‹ Choix de poèmes;Chapitre 74 sur 95 · MICHEL-ANGE · texte numérisé non relu

MICHEL-ANGE

Quand Buonarotli dans la Sixtine entra,

Il demeura

Comme aux écoutes,

Puis son œil mesura la hauteur de la voûte

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Et son pas le chemin de l'autel au portail. Il observa le jour verse par les fenêtres Et comment il faudrait et dompter et soumettre Les chevaux clairs et effrénés de son travail. Puis il partit jusques au soir vers la campagne.

Les lignes des vallons, ies masses des montag'nes

Peuplèrent son cerveau de leurs puissants contours.

Il surprenait dans les arbres noueux et lourds

Que le vent rudoyait et ployait avec force

Les tensions d'un dos ou les galbes d'un torse

Ou l'élan vers le ciel de grands bras exaltés,

Si bien qu'en ces instants toute l'humanité

— Gestes, marches, repos, attitudes et poses —

Prenait pour lui l'aspect amplifié des choses.

Il regagna la ville au tomber de la nuit,

Tour à tour glorieux et mécontent de lui.

Car aucune des visions qu'il avait eues

Ne s'était, à ses yeux, apaisée en statue.

Le lendemain avant le soir.

Sa lourde humeur crevant en lui comme une grappe

De raisins noirs,

Il partit tout à coup chercher querelle au pape,

« Pourquoi l'avoir choisi.

Lui, Michel-Ange, un statuaire;

Et le forcer à peindre en du plâtre durci

Une sainte légende au haut d'un sanctuaire?

La Sixtine est obscure, et ses murs mal construits :

Le plus roux des soleils n'en chasse point la nuit!

A quoi bon s'acharner sur un plafond funcbi'e

A colorer de l'ombre et dorer des ténèbres ?

Et puis encor, quel bûcheron lui fournirait

Le vaste bois pour un si large échafaudage » ?

LES RYTHMES S0LVKKA1N3 I77

Le pape répondit sans chang-er de visag-e :

« On abattra pour vous ma plus grande forêt. »

Michel- Ange sortit et s'en alla dans Rome,

Hostile au pape, hostile au monde, hostile aux hommes,

Croyant heurter partout aux abords du palais

Mille ennemis qui le guettaient, groupés dans l'ombre,

Et qui raillaient déjà la violence sombre

Et la neuve grandeur de l'art qu'il préparait.

Son sommeil ne fut plus qu'une énorme poussée

De gestes orageux à travers sa pensée ;

Qu'il s'étendît, le soir, dans son lit, sur son dos.

Ses nerfs restaient brûlants jusque dans son repos ;

Il était frémissant toujours, comme une flèche

Qui troue une muraille et vibre dans la brèche;

Pour augmenter encor ses maux quotidiens

Il s'angoissait des maux et des plaintes des siens;

Son terrible cerveau semblait un incendie

Plein de feux ravageurs et de flammes brandies.

Mais plus son coeur soufl'rait.

Plus l'amertume ou la rancœur y pénétrait.

Plus il se préparait à soi-même d'obstacles

Pour éloigner l'inslant de foudre et de miracle

Qui tout à coup éclairerait tout son labeur.

Mieux il élaborait en son âme croyante

L'œuvre sombre et flamboyante

Dont il portait en lui le triomphe et la peur.

Ce fut au temps de Mai, quand sonnaient les matines, Que Michel-Ange, enfin, rentra dans la Sixtine, Avec la force en son cerveau.

Il avait ramassé son idée en faisceaux :

Des groupes uets et sûrs, d'une lig^ne ample et fière,

Se mouvaient devant lui dans l'ég'ale lumière.

L'échafaudage était dressé si fermement

Qu'il aui'ait pu mener jusques au firmament.

Un grand jour lumineux se dressait sous la voûte,

En épousait la courbe et la fleurissait toute.

Michel-Ange montait les échelles de bois,

Alerte, et enjambant trois degrés à la fois.

Une flamme nouvelle ardait sous sa paupière,

Ses doigts, là-haut, palpaient et caressaient les pierres

Qu'il allait revêtir de gloire et de beauté.

Puis il redescendit d'un pas précipité

Et verrouilla, d'une main forte,

La porte.

Il se cloîtra pendant des jours, des mois, des ans, Farouche à maintenir l'orgueil et le mjstère Autour de son travail nombreux et solitaire ; Chaque matin, il franchissait, au jour naissant. De son môme pas lourd le seuil de la chapelle, Et, comme un tâcheron violent et muet, Pendant que le soleil autour des murs tournait, Il employait ses mains à leur œuvre immortelle.

Déjà

En douzependentifs qu'il leur départagea

Sept prophètes et cinq sybilles

Cherchaient à pénétrer de vieux livres obscurs

Dont le texte immobile

Arrêtait devant eux le mobile futur.

Le long- d'une corniche aux arêtes carrées.

De beaux corps lumineux se mouvaient hardiment

Et leur torse ou leur dos peuplait Tentablement

De leur vigueur fleurie et de leur chair dorée.

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