‹ Choix de petits drames et de contes tirés de BerquinChapitre 97 sur 102 · LE PRINCE, L’OFFICIER, DIDIER · texte numérisé non relu

LE PRINCE, L’OFFICIER, DIDIER

le prince. Je suis fort aise, mon cher Didier, que tu veuilles rester avec moi. Nous n’avions pas assez

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bien fait connaissance. On vient de me dire que ma voiture n’est pas encore prête. Ainsi nous avons quelques instants à causer ensemble.

didier. Tant mieux. Mais ne vous imaginez pas que je reste pour avoir quelque chose de vous. i.e prince. Comment donc?

didier. C’est que vous avez fait un cadeau à mes deux* sœurs; et vous pourriez penser.... Mais, je vous le proteste, je ne prends rien, rien, absolument rien.

le prince. Et par malheur aussi, je n’ai rien de plus à t’offrir.

didier. C’est un bonheur que cela. Nous ne serons tentes ni l’un ni l’autre.

le prince , bas à l'officier. J’aime à lui voir une àine aussi élevée ! Que sa figure a de franchise et de noblesse!

didier. Je n’ai qu’une question à vous adresser. le prince. Voyons ce que c’est, mon ami.

didier. Vous m’avez dit tout à l’heure que le fils du prince marchait comme volontaire. Qu’est-ce qu’un volontaire?

le prince. C’est un soldat libre, qui n’a aucun grade dans le régiment, qui peut se reposer ou combattre, partir ou rester, comme il lui plaît.

didier. Oh! si j’y allais, moi, ce serait pour me battre. J’aurais bien du plaisir à être volontaire sur ce pied- là.

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l’officier. Mais il faut qu’un volontaire ait de l’argent. En as-tu, mon petit ami?

didier. Tu! tu! Je n’aime pas cela, monsieur. Mon papa est capitaine, et je suis fait pour l’être comme lui.

le prince. C’est que nous te regardons déjà comme notre camarade.

didier. Ah! tant mieux! Tutoyez-moi maintenant tant que vous voudrez. Mais vous parlez d’argent . le roi n’en a-t-il pas assez? et n’est-il pas obligé de nourrir ceux qui le servent?

le prince. Oui; mais un volontaire n’a pas de service réglé. Ainsi, il est juste qu’il s’entretienne à ses dépens.

didier, frappant du pied la terre. Ah! que me dites-vous? Tant pis. Mais si je ne demandais que du pain de munition et de l’eau? si je priais le régiment de me recevoir à la place de mon papa?

le prince. Pauvre enfant! Comment lîgurerais-lu à la tête d’une compagnie? Il faut de l’expérience et de la représentation.

didier. Si je n’en ai pas assez pour commander, j’en aurai assez pour obéir. Qu’on me fasse commencer par où l’on voudra, pourvu que je serve.

le prince. Serais-tu seulement en état de suivre la marche?

didier. J’irais tant que je pourrais; et quand je serais rendu, on me jetterait dans un fourgon de

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bagage , ou je marcherais avec l'artillerie, à cheval sur un canon. Auriez-vous peur que je restasse en maraude! Oh! je saurais bientôt vous rattraper.

le prince. Mais si tu servais à la place de ton père, il faudrait toujours te séparer de lui.

didier. Et ne comptez-vous pour rien ma joie de le rendre à mes sœurs et à maman, et d’assurer le repos de sa vieillesse ? Il me semble que le roi ne perdrait pas au change. Mon papa, malheureusement , ne sera bientôt plus en état de servir ; et moi , dans peu d’années , je puis être tout ce qu’il a été. La guerre est ma folie. Je sais toutes les chansons grenadières , et je leur fais des accompagnements sur mon tambour. Tenez, en voici un recueil , je vous le donne. Je n’en ai plus besoin , je le sais par cœur.

'le prince. Oh! que tu me ravis! Je veux t’en donner un autre à mon tour. ( 11 ouvre son portefeuille , et en tire des papiers .) didier. Pour une chanson, je puis la recevoir. le prince. Tiens, en voici d’abord une pour ton père.

didier. Mon papa ne sait plus chanter. Il n’aime que la musique du canon.

le prince. N’importe. Je suis sûr que vous aurez du plaisir tous deux, rien qu’à la lire seulement. Celle-ci est pour toi.

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didier, sautant de joie. Ah ! grand merci. Voyons si je la sais.

le prince. Non; tu la liras quand nous serons partis. {Il met les deux papiers ensemble, et les lui donne.) Mets cela dans ta poche, et prends bien garde de le perdre. Adieu, mon petit ami, songe que je te retiens pour mon camarade.

didier lui saute au cou , le serre et l'embrasse. Oui , oui , je le suis. Je vous aimerai toujours. Je veux , i\ ma première bataille , combattre à votre côté.

l’officier. Nous allons l’annoncer d’avance au régiment.

didier. Parlez-lui bien de moi, je vous en prie. Oh! comme je vais me dépêcher de grandir!

le prince, en s’éloignant , à l'officier. Je sens combien le cœur de leur père doit saigner de quitter de si aimables enfants. Retirons-nous un peu à l’écart pour observer celui-ci , et jouir de ses premiers transports. {Ils entrent dans le bosquet. Didier les suit de l’œil jusqu’à ce qu’ils soient un peu éloignes.)

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