‹ Choix de poèmes;Chapitre 13 sur 95 · DIALOGUE · texte numérisé non relu

DIALOGUE

.... Sois ton bourreau toi-même ; N'abandonne le soin de te martyriser A personne, jamais. Donne ton seul baiser Au désespoir; déchaîne en toi l'âpre blasphème ; Force ton âme, éreinte-la contre recueil : Les maux du cœur qu'on exaspère, on les commande; La vie, hélas ! ne se corrige ou ne s'amende Que si la volonté la terrasse d'org^ueil. Sa norme est la douleur. Hélas ! qui s'y résig^ne? — Certes, je veux exacerber les maux en moi. Comme jadis les grands chrétiens, mordus de foi, Se torturaient avec une ferveur maligne, Je veux boire les souffrances, comme un poison Vivant et fou ; je cin^'-lerai de mon angoisse Mes pauvres jours, ainsi qu'un tocsin de paroisse S'exalte à disperser le deuil sur l'horizon.

LES DEBACLES 2^

Cet héroïsme intime et bizarre m'attire :

Se préparer sa peine et provoquer sou mal

Avec acharnement, et dompter l'animal

De misère et de peur, qui dans le cœur se mire

Toujours; se redresser cruel, mais contre soi,

Vainqueur de quelque chose enfin, et moins languide

Et moins banalement en extase du vide.

— Sois ton pouvoir, sois ton tourment, sois ton effi'oi.

Et puis, il est des champs d'hostilités tentantes

Que des hommes de marbre, avec de fortes mains.

Ont cultivés ; il est de terribles chemins,

Où leurs cris violents et leurs marches battantes

Sont entendus : c'est là que, sur tel roc vermeil,

Le soir allume, au loin, le sang et les tueries

Et que luisent, parmi des lianes flétries.

De scintillants couteaux de crime et de soleil !

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