‹ Choix de poèmes;Chapitre 31 sur 95 · UNE STATUE · texte numérisé non relu

UNE STATUE

Un bloc de marbre où son nom luit sur une plaque.

Ventre riche, mâchoire ardente et menton g-ourd ;

Haine et terreur murant son gros front lourd

Et poing- taillé pour fendre en deux toutes attaques.

Le carrefour, solennlsé de palais froids.

D'où ses regards têtus et violents encor

Scrutent quels feux d'éveil bougent dans telle aurore.

Gomme sa volonté, se carre en angles droits.

Il fut celui de l'heure et des hasards bizarres. Mais textuel, sitôt qu'il tint la force en main Et qu'il put étoufiFer dans hier le lendemain Déjà sonore et plein de terribles fanfares.

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CHOIX i)i; l'Oiînis

Sa colère fit loi durant ces jours vantés, Où toutes voix montaient vers ses panég-yriques, Où son rêve d'Elat strict et géométrique Tranquillisait l'aboi plaintif des lâchetés.

Il se sentait la force étroite et qui déprime, Tantôt sournois, tantôt cruel et contempteur, Et quand il se dressait de toute sa hauteur. Il n'arrivait jamais qu'à la hteur d'un rime.

Planté devant la vie, il l'obstrua, depuis Qu'il s'imposa sauveur des rois et de lui-même Et qu'il utilisa la peur et l'aiïre blême En des complots fictifs qu'il étrang-lait, la nuit.

Si bien qu'il apparaît sur la place publique Féroce et rancunier, autoritaire et fort,- Et défendant encor, d'un g-este hyperbolique. Son piédestal massif comme son cofï're-fort.

LES USINES

Se regardant avec les yeux cassés de leurs fenêtres Et se mirant dans l'eau de poix et de salpêtre D'un canal droit, marquant sa barre à l'infini, Face à face, le long des quais d'ombre et de nuit. Par à travers les faubourgs lourds Et la -misère en pleurs de ces faubourgs, Ronflent terriblement usines et fabriques.

Rectangles de granit et monuments de briques.

Et longs murs noirs durant des lieues,

Immensément, par les banlieues;

Et sur les toits, dans le brouillard, aiguillonnées

De fers et de paratonnerres,

Les cheminées.

Se reg-ardant de leurs yeux noirs et symétriques, Par la banlieue, à l'infini, Ronflent le jour, la nuit.

Les usines et les fabriques.

Oh! les quartiers rouilles de pluie et leurs g-rand'rucs! Et les femnies et leurs guenilles apparues Et les squares, où s'ouvre, en des caries De plâtras blanc et de scories, Une flore pâle et pourrie I

Aux carrefours, porte ouverte, les bars :

Et-ains, "cuivres, miroirs hagards,

Dressoirs d'ébène et flacons fols

D'où luit l'alcool

Et sa lueur vers les trottoirs.

Et des pintes qui tout à coup rayonnent.

Sur le comptoir, en pyramides de couronnes;

Et des gens soûls, debout,

Dont les larges langues lappent, sans phrases

Les aies d'or et le whisky, couleur topaze.

Par à travers les faubourgs lourds

Et la misère en pleurs de ces faubourgs.

Et les troubles et mornes voisinages.

Et les mains s'entre-croisant de gens à gens

Et de ménages à ménages.

Et le vol même entre indigents,

Grondent, au fond des cours, toujours.

Les haletants battements sourds

Des usines et des fabriques symétriques.

Ici, sous de grands toits où scintille le verre, La vapeur se condense en force prisonnière : Des mâchoires d'acier mordent et fument; De grands marteaux monumentaux

68 f;HOIX*UE POKMES

Broient des blocs d'or sur des enclumes, Et, dans un coin, s'illuminent les fontes En brasiers tors et eflrénés qu'on dompte.

L'i-bas, les doig-ts méticuleux des métiers prestes,

A bruits menus, à petits gestes.

Tissent des draps, avec des fils qui vibrent

Légers et fins comme des fibres.

Des bandes de cuir transversales

Courent de l'un à l'autre bout des salles

Et les volants larges et violents

Tournent, pareils aux ailes dans le vent

Des moulins fous, sous les rafales.

Un jour de cour avare et ras

Frôle, par à travers les carreaux gras

Et bumidesd'un soupirail.

Chaque travail.

Automatiques et minutieux,

Des ouvriers silencieux

Règ-lent le mouvement

D'universel tictacquement

Oui fermente de fièvre et de folie

Et déchiquette, avec ses dents d'entêtement,

La parole humaine abolie.

Plus loin, un vacarme tournant de chocs

Monte de lombre et s'érig-e par blocs ;

Et, tout à coup, cassant l'élan des violences,

Des murs de bruit semblent tomber

Et se taire, dans une mare de silence.

Tandis que les appels exacerbés

Des sifflets crus et des signaux

Hurlent soudain vers les fanaux.

Dressant leurs feux sauvag^es,

En buissons d'or, vers les nuag-es.

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