SCÈNE VII
LE TRÉVOT, BRAS-CROISÉS, LA TERREUR, GEORGE, MARCEL, GENEVIÈVE, THOMAS, FLUET.
Marcel. Vois-tu? le roi est si bon, et j’aiderais à le tromper! Non, jamais.
george. Mon père, accordez-moi celte grâce, que j’aie réussi à finir vos malheurs. Vous n’avez plus à vous inquiéter de rien.
LE DÉSERTEUR
la terreur. Oui , bonhomme , faites ce que dit votre fils. 11 peut bien vous demander quelque chose à son tour. Il en guérira plus vite de vous savoir à votre aise. Vous devez aussi penser qu’après votre mort, votre cabane doit lui revenir.
marcel. Eh bien ! je la conserverai pour pouvoir la lui laisser en mourant. Viens , mon fils , pardonne-moi de t’avoir maltraité. Dieu m’est témoin combien je souffrais de te voir un mauvais sujet. Et c’est lorsque je t’accusais, que lu remplissais au delà de tes devoirs envers moi ! Comment pourrai-je te récompenser de ton amour dans le peu de temps qui me reste à vivre?
george. Aimez-moi toujours comme vous l’avez fait.
Geneviève. Oh! mille fois plus, mon ami. A chaque morceau que nous mangerons, nous nous dirons l’un à l’autre : C’est notre fils qui nous le donne»
george. Me voilà satisfait. ( A Thomas .) Je vous remercie, mon oncle, de m’avoir si bien servi.
thomas. Oui, tu me remercies? Il est heureux que les choses aient tourné de cette manière. Mais feviens-y une autre fois. ( A Marcel.) Est-ce que tu m’en voudrais encore, mon frère? Si je ne t’avais pas tant aimé , je ne me serais pas chargé de la manigance. Puisque tu pardonnes à ton fils , lu
peux bien me pardonner.
LE DÉSERTEUR
Marcel. Rien ne saurait excuser ce que tu as fait. Je peux bien prendre sur moi de mettre ma main sur un brasier; mais attiser le feu sous un autre, il y a de la cruauté à cela. Cependant, je ne veux pas te haïr.
thomas. Va , j’ai bien souffert pour mon compte. ( Ils se donnent la main.)
la terreur , à George. Camarade , j’avais de l’amitié pour toi; c’est aujourd’hui du respect que je sens. Tu es à mes yeux aussi grand qu’un général. On ne trouvera jamais d’enfant comme toi. Embrasse-moi, et sois toujours mon ami. (Il lui tombe de grosses larmes des yeux.)
george. Camarade, je n’ai pas oublié la journée d’hier.
fluet. Fi donc ! La Terreur ! Vous êtes soldat , et vous pleurez ?
la terreur. Et pourquoi donc un soldat ne pleurerait-il pas? Les larmes ne sont pas déshonorantes lorsqu’elles viennent du cœur. On ne m’a jamais vu fuir , ni trembler ; mais je mourrais de honte d’être insensible à une bonne action.
le prévôt. George, il y a quatorze ans bientôt que je suis dans le régiment; mais, je dois le dire à ta gloire, il ne s’y est jamais rien passé qui approche de ce que tu fais aujourd’hui. Cela te vaudra de l’honneur et du bonheur; c’est moi qui te l’annoncé.
LE DÉSERTEUR