‹ Choix de petits drames et de contes tirés de BerquinChapitre 94 sur 102 · LE PRINCE, L’OFFICIER, EUGÉNIE, CÉCILE · texte numérisé non relu

LE PRINCE, L’OFFICIER, EUGÉNIE, CÉCILE

Eugénie. Te voilà donc, à la fin ! Tu as resté bien longtemps.

Cécile. C’est que malgré moi j’aidais maman à faire les malles de mon papa.

eugénie. Donne-moi, je te prie, ta corbeille.

Cécile. Tiens. Avez-vous, vous autres, de quoi la remplir ?

eugénie. Tu vas voir. {Elle secoue dans la corbeille les fraises qui étaient dans le chapeau de Didier.) Vous voulez bien permettre, messieurs?

le prince. C’est trop juste. (A l'officier.) Voilà deux enfants d’une bien aimable figure !

Cécile, bas à Eugénie. Qui sont ces messieurs?

eugénie, bas à Cécile. Deux officiers du régiment de mon papa.

Cécile. Est-ce qu’ils viennent le chercher?

eugénie. Non, non; ils vont attendre le prince dans la ville prochaine.

Cécile. Ah! fût-il à mille lieues avec son régiment!

eugénie. Doucement donc, Cécile! Si ces messieurs nous entendaient !

Cécile. Qu’ils m’entendent s’ils veulent! Com-

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ment! ils viendront m’enlever mon papa, et je n’aurai pas la liberté de me plaindre !

le prince , à l’officier. Il me parait que nous ne sommes pas regardés ici de très-bon œil.

l’officier. Que lardez-vous à vous faire connaître? le prince. Non, non, leur franchise m’amuse, et leur tendresse pour leurs parents pénètre mon cœur de la plus douce volupté.

Eugénie, à Cécile. Le pauvre Didier se fatigue, tandis que nous nous amusons ici à babiller. Je vais l’aider à faire sa cueillette. Toi, reste auprès de ces messieurs et songe à bien ménager tes paroles. Cécile. Ya, va, je sais comment il faut leur parler. eugénie. Messieurs , voici ma sœur Cécile que je vous présente.

Cécile, d’un air décidé. Votre servante, messieurs. le prince. Elle a une petite physionomie aussi résolue que la tienne est douce et timide.

eugénie. Je la laisse avec vous, pour avoir l’honneur de vous entretenir. Moi, je vais aider mon frère, afin de retourner plus tôt vers mon papa. Me permettez-vous de lui annoncer votre visite ? Je suis persuadée qu’il s’en réjouirait.

Cécile. Non, non, messieurs; il ne s’en réjouirait pas; aucun de nous ne s’en réjouirait. Nous voulons être à nous seuls aujourd’hui.

eugénie. Je vous prie de vouloir bien excuser celte folle.

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Cécile. M’excuser! Ces messieurs savent bien que, lorsqu’il y a des étrangers à sa table, les petites filles n’osent pas ouvrir la bouche; et moi, j’ai mille choses à dire à mon papa , qui , autrement , étoufferaient mon cœur. • le prince. Rassurez-vous, mes enfants, vous ne serez point troublés dans vos doux entretiens. ( Eugénie leur fait une révérence gracieuse , et s'éloigne.)

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