‹ Choix de petits drames en prose et en versChapitre 17 sur 139 · EDMOND, ARTHUR · texte numérisé non relu

EDMOND, ARTHUR

lis se regardent un moment en silence.

ARTHUR

Eh bien, Edmond, quel parti vas-lu prendre? Pour servir ton père, oseras-tu m'engager à trahir le mien ?

EDMOND

Nous nous connaissons assez l'un et l'autre. Va, tu ne me crois pas plus capable d'en avoir l'idée que je ne te crois capable de me la soupçonner.

N'écoute, pour un moment, ni l'amitié, ni la nature. Si tu étais Arthur, que ferais-tu ? EDMOND.

Je voudrais mériter ce nom , que tu ennoblis , en égalant ta constance. Ce n'est pas moi qui porterais ton père à une lâcheté.

ARTHUR

Avec d'autres sentiments, je me croirais indigne de te voir mon ami. Hélas ! le seras-tu long-temps encore ?

EDMOND

D'où vient cette injure, Arthur? en quoi l'ai-je méritée ?

LE SIEGE DE COLCH ESTER. h\

ARTH1 R.

Pardonne, Edmond, ce n'est pas toi que je crains. Mais qui sait si ton père. . . ?

EDMOND

Ah ! laisse-moi croire qu'il sent autant que moi le prix de ta vertu. Laisse-moi estimer l'auteur de mes jours.

ARTHUR

S'il allait te défendre de m'aimer ?

EDMOND

Crois-tu donc que je lui pourrais obéir ? Ne t'ai-je pas toujours chéri comme un frère? et ces nœuds peuvent-ils se rompre lorsque tout, au contraire, les resserre dans nos cœurs ? Mon père , avec tous ses droits, ne saurait me le commander.

Il m'aimait autrefois lui-même. Il se réjouissait de nous voir croître ensemble, compagnons d'exercices et de jeux. Combien de fois nous a-t-il fait promettre de vivre étroitement unis, comme il l'était avec son cher Capcll ! Tu vois cependant avec quelle fureur il le poursuit aujourd'hui. Ce n'est pas assez de sa ruine; il veut faire sa honte, ne pouvant lui donner la mort.

EDMOND

S'il s'oubliait jusqu'à cet excès ( que le ciel me pardonne une telle pensée ! ), j'oublierais à mon tour que je suis son fils.

ARTHUR , essuyant ses yeux.

Faut-il qu'un nom si doux coûte tant de peines à nos cœurs! Pourquoi ne puis-je penser sans frémir à celui qui me donna la naissance ? Je le sais trop : la ville ne peut se défendre plus long-temps, et le brave Capell est trop fier pour se rendre. S'il ne meurt pas accablé sous les coups de ses ennemis, s'il tombe vivant entre leurs mains , quelle sera sa destinée ! Plus il aura fait éclater de grandeur d'âme et de valeur, plus on voudra se venger de sa gloire en le flétrissant : le plus vertueux des Anglais sera livré au supplice d'un criminel. Ses ennemis sont trop implacables. Cette tête , qu'ils n'ont pu atteindre de leurs armes, ils la feront tomber sous la hache des bourreaux.

EDMOND, avec feu.

Non, il ne périra point; je lui connais un libérateur.

ARTHUR

Et quel est-il?

Moi.

EDMOND

ARTHUR

Toi , cher Edmond ? Où t'égarent les vœux impuissants de l'amitié ?

EDMOND

Elle a plus de force que tu ne le crois. Le temps

LE SIÈGE DE COLCHESTER. Ut

nous presse; il ne s'agit plus de délibérer. Me promets-tu d'exécuter ce que je vais te prescrire?

ARTHUR

Tout , si l'honneur me le permet.

EDMOND

Crois-tu qu'il le condamne , puisque je te le propose?

ARTHUR

Eh bien, tu n'as qu'à parler, et j'obéis.

EDMOND

Viens donc , et suis-moi. Nos deux chevaux sont encore devant la tente. Volons en France. Je me remets entre tes mains pour servir d'otage à Capell contre les entreprises de Fairfax.

ARTHUR

Qui , moi , t'arracher à ton père !

EDMOND

Il n'a pas craint de te ravir au tien.

ARTHUR

Non , je ne me rendrai jamais coupable d'une action que je viens de blâmer dans un autre.

EDMOND

C'est pour l'empêcher de la commettre. Au nom de notre amitié , cher Arthur, c'est pour lui , c'est pour moi que je te le demande. Sauve à mon père d'éternels remords ; sauve-moi la douleur de l'en voir tourmenté.

kh LE SIÈGE DE COLCHESTER.

ARTHUR

Veux-tu me les donner à moi ?

EDMOND

Que dis-tu ? Non , tu n'auras point de reproches à te faire. Mon père lui-même , quand ses premiers transports seront passés, te bénira dans le fond de son âme de lui avoir conservé l'honneur.

ARTHUR

Qu'exiges-tu de moi ! Jamais, Edmond, jamais.

EDMOND le saisil par la main, et l'entraîne.

Je ne t'écoute plus. Il faut me suivre. Partons.

Fairfax paraît, suivi de quelques soldats.

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