Le 6 janvier
^^rant édise d'Aucerre, et accompagné d'un varlet portant une torche ardant, laquelle fu tantost estemte. Et après ce, aucuns des diz sergens et compaignons, cuidans que il feust un des diz malfaiteurs, bâtirent ycellui curé et lui donnèrent plusieurs cops, et abatirent à terre. Et en ce faisant, le dit feu Baudoin, qui n'estoit pas à ce présent, survint sur euk, et en demandant au dit curé qui il estoit, pour ce qu'il ne le cognoissoit, le féry un seulcop sur le doz d'un graille baston que il tenoit. Pour les quelles batteures mort s'est ensuie en la personne dudit curé dedans quatre jours après. Et pour occasion du dit fait, le dit feu Baudoin fu pris par nostre bailli de Senz et d'Aucerre ou son lieutenant, et tantost condempné à estre pendu et trahiné, laquelle condempnacion fu assez tost après exécutée, si comme ilz dient ; il nous pleust à eulx donner congié et licence de faire despendre le corps dudit feu Baudoin et souffrir ycellui estre mis en terre sainte, pour considéracion de ce que tout le temps de sa vie il avoit esté homme de bonne vie et renommée, et honneste conversacion, sanz ce qu'il fust onques mais repris d'autre blasme ou reproche, et que lors ne paravant n'avoit eu ne n'avoit aucune rancune, hayne ou mautalent envers le dit curé; et aussi qu'il ne le féry que un petit cop du baston en lieu non mortel de tel cop, et que ce fut fait en faisant le guet, auquel il estoit contraint d'aler. Et nous, inclinanz à leur supplicacion, considérées les choses dessus dictes, et les services que le dit feu Baudoin nous a fait en son dit office, et aussi pour contempîacion d'aucuns de leurs amis estansen nostre service, qui de ce nous ont prié, à yceulx femme et amis du dit feu Baudoin le Canaz, avons donné et
octroie, donnons et octroions par ces présentes, de grâce spécial et auctorité royal, congié et licence de faire despendre et ester du gibet le corps du dit feu Baudoin, et ycellui, parle congié de l'église, ensevelir et rnectre en terre saincte en église, au cimetière, secrètement et sans solennité. Si donnons en mandement par ces présentes au dit bailli de Senz et d'Âucerre ou à son lieutenant à Aucerre, au prévost dudit lieu et à touz noz autres justiciers et officiers ou à leurs lieutenans présens et avenir, que de nostre présente grâce, don et octrov, facent, seuffrent et lessent ladicte femme et amis du dit feu Baudoin joir et user paisiblement sans les molester ou empescher en aucune manière an contraire. Et pour ce que ce soit ferme chose et estable à toujours, nous avons fait mettre nostre seel à ces présentes, sauf en autres choses nostre droit et l'autrui en toutes. Donné à Paris, v® jour de février Tan de grâce mil ccc un" et un, et le second de nostre règne. Par le Roy, à la relacion du conseil.
H. Bla-nchet.
(Arch. de l'Emp. Trésor des Chartes. Reg. coté JJ. 120, pièce 61. — Sous les nos 1 1 1 ^ 161 , 290 et 291 on trouve d'autres lettres de rémission pour le même fait. Celles du no 161 contiennent des détails sur la manière dont se faisait le guet.)
Scandale à une procession.
Paris, janvier 1382.
Charles, etc. Savoir faisons à tous présens et avenir, que de la partie de Jehannin Regnout , povre laboureur de bras, de l'aage de xx ans, nous a exposé :
Que le dimenche après la feste de Saint-Jaques ou mois de juillet derrenièrement passé, après heure de midy, il ala en la place ou rue, devant l'église d'Ordenon , près du Mont-Saint-Michiel , de la distance de demie lieue ou environ , avec aucuns ses voisins en ladicte ville , qui illec s'esbatoient près de la taverne. Et lui estant audict lieu , survint la procession de la ville et paroisse de Villiers, qui estoit alée ledict jour en l'église deSainl-Michiel,etau devant d'icelle le curé dudit lieu de V illiers, qui, en passant, distaudit Jehan: « Garçon, tray- toi arrières, laisse passer la procession ! » ou autres paroles injurieuses. Auquel le dit Jehan respondy amiablemenl, qu'il ne lui voulsist dire villennie, et que à ce il ne lui mectoit aucun empeschement. Mais tantost le dit curé , qui est chaut et boillant , se print à user de haultes paroles contre le dit Jehan, et le féry du poing. Pour laquelle chose, le dist Jehan, qui avoit disné etavoit beu, meu de chaleur, se print à contrevengier, et saicha un coustel qu'il avoit, de la longueur d'un pié ou environ. Et à ce s'assemblèrent plusieurs personnes. Et entre les autres, un des paroissiens de la paroisse du dit Villiers, nommé Robert du Val, se merla en la dicte noise contre le dit Jehan, et frapa icellui Jehan, non contens de ce que le dit curé l'avoit paravant frapé, comme dit est. Et quand le dit Jehan se vit ainsi frapé par eulx deux, qui estoient contre luiets'efforçoient de tousjours procéder, il, en soy deffendant, frapa un seul cop de son coutel le dit Robert, dont il mouru deux jours après ou environ , si comme l'en dit. Après le quel fait, le dit Jehan, doubtant rigueur de justice, se mit en franchise en l'église du dit lieu d'Ordenon, ignorant, comme embeu qu'il
6 RÈGTsE DE CHARLES VI.
estoit, s'il avoit féru le dit Robert ou non. Et lui estant en icelle, fut appelle, et après banny par quatre chevaliers, comme il est usé et acoustumé à faire....
(Suit la rémission.)
Donné à Paris, l'an de grâce mil ccciiii" et deux, ou mois de janvier.
(Arch. de l'Emp., Trésor des Chartes, reg. coté JJ. 122, pièce 62. - Il y a au reg. 121, pièce 198, d'autres lettres de rémission pour un autre acteur de cette scène.)
Rixe clans Véglise de Saint-Êtienne, de Toulouse, au sujet de r élection d'un nouvel archeucque par Benoît AIII.
Paris, décembre 1409.
Charles, etc. Savoir faisons à tous présens et avenir. Nous avoir l'humble supplicacion des parens et amis charnels de maistre Barthelemieu de La Roquai, maistre en théologie, povre mendiant religieux de Tordre de Nostre-Dame-des-Carmes de Thoulouze, contenant :
Comme trois ans a ou environ , certaine congréga-
cion eust esté faicte des clercs et escolliers et autres, en l'éghse cathédrale de Saint-Estienne de Thoulouze, pour oyr publier, de par Pierre de La Lune S qui excomenioient tous ceulx qui favorisoient Vital de Castellaneto, archevesque de Thoulouze, et qui estoient contre Pierre Ranat , et qui estoit esleu archevesque du dit lieu de par ledit de La Lune. Et sur ce y ot entre eulx, en ladicte esglise, diverses oppinions, ainsi qu il a
i . Le pape Benoît XIII.
entre clercs. Et le dit de La Requai soustint par oppinions le fait dudit Ranat et dudit de La Lune ; sur quoy y ot en icelle esglise grant riote et contreverse. Et pourcela, Estiennede Montigny, quia esté ordonné de par nous et nostre trèscher et trèsamé oncle le duc deBerry, comme Tendit, réformateur en Languedoc, de fait, pour ledit cas, a prins ou fait prendre en ladicte esglise tous les biens et livres dudit de La Roquai, et les a donnez là ou bon lui a semblé, et en a fait à sa voulenté, et après ce, Ta banni de son Royaume, pour ce qu'il se absenta. Pour lesquelles causes ledit de La Roquai ne se ose monstrer, ne peut estudier et servir Dieu, ainsi qu'il est tenus et acoustumés, mais est en voye de mourir par courroux et desplaisance, se sur ce ne lui estoit impartie nostre grâce et miséricorde. ...
(Suit la rémission adressée au sénéchal de Toulouse.)
Paris, décembre 1409.
(Arch. de l'Emp., Trésor des Chartes, reg. JJ. 164, pièce 53.)
Mœurs de certains officiers dJ église.
Paris, octobre 1400.
Charles, etc. Savoir faisons à tous présens et avenir. Nous avoir leçeue l'umble supplicacion de Jehan du Huz, povre homme, chargié de femme et d'enfans, demourantà Vermale* dans nostre bailliage d'Amiens, contenant :
\ . Verincllcb (Pas -(le-Calais)
tl!
Que comme le derrenier jour du mois d'aoust derrenièrement passé, icellui suppliant, à la dénonciacion d'un sien ami et pour son bien, feust alez en la ville de la Bassée\ pour avoir et poursuir les coultrerie et clergie de Tesgîise Nostre-Dame de la Bassée en lieu de Robin Ruiart, qui en son vivant en estoit coultre^ et clerc, lequel estoit lors aie de vie à trespassement : et s'adreca à Colard Geneviève, qui estoit bien son ami. Auquel suppliant ycellui Collard dist, que s'il vouloit avoir lesdictes coultrerie et clergie, qui les lui feroit bien avoir. Lequel suppliant respondi audit Colard, qu'il les vouloit bien avoir. Et lors, ce dit, ala vers les chappellains de ladicte esglise ou plusieurs d'iceulx, lesquelz, avec plusieurs autres gens, disnoient en Tostel de Jehan Bouquel, qui est taverne publique, pour un obsèque que iceulx chappellains avoient fait ledit jour que ledit suppliant arriva en ladicte ville de la Bassée. En laquelle taverne il trouva lesdits chappellains et autres en leur compaignie, lesquelz il salua. Auquel plusieurs qui là estoient assistens, dirent qu'il s'asseist, et qu'il feust le bien venus. Lequel, après aucunes parolles, s'assist après eulx. Car il avoit à plusieurs d'iceulx cognoissance, parce qu'il est nez de ladicte ville de la Bassée, et y a de bons amis. Et aussi lui dirent qu'il estoit venus bien à point pour estre coultre et clerc de leur paroisse, ou parolles semblables en substance. Et lors un des chappellains d'icelle esglise, nommé Escobarie, fermier et chappellain du curé de ladicte esglise, qui là estoit avec