‹ Choix de petits drames et de contes tirés de BerquinChapitre 89 sur 102 · LE BAILLI · texte numérisé non relu

LE BAILLI

le bailli. Avec votre permission....

LE prévôt. Que voulez-vous?

le bailli. Je suis bailli du château; je veux voir ce qui se passe ici. ( A Marcel et à Geneviève. ) Ha, ha! vous êtes venus voir votre fils ; c’est fort tendre de votre part. Eh bien? qu’en pensez-vous? Avezvous autant de satisfaction de lui que vous en aviez hier? Vous imaginiez, parce qu’il était soldat, qu’il pouvait se jouer de tout le monde. Monsieur le militaire, on paye chèrement un soufflet. Cette leçon vous rendra une autre fois plus respectueux envers des gens comme moi.

la terreur. Allez-vous-cn , monsieur, ou bien nous reprendrons les choses au point où George

les a laissées hier. Qu’avez-vous à chercher ici?

le bailli. Je suis dans le château de monseigneur; je pense que personne n’a le droit de m’empêcher d’y faire l’inspection.

la terreur. Faites-y l’inspection, mais non des moqueries. (En le prenant par le bras. ) Sortez, ou je vous montre le chemin.

george. Un moment, camarade. (A Marcel .) Mon père , achevez de lui payer votre dette , pour qu’il vous laisse en repos.

thomas. Oui, finissons avec lui; qu’il n’en soit plus question.

marcel. Voilà votre argent. ( Il lui compte quatorze écus. ) Vous n’aurez pas la peine de vendre notre chaumière.

Geneviève. Nous aurons soin , à l’avenir, de n’être jamais en arrière envers monseigneur, du moins aussi longtemps que vous serez son bailli. C’est trop affreux de vouloir gagner sur le pauvre. Acheter à vil prix tout le grain de la contrée , lorsque la moisson est abondante ; en faire des amas dans ses greniers, pour le vendre ensuite trois fois plus cher dans le temps de la disette; prêter à plus forte usure qu’un juif; cela est-il donc d’un chrétien , ou môme d’un homme ? Voilà pourtant ce que vous avez fait, et ce qui nous a ruinés.

marcel. Tais-toi donc , femme.

Geneviève. Non; il faut lui apprendre qu’on n’est pas des buses , et qu’on voit tout son manège.

marcel, au bailli . Eh bien! cela fait-il votre compte ?

le bailli , à part. Que trop. ( Haut et froidement.) Oui, cela complète bien les trente écus. Mais d’où diantre avez-vous eu cet argent ?

marcel. Que vous importe? Vous ôtes payé.

226 LE DÉSERTEUR

Geneviève. Nous n’avons pas de compte à vous rendre.

le bailli. Voyez, comme ils font les tiers?

Geneviève. Nous voilà quittes. Nous nous serions trouvés heureux de pouvoir vous souhaiter mille bénédictions , si vous vous étiez comporté plus humainement envers nous. Mais vous ne le méritez pas. Il nous eût mieux valu avoir affaire à un Turc.

le bailli* Prenez garde à ce que vous dites, vieille radoteuse. Vous êtes encore sous ma juri-. diction.

george. Point d’injures , monsieur, mon père ne les souffrira plus. Il sait à qui porter ses plaintes.

THOMAS. Vous ne nous tenez plus les mains garrottées : nous pouvons nous faire rendre justice. Nous remplirons nos devoirs envers monseigneur ; mais si vous croyez nous mener de force comme auparavant, vous vous trompez.

le bailli. De quel ton me parlez-vous ? je crois ( en montrant George ) que cet audacieux vous a tous endiablés. Ne me poussez pas à bout , ou je vous montrerai qui je suis.

le prévôt. Un mot encore et je te fais sauter les yeux de la tête.

la terreur, le poussant par le bras. Allons , sortez.

le bailli , se retournant. Si vous me faites lâcher un décret....

LE DÉSERTEUR

le prévôt. Voulez-vous me jeter ce drôle à la porte ! Je l’apprendrai à nous venir braver. ( Les soldats le saisissent, et veulent le mettre dehors. Le colonel parait , suivi du capitaine et du sergent. )

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