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CEUX DE LIÈGE

Dût la guerre mortelle et sacrilège Broyer notre pays de combats en combats, Jamais, sous le soleil, une âme n'oubliera Ceux qui sont morts pour le monde, là-bas, A Liège.

208 CHOIX DE POÈMXS

Ainsi qu'une montag^ne

Qui marcherait et laisserait tomber par chocs

Ses blocs

Sur les villes et les campag-nes,

S'avançait la pesante et féroce Allemagne.

Oh trag-ique moment I

Les gens fuyaient vers l'inconnu, éperduraent;

Seuls, ceux de Liège résistèrent

A ce sinistre écroulement

D'hommes et d'armes sur la terre.

S'ils agirent ainsi,

C'est qu'ils savaient qu'entre leurs mains était remis

Le sort

De la Bretagne grande et de la France claire,

Et qu'il fallait que leurs efforts,

Après s'être acharnés, se doublassent encor

En des efforts plus sanguinaires.

Peu importait

Qu'en ces temps sombres.

Contre l'innombrable empire qu'ils affrontaient.

Ils ne fussent qu'un petit nombre;

A chaque heure du jour,

Défendant et leur ville, et ses forts tour à tour.

Ils livraient cent combats parmi les intervalles ;

Ils tuaient en courant, et ne se lassaient pas

D'ensanglanter le sol à chacun de leurs pas.

Et d'être prompts sous les rafales

Dos balles.

Môme lorsque la nuit, dans le ciel sulfureux, Un Zeppelin rôdeur passait au-dessus d'eux, Les désignant aux coups par sa brusque lumière, Nul ne reculait, fdt-ce d'un pas, en arrière;

LES AILES ROUGBS DB LA GUERRE 209

Mais, tous ils bondissaient d'un si farouche élan En avant,

Que la place qu'ils occupaient demeurait vide Quand y frappait la mort rapide.

A l'attaque, sur les glacis,

Quand, rang par rang, se présentaient les ennemis,

Sous l'éclair courbe et régulier des mitrailleuses,

Un tir serré, qui, tout à coup, se dilatait.

Immensément les rejetait.

Et, rang par rang, les abattait

Sur la terre silencieuse.

Chaudfontaine et Loncin et Boncelle et Barchon

Retentissaient du bruit d'acier de leurs coupoles ;

Ils assumaient la nuit, le jour, sur leurs épaules,

La charge et le tonnerre et l'efiFroi des canons ;

A nos troupes couchées

Dans les tranchées,

Des gamines et des gamins

Distribuaient le pain

Et rapportaient la bière

Avec la bonne humeur indomptée et guerrière.

On y parlait d'exploits accomplis simplement.

Et comme, à tel moment.

Le meilleur des régiments

Fut à tel point fureur, carnage et foudroiement.

Que jamais troupe de guerre

Ne fut plus ferme et plus terrible sur la terre.

La ville entière s'exaltait De vivre sous la foudre ; L'héroïsme s'y respirait Comme la poudre ;

Le cœur humain s'y composait D'une neuve substance Et le prodigue y grandissait Chaque existence.

0 vous, les hommes de demain,

Dût la g-uerre mortelle et sacrilèg-e

Nous écraser encor dans un dernier combat,

Jamais, sous le soleil, une âme n'oubliera

Ceux qui sont morts pour le monde, là-bas,

A Liég"e.

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