mas. Borbon. t. X, tav. lv.
“ Euripid. Electr. v. i3a8; voy. Vas. de Lamberg, 1. 1, pl. xm ,
5 Les motifs de convenance qui avaient fait approprier 1 éventail aux figures d’ Hermaphrodite , ainsi qu’à celles de Bacclius, et qui en expliquent la présence sur tant de vases peints, de sujet dionysiaque, ont été exposés par Zannoni, Galler. di Firenze, ser. IV, t. II, p. io-i3, où il rectifie quelques erreurs
commises par les antiquaires au sujet de ce meuble, et où il montre que l 'éventail tenu à la main de l'Hermaphrodite et à celle de l’un des Amours qui l’accompagnent devait être formé de quelque membrane ou tissu mince et d’un manebe, probablement d’ivoire.
6 Indicaz. antiquar. (Roma, i8o3), p. 43, n. 4 1 8. 11 en est fait mention par Winckelmann, qui l’avait sous les yeux, IFerke, t. IV, p. 69, et t. VI, p. 1 36; et elle est citée aussi par M. Osann, Amalthea, t. I, p. 35i.
7 Elle est publiée dans les Specimens of ancient sculpture, t. I , pl. XLin, xliv, et l’idée que s’en était faite l’antiquaire anglais est exposée dans son Inquiry into the symbolical language, S i33, t. II, p. 4a. Mais cette figure a été reconnue avec toute raison pour un Hermaphrodite par Boettiger, Amalthea, t. I, p. 365.
8 Particulièrement, dans mes Mémoires d'archéologie comparée, asiatique, grecque et étrusque, dont l’un sera consacré à la déesse de Comana, et un autre au dieu Mên, deux de ces divinités androgynes des religions asiatiques.
et de la femme, était l'habit de femme donné, comme on le voit assez souvent, à des figures de Bacchus et j’en puis citer pour exemples deux statues, l’une du musée de Naples1 2, l’autre de celui du Vatican3 *, au sujet desquelles il reste encore plus d’un éclaircissement à donner. La même particularité eut fieu pour une certaine classe de figures d 'Apollon vêtues d'habits de femme, et portant sous ce costume des indices non équivoques d’un autre sexe; et l’on connaît, dans le seul musée du Vatican, deux de ces statues, dont l’une a suggéré à l’illustre Visconti , qui la publiée*, plusieurs explications différentes, dont aucune, à mon avis, n’est satisfaisante, même celle à laquelle il s était arrêté en dernier lieu, et qui consistait à voir dans cette statue, d’ancien style grec d'imitation et de manière hiératique, un Apollon vêtu en Diane 5 *. Ces statues d’ Apollon ainsi vêtu , aussi bien que celles de Bacchus dans le même costume, sont toutes autant de monuments d’une tradition primitive, dont le siège était en Asie, et c’est uniquement dans ces idées de la mythologie orientale qu’il en faut chercher l'interprétation.
Je terminerai ces considérations en ajoutant quelques éclaircissements sur un monument très-curieux , qui représente un Hermaphrodite dans des circonstances nouvelles et caractéristiques : cest un bas-rehef du palais Colonna, qui avait été publié par Montfaucon0 et cité par M. Ileinrich7, et qui vient d’être rappelé à l’attention des antiquaires par M. Éd. Gerhard, au moyen d’une explication que je me permettrai de trouver trop exclusivement puisée dans un ordre d’idées bachiques8. Ce bas-relief représente un Hermaphrodite debout, de face, vêtu d’une chlamyde rejetée par derrière, et la tête couverte de cette pièce dètojfè carrée que 1 antiquaire allemand continue d’appeler le krêdemmn, mais que nous avons reconnue pour
1 Le fait que Bacclms se représentait habituellement avec clés formes féminines, 3^jXé,uop<pos, était exprimé par Philochore, apucl Syncell. Chronogr. p. 162, D, t. I, p. 317, ed. Bonn.; cf. Philochor. Fragm. p. 2 1-2 2, ed. Siebelis. : Kai rPÂ<I>ETAI ( Atdvvcros) 0HAŸ MOPŒOS , Si d Te düXXas xltryjpà s ahlas , x. t. X. ; et l’on sait qu’Eudocie a consacré tout un chapitre de son livre à établir Y androgynie de Bacchus, Violar. p. 119, sqq. : riepi lov %v AIÔNT20N éivat ÀNAPÔrTNON. Nous possédons encore sur ce point le témoignage d’Aristide, Orat. in Dionys. 1. 1, p. 29, ed. Jebb., à l’appui duquel j’ajoute celui-ci, que me fournit Suidas, v. KvSpàyvvos- xai ô Ai ôvvaos, àss xai Ta dvSpàs uroicov, x ai tx ■yvvxixâv ■adayçcv, î) élvavSpos xai ÉPMAÆPÔAIT02 , paroles qui rappellent celles dont se sert Ptolémée Héphæstion pour désigner Adonis, fille et garçon; voy. plus haut, p. 1 37 , 3 ). Consultez, sur ce point d’antiquité, Creuzer, Symbolih, t. III, p. 186, 1 33) , etp. 4 1 3-4 x 4 « 4a), 2e édit.
2 Cette statue a été décrite par M. Éd. Gerhard, Neapcls ant. Bildwerke, 1. 1, p. 93-94, n. 309.
3 Visconti, Mus. P. Clem. t. VII, tav. H.
" Mus. P. Clem. t. III, tav. xxxix, p. 4<)-5o.
5 C’est la statue que M. Lenormant cite, Annal, dell’ Instit.
archeol. t. VI, p. 261, 2 ), comme un Apollon ithyphalligne , en cos-
tume de Diane. Je reviendrai, dans la ivc de mes Lettres archéologigues, sur cette statue, où Guattani avait vu Jupiter déguisé en nymphe de Diane pour surprendre Callisto, Monum. ined. per
l'anno 1786, ottobr. tav. m, p. lxxxvi. En attendant, je saisis l’occasion qui m’est offerte de réparer ici une faute que j’ai com-
mise à l’égard de M. le Dr Braun, en supposant que cet antiquaire avait regardé comme l’œuvre d’un sculpteur antique la Daphné changée en laurier du célèbre groupe du Bemin, de la villa Borghese ; voy. plus haut, p. 67, 6). M. Braun avait en vue une statue réellement antique de Daphné, qui existe depuis peu d’années dans cette villa, mais qui, n’ayant été jusqu’ici ni publiée ni décrite, m’était restée inconnue. Cette statue, qui provient de la même fouille que les deux belles statues de poètes grecs que j avais vues en 1 838 à la villa Borghese, et que j’y fis dessiner, se trouvait alors dans l’atelier de restauration; ce qui m’empêcha d’en prendre connaissance à celte époque. Mais j’en ai reçu tout récemment un dessin, que je compte publier parmi les monuments à 1 appui de la iv° de mes Lettres archéologiques ; et je me félicite de pouvoir, en annonçant celte prochaine publication d’un curieux monument inédit, réparer le tort involontaire que j’ai eu à l’égard de M. le Dr Braun. Je remplis un autre devoir, en témoignant ici ma reconnaissance envers S. E. le prince Borghese, à la bonté duquel j’ai dû le dessin de ce monument, et qui, par le noble usage qu’il fait de tant de trésors d’art et d’antiquité qu’il possède, marche si dignement sur les traces de ses illustres ancêtres.
0 Montfaucon, Antig. explig. Supplément. 1. 1, pl. 88.
7 Heinrich , Hermaphroditornm , etc., p. 37.
s Ed. Gerhard, Ant. Bildwerke, IlcCent., Taf. xlti; cf. Prodromus mythol. Kunsterkliir. p. 287-289. Ce bas-relief est accompagné de deux autres dont la réunion forme un seul et même monument.
un élément de costume asiatique propre à cette classe de personnages : nouvel exemple à joinÜfe à ceux que nous avons déjà cités. Cet Hermaphrodite, où M. Éd. Gerhard a vu Bacchus sous une forme androgyne, porte sur le bras gauche un petit Amour nu et ailé qui couronne de ses deux mains un Hermès barbu et ithyphallique, dont la tête offre plus le caractère de Pan que celui de Bacchus. En face de cet Hermès, se dresse sur une colonne un simulacre d ancien style qui représente une déesse vêtue d’une tunique longue et d'une nébnde, et portant un faon de biche sur son épaule gauche, qu’à cette attitude, à ce costume et à ce symbole, on pourrait prendre pour une divinité du même ordre que celle de Lamvium, plutôt que pour une Libéra, ainsi que le fait M. Éd. Gerhard. Le fond de ce bas-relief est rempli par une masse d’objets dont la réunion est certainement très-significative, et qui ont tous une intention funéraire : ce sont une colonne ionique', à laquelle est attaché un flambeau allumé, et que surmonte un vase cinéraire, et, sur la même ligne, un édifice circulaire qui ne peut désigner qu’un mausolée, au faîte duquel se dresse un balustre, objet d’une signification funèbre indubitable1 2, laquelle est rendue plus sensible encore au moyen des deux flambeaux allumés qui s’y voient attachés. Ces symboles de vie réunis à l’image du tombeau, conformément à un ordre d’idées qui avait pénétré si profondément dans tout le domaine de l’antiquité , complètent, suivant moi, de la manière la plus expressive, 1 intelligence de 1 Hermaphrodite, personnification de la double puissance ou de la nature universelle3, couronnant par les mains de l'Amour le svmbole du pouvoir créateur.
1 Je crois avoir été l’un des premiers à exprimer l’opinion que l’ordre ionique avait eu, dans le principe, un caractère et
une destination funéraires, et j’en ai cité, dans mes Monuments
inédits, Achilléide, p. 110, 3), et Orestèide, p. i5o, 2), îôa, 1), et ailleurs, tant d’exemples fournis par des monuments de tout ordre, que cette notion me paraît devoir être définitivement acquise à la science. Presque à la même époque, la même opinion était soutenue par M. de Stackelberg, et feu M. Carelli en donnait, de son côté, une démonstration théorique, dont les détails peuvent laisser prise au doute, ou du moins à la discussion, mais dont le principe me paraît incontestable; voy.
sa Dissertaz. eseget. intorn. ail orig. dell. sacr. architeltura, p- 39, sgg.
2 On en a la preuve par le vase peint que j’ai publié, Monum. inéd. Orestèide, pl. xxx,p. 1 53, 2 ) , représentant une chambre sépulcrale, dans l’intérieur de laquelle est le vase cinéraire, en forme de balustre, ceint d’une bandelette.
3 Sens mystique que Zoëga n’avait pas été éloigné de trouver dans l’acte de Pan, le dieu lumineux et prophète, découvrant l'Hermaphrodite, cest-à-dire le double principe des choses, aux yeux des initiés de Bacchus; voy. ses Bassirilievi , etc., t. II, tav. lxxvii , p. i58.