‹ Choix de petits drames et de contes tirés de BerquinChapitre 58 sur 102 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

GODEFROl , ADRIEN , SUZETTE.

adrien , courant à Godefroi d'un air joyeux. Ah ! Godefroi !

godefroi. Vous voilà, monsieur Adrien?

Adrien. C’est bien de moi qu’il s’agit. Où est mon papa? où est ma maman? où est ma sœur Julie?

sont-ils ici ?

godefroi, d’un air hébété. Ici? Où donc?

adrien. Derrière toi?

godefroi. Derrière moi? {Il se retourne.) Je ne les vois pas.

adrien. Tu ne les as donc pas accompagnés?

godefroi. Ils ne sont donc pas ici?

adrien, d’un ton d’impatience. C’est ici que tu viens les chercher?

godefroi, d’un air troublé. Vous me faites frissonner de la tète aux pieds. {Adrien pâlit.) Ne vous effrayez donc pas. (Avec consternation.) Ils ne sont pas ici ?

148 L’INCENDIE

süzette. Il n’est venu personne que mon frère Adrien.

adrien. Pourquoi y suis-je venu?

godefroi. Écoutez, écoutez-moi. Une heure après qu’on vous eût arraché de mes bras pour me faire travailler , je trouvai le moyen de m’esquiver dans la foule. Tranquillisez-vous; mais j’ai couru de tous côtés pour chercher vos parents ; je ne les ai pas trouvés. J’ai demandé de leurs nouvelles à tout le monde; personne ne les avait vus, personne n’en avait entendu parler.

adrien , d'un ton plaintif. O Dieu ! ayez pitié de moi. Mon papa, maman, où êtes-vous?

godefroi. Ce n’est pas tout. Écoutez. Ne vous effrayez pas seulement. Voici le pire de l’histoire. adrien. Hélas ! mon Dieu ! qu’est-ce donc ?

godefroi. Comment voulez-vous que je vous le dise , si vous allez prendre l’épouvante ?

adrien. Eh ! dis, dis toujours. Tu me fais mourir. godefroi. Eh bien donc! le brait court qu’un homme, une femme et une petite fille ont été écrasés dans notre rue, par une charpente qui est tombée toute en feu. ( Adrien tombe évanoui .)

süzette. Bon Dieu! bon Dieu! à notre secours! Adrien qui se meurt! {Elle se précipite sur lui.)

godefroi. Mais qu’a-t-il donc? il n’en est rien peut-être. Ce n’est qu’un ouï-dire : et on ne sait pas qui c’est.

L’INCENDIE

suzette. La frayeur l’a saisi tout à coup. Il oublie que mon père les a sauvés.

godefroi, tâtant le front d’Adrien. O mon doux Sauveur ! il est froid comme un glaçon !

suzette , se relevant à demi. Que veniez-vous faire ici? C’est vous , c’est vous qui l’avez tué.

godefroi. Je lui avais pourtant bien dit de se tranquilliser. ( 11 le soulève. ) Monsieur Adrien ! (Il le laisse retomber. )

suzette. Laissez-le donc. Vous allez l’achever, s’il n’est pas mort encore. O mon cher Adrien! mon frère ! Où trouver à présent mon père et ma mère pour lui envoyer du secours? (Elle va vers plusieurs endroits du théâtre, incertaine de quel côté elle doit sortir. Elle sort enfin par une coulisse au-dessus de la ferme. )

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