LE MOULIN
Le moulin tourne au fond du soir, très lentement, Sur on ciel de tristesse et de mélancolie ; Il tourne et tourne, et sa voile couleur de lie Est triste et faible et lourde et lasse, infiniment.
Depuis l'aube, ses bras, comme des bras de plainte^ Se sont tendus et sont tombés ; et les voici Qui retombent encor, là-bas, dans l'air noirci Et le silence entier de la nature éteinte.
Un jour souffrant d'hiver sur les hameaux s'endort, Les nuag-es sont las de leurs voyages sombres. Et le long des taillis qui ramassent leurs ombres, Les ornières s'en vont vers un horizon mort.
Autour d'un vieil étang-, quelques huttes de hêtre Très misérablement sont assises en rond ; Une lampe de cuivre éclaire leur plafond Et glisse une lueur aux coins de leur fenêtre.
Et dans la plaine immense, au bord du flot dormeur, Ces torpides maisons, sous le ciel bas, regardent, Avec les yeux fendus de leurs vitres hagardes, Le vieux moulin qui tourne et, las, qui tourne et meurt.
LES VIEUX GHÊiNES
L'hiver, les chênes lourds et vieux, les chênes tors, Geignant sous la tempête et projetant leurs branches Gomme de grands bras qui veulent fuir leur corps. Mais que tragiquement la chair retient aux hanches^
Semblent de maux obscurs les mornes receleurs ; Car l'âme des pays du Nord, sombre et sauvage, Habite et clame en eux ses nocturnes douleurs Et tord ses désespoirs d'automne en leur branchage.
Oh! leurs plaintes et leurs plaintes, durant la nuit ; D'abord, lointainement, douces et miaulantes, Comme ayant joie et peur de troubler, de leur bruit, Le sommeil ténébreux des campagnes dolentes.
Puis le désir soudaia où la terreur se joint Quand la tempête est là, hennissante et prochaine, Puis le râlement brusque et terrible, si loin Que les bêtes des grand'routes hurlent de haine
Ou se couchent, là-bas, dans les sillons, de peur, Puis un apaisement sinistre et despotique, — Une attente de glaive et d'ombre et de fureur, — Et tout à coup la rag-e énorme et frénétique.
Fout l'infini qui grince et se brise et se tord Et se déchire et vole en lambeaux de colère, A. travers la campagne, et beugle au loin la mort De l'un à l'autre point de l'espace solaire.
Oh ! les chênes ! Oh ! les mornes suppliciés !
Et leurs pousses et leurs branches que l'on arrache
Et que l'on broie! Et leurs vieux bras exfoliés
\. coups de foudre, à coups de bise, à coups de hache !
[Is sont crevés, solitaires ; leur front durci Est labouré ; leur vieille écorce d'or est sombre Et leur sève se plaint plus tristement que si Le dernier cri du monde avait traversé Tombre.
L'hiver, les chênes lourds et vieux, les chênes tors, joignant sous la tempête et projetant leurs branches Homme de grands bras qui voudraient fuir un corps, \Iais que tragiquement la chair retient aux hanches,
semblent de maux obscurs les mornes receleurs, Har l'âme des pays du Nord, sombre et sauvage, îlabite et clame en eux ses nocturnes douleurs li tord ses désespoirs d'automne en leur branchage.