ANTOINE, JULIEN
JULIEN
Quel diable vous tourmente donc si malin , monsieur Antoine?
ANTOINE
Comment , si matin ? Il est à l'instant neuf heures ; n'êtes- vous pas honteux d'être encore au lit?
JULIEN
Ça vous est bien aisé à dire ; si vous vous étiez couché , comme moi , au jour pour attendre mon fou de maître , qui n'est pas seulement encore rentré... il bâille. Peste de maison , on ne peut pas dormir ici son saoul. Eh bien , voyons : qu'est-ce que vous me voulez ?
ANTOINE
M. Mondor est-il levé?
JULIEN , se frollant les yeux.
Je crois bien qu'oui ; mais il est sûrement enfermé dans son cabinet , comme à son ordinaire. ANTOINE.
Portez-lui cette lettre : dites-lui de jeter les yeux dessus, et lorsqu'il sera visible , je l'entretiendrai sur ce qu'elle contient.
JULIEN
Êtes-vous fou , maître Antoine ? Mais, tenez, me faire lever pour cela!... vous ne pouviez pas faire votre commission vous-même?
ANTOINE
Il ne faut pas vous fâcher : laissez là cette lettre , j'instruirai M. Mondor de vos refus.
JULIEN , prenant la lettre avec humeur.
C'est que c'est vrai ça : vous vous faites mieux servir que les maîtres , voyez- vous, et cela me déplaît à moi.