FAIRFAX, EDMOND
FAIRFAX
Embrasse-moi , mon fils.
EDMOND , se jetant dans ses bras.
Oh , mon père ! que je me trouve heureux de ce que les soins de la guerre ne m'ont pas effacé de votre souvenir!
FAIRFAX
Ta joie sera bien plus grande lorsque tu sauras par quel motif je te rappelle auprès de moi.
EDMOND
Vous me voyez prêt à remplir vos ordres.
FAIRFAX
Ils seront chers à ton cœur, s'il est sensible à l'amitié.
EDMOND
Vous me les faites désirer avec une nouvelle impatience.
FAIRFAX
Tu peux sauver le jeune Arthur du plus grand malheur qu'il ait à craindre.
EDMOND
Que dites-vous? Oh! mon père , je vous en conjure , ne perdons pas un moment.
FAIRFAX
Mylord Capell , par une aveugle opiniâtreté , se précipite vers sa ruine. J'estime trop sa bravouve pour ne pas déplorer son malheur. Le sort de son fils surtout , puisque tu l'aimes , ne peut me rester étranger. Sauvons-les tous les deux d'une perte inévitable.
EDMOND
Eh! quel moyen faut-il employer? Ah! s'il est en mon pouvoir, avec quelle ardeur jd vais le saisir!
FAIRFAX
Je dois avoir ce matin Une entrevue avec mylord. Je veux lui donner la joie de revoir et d'embrasser son fils. Mais quand je lui peindrai les malheurs dans lesquels son aveuglement l'entraîne , je désirerais qu'Arthur appuyât , par ses prières , mes représentations.
EDMOND
Ah ! mon père, je crains....
FAIRFAX
Quoi donc? qu'il n'en puisse rien obtenir? Va, mon fils , la nature a donné encore plus de pouvoir aux enfants sur leurs pères , que les lois n'en donnent aux pères sur leurs enfants.
EDMOXD.
Je connais Arthur. C'est un fils trop respectueux pour oser se permettre de détourner son père de la conduite qu'il se croit obligé de tenir.
Quand la nécessité lui en fait un devoir, c'est la plus forte preuve qu'il puisse lui donner de son respect et de sa tendresse.
EDMOND
Il ne le croira jamais.
FAIRFAX
Son intérêt demande qu'on l'éclairé. N'es-ttl pas son ami ?
EDMOND
Ah ! si je le suis ! Il est après mes parents ce que j'aime le plus au monde. Dans cet instant même où nos pères combattent l'un contre l'autre , je donnerais mes jours pour sauver les siens.
FAIRFAX
Loin de condamner ce transport, je l'admire. Il m'annonce que le cœur de mon fds est capable des plus beaux mouvements de générosité. C'est ainsi qu'on doit sentir l'amitié pour en être digne. Tu mourrais pour ton ami : il faut le sauver. Si sa fortune et sa vie te sont chères , soutiens-moi dans mon projet. Va le chercher, et venez ensemble. Je veux me joindre à toi pour le persuader.
EDMOND
J'obéis, a part. Ah ! que pourrai-je lui dire?
5k LE SIEGE DE COLCHESTER.