JULIE, VICTORINE
VICTORINE
Quoi ! tu la gardes ?
JULIE
Sans doute ; pourquoi non ?
VICTORINE
Tu as tort; pour moi, je n'en veux plus, fi donc!
JULIE
Tu feras comme tu voudras; pour moi, j'en suis contente ; elle est fidèle , intelligente , ce sont des qualités précieuses, et je la garde. D'ailleurs, il y aurait de la barbarie à la renvoyer.
VICTORINE
Quoi ! tu ne veux pas entendre que cette fille ne nous convient plus : il nous faut à chacune une femme de chambre.
JULIE , ria il.
Et plus tard il t'en faudra bien d'autres, sans doute.
VICTORIXE , d'un air piqué.
Je le pense bien ainsi.
JILIE.
En vérité, ma sœur, je craindrais qu'on t'entendît , lu passerais pour folle achevée au moins. Cette fortune qui nous met en état de faire la figure la plus brillante ; où est-elle ? Sur l'eau.
VICTORINE
Mais , est-ce que cela peut nous manquer?
JULIE
Mais si le vaisseau fait naufrage.
VICTORINE
Oh! si., si... si. Tu n'as que des malheurs à prévoir.
ilk LA DISSIPATRICE
JULIE
Ma chère sœur , parlons raison , cette fortune qui te met hors de toi-même, n'est pas encore arrivée, il peut se faire même qu'elle n'arrive point ; car tu as beau dire, cela est très possible; quel inconvénient y aurait-il pour toi de te mettre en état de t'en passer ? Aucun. C'est le parti que j'ai pris : la nouvelle de ma fortune ne m'a point tourné la tête ; si nos espérances se trouvaient trompées, j'aurais encore des ressources , et mon économie me tirerait d'affaire. VICTOPJNE, bâillant.
Ah! finis donc, je t'en conjure. Tu as le don de voir d'une manière sombre les objets les plus riants.
JULIE
Mais enfin , que t'aurait-il coûté d'attendre l'arrivée de ce vaisseau , avant que de t'engager dans toute sorte de dépenses?
VICTORINE, avec vivacité.
On ne peut être heureux assez tôt.