SCÈNE X
LE PRINCE, L’OFFICIER, M. DE G ER VILLE , Madame DE GERYILLE, EUGÉNIE, CÉCILE, DIDIER, MA- RIANNE, FRÉDÉRIC.
le prince, saisissant Cécile. Je le prends au mot. (Il embrasse Cécile trois fois.) eugénie cl didier. Le prince! le prince!
Cécile, un peu décontenancée. Vous m’avez presque lait peur avec vos baisers.
m. de g er ville. O mon digne prince, comment vous exprimer ma reconnaissance !
madame de gerville. Mes enfants et moi , comment vous remercier! Vous me rendez un époux , et vous leur rendez un père.
le prince. Tous ces bienfaits sont de notre juste; monarque. Je n’ai fait que solliciter son choix , pour être l’instrument de ses grâces. Privé de l’espérance de profiter, sous les yeux de M. de Gerville , de ses exemples et de ses leçons , j’ai voulu du moins adoucir mes regrets, en venant porter le bonheur dans le sein de sa respectable épouse et de ses aimables enfants. C’est line joie que je n’oublierai jamais. (Il tend la main à M. de Gerville, qui la serre.)
m. de gerville. 11 faut avoir la bonté de votre
LE CONGÉ
cœur, pour vous réjouir du bonheur d’une petite famille qui vous est si étrangère.
madame de gerville. Vous avez fait de si riches cadeaux à mes enfants !
eugénie. Je rougis d’avoir accepté cette bague. Je ne la croyais pas si précieuse.
le prince. C’est qu’elle s’est embellie dans tes mains. Je ne la reconnais plus.
cécile. En ce cas, je ne vous parlerai pas de votre étui.
didier. Pour moi, je vous rends votre chanson. Ce n’est pas apparemment celle que vous vouliez me donner?
le prince. Excuse ma méprise; mais puisqu’elle est faite, mon père a si généreusement fourni à mon équipage, que je puis bien me charger de celui d’un jeune enseigne.
didier. Enseigne? Est-ce dans votre compagnie? le prince. Oui , mon petit ami.
didier. Ah ! que je suis aise ! Je serai auprès de vous, et le nom de mon père ne se perdra pas dans le régiment.
m. de geryille. Vous nous accablez de tant de grâces! M’en refuseriez - vous une bien touchante pour mon cœur?
le prince. C’est moi qui vous supplie de me l’accorder , en vous demandant cette nuit un asile pour mon compagnon de voyage et pour moi.
LE CONGÉ
(AI. et madame de Gerville s’inclinent d’un air respectueux)-, pourvu cependant que Cécile n’en soit pas fâchée.
Cécile. Oh ! puisque vous n’emmenez pas notre papa, restez tant que vous voudrez.
eügénie. J’espère qu’au moins à présent vous mangerez de mes fraises.
Cécile. Vous nous les rendrez aussi douces que vous avez failli nous les rendre amères.
didier. Oui, mon prince, venez en manger chez nous , en attendant que je me sois assez distingué pour mériter d’en aller manger sous votre tente.