‹ Choix de petits drames en prose et en versChapitre 93 sur 139 · THÉODORE, AUGUSTE · texte numérisé non relu

THÉODORE, AUGUSTE

Augu-te est gai comme Théodore, Pt il entre par a même porte.

AUGUSTE

Ah! mon ami, te voilà! Eh bien! sont-elles arrivées? Les as-tu vues? Comment se porte ma mère , ma sœur? Ne leur est-il point arrivé d'accident dans leur voyage? Qu'ont-ellesdit? Qu'ont-ellesfait? Les verrai-je bientôt ?

THÉODORE

Point d'inquiétude , mon ami , tout va bien. Ces dames se portent à merveille , et elles vont venir. Elles sont enchantées de toi , de moi. Ta sœur est adorable. Bas II ne sait pas qu'il sera mon beau-frère bientôt. Haht. Je l'ai représenté , j'ose dire, avec succès ; tu n'as qu'à demander. Dans deux heures tu les verras.

AUGUSTE , lri-tf nv nt.

Dans deux heures !

Écoute donc , mon ami. Il faut bien les laisser reposer un peu; et puis, ne faut il pas une toilette, une grande toilette pour ta sœur? et puis ne faut- il pas dîner ? Enfin j'ai fait des merveilles ; on te dira tout cela.

LES DEï X PAGES. 43

AUGUSTE

0 ma mère ! dans deux heures , je mêlerai mes larmes aux vôtres !

THÉODORE

Ce sera un moment bien doux pour tous les quatre. Car j'y serai aussi; pas vrai, mon ami? AUGUSTE , lui serrant la main.

Ah ! de tout mon cœur.

THÉODORE, lui saulanl au cou.

Cher Auguste ! que tu me fais de plaisir ! Bas. Je meurs d'envie de lui dire que je vais me marier avec sa sœur.

AUGUSTE

Que dis-tu donc, mon ami?

THÉODORE

Je dis qu'il faut te reposer aussi ; tu as couru toute la nuit , tu n'en peux plus de lassitude. Tiens, metstoi là. Mets-toi sur cette chaise , et tâche de dormir un peu.

AUGUSTE

Moi ! dormir, quand j'attends ma mère !

Eh ! ne t'inquiète donc de rien. Laisse-moi le soin de tout; je te réponds que je ferai les choses comme il faut. Vois-tu ce rouleau? les galions sont arrivés. Cent ducats que m'envoie ma famille pour le jour de ma fête. Tiens , mon ami , partageons , ou plutôt prends tout ; tu me feras encore plus de plaisir.

kh LES DEUX PAGES.

AUGUSTE

Mon cher Théodore , je te remercie.

THÉODORE

Ne te gène pas, je suis en fonds, n baisse la voix. Depuis un mois, je gagne tous les jours au jeu ; prends mon rouleau.

AUGUSTE

Bien obligé , mon ami.

THÉODORE

Je ne veux pas que tu me remercies; je veux que tu acceptes.

AUGUSTE

.le suis sensible h tes offres ; mais je n'ai besoin de

rien. Il étouffe un soupir.

THÉODORE

Tu n'as besoin de rien ? Voilà donc comme lu me chagrines toujours? et tu te dis mon ami !

AUGUSTE

Théodore !

THÉODORE

Non , tu ne l'es pas. Pas plus que de tes autres camarades , qui se plaignent de toi , et qui ont raison

de se plaindre.

AUGUSTE

Théodore !

THÉODORE

Je ne l'ai jamais voulu croire; j'avais toujours pris ton parti contre eux; mais je vois bien à présent. . .

Al GFSTE.

Et que peut-on me reprocher?

THÉODOUK.

Pourquoi refuser mon argent? Pourquoi se singulariser en tout? S'éloigner toujours de tout le monde, vivre presque seul, n'être d'aucune partie, tout cela ressemble à du mépris.

AUGUSTE

Théodore !

THÉODORE

Oui , monsieur, à du mépris : le sais-tu ? AUGUSTE.

Ah ! mon ami !

THÉODORE

Ils disent cependant qu'il y a pour moi des préférences. Ils le croient, et lu ne veux pas accepter mon argent ; et dans quel moment encore ! Ah ! monsieur, est-ce là une marque d'amitié ?

Cher Théodore ! il faut que je sois bien à plaindre, si je suis obligé de me justifier auprès de toi.

THÉODORE, honteux :.

Est-ce que je te le demande? Eh ! non , mon cher Auguste ; avec moi , jamais de justification.

AUGUSTE

Mais que veux-tu donc que je fasse contre d'injustes soupçons et de fausses accusations?

46 LES DEIX PAGES.

THÉODORE

N'y pas donner lieu ; ne plus cacher tes démarches, tes dépenses, tes plaisirs , cela te fait des ennemis ; et si enfin le roi. . .

AUGUSTE, alarmé.

Le roi ?

THÉODORE

Eh ! mon cher camarade , manquons-nous de surveillants, et les surveillants manquent-ils de rapporteurs? Crois-tu qu'ils te pardonneront jamais la pension que tu as obtenue à ton âge ?

AUGUSTE , à pari.

Ah ! grand Dieu ! conservez-moi les bontés du roi ! Malheureux enfant ! que deviendrait ma pauvre mère?

THÉODORE

Tranquillise-toi , mon ami ; il ne t'abandonnera jamais. Yas-tu pas pour toi sa justice , ton innocence , et la mémoire de ton père ? Ce grand roi oublia-t-il jamais un brave officier tué sous ses drapeaux ? Auguste soupire. Calme-toi donc , mon cher Auguste, et ne t'afflige pas. Surtout, pardonne-moi ma petite vivacité , je te promets de la bien réparer , mais, en attendant , ne songeons qu'au plaisir de revoir ta mère , ta sœur. Je vais de ce pas retourner auprès de ces dames, et pendant que je vais les chercher, tu te reposeras un peu : mon ami, entends-tu ? tu en as grand besoin.

AUGUSTE

Il est vrai , je n'en puis plus ; mais , si le roi. . .

THÉODORE

A l'heure qu'il est? Il n'y a qu'un moment qu'il s'est jeté , comme de coutume , tout botté sur son lit de repos. Toute la nuit , il l'a passée au milieu des dépêches, et toute la matinée au milieu des bataillons. Voilà un roi qui se donne bien du bon temps. Allons , allons , mets-toi là et dors un peu. Moi , je vais agir. Compte sur mes soins , mon intelligence , et surtout sur mon amitié ; je ne te demande , pour tout cela , que de vouloir bien prendre mon argent.

AUGUSTE , attendri.

Mon cher Théodore , mon cher ami , je t'en demanderai quand j'en aurai besoin.

THÉODORE , l'embrassant.

C'est parler cela ! Adieu , mon ami. a demi-bas. Adieu, mon petit-frère. Haut. J'ai bien des projets : je veux... Mais je te dirai tout cela. Adieu, adieu, mon cher Auguste. Il dit tout cela en sautant , et sort par la porte du fond : on voit des gardes en sentinelle.

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