‹ Choix de petits drames en prose et en versChapitre 16 sur 139 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

FAIRFAX, EDMOND, ARTHUR , qui s'avance en saluant respectueusement Fairfax.

FAIRFAX, le prenant par la maiu.

Je me réjouis de vous voir, mon cher Arthur. Je sais votre amitié pour mon fils , et ce sentiment me rend tous vos intérêts bien précieux. Je veux vous en donner un témoignage en vous réunissant aujourd'hui avec votre père.

ARTHUR

Est-ce que vous voulez m'envoyer dans la place , milord , pour combattre à ses côtés ?

FAIRFAX

Cette ardeur martiale ne m'étonne point de la part du fils du brave Capell ; mais dans les circonstances présentes elle ne pourrait tourner qu'à votre malheur.

ARTHUR

Appelez-vous un malheur de mourir avec mon père et pour la cause qu'il défeud ?

FAIRFAX

Votre père vous est donc bien plus cher que h vie?

ARTHUR

Daignez faire cette question à votre fils , milord , et vous aurez ma réponse.

FAIRFAX

Eh bien , au lieu de perdre la vie , vous pouvez conserver celle de votre père.

Ah! dites-le-moi : que puis-je faire pour lui?

FAIRFAX

La place est hors d'état de se défendre long-temps. Il faut en peu de jours qu'elle soit emportée. Alors, au lieu des lauriers qui couronnent aujourd'hui la tête de Capell , il ne lui restera plus à attendre que la hache des bourreaux.

ARTHUR

Je conçois les projets de votre cœur généreux. Vous voulez engager les ennemis de mon père à prendre la tête de son fils au lieu de la sienne ? Mourir pour son père , quelle glorieuse destinée ! Il se jette à ses pieds. Comment vous rendre assez de grâces de m'avoir jugé digne d'un tel sort!

EDMOND, à part, essuyant ses larmes.

Qu'il va lui en coûter de revenir d'une si noble erreur !

FAIRFAX , relevant Arthur, et l'embrassant.

Vous me forcez , mon jeune ami , de vous estimer autant que le héros à qui vous devez la naissance.

Mais me croyez-vous assez cruel pour exiger un pareil sacrifice ?

ARTHUR

Qu'attendez- vous donc de moi?

FAIRFAX

Un effort moins funeste pour l'un et pour l'autre. Dans un moment vous verrez ici votre père. Joignez vos instances aux miennes pour le porter à rendre une place que tout son héroïsme ne peut défendre plus long-temps.

ARTHUR

Moi, mylord?

FAIRFAX

Représentez-lui la proscription terrible du parlement , les flots de son sang prêt à couler sur un échafaud, la douleur de sa veuve, le désespoir de son fils, la confiscation de vos biens. Peignez-lui cet abîme de malheurs où son obstination barbare va tous vous précipiter.

ARTHUR

Vous daigniez tout-à-1'heure , mylord, me témoigner quelque estime. Ce témoignage venait-il du fond de votre cœur ?

FAIRFAX

En doutez-vous , Arthur ?

ARTHUR

Permettez-moi donc de le mériter, et de regarder

votre proposition comme une épreuve où vous voulez mettre ma vertu.

FAIRFAX

Vous la prouverez assez en arrachant votre père aux horreurs d'une mort cruelle. Quand il vous verra frémir à ses pieds sur le sort qui le menace, pourrat-il résister à votre amour suppliant ?

Si j'avais cette indigne faiblesse, mon père est trop sage pour se décider par les larmes d'un enfant tel que moi.

FAIRFAX

S'il est sage, il verra qu'elles coulent pour son salut.

ARTHUR

Mettez-vous à sa place, mylord. Chargé de la défense d'une ville , la rendriez-vous aux sollicitations de votre fils ?

FAIRFAX, embairassc.

Demandez à mon Edmond quel pouvoir ont sur moi ses prières. Ingrat ! c'est son attachement pour vous qui me fait trembler pour tout ce qui tient à son ami. Votre père connaît aussi la nature ; il ne sera pas insensible à sa voix.

ARTHUR

Il n'est sensible qu'à la voix de son devoir. Elle lui apprendra bien mieux que moi-même ce qu'il doit faire.

FAIRFAX

Souvenez-vous que vous tenez sa vie dans vos mains.

ARTHUR

Pardonnez, mylord, elle n'est ni dans les miennes ni dans les vôtres.

FAIRFAX

Vous voulez donc le perdre ?

Quand il serait en mon pouvoir de le sauver, c'est mon sang qu'il faut me demander pour offrande , et non une trahison.

FAIRFAX

Je le reconnais, ce sang, à son orgueil indomptable. Écoutez , Arthur, je ne vous donne qu'un moment pour vous décider. Je reviendrai bientôt vous demander, pour la dernière fois , si vous aimez mieux voir votre père sur un échafaud que sur le char de la fortune. Edmond, demeurez auprès de lui. Essayez si votre tendresse lui fera plus d'impression que ma pitié.

ARTHUR

Votre pitié, mylord? elle est trop généreuse. Je ne VOUS l'avais pas demandée. Fuirfax lui lance un regard furieux , et sort sans lui répondre.

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