SCÈNE y
LE PRÉVÔT, BRAS-CROISÉS, LA TERREUR, GEORGE, THOMAS, MARCEL, GENEVIÈVE.
Geneviève, aux soldats. Où est-il, messieurs? je veux voir mon fils!
la terreur. Passez, bonne mère, passez.
Geneviève , courant à George. O mon cher fils , qu’as-tu fait? Comment as-tu pu nous donner cette douleur?
marcel, d'un air sévère. Te voilà, malheureux! Toute la joie que tu m’avais donnée , tu la tournes toi-même en amertume. Tu faisais la gloire de tes parents, tu en fais la honte aujourd’hui. Je suis venu te voir pour la dernière fois.
LE DÉSERTEUR
george. Mon père, ])ardonnez-moi , je vous prie. J’ai subi ma peine.
marcel. Tu l’as subie pour ta trahison envers ton roi, mais non pour ton crime envers nous, que tu déshonores dans notre vieillesse. Après soixante années de probité , je croyais mourir dans l’honneur, et c’est toi qui me couvres d’infamie. Mais non , nous ne tenons plus l’un à l’autre : je te renonce pour mon fils.
george. Mon père, vous ôtes trop cruel envers moi. Je ne mérite pas votre malédiction. Dieu m’en est témoin. Je ne suis pas indigne de vous.
thomas, à part. Quel martyre de ne pouvoir parler ! ( Marcel s’éloigne. )
george, le suivant. Mon père, vous me quittez sans que je vous embrasse. Oh ! restez encore un moment! ( A Geneviève.) Et vous, ma mère,, serezvous aussi dure envers moi ?
Geneviève. O mon fils! que puis-je faire?
marcel. Ne le nomme pas ton fils, il ne l’est plus. Geneviève. Mon homme, pardonnez-lui; c’est toujours notre enfant.
thomas. Oui, mon frère, laisse-toi toucher par son désespoir. •« V
marcel. Tais-toi ; tu ne vaux pas mieux que lui , toi qui vends à prix d’or le sang de ta famille. Ne me nomme pas plus ton frère que lui son père : je ne vous suis plus riçn.
LE DÉSERTEUR
GENEVIÈVE, qui, pendant cet intervalle, s’est entretenue avec George. Mon homme, il me fait de bonnes promesses; ne nous arrache pas le cœur à tous deux. Mon enfant est la seule chose qui me reste, et je ne pourrais pas l’aimer! je ne pourrais plus te parler de lui ! Veux-tu que je meure à tes yeux?
Marcel. Tais-toi, femme, et suis-moi. (// veut sortir.)
la terreur, le retenant. Bon homme, c’en est assez. Vous avez bien fait de décharger votre colère ; mais puisque le roi le reprend , ne le reprendrez-vous pas aussi? Donnez, donnez -lui votre main. Croyez-vous que je lui resterais attaché s’il ne le méritait pas?
le prévôt. Vieillard, vous êtes un brave homme. Si tous les hommes tenaient ainsi leurs enfants en respect, je n’aurais pas tant de besogne. Mais souffrez que je vous prie aussi pour votre fils.
Geneviève. Vois-tu, mon ami? Comme ces messieurs disent, ils ne lui resteraient pas attachés, s’il ne le méritait, ne sois pas plus impitoyable envers lui que des étrangers. ( Geneviève et La Terreur prennent Marcel par la main et veulent l’entraîner vers son fils.)
LE DÉSERTEUR