‹ Choix de petits drames et de contes tirés de BerquinChapitre 87 sur 102 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LE PRÉVÔT, BRAS-CROISÉS, LA TERREUR, GEORGE, MARCEL, GENEVIÈVE, THOMAS, LE CAPITAINE, LE SERGENT, FLUET.

marcel. Attendez , je veux d’abord parler à son capitaine. [Au capitaine.) Ah! monsieur! n’avezvous pas de regret d’avoir hier donnfc tant de louanges à mon vaurien de Fds? Il me porte sous terre par ce coup-là.

le capitaine. Il avait mérité ce que je lui disais de flatteur. Véritablement je n’aurais pas imaginé que mes éloges eussent produit un si mauvais effet. ( A George.) Mais, dis-moi, qui t’a porté à celte action? Tu dois avoir eu quelque motif extraordinaire. Ouvre-moi ton cœur, quelque chose qu’il en soit. Tu as subi ta peine, et il 11e t’en arrivera rien de plus fâcheux.

george. Mon capitaine, ne me retirez pas vos bontés, je vous prie. Je chercherai à m’en rendre plus digne.

le capitaine. A condition que tu me dises la vérité. Car, que tu aies déserté par la crainte des suites de ton affaire avec le bailli , ni moi , ni personne, nous ne pouvons le croire.

george. Il n’y a pourtant pas d’autre raison, mon

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capitaine. Vous savez que je n’ai jamais eu de querelle ; et la moindre faille paraît toujours énorme, lorsqu’on n’a pas l’habitude d’en commettre. J’en étais si troublé , que j’ai perdu toute réflexion. Et puis la situation déplorable de mon père achevait d’égarer mes esprits.

le capitaine. Que signifiaient donc ces paroles : « Dieu soit loué, tout est fini, et mon père est sauvé. » ( George parait saisi d’étonnement , ainsi que Marcel et Geneviève. )

marcel. Est-ce qu’il disait cela? Dieu me le pardonne , le diable aura tourné sa tète.

george, en soupirant. Je ne me souviens pas de l’avoir dit.

le sergent. Moi, je me souviens de vous l’avoir entendu dire en entrant ici.

george. Cela peut m’être échapp'é dans la douleur , sans savoir ce que je pensais.

le capitaine. Il faut pourtant que ces paroles aient eu quelque signification.

george, dans un plus grand embarras. Je ne sais que vous dire.

le capitaine , lui prenant la main d’un air d’amitié. George , ne cherche pas à m’en imposer ; cette désertion a une autre cause que ta querelle. Je suis offensé de ta dissimulation , et tu perds toute ma confiance. N’est-il pas vrai? c’est pour ton père....

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george, avec vivacité. Que dites-vous, monsieur? Ah! gardez-vous de croire....

le capitaine. Tu ne vaux pas la peine que je m’inquiète de ton sort. Je ne veux pas en savoir davantage. Tu m’es plus indifférent que le dernier des hommes. Tu ne sais peut-être pas ce que lu perds à me taire la vérité.

Thomas. Il faut que je la dise, moi.

george, V interrompant. Mon oncle, qu’allez-vous faire? Voulez-vous nous rendre encore plus malheureux?

thomas, au capitaine. Je vais vous expliquer la chose ; mais je crains que le mal n’en devienne plus grand.

le capitaine. Je t’en donne ma promesse, tu n’as rien à craindre.

thomas. Eli b’ien! c’est à cause de ses parents qu’il a déserté. Il a su m’engager, par de belles paroles, à l’aller dénoncer, et recevoir vingt-quatre écus, pour que son père les employât à payer ses dettes. Mais celui-ci ne veut entendre parler ni de l’argent, ni de son fils. Débarrassez-moi, monsieur, de cet argent, que je ne puis garder, et tâchez que mon frère profite au moins de ce que ce brave enfant a voulu faire pour lui. La chose s’est passée comme je la raconte. ( Tout le monde parait frappé de surprise.)

le capitaine. Eh bien ! George !

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george , versant un torrent de larmes. Vous savez tout , mon capitaine. Croyez pourtant qu’il n’y a que le salut de mon père qui ait pu me faire résoudre à passer pour un mauvais sujet. J’ai méprisé la douleur, parce que j’espérais le sauver. Mais à présent que tout est découvert , et que mon espérance est perdue, je souffre bien plus cruellement.

Marcel, se jetant au cou de George. Quoi, mon fds! voilà ce que tu faisais pour moi?

Geneviève, sé précipitant dans ses bras. Oui, nous pouvons maintenant l’embrasser; nous pouvons le presser sur notre sein. Mon cœur me le disait bien qu’il était innocent.

lé capitaine, lui prenant la main. O mon ami! quelle tendresse et quelle fermeté! Tu es à mes yeux un grand homme. Cependant ton amour pour ton père t’a emporté trop loin. C’est toujours un artifice blâmable.

marckl. Sûrement, sûrement. Dieu me préserve d’en toucher seulement un denier.

george, à Thomas. Voyez-vous, mon oncle , avec votre bavardage ! Que me revient-il maintenant de ce que j’ai fait?

tiiomas. Oui, voilà! c’est moi qui suis maintenant le coupable. Mais (en montrant le capitaine ) monsieur ne sera pas un menteur. Vous avez entendu qu’il m’a promis....

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le CAPITAINE, à Thomas. Donne l’argent à ton l'rèrc. (A Marcel.) Prends-le, mon ami : ton fils l’a bien mérité. J’aurai soin que tu n’aies pas à le rendre. Une faute extraordinaire demande un traitement hors des règles communes.

marcel. Moi , monsieur? Je ne le prendrai jamais.

le capitaine. Je le veux : il le huit. ( On entend des cris au dehors.) Mais qu’est-ce donc?

fluet. J’entends crier : Le roi! le roi!

le capitaine. Il vient! Dieu soit béni! réjouissezvous. Je vais, s’il est possible, faire parvenir l’aventure à son oreille. (4 Georye.)T\i as manqué à ton devoir comme soldai; mais tu l’as trop bien rempli connue fils pour qu’il n’en soit pas touché 11 le sera certainement. Je sors. Atlendez-moi.

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